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mercredi 11 juin 2014

Chronique de C. Voos: Pourquoi le « reset » USA-Russie annoncé par Obama à l’été 2009 n’a-t-il jamais été envisagé sérieusement ou Brzezinski en héritage ?




Exclusion du G8, sanctions, isolement de la Russie par l’Occident, relance de l’OTAN en Europe,… le tout sur fond de crise en Ukraine et son corollaire, « le pivot russe » vers la Chine concrétisé par l’accord gazier signé à Shanghai en mai dernier.

Dans le Monde Diplomatique (abonnés) du mois de mai, un long article (1) de Jean Radvanyi dresse le cadre global du conflit actuel : la pression atlantiste contre la Russie pour qu’elle ne déborde pas de ses frontières :

«  En proposant en 2008 à l’Ukraine et à la Géorgie d’entrer dans l’OTAN, ou en négociant avec Kiev, fin 2013, un accord d’association avec l’Union européenne, les dirigeants américains ou européens contribuaient au refoulement des intérêts de la Russie sur ses propres frontières, et ils en étaient parfaitement conscients. Une partie des dirigeants américains rejoints par ceux d’Etats européens comme la Pologne ou la Suède, n’ont jamais abandonné la stratégie énoncée en son temps par Zbigniew Brzezinski ».

Qu’en penser ? La bonne vieille doctrine de l’Américain Zbigniew Brzezinski serait-elle toujours à l’œuvre au sein des élites américaines ?

En 1991, la Russie renonçait à son modèle communiste et se ralliait au modèle américain.

A priori, les Etats-Unis n’avaient plus à considérer la Russie comme une ennemie et l’OTAN, alliance défensive contre l’URSS, n’avait plus de raison d’être.

Pourtant, « l’euphorie » engendrée par la « Fin de l’histoire » fut  de toute évidence de courte durée !

Dès 1996, l’OTAN intervenait en Bosnie en faveur des Bosno-Croates et des Bosno-Musulmans, contre les Bosno-Serbes, soutenus par la Serbie, alliée traditionnelle de Moscou.

A l’époque, Russie n’a même pas été consultée, l’état de son armée la faisant passer comme quantité négligeable.

Ensuite, en 1999, l’OTAN bombardait Belgrade sans le moindre mandat de l’ONU.

L’élargissement de l’OTAN aux pays de l’ex-Europe de l’Est et de l’ex-URSS était décidé !

L’affrontement entre Washington et Moscou, que l’on nous présentait comme une lutte entre le capitalisme et le communisme, n’avait donc pas cessé. Le conflit subsistait alors que son objet avait disparu  … ?

So what ?  Comment expliquer cette anomalie ?

Dans un ouvrage publié en 1997, Le Grand échiquier (2), le politicien américain d’origine polonaise, Zbigniew Brezinski élabore une véritable doctrine dont le fondement est que l’Eurasie est au centre du monde, et donc que  « quiconque la contrôle, contrôle la planète ».

L’autre point clef est que l’Eurasie est le seul continent sur lequel « un rival potentiel des Etats-Unis peut apparaître ».

L’ouvrage passe alors au crible les pays potentiellement concurrents :

  • Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France y sont décrits comme étant  à peu près sous contrôle, « leurs ambitions appartenant au passé » (sic !),  tant qu’ils restent intégrés dans le « système euro-atlantique » (UE et OTAN), ils  ne représentent guère de danger.
  • Le Japon et l’Inde sont jugés trop périphériques.
  • Reste la Chine, auquel il ne consacre que quelques pages, ce qui prête à sourire  puisqu’elle apparaît maintenant comme la rivale la plus probable.
  • Et enfin, la Russie sur laquelle il focalise toute son attention.
Par sa taille et par sa position géographique, la Russie est présentée comme la seule menace latente pour l’hégémonie américaine.

Elle est spatialement en situation de former un Empire, il faut donc trouver tous les moyens pour l’en empêcher :

  • Il faut faire entrer dans le « système euro-atlantique » tous les pays de l’ex-URSS, à savoir les Pays Baltes, l’Ukraine et les pays du Caucase. La solidité du « système euro-atlantique » reposant sur le lien structurel qui doit exister entre ses deux piliers, l’UE et l’OTAN : tout élargissement de l’un doit suivre ou précéder celui de l’autre. C’est d’ailleurs bien ce qui a été fait en 2004, en 2007 (Roumanie, Bulgarie), en 2013 (Croatie). En regardant la carte de l’UE de la revue géopolitique de Pierre Verluise (3), on peut comprendre que lorsqu’on se sent visé en Russie par une politique d’encerclement, il ne s’agit pas seulement de paranoïa.
 
  • Parallèlement, les Etats-Unis doivent « garantir et renforcer le pluralisme géopolitique dans l’espace post-soviétique » c'est-à-dire contrecarrer tout retour d’influence de Moscou dans les pays indépendants appartenant à cet espace et ce quel qu’en soit  le prix, quitte à avoir de moins bons rapports avec la Russie. Les révolutions de couleur sont passées par là !
  • La clef de voute de cette politique est d’empêcher à tout prix le rapprochement entre l’Ukraine et la Russie car parmi tous les Etats issus de l’URSS, seule l’Ukraine dispose d’un poids économique et démographique suffisant pour augmenter significativement la puissance de la seule Russie.

  • Enfin une petite touche sur l’UE : Brzezinski écrit sans détour que son élargissement à toute l’Europe et à la Turquie sert les intérêts à long terme de Washington, le très grand nombre de membres étant pour les Etats-Unis la garantie que jamais l’UE ne pourra devenir une entité politique et donc une autre rivale potentielle en Eurasie !
L’analyse de Brzezinski éclaire le contexte de l’après-guerre froide.

Pendant la guerre froide, Washington ne combattait pas Moscou seulement parce qu’elle était le centre du communisme mondial. Celui-ci disparu, Washington se doit de continuer à combattre Moscou ; qu’elle se soit convertie ou pas au capitalisme et à la démocratie n’y change rien.

La doctrine Brzezinski n’a jamais été officiellement déclarée politique d’Etat par Washington, mais il suffit d’en énoncer les grandes lignes, comme nous venons de le faire, pour s’en persuader. L’Ukraine est en effet le pivot de cette doctrine. La couper de Moscou est l’assurance que la Russie ne puisse jamais reconstituer une puissance.

C’est également ce que dit en substance, l’article (3) tout récent de Charlotte Bezamat et Pierre Verluise  du 7 juin : « Il s’agit  de gagner l’après- guerre froide, et de sortir les anciens Etats communistes de la zone d’influence russe » et d’en conclure que quelque soit le régime ou la personnalité du Président russe en place à Moscou, présent et avenir, la Russie sera considérée comme une ennemie, au mieux une concurrente, par Washington.

Articles et livre cités :


(2) Brzezinski Zbigniew, Le Grand Echiquier, Paris, Hachette, 1997, 273 p.




 

lundi 27 janvier 2014

Chronique de Caroline Voos: Regard sur les relations Russie-UE à la veille du Sommet du 28 janvier 2014


Réflexions à l’adresse des dirigeants européens :

Après l’échec du Sommet de Vilnius sur le Partenariat oriental du 28, 29 novembre 2013, l’UE doit mener un dialogue de rapprochement avec la Russie et avec les pays du Partenariat oriental (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldavie, Ukraine, Biélorussie), sans placer ces derniers devant un choix très artificiel.

Pourtant un dialogue existe bel et bien avec la Russie depuis 16 ans ! (Accord de partenariat et de coopération de 1994 entré en vigueur en 1997). Mais le bilan est resté maigre. Un effort pour le relancer a été engagé en 2007, puisque l’APC venait à expiration. L’idée était de le remplacer par un accord ambitieux, « le Partenariat stratégique ». Comme les négociations s’enlisaient, un accord intérimaire appelé « Partenariat pour la modernisation » a été adopté en 2010 qui a contribué à relancer la promotion des quatre espaces communs (économique ; de liberté, de sécurité et de justice ; de sécurité extérieure ; pour la recherche et l’éducation).

Mais les résultats sont restés relativement modestes.

Lors du futur Sommet Russie-UE de janvier 2014, Moscou attend, à nouveau, un signal politique pour la reprise des négociations sur un nouvel accord de partenariat et de coopération (APC).

Alors ?

Renouer un dialogue politique et économique avec la Russie s’avère plus que jamais indispensable.

Sur le plan politique :

L’UE n’a jamais reconnu la vocation à l’adhésion des pays du partenariat oriental mais n’a pas dit non plus que cette perspective était exclue à jamais.

Elle doit donc lever cette ambiguïté de manière à éviter que sa politique de voisinage oriental ne soit perçue par la Russie comme un effort pour constituer un glacis.

Il n’est donc pas souhaitable que les pays du Partenariat oriental se trouvent sommés de choisir entre la Russie et l’UE alors qu’ils ne peuvent trouver une réponse concrète à leurs difficultés actuelles, ni du côté de la Russie seule, ni du côté de l’UE seule.

Il serait donc de bon ton que l’UE s’abstienne de renforcer cet antagonisme mais s’efforce plutôt de le réduire.

D’autre part, il faut arrêter de faire du lancement de l’Union douanière eurasiatique un épouvantail. Au contraire, il serait intéressant d’envisager des négociations commerciales globales entre l’UE et cette nouvelle zone, de façon à engager une ouverture commerciale à l’échelle du continent, qui pourrait être mutuellement profitable.

Dans un autre registre, il semble que la suppression de l’obligation de visa pour les courts séjours, permettant la circulation du plus grand nombre entre l’Est et l’Ouest, représenterait le meilleur moyen de rapprochement sur des valeurs fondamentales communes.

Deuxièmement, sur le plan économique :

Les ressources énergétiques viennent en tout premier lieu dans les relations économiques UE-Russie. Les trois quarts des importations européennes en provenance de Russie sont constituées de ressources énergétiques. Le marché européen absorbe à lui seul les deux tiers des exportations russes dans ce domaine.

Quand on parle énergie, on pense au gaz et donc forcément à Gazprom.

 Dans ce contexte, il est permis de se questionner sur l’application rigoureuse de la clause anti Gazprom inscrite dans le troisième paquet énergétique pour interdire la possession du réseau de distribution gazier par une entreprise fournissant du gaz. Gazprom a construit sur ses ressources des gazoducs cohérents avec les livraisons envisagées. Ce n’est pas illogique. S’il doit céder 50% des capacités à d’autres opérateurs, comment pourrait-il honorer les contrats ? L’UE ayant besoin d’importer ce que la Russie a besoin d’exporter, il doit pouvoir être possible d’aboutir à des conditions acceptables pour les deux parties et stables sur le long terme. Il va bien falloir accepter cette réalité qui est celle d’une interdépendance entre la Russie et l’UE.

Que conclure de ce qui précède.

La Russie d’aujourd’hui semble tentée de se tourner davantage vers l’Asie, dont le dynamisme économique éblouit. La Russie reste un pays de civilisation européenne, mais pourrait ne plus avoir une politique euro centrée. Elle a cessé de considérer l’Europe comme une priorité absolue. Cependant,  la proximité géographique, historique et culturelle impose une stratégie pragmatique de la part de l’UE : intensifier les relations économiques permettra d’établir de meilleurs liens politiques. La Russie peut jouer un rôle de pont vers l’Asie.

Ne pas saisir cette opportunité conduira à un rapprochement accru entre Moscou et Pékin, aux conséquences politiques et stratégiques incertaines. Combien de fois faudra-t-il encore le rappeler aux dirigeants européens ? La Russie est avant tout une puissance européenne et un acteur clé sur le continent depuis près de trois siècles.

C’est cet arrimage européen qu’il convient de préserver, de consolider …

Articles de référence sur ce sujet :


Voix de la Russie, Victoria Issaïeva : Interview Arnaud Dubien. : http://french.ruvr.ru/radio_broadcast/5646129/249437354/


 

jeudi 17 novembre 2011

L'Eurasie: l'avenir de la Russie?

Единороссы верят в единую Евразию
Но пока не решили, как ее создать


Edinaya Rossiya voir l'avenir de la Russie dans l'Eurasie et appelle non seulement les anciens pays de l'URSS à en faire partie, mais également d'autres comme Cuba ou le Vénézuela. Mais sont-ils prêts à entrer dans l'Union, Edinaya Rossiya ne le précise pas.

Le temps est venu, selon B. Gryzlov, d'analyser sérieusement cette question, puisqu'il existe un fondement historique - le passé commun - et des instruments - la langue russe et les intérêts économiques.

Si l'entrée dans l'Union européenne reste une perspective à long terme dont l'issue n'est pas évidente, la place de la Russie dans une Union eurasiatique est naturelle. Et sur le plan géopolitique, aujourd'hui, les puissances se développent sur des niveaux de coopération régionale.

L'Eurasie se présente comme le prolongement de l'idée lancée par V. Poutine sur l'espace économique commun, qui au 1er janvier sera une réalité sur le plan douanier pour la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan. Cette idée serait soutenue par 48% de la population au Kazakhstan et 55% en Russie. Il s'agirait d'une union de pays souverains.

Pourtant, comment concrètement réaliser cette Eurasie, personne ne le sait encore, même si peu de doutes subsistent sur sa concrétisation. Comme le rappelait V. Poutine, "celui qui ne regrette pas l'URSS n'a pas de coeur, celui qui rêve de retourner à l'URSS n'a pas de tête".

L'Eurasie peut effectivement être une porte de sortie pour la Russie, essentiellement sur les plans économiques et géopolitiques, cette zone devenant un enjeu central dans la géopolitique contemporaine. Mais les problèmes intérieurs de la Russie se répercutent sur la vision de l'Eurasie: l'absence de vision politique d'ensemble qui affaiblit la Russie, bloque également le développement du processus eurasien. La Russie n'a pas, pour l'instant, de projet d'avenir à exporter.