Rostislav Ishchenko, ancien analyste еt conseiller ukrainien réfugié en Russie où il écrit maintenant pour l'agence d'information RIA Novosti, vient de sortir un article plus que surprenant. Analysant la politique russe, sur fond de conflit en Ukraine, il tire l'étrange conclusion que la politique du patriotisme aujourd'hui en Russie produirait le Maïdan d'hier à Kiev. Son argumentation est fort intéressante, même si cela sent l'article de commande. Une certaine manipulation intellectuelle, parfois naïve, fait sourire et est révélatrice du malaise d'une partie de la population russe qui se sent libérale, comprend qu'elle ne peut pas ne pas aimer son pays (l'on n'est plus dans les années 90), mais qui ne partage pas la politique menée qui tend à compliquer son quotidien et génère une haine viscérale pour les patriotes, dont I. Strelkov est devenu pour eux l'homme à abattre. Alors ils se cherchent des explications alambiquées et des excuses crédibles. Voyons un peu le texte avant de l'analyser.
Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog où nous allons tenter de décrypter l'actualité politique russe, donner la dimension de toute sa richesse et sa complexité. Sans clichés et sans partis pris. Sans vouloir plaire à tout le monde.
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vendredi 10 juillet 2015
mercredi 15 avril 2015
La provocation patriotique ou la nouvelle technologie de déstabilisation en Russie

La danse des abeilles
De nouvelles technologies de déstabilisation de la société russe sont apparues. Le bon vieux temps des insultes contre V. Poutine dans les réseaux sociaux ou des caricatures est passé, les grandes marches libérales anti-régimes ont tourné court, il a fallu faire preuve de créativité. Et pour qu'une méthode fonctionne, il faut également que le terreau soit fertile. Or, un des points faibles de la société russe actuelle est le mauvais goût. Elle n'en a pas le monopole, loin de là, mais la société française, par exemple, est alignée donc n'encourt pas les mêmes risques. La société russe, elle, est plus exposée.
Le mauvais goût s'affiche à la télévision par des émissions de télé-réalité plus stupides les unes que les autres, des "spectacles musicaux" on ne peut plus kitches, par le culte d'un moi artificiel surdimensionné. Le message passé est très simple: aimez vous mettre en scène, provoquez pour exister, sinon vous êtes rétros, hors jeu. Tout ce qui est vieux est dépassé, seul le neuf, le nouveau, le jeune a de la valeur. L'instant est roi, le temps n'est rien.
Face à ce message extrêmement destructeur de nos sociétés modernes, les structures publiques et une part de la société en Russie tentent de réagir. Comme ils le peuvent. Notamment en s'appuyant sur un système de valeurs plus traditionnelles. Et leur réaction pourrait être efficace si le problème était naturel. Mais en remontant la chaîne, on voit apparaître des fils dépassant les frontières.
Voyons comment les abeilles d'Orenbourg ont enflammé les médias, comment des petits soldats de plombs n'ont le droit d'être que dans un seul camp. Pas facile de jouer à la guerre quand elle se déplace insidieusement sur son territoire.
mardi 15 juillet 2014
Pourquoi les enfants de l'élite russe vivent-ils à l'étranger?
En d'autres temps, Edouard Herriot, Président du Conseil sous la Troisième République française, écrivait: "L'amour de la patrie prolonge l'amour de la famille; l'amour de l'humanité prolonge l'amour de la patrie". Cela traduisait une autre culture d'Etat, une autre culture politique. Aujourd'hui, la Russie est sous le choc de l'enlèvement du fils du député Seleznov par les Etats Unis, alors qu'il était en vacances aux Maldives. Et l'idée d'un projet de loi illumine certains esprits: pour régler le problème, il faut interdire à certaines catégories de personnes travaillant pour l'Etat d'avoir des proches à l'étranger. Le gourdin pour remplacer la culture? Mais les députés s'y opposent, il faut dire que de nombreuses personnalités russes de premier plan ont leurs enfants à l'étranger. Est-ce normal ou y a-t-il un problème?
vendredi 18 avril 2014
De Poutine à Lavrov: l'inconnue est le prix de la victoire
Voir: http://www.gazeta.ru/politics/2014/04/17_a_5996289.shtml
http://izvestia.ru/news/569452
http://russian.rt.com/article/28230

J. Kerry et S. Lavrov hier à Genève
http://izvestia.ru/news/569452
http://russian.rt.com/article/28230

J. Kerry et S. Lavrov hier à Genève
Hier, deux évènements qui n'en font qu'un: la conférence de presse de V. Poutine ou sa discussion avec la "population" et la conférence de presse du ministre russe des affaires étrangères S. Lavrov. L'un à Moscou, l'autre à Genève. Les deux sur l'Ukraine officiellement, les deux sur la sortie du rapport de force entre la Russie et les Etats Unis.
Prenons dans l'ordre. Du général au particulier. La conférence de presse de V. Poutine s'est produite dans un format très particulier, elle ressemblait plus à un débat avec l'élite, qu'avec la population. La tension était palpable, l'ambiance très lourde et la gestuelle présidentielle le confirmait - notamment le gratouillage perpétuel de la main gauche. Quels secrets contenait-elle cette main pour y porter autant d'attention?
Le centre de toutes les attentions était la Crimée et l'Ukraine, les questions sociales et économiques furent traitées également à travers ce prisme. La phrase marquante a été prononcée par l'opposante I. Khakamada , figure politique des années 90: "Vous êtes le vainqueur". Au fait, juste à ce moment-là, il y a eu une interruption de la diffusion de Russia Today aux Etats Unis. Peu importe. Toute la presse russe, même libérale, même d'opposition, le reconnaît, l'affirme, et reprend son souffle.
Car tout au long de la conférence presse le même refrain est chanté: Nous sommes gentils, nous sommes ouverts, nous sommes européens, il faut nous aimer. Donc, les libéraux respirent, ils ne retournent pas en Union Soviétique. Plus sérieusement, il est vrai que le conflit ukrainien a provoqué des réactions nationalistes en Russie, qui pouvait conduire à une rupture sociale. La volonté de pénaliser les journalistes, la volonté de renforcer la haute trahison, ce clown de Jirinovsky paradant en militaire à la Douma. Toutes les tentatives de certains députés de radicaliser et fermer la liberté d'expression heureusement furent très largement désavouées et ne purent passer. Mais l'ambiance, le ton était donné. Le patriotisme combattant, et d'ailleurs jusque là gagnant. Mais toute chose a une fin et le patriotisme pour être profond et sincère n'est pas obligatoirement combattant. La Crimée et Sébastopole sont redevenus russes. L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe joue à la provocation avec la Russie, la délégation russe envisage la possibilité d'en sortir définitivement. Hier, V. Poutine a mis en terme à ces poussées dangereuses de repli sur soi.
Premièrement, il faut savoir s'arrêter. La Crimée était russe, elle l'a voulue unanimement, elle est rentrée à la maison. Mais l'Ukraine de l'Est est ukrainienne et le scénario ne se renouvellera pas, les circonstances sont trop différentes. Donc les va t'en guerre doivent se calmer et reprendre contact avec la réalité: la Russie ne veut pas récupérer l'Est de l'Ukraine, elle a besoin d'une zone tampon avec l'OTAN, elle a besoin d'une Ukraine dont tous les territoires ne soient pas anti-russes.
Deuxièmement, la Russie ne doit pas sortir des organismes internationaux, elle doit continuer le dialogue puisqu'elle est un acteur important sur la scène internationale. Même si la mode est la stigmatisation de la Russie, que ce soit au Conseil de l'Europe ou à l'UE. Pour la première fois, V. Poutine souligne l'impuissance des chefs d'Etats européens soumis à Bruxelles et à ses fonctionnaires, qui eux sont soumis à la volonté et aux intérêts du Département d'Etat. Autrement dit, l'Europe n'est pas l'UE, il faut faire avec, car il existe au sein de ces Etats des courants différents qui ne sont pas pour une vision néolibérale du monde et de la politique. La Russie a sa place comme symbole des valeurs traditionnelles dans une gouvernance moderne.
Bref, un discours de vainqueur? Peut être. Un discours de mise au point en tout cas. Surtout avec les élites nationales, un discours de réconciliation nationale. Maintenant il faut consolider, construire, affermir et aller de l'avant. Tous ensemble. C'est pourquoi les opposants à la réunification furent invités à s'exprimer, tout comme les médias critiques. Même quelques mots gentils à l'égard de la chaîne Dojd. Bref, on est une grande famille. L'euphorie de la première victoire est passée.
La main est tendue, c'est incontestable, mais sera-t-elle vraiment saisie? Qu'est-ce qui va changer pour que d'un coup d'un seul, quelque chose change à l'intérieur? Pour que l'élite d'opposition devienne constructivement critique?
Voici la première main tendue sur la scène intérieure. Une autre main a été tendue sur la scène internationale, à Genève. La Russie accepte les négociations avec des représentants des Etats Unis, de l'UE et de l'Ukaine, qui pourtant est venue sans aucun membre de l'Est dans ses rangs. Un accord étrange est conclu:
- Renforcer le discours pacifique intérieure en Ukraine entre les différentes parties au conflit. Magnifique, mais pourquoi alors n'étaient-elles pas représentées et pourquoi la Russie qui insistait à ce point sur cet aspect ne l'a pas souligné?
- Déposer les armes. Superbe! Mais cela risque de ne concerner que l'Est qui se défend contre l'armée, les forces spéciales et les unités du Secteur droit. Car si le Secteur droit n'est pas désarmé, si l'armée ne rentre pas dans ses baraques, autant demander aux gens de se suicider. Bref, qui va commencer?
- Rendre les bâtiments occupés à leurs "propriétaires" légitimes. Evidemment! Cela ne concernera à nouveau plus que l'Est (à moins de réellement remettre en cause la légitimité du régime autoproclamé de Kiev avec la légitimité du peuple de Maïdan), qui doit donc reconnaître légitime l'arrestation de ses leaders, quitter la place sans aucune garantie.
- En contre partie il doit y avoir une amnestie générale, sauf pour les personnes ayant commis des crimes graves. Aurait-on oublier que les militaires qui ont refusé de tirer sont qualifiés de traitre? Que les gens qui ont pris les bâtiments sont qualifiés de terroristes? Est-ce une reddition que la Russie vient de signer? Car comment interpréter ces dispositions, quand on sait que les anciens Berkut hospitalisés à Kiev ne sont ni nourris ni soignés?
- Il faut nettoyer les rues et les places. On attend de voir à Maïdan :)
- Et le tout doit être majestueusement garanti par l'OSCE dont on connaît l'efficacité, surtout en période de conflit. Ses membres sont plus doués pour financer des programmes visant à influencer les politiques intérieures, à user de soft power pour soutenir l'opposition et écrire de magnifiques projets de loi ou de Constitution, qu'à régler des conflits ouverts.
Bref, à quoi ressemble cet accord? Dans le meilleur des cas, à rien, car il est inapplicable. Dans le pire des cas, la Russie a négocié l'Est contre la Crimée. Dans tous les cas, c'est de la real politik. J. Kerry se souvient certes des droits des populations russophones, mais il ajoute également que si rien n'est fait rapidement, de nouvelles sanctions contre la Russie seront prononcées. A ce sujet, il se souvient de la population - russe de Russie - qui ne doit pas souffrir de ces sanctions, mais, bon, rien de personnel, c'est le jeu.
Et n'oublions pas la mise en scène. La tribune américaine devant les drapeaux, les autres délagations autour de la table, en gentils petits écoliers. C'est la guerre de la communication, certes, mais comme d'habitude, celle-ci la Russie l'a perdue.
Car voici aussi ce que l'on peut retenir de cette étrange journée d'hier:
- Poutine reconnait la présence des hommes en verts/soldats russes en Crimée et l'opposition de s'engouffrer dans la brèche en disant que du coup on ne peut plus rien croire de ce que V. Poutine raconte.
- En refusant de sortir des organismes internationaux, V. Poutine veut insister sur l'ancrage fondamentalement européen de la Russie, dont l'Occident pense-t-il ne peut faire l'impasse.
- En discutant à Genève avec les représentants de l'Ukraine, sans les représentants de l'Est, c'est une reconnaissance de facto du gouvernement en place.
- Quand J. Kerry dit refuser de traiter de la question de la Crimée, c'est une reconnaissance de facto du rattachement de la république à la Russie.
Victoire, oui la Crimée est russe. Mais tout cela ressemble à un jeu de dupes, chacun veut garder la face et fixer un avantage. Toute victoire a un prix et le sentiment est que c'est justement ce prix qui est entrain de se négocier.
jeudi 26 septembre 2013
Le prochain discours de V. Poutine au Parlement doit consacrer l'unité nationale
Voir: http://izvestia.ru/news/557652
Mi décembre, V. Poutine doit faire son discours annuel devant le Parlement russe. Le texte du discours est encore en discussion à l'Administration présidentielle et doit passer devant le Front populaire, mais les grandes lignes en sont déjà connues.
L'enjeu essentiel de la Russie aujourd'hui est l'instauration de l'idée nationale, de l'unité nationale, face à la diversité ethnique. Autrement dit, il s'agit de sortir du discours de la Russie multi-ethnique, pour s'appuyer sur une Russie Etat-Nation, dont le peuple appartient à différentes ethnies. A l'heure du renforcement des tensions ethniques, l'avènement d'une Russie-Nation est fondamentale. Tout à la fois pour ancrer l'idée d'une appartenance unique au-delà de la diversité, pour ancrer de cette manière le pacte politique qui unit la population d'un pays. Mais encore, la nation est le seul concept en Europe qui permette de justifier et légitimer les frontières. Comme l'histoire russe a déjà largement démontré le danger des revendications nationales, la reconnaissance de la Nation russe doit permettre d'écarter ce risque, en permettant les changements politiques, les changements de politique indépendamment de l'intégrité territoriale.
De l'idée de Nation, découle différents concepts. Tout d'abord la souveraineté. Et en liant souveraineté et nation, le Président veut réellement développer un discours sur l'Etat-Nation en Russie, ce qui est une révolution des paradigmes. Le patriotisme, compris dès lors comme le respect et la défense de son pays, qui est sa patrie, figure affective de la nation politique. Et cela entraîne également certains mécanismes et comportements. La lutte contre la corruption, celle-ci ne coïncidant pas très bien avec le patriotisme. La normalisation de l'opposition, à savoir l'intégration dans le système politique de l'opposition non-systémique pour qu'elle puisse participer au développement de l'Etat. Sans oublier les mesures sociales qui doivent permettre de soutenir les couches sociales qui en ont besoin.
L'affirmation d'une Russie unie et souveraine dans un monde globalisé et développant des liens inféodant devient réellement la voie russe, troisième voie, conjugant intégration et indépendance.
jeudi 27 décembre 2012
L'affaire Pozner: tentation de censure ou mauvais goût?
Voir: http://www.kommersant.ru/doc/2100406
Tout d'abord, il y a eu des rumeurs sur le départ précipité de Pozner, journaliste animateur d'une émission politique, hésitant entre complaisance et critique plutôt timorée somme toute. Ce journaliste, de nationalité russe, française et américaine, ayant vécu dans ces trois pas, cosmopolite par excellence serait allé trop loin en critiquant l'adoption de la loi réponse à la Liste Mgnitsky.
Les députés de toutes fractions s'énervent, s'en prennent à ses paroles, à son lapsus sur ce parlement d'un autre pays, en appellent au patriotisme bon ton. Le préviennent du prochain dpôt d'un projet de loi ayant pour but d'interdir l'accès aux chaînes publiques nationales aux journalistes étrangers ou financés par l'étranger critiquant la Russie. Ici la Douma hésite entre la censure facile et le mauvais goût tout simplement.
Et l'on en revient au rôle du journaliste. Un journaliste a -t-il le droit de donner librement son opinion ou doit-il présenter objectivement une information? Et l'objectivité est-elle possible?
L'émission présentée par Pozner est une émission politiqe engagée, raisonnablement critique. On pourrait presque dire du journalisme d'opinion. On peut partager ses prises de position ou pas, là n'est pas le problème. Toute opinion a le droit d'exister et le plus grand danger du journalisme est l'autocensure. Ce type de projet de loi tend à renforcer l'autocensure, ce qui est suicidaire, non seulement pour la professsion, mais également pour le pouvoir.
Le journaliste est le meilleur allié de l'équilibre des pouvoirs, le représentant principal du contre pouvoir. Il est cet enfant qui se doit de dire que le roi est nu. Si le journaliste ne peut le dire, plus personne n'osera. Cela n'implique pas qu'il ait raison dans ses opinions, ce ne sont que des opinions. Mais il a non seulement le droit d'exprimer son opnion, il en a surtout le devoir. Et si une loi doit être adoptée, elle doit garatir le pluralisme d'opinion.
Et il est trop facile d'en appeler au patriotisme, de demander à un individu de choisir son clan, de rappeler que ses nombreuses nationalités lui permettront de toute manière de trouver du travail ailleurs. Mais la question est de savoir, pourquoi ailleurs? Pour certains, le patriotisme passe par la critique, lorsqu'elle est constructive. Ce patriotisme au rabais ressort plus du mavais goût que de la censure.
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