Ces derniers jours, la politique intérieure russe a été marquée par toute une vague de départs, plus ou moins volontaires, de gouverneurs dépassant la soixantaine. Ils furent tous remplacés par la nouvelle génération de cadres issus de la réserve présidentielle, ayant à peine dépassé la quarantaine et n'ayant en général aucune expérience ni politique, ni de gestion locale. L'époque est au rajeunissement, en espèrant que la jeunesse devienne un gage de compétence. Fantasme ou réalité? La confrontation à la réalité quotidienne des besoins impérieux des populations locales sera un baptême du feu révélateur. Mais dans tous les cas, il s'agit d'un virage idéologique important.
Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog où nous allons tenter de décrypter l'actualité politique russe, donner la dimension de toute sa richesse et sa complexité. Sans clichés et sans partis pris. Sans vouloir plaire à tout le monde.
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vendredi 29 septembre 2017
mercredi 5 octobre 2016
Nomination de Kirienko à l'Administration présidentielle et l'avènement du Cheval de Troie
Sergueï Kirienko, le fameux Premier-ministre express de Eltsine qui a tenu un peu plus d'un mois, le temps de la mise en défaut de paiement de la Russie en août 1998, est nommé au poste de premier vice-président de l'Administration présidentielle. La presse d'opposition exulte, il est censé préparer la campagne présidentielle à venir et incarner l'intégration de toutes les forces politiques. Sans oublier ses liens très particuliers avec les Clinton ...
lundi 26 septembre 2016
Administration présidentielle: l'opposition lance l'opération "Kirienko"

Kirienko, Eltsine et Berezovsky
En nommant S. Narychkine à la tête du Service de renseignement extérieur, un vide a été créé, par jeu de chaises tournantes. Narychkine part et libère le poste de président de la Douma qui est repris par V. Volodine. Qui libère à son tour celui de vice-président de l'Administration présidentielle en charge de la politique intérieure. Fonction particulèrement sensible et importante. Fonction qu'il a récupérée après les grandes manifestations de 2011 et l'échec de la stratégie controversée de V. Surkov d'une opposition radicale soutenue et soi-disant contrôlée. Or, le vide en politique ne dure pas longtemps et le clan néolibéral revient à la charge et lance une opération "Kinder-surprise 2" en sortant Kirienko de l'ombre.
lundi 15 août 2016
Administration présidentielle. d'Ivanov à Vaïno, le renouvellement des élites
Le 12 août, le Président russe a démis de ses fonctions le chef de l'Administration présidentielle Sergueï Ivanov pour le remplacer par un de ses adjoints en charge du protocole, Anton Vaïno. Depuis, les rumeurs se portent à merveilles, d'autant plus que S. Ivanov fait partie du premier cercle des proches du Président et les détrousseurs de cadavres s'en donnent à coeur joie. Dans ce méli-mélo de fantasmes et de technocratie, peu d'analyses émergent finalement.
vendredi 6 septembre 2013
Surkov de retour?
Voir: http://www.vedomosti.ru/politics/news/16039921/integrator-surkov
La denière mode semblerait de faire courir les bruits des nominations avant qu'elles n'interviennent. De cette manière, les jeux de couloirs arrivent, par hasard bien sûr, dans la presse, donc à la connaissance du public.
Ainsi en fut-il de la nomitation de T. Golikova, la semaine dernière, à la place S. Stepachine à la tête de la Chambre des comptes. Alors que sa candidature n'avait pas encore été officiellement déposée, bien que sérieusement envisagée, S. Chakhraï (qui dirige l'appareil de la Chambre des comptes) déclarait à la presse que sa place, et celle de son maître Stepachine, était dans les réserves. La fuite n'étant pas fortuite et Stepachine espérant garder encore son poste, il y a des chances que le but ait été de provoquer un faux départ pour la candidature de Golikova.
Maintenant, alors que la candidature de T. Golikova n'est toujours pas déposée (les candidatures doivent être déposées à la Douma avant le 1er octobre), son remplaçant est déjà annoncé, ou envisagé. Il s'agit de V. Surkov. Alors que tout le monde célébrait son enterrement politique après son départ du Gouvernement en mai dernier, il serait de retour. Les bruits courent depuis son interview de l'été à Russky Pioner, où il en profitait pour mettre les points sur les i. Non, il n'est pas parti suite à un conflit avec V. Poutine, mais en avait déjà formulé la demande depuis quelques temps. S'occuper des innovations au Gouvernement ne semblait pas être sa tasse de thé.
Il récupèrerait alors le poste, transformé et élargi de Golikova à l'Administration présidentielle, et devrait gérer la zone (géo)politiquement plus que sensible de l'espace post-soviétique, comprenant notamment la question du conflit avec la Géorgie sur la reconnaissance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie ou encore la question des relations avec l'Ukraine qui tente un flirt sans cesse recommencé avec l'UE en crise (mais depuis le changement d'ambassadeur américain à Kiev, les priorités de l'UE semblent avoir changées et l'Ukraine a à nouveau toutes ses chances).
Bref, va-t-on revoir Surkov aux commandes? A vos prognostics!
jeudi 25 juillet 2013
SOS machines à écrire!!!
Voir: http://www.kommersant.ru/doc/2224614
Et oui, 35° à l'ombre, sans ombre, oblige à l'humour, question de survie. Et le journal russe, pourtant très sérieux, Kommersant Vlast, n'en manque pas en reprenant un article du Daily Telegraph de Londres. L'on se croirait dans un mauvais roman d'espionnage.
Le mois dernier apparaît l'information selon laquelle le Kremlin, suite aux différentes fuites et surveillances internationales, décide de faire un bond dans le temps pour revenir à l'âge des machines à écrire pour ses correspondances internes secrètes. A en croire le Daily Telegraph, il semblerait que cette époque soit assez proche de l'Age de pierre, en tout cas de celle de l'inefficacité.
Et d'annoncer les problèmes techniques liés aux nombreuses coquilles qui peuvent modifier le sens d'un texte, voire le rendre totalement incompréhensible. Mais le problème est-il réellement là?
On peut sérieusement en douter. Sortir de l'informatique ferme la porte à la facilité du vol de données. Certes il est toujours possible de trouver quelqu'un qui va photographier les documents, mais ... il faut le trouver. Cela demande une organisation différente, plus complexe. Et ici réside certainement le fond du problème. Alors l'on voit émerger "nombre d'experts du renseignement", des professeurs de journalisme, etc pour expliquer à quel point ce n'est pas faisable et qu'il s'agit en fin de compte "d'une mauvaise idée". Point.
Il est vraiment très gentil de la part des services britanniques, qui avaient tellement bien assuré la maintenance informatique lors des derniers G8 et G20, de s'inquiéter de la sécurité et de l'efficacité des services russes. Ne doutons pas que l'Administration présidentielle russe en prendra bonne note.
vendredi 7 décembre 2012
Le changement de cap politique semble se confirmer
Voir: http://izvestia.ru/news/541034
http://izvestia.ru/news/541055
http://izvestia.ru/news/541055
Le message présidentiel à l'Assemblée fédérale, prévu pour le 12 décembre, semble pour beaucoup annoncer un changement de cap dans la politique intérieure russe. Et parallèlement, les annonces d'un départ anticipé de D. Medvedev reprennent.
L'administration présidentielle termine la préparation du message présidentiel à l'Assemblée fédérale. Il semblerait que celui-ci contienne un certain nombre de points qui deviennent incompatibles avec le positionnement politique du Gouvernement actuel.
Le Président veut relancer la conception de la Nation en Russie, une Nation russe qui ne soit pas ethnique, mais englobe la diversité ethnique et culturelle du pays. La compréhension que seule la Nation permet de garantir l'unité du pays, de limiter et déligitimer les poussées séparatistes semble apparaître dans le discours officiel. Les autres points du discours présidentiel, selon le journal Izvestia, vont concerner la restauration d'un "contrat" avec la société civile et le renforcement de son rôle dans les mécanismes de pouvoir, la question de l'indépendance des médias et la nécessité d'une présentation plus objective des évènements indépendamment des convictions politiques de chacun. Un des points les plus sensibles concerne la question de l'état spirituel, moral et psychologique de la société russe actuelle.
En d'autres termes, la politique intérieure prend un virage, vers un renforcement des valeurs nationales - et leur réhabilitation. Cette orientation va à l'encontre du mondialisme bon ton mené et soutenu à bout de bras par le Gouvernement et D. Medvedev. Cette incompatibilité de voies, qui dans n'importe quel pays normalement organisé autour de partis politiques proposant justement des voies différentes de développement, n'aurait rien d'anormal ni de grave. Mais en Russie, l'absence d'un clivage politique formalisé autour des questions de société, son existence informelle et pourtant réel, met en danger la gouvernance du pays.
Ces constatations, qui n'ont pas grand chose d'original, conduisent à la fin naturelle du tandem. L'un des deux est de trop. A la suite des scandales répétés autour du Gouvernement Medvedev, révélés par les affaires de corruption tant dans l'armée que dans l'agriculture, le clan libéral, tel qu'incarné ici, s'affaiblie, notamment dans l'opinion publique, de plus en plus ouvertement critique. Ainsi, l'hypothèse d'un départ de Medvedev est remise à l'ordre du jour.
Sur cette question les avis divergent. Pour les uns, on peut l'attendre dès le printemps, pour d'autres il faut attendre l'apparition d'une raison sérieuse pour justifier le départ du Premier ministre, comme des erreurs graves commises par des ministres clefs. Selon certains experts, ce n'est pas encore le cas et sans cela rien ne se passera.
Comment interpréter cette position, notamment défendue par le célèbre expert libéral Yurgens? Pour lui, rien ne peut se passer de radical. Tout va bien puisque le baril de pétrole est au-dessus de 100 dollars et il faudrait une raison sérieuse pour conduire Poutine à démettre le Gouvernement. Donc les scandales que l'on a connu ces derniers jours ne sont pas importants. Est-ce cela une analyse objective? Ou n'est-ce pas une réaction de clan? Elle aussi .... Rappelons juste pour la forme, que dans tout pays de système parlementaire - même dans le cas d'un domination du président dans l'équilibre des pouvoirs - le Gouvernement sert toujours de fusible de sécurité. Le Premier ministre saute pour préserver l'image de l'Etat et du pouvoir. Il sert justement à cela. Il faudrait peut être y revenir en Russie.
lundi 18 juin 2012
Le Centre renforce la verticale administrative
Кремль усиливает контроль над кадровой вертикалью
Alors que les élections locales se développent, notamment avec l'élection des gouverneurs, le département de la politique intérieure de l'Administration présidentielle se réforme pour intégrer un nouveau département, celui de la politique du personnel dans les régions.
Au niveau fédéral, une réserve de personnel a déjà été donnée, mais au niveau local, il est difficile d'évaluer de quelle réserve de personnel compétant disposent les pouvoirs locaux. Il s'agit dès lors de mettre en place une évaluation des forces en présence, afin de savoir quelles sont les ressources en personnel dans quelles régions. Cela ne concerne évidemment pas les membres élus.
De plus, comme cela existait lors de l'Empire russe et de la période soviétique, il s'agit de développer une politique locale en la matière, qui soit plus rationnelle qu'elle ne l'est actuellement.
Les experts se contredisent sur cette question. Pour certains, l'instauration de ce nouveau département permettra une rationalisation de la politique du personnel d'Etat sur l'ensemble du territoire, allant jusqu'à certaines grosses municipalités comme Oufa. Pour d'autres, l'enjeu est surtout de contrer le poids que les gouverneurs - après leur élection - peuvent acquérir du fait de l'élection directe. Le Pouvoir voudrait de cette manière compenser se perte d'emprise possible dans les régions.
Mais il ne faut pas oublier que la logique administrative, dans tous les Etats, nécessite la mise en place d'un savant dosage entre l'autonomie locale et la surveillance de structures étatiques. Si la Russie peut trouver ce point d'équilibre, il serait enfin possible de développer une politique locale efficace.
mercredi 23 mai 2012
Poutine/Medvedev: l'affirmation d'un style de gouvernance différent
Voir: http://www.gazeta.ru/financial/2012/05/22/4597269.shtml
et http://www.gazeta.ru/comments/2012/05/22_e_4597105.shtml
et http://www.gazeta.ru/comments/2012/05/22_e_4597105.shtml
La formation de l'exécutif, dans le sens très large du terme se poursuit. Très large, car il comprend tout autant l'Administration présidentielle autour d'un Président gouvernant, que le gouvernement autour d'un premier ministre exécutant.
Le style Medvedev s'affirme. Il reste sur la ligne de ce "gouvernement ouvert" dont les compétences ne peuvent être que consultatives et le rôle purement théorique d'influence. Consultatif, car il n'a pas d'existence constitutionnelle et ne peut donc avoir de compétences juridiques. Un rôle théorique, car il ne peut qu'influer indirectement sur la prise de décision d'un organe - le gouvernement - qui se trouve aujourd'hui en position de faiblesse et de soumission par rapport à l'appareil présidentiel.
Mais Medvedev reste dans sa logique d'ouverture et de consultation - qui ne lui a pas pour autant permis de prendre de grandes décisions lors de sa présidence - avec la mise en place d'un Conseil consultatif d'experts auprès du Gouvernement, qui doit rendre des conclusions sur les décisions qui reviennent au Gouvernement. Il peut ainsi être composé de personnalités plus "contestées" par le pouvoir, permettant de maintenir à peu de frais une illusion d'ouverture et de libéralisme bon ton. De toute manière, les décisions sont prises ailleurs.
Dans le même temps, V. Poutine, après avoir consacré un Gouvernement technique - donc faible politiquement - a récupéré au sein de l'Administration présidentielle et dans certains organes clefs de la politique intérieure, les personnalités phares de son mandat de premier ministre. Par exemple, le tant contesté ancien ministre de l'intérieur R. Nurgaliev se retrouve propulsé au Conseil de sécurité, I. Setchine récupère la compagnie étatique de pétrole Rosneft (qui sort en même temps du plan prévisionnel de privatisation), ainsi que par exemple les anciens ministres de la santé ou de l'économie.
Bref, le schéma de prise de décision devient plus obscure, même s'il est évident que la prise de décision politique en tant que telle est transférée à l'Administration présidentielle, laissant au Gouvernement la charge de la mise en oeuvre.
De plus, alors que certains se réjouissaient - un peu vite - du départ de certains ministres contestés, ils ont simplement été "transférés" vers le nouveau centre de pouvoir. Il faudra encore voir comment techniquement des deux "gouvernements" parallèles pourront fonctionner.
jeudi 29 décembre 2011
L'administration présidentielle s'organise pour une victoire de Poutine au premier tour
Voir: http://www.gazeta.ru/politics/elections2011/2011/12/28_a_3950513.shtml et http://www.gazeta.ru/politics/elections2011/2011/12/27_a_3943974.shtml
De nombreux changements sont intervenus dans l'Administration présidentielle, où se regroupent les hommes de Poutine. Ainsi, Sergueï Ivanov a pris la direction de l'institution, quittant le Gouvernement juste un peu avant son maître et lui préparant la place. Pour renforcer le passage de pouvoir, enlevant le dernier levier politique de Medvedev, V. Surkov, cerveau de la politique intérieure russe depuis 11 ans, quitte son poste de vice-président de l'Administration présidentielle pour s'occuper de la modernisation au Gouvernement. A sa place apparaît V. Volodine, fidèle des méthodes poutiniennes de gouvernance.
Que cela implique-t-il?
On peut déjà prévoir quelques effets, notamment le durcissement de la ligne politique face aux contestations, le bloquage de l'opposition qui s'en suit et tout investir dans une victoire exemplaire de Poutine aux élections présidentielles. Mais le tout, en ayant conscience de l'instabilité de la situation politique intérieure en raison de l'augmentation de l'activisme social.
Ce changement de ligne politique s'explique par la personnalité des deux hommes, Surkov et Volodine, mis en rapport à la personnalité des deux Présidents, Medvedev et Poutine.
Le "couple" Medvedev/Surkov rendait obligatoirement la politique de Medvedev pas forcément - sur le fond - plus libérale que celle de Poutine, mais dans la forme l'intervention de Surkov permettait de mettre en place un langage de pouvoir qui prenait les formes libérales et démocratiques, en réponse aux demandes de l'Occident.
Le couple "Volodine/Poutine" indique tout de suite que le Poutine qui arrive n'est plus celui qui est parti. Celui-ci a besoin de renforcer sa position, si nécessaire artificiellement. Il n'est plus le leader national incontesté, sans alternative, qui sauve le pays de la menace terroriste, du séparatisme rampant et de l'ombre menaçante des révolutions en couleurs. Il n'est qu'un candidat qui est resté, qui ne veut pas partir et qui veut le pouvoir - pour lui - à n'importe quel prix. Peut-être n'aura-t-il pas besoin de faire exploser à nouveau quelques immeubles, mais il est prêt à prendre le risque d'une explosion sociale.
Et c'est cet homme que V. Volodine se prépare à faire passer en force au premier tour des présidentielles.
Le scénario est absurde et contreproductif. Faire passer V. Poutine au premier tour implique le recours intensif aux ressources administratives. Ce qui va immanquablement impliquer un déficit de légitimité et de son pouvoir personnel, et du pouvoir en général. Alors qu'une victoire au second tour, qui correspond plus ou moins à la réalité de sa force politique actuelle (environ 45% des gens sont prêts à voter V. Poutine), permettrait de faire passer V. Poutine sans trop recourir aux ressources administratives. Et ainsi de pouvoir opposer aux revendications de l'opposition des élections légitimes ... donc non critiquables.
Les deux buts - réussir au premier tour et ne pas provoquer de réactions de masses - sont incompatibles. Cette position est partagée par la grande majorité des analystes politiques.
Mais ici la question n'est plus celle d'une analyse. Il s'agit de réaliser la volonté royale.
Volodine est devenu le Grand Chancelier de ce pouvoir moribond.
vendredi 28 octobre 2011
Youri Loujkov veut défendre sa réputation devant la justice
Юрий Лужков подал в суд на Сергея Нарышкина
Кремль советует бывшему мэру не увязывать дело с политикой
Кремль советует бывшему мэру не увязывать дело с политикой
L'ancien maire de Moscou, Youri Loujkov, a été appelé comme témoin dans l'affaire de la banque de Moscou. Selon le porte-parole du Kremlin, N. Timochenko, cette affaire n'a rien de politique, il est même amusant et stupide de parler du caractère politique des actions de l'ancien maire de Moscou, c'est simplement une affaire de corruption. Y. Loujkov ne l'apprécie pas de la même manière et a déposé un recours devant la justice contre le chef de l'Administration présidentielle S. Narychkine, pour défendre son honneur. Il demande une compensation morale d'un million de roubles.
En effet, S. Narychkine avait déclaré dans les médias que la démission de ses fonctions de Youri Loujkov était due à l'inefficacité de la gestion de la ville de Moscou et au niveau inacceptable de corruption dans la ville entretenu par lui et son entourage.
Au journal Izvestia, Loujkov répond que, en ce qui concerne l'efficacité de la gestion de la ville, c'est aux moscovites d'apprécier et non à l'administration présidentielle. Or, il a plusieurs fois été réélu dans des élections ouvertes à la concurrence et jusqu'au jour de sa démission des fonctions, le pouvoir ne lui a jamais fait une seule remarque quant à la gestion de la ville, il a même été décoré par Medvedev pour son activité.
Quant à Elena Batourina, l'épouse de Y. Loujkov, elle déclare être prête à recourir également en justice contre les propos de S. Narychkine, qui doit soit prouver ce qu'il avance, soit démissionner et s'excuser publiquement. ce qu'elle n'attend évidemment pas de se part.
Il faut toutefois rappeler que la déclaration de S. Narychkine a été faite le lendemain de l'interview de Loujkov sur radio Svoboda où il critiquait vertement l'action de Medvedev. Il a par ailleurs précisé sur TV Dojd ("Дождь") que c'est justement le lendemain de sa déclaration qu'il a été appelé à comparaître comme témoin dans l'affaire de la banque de Moscou.
L'équipe et l'entourage de Loujkov étaient ils impliqués dans des shémas de corruption ou de détournements de fonds? Les moscovites ont peu de doutes à ce sujet. Mais il est vrai que ce n'est pas une raison suffisante pour attaquer la réputation d'un homme - sans avancer de preuves. Problème: le pouvoir était au courant depuis longtemps des activités de Loujkov et de son entourage, pourquoi tout à coup réagir et n'avancer aucune preuve? Le shéma impliquerait-il trop de personnes?
Autre fait intéressant: le pouvoir est à ce point décridibilisé que toute action pour lutter contre la corruption prend une dimension politique. C'est peut être vrai. Peut être pas. Mais systématiquement le doute apparaît. Ce qui entrave encore l'efficacité des actions menées dans ce domaine.
Peut être aussi parce que la lutte contre la corruption n'a pas une dimension systémique, mais beaucoup trop personnelle.
mercredi 26 octobre 2011
Le mur de la peur ou comment l'administration présidentielle veut se protéger du peuple
Voir sur le thème: http://www.grani.ru/Politics/Russia/Regions/m.192611.html
L'élément le plus dangereux de tout système politico-juridique, c'est le peuple. Cet élément incontrôlable pour le pouvoir. Cet élément incontournable pourtant, puisque le pouvoir politique doit s'appuyer sur le peuple pour être légitime. Mais cet élément incongru qui empêche les dirigeants de pouvoir tout décider entre eux. Tout serait tellement plus simple s'il n'y avait pas de peuple...
Evidemment il n'est pas possible de physiquement l'éliminer - il est de toute manière quantitavement trop important. Et de nos jours, ça ne se fait plus.
Mais il est possible de le cacher. Ou de se cacher de lui. Cacher le pouvoir du peuple. Ou cacher le peuple du pouvoir. Tout dépend de quel côté de la barrière se porte le regard.
Et l'administration présidentielle russe a eu la lumineuse idée de construire une barrière, discrètement, sans consultation de la population, autour de ses futurs bâtiments dans le centre historique de Moscou.
Bien sûr, les anciens bâtiments dans le Kremlin ont besoin de travaux fondamentaux de rénovation et une partie de l'administration présidentielle doit déménager. Bien sûr le Kremlin les protégeait déjà du bon peuple, puisque si l'accès est ouvert au public, une jolie petite ligne de peinture sur le sol vous indique la frontière à ne pas dépasser. La sécurité est alors plus facile à organiser.
D'où l'instinct de recréer une ville fermée dans la vieille ville, qui bloque le passage de la population dans deux rues, qui bloque l'accès à une église ancienne - restreingnant ainsi non seulement la liberté d'aller et venir, mais également la liberté du culte - et à d'autres bâtiments historiques souvent visités par les touristes.
Comme le souligne l'association de défense du patrimoine culturel "Архнадзор", cette situation de limitation de la circulation des personnes ne s'est plus vue en Russie depuis que, en 1955, Khrouchtchev rend l'accès libre au Kremlin fermé sous Staline. Même à l'époque des attentats terroristes, l'administration présidentielle ne s'était pas barricadée contre la population.
Mais les services de sécurité sont fermes. S'ils peuvent penser à aménager un certain accès à l'église, le mur qui entoure les nouveaux bâtiments de l'administration présidentielle est essentiel pour pouvoir garantir la sécurité des hauts fonctionnaires qui y travaillent.
Auraient-ils à ce point peur d'un mouvement révolutionnaire? Seul cet aspect peut expliquer réellement l'adoption d'une mesure à ce point stupide et de toute manière inefficace! Le pouvoir a-t-il encore besoin de noircir son image en période pré-électorale pour devenir une caricature de lui-même? Ou bien l'impunité de fait dont il bénéficie lui monte-t-elle à la tête et maintenant tout est possible, ouvertement, sans même penser à sauver les apparences?
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