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lundi 22 octobre 2018

Le nouveau film-scandale "La Fête" du blocus de Léningrad de Krassovsky ou des limites de la liberté artistique



Dans toute société, il y a un consensus autour des éléments sacrés qui forgent la mémoire nationale. Même si cela n'est pas formellement écrit dans la loi, l'on ne tournera pas de comédie autour du 11 septembre aux Etats-Unis, l'on ne tournera pas au ridicule l'Holocauste et ce pas uniquement à Tel Aviv, parce que ce sont des tragédies qui ont marqué les peuples, qui les soudent autour d'une même histoire. Parce que la conscience d'un peuple est faite de sang séché et de chaires brûlées. De cadavres qui ont permis de sauver le pays. De corps inertes sur lesquels les vivants s'appuient et sans lesquels ils tombent. En Russie, le blocus de Léningrad appartient à cette catégorie. Du 8 septembre 1941 au 27 janvier 1944, environ 1 million de personnes sont mortes et la plus grande partie d'entre elles de faim.
C'est dans ce "décor" que le nouveau réalisateur à la mode, Alexei Krassovsky, tourne une comédie noire mais légère pour le Nouvel An, qui se passe dans une famille "aisée" fêtant de manière gargantuesque le 31 décembre 1941, en petite robe légère, alors qu'il s'agit de l'hiver le plus froid, qu'il n'y a plus ni électricité ni chauffage. Une telle hargne du réalisateur face à l'histoire de son pays, cette manie de travestir la réalité en reprenant la propagande allemande et la participation d'acteurs connus obligent à s'interroger sur les déchirures de la société russe contemporaine, où une certaine "élite" postmoderne joue un rôle central dans la déstructuration du pays.

mardi 14 mars 2017

Turquie: ce que le scandale diplomatique nous apprend sur nous-même



Une crise diplomatique vient d'éclater entre l'Europe et la Turquie, suite au refus opposé au ministre des affaires étrangères turc par différents pays européens à la suite des Pays Bas, alors qu'il venait participer à des meetings politiques avant le référendum turc du 16 avril qui doit renforcer les pouvoirs d'Erdogan. Si refuser l'accès au territoire national à un ministre étranger se pratique plutôt avec les Etats ennemis, la propagande politique sur un territoire étranger est une pratique périlleuse. Mais le véritable problème soulevé par cette visite forcée est non-dit, car il ne peut être reconnu.

mercredi 12 août 2015

Kandelaki contre Utkin: le glamour contre le professionalisme

Permalien de l'image intégrée

L'on a parfois l'impression de se retrouver en 2011, quand le pouvoir, trop sûr de lui commettait certaines erreurs politiques qu'il pouvait facilement éviter. Il semblerait qu'une nouvelle fois le mauvais goût atteint des sommets tels, qu'il devient justement une erreur politique, de plus. Mettre Tina Kandelaki, jouant sur le glamour à la limite de la vulgarité, à la tête de la nouvelle chaîne nationale de sport est une idée pour le moins farfelue. Et en une semaine, elle a réussi à se mettre à dos le journaliste sportif vedette de notre époque, qui refuse de travailler pour elle. Plus qu'un désaccord, une vision du monde différente.

lundi 3 août 2015

Le mariage de D. Peskov: première grande faute politique du porte-parole du Président russe

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D. Peskov, porte-parole du Président russe V. Poutine, est habituellement un homme plutôt discret et particulièrement efficace, comme l'exige sa fonction. Pourtant, à l'occasion de son mariage surmédiatisé avec une ex-star du patinage artistique reconvertie dans le glamour, il vient de commettre plus qu'une faute de goût: une faute politique.

mardi 28 janvier 2014

La chaîne Dojd et la question du blocus de Léningrad: extrémisme ou point de vue?

Voir: http://izvestia.ru/news/564649
http://www.svoboda.org/content/article/25243821.html

Le blocus de la ville de Leningrad a duré du 8 septembre 1941 jusqu'au 27 janvier 1944. 1 200 000 morts, essentiellement de faim et de froid. Mais Leningrad, pendant la guerre, était devenu un symbole. Il fallait se battre au nom de ces gens qui résistaient envers et contre tout. Hitler voulait faire tomber Leningrad à n'importe quel prix, car la ville était symbolique, la raser de la carte, elle et ses habitants. La mémoire de cet acte héroïque, manifestement d'un autre temps, est resté gravé dans la mémoire collective. C'est en tout cas ce que l'on pouvait penser. Jusqu'à maintenant. Mais les temps changent, les mentalités aussi et les héros ne sont plus ceux qui se battent et meurent pour un idéal, mais ceux qui vivent à n'importe quel prix. Ils estiment à ce point le prix de leur vie, que celle-ci n'en a plus aucun. Illustration.
 
A la veille de la date anniversaire de cette libération, la chaîne de télévision Dojd lance un sondage, dans lequel on voit apparaître cette question: Aurait-il fallu donner Léningrad pour protéger des milliers de vie humaine?
 
La réaction est surprenante. Les réactions sont violentes, comment peut-on poser une telle question? C'est choquant. Et pas uniquement pour les vieux communistes, mais pour une partie de la population qui a vu un des membres de sa famille mourir dans le blocus, au nom de la lutte contre le nazisme, au nom de la liberté, au nom de la dignité humaine.
 
Sous le feu nourri des critiques, la chaîne retire la question et s'excuse. Pourtant ... pourtant... Avant que la question ne soit retirée, 54% de l'auditoire libérale de Dojd estimait qu'il aurait fallu abandonner la ville aux nazis.
 
Et la formulation de la question et la réponse apportée par une frange de la population fut un choc pour la société russe, qui y voit l'abandon de sa consience collective, un manque de respect face aux actes héroïques de cette génération qui a tout donné pour lutter contre le nazisme.
 
Le parti communiste a saisi la Procuratura pour qu'elle contrôle au regard de l'extrémisme les auteurs de la question et la chaîne de télévision, cette tentative de "détournement" de l'histoire n'étant pas la première.
 
Pourtant, Dojd trouve des soutiens dans certains milieux libéraux, représentés notamment par ceux de la radio Svoboda (Radio Liberty), qui estiment que si la formulation de la question est maladroite, il est non seulement possible, mais nécessaire de la poser.
 
Alors vous me permettrez, dans ce cas, de poser une autre question, devenant par là même tout aussi nécessaire. Si la question se pose pour 1,2 millions de personnes, comment ne pas la poser pour 25 millions de personnes. Autrement dit: l'URSS n'aurait-elle pas mieux fait de livrer les juifs aux allemands et de ne pas se battre? Elle aurait ainsi épargné la vie à 25 millions de personnes. Et pourquoi prendre des risques pour libérer les camps? Vraiment, la question doit être posée.
 
Comment? Comment? C'est extrémiste? Non, c'est absurde. Comme la question concernant le blocus de Leningrad. Mais c'est surtout pitoyable. Cela nous renvoie à une nouvelle conception de la valeur de la vie. La vie n'a pas de valeur en fonction de ce que l'on en fait, elle est en soi importante, sans rien en faire. Il suffit de manger, dormir, boire et se reproduire. L'important étant de prendre du plaisir. Encore du plasir. Et toujours plus de plaisir. Jusqu'à en être saturé. Jusqu'à en devenir cynique. Jusqu'à ce que la vie n'ait plus aucune valeur.
 
Les héros modernes ne peuplent plus les cimetières, ils sont bien au chaud devant internet. C'est en tout cas ce que d'aucuns aimeraient faire passer pour la norme, le culte du caniche.
 

lundi 9 décembre 2013

Le gouverneur de Sakhaline ou comment vivre au-dessus de ses moyens aux frais de l'Etat

Voir: http://izvestia.ru/news/562129

La lointaine région de Sakhaline se trouve au centre du dernier scandale médiatique. Le Gouverneur est soupçonné de détourner à son profit moyens et fonds publics. Le front populaire a soulevé le lièvre et un de ses membres, V. Lyssakov, vice-président du comité de la Douma pour la législation constitutionnelle a demandé à la Cour des comptes de vérifier l'utilisation des fonds publics dans la région.
 
Plus concrètement, le Gouverneur a passé commande pour une voiture, mais pas n'importe laquelle. Une Mercédes à 8 millions de roubles. Dans le même ordre d'idée, il a également passé commande pour deux hélicoptères d'un montant avoisinant le milliard de roubles ... avec salon VIP ... officiellement pour les services médicaux ... Alors que dans sa résidence il se fait construire une piste d'atterrissage pour hélicoptère. Pour la petite histoire, la région possède des avions affectés aux services médicaux, ce qui n'empêche pas le Gouverneur de les utiliser pour ses besoins propres.
 
Et la cerise sur gateau, 680 millions de roubles ont été affectés à l'amélioration de l'image de ce Gouverneur. Il est vrai qu'ils vont être nécessaires, mais pa forcément suffisants! Toutefois, la région dément l'utilisation de ces fonds pour l'amélioration de l'image - on notera qu'ils n'ont pas démentis les autres chefs d'accusation - en précisant qu'il s'agit du financement de la presse locale.
 
Précision intéressante, puisqu'ils ont fermé l'agence de presse locale en y envoyant le 28 novembre des forces de police afin de retrouver les originaux des lettres de simples citoyens d'un petit village, sur le fondement desquelles l'agence a publié un article où ces habitants demandaient à Poutine de les sauver de leur sénateur affairiste. La Procuratura a également été saisie de cette affaire.
 
Les instances de contrôle vont avoir de quoi s'occuper avec ce territoire éloigné de l'extrême orient russe. Peut être trop éloigné du centre politique du pays, tellement éloigné qu'il donne au Gouverneur un sentiment d'impunité, qui risque de lui être fatal sous peu.
 
 

lundi 11 novembre 2013

L'affaire du sénateur Korovnikov et la question de la limite de l'immunité parlementaire

Voir: http://izvestia.ru/news/560408
http://lifenews.ru/#!news/122475

Les membres de l'Assemblée parlementaire bénéficient d'une immunité, dont le but est de garantir leur indépendance. Mais, pour autant, ce régime spécial ne peut en aucun cas être une garantie d'impunité. Ne peut et ne doit l'être, comme l'illustre l'affaire du membre du Conseil de la Fédération (chambre haute de l'Assemblée fédérale russe), Alexandre Korovnikov.
 
Soupçonné d'être un intermédiaire dans une affaire de corruption liée à la préparation des championnats du monde de 2018, des journalistes de Life News ont voulu poser quelques questions à ce sujet à A. Korovnikov, alors qu'il se préparait à prendre le train avec sa jeune assistante. En voyant les caméras, il menace les journalistes de les envoyer sous le train s'ils commencent à tourner, s'en prend à la caméra, quant à son assistante, elle bloque le passage pendant que lui se dirige vers le train et tente à plusieurs reprises de brûler le visage de la journaliste avec sa cigarette (voir la vidéo dans le lien de Life News).

Choqués par cette attitude, des membres de la Douma et du Front populaire de Poutine veulent renforcer la protection des journalistes en cas d'agression lors de l'exercice de leur métier de la part des élus et fonctionnaires, afin de ne pas faire de l'immunité une impunité.

Cela est évidemment nécessaire, pourtant au minimum deux questions se posent.

La première concerne la logique de l'immunité. Celle-ci se divise, théoriquement en deux parties. Il existe d'une part l'irresponsabilité, qui est absolue et garantie à tout parlementaire de ne pouvoir être poursuivi, pendant et après son mandat, pour les actes pris dans le cadre de l'exercice de ses fonctions parlementaires et pour les opinions qu'il a pu émettre dans l'hémicycle. D'autre part, il y a l'inviolabilité qui permet de ne pas bloquer le travail d'un parlementaire par le lancement d'affaires pénales "sur commande". Dans ce dernier cas, un parlementaire ne peut être soumis à des mesures privatives de liberté pour les actes délictuels et criminels commis en dehors de l'exercice de ses fonctions, pour la durée de son mandat. ce qui n'empêche pas les mesures d'enquête. (voir le système français ici http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/immunite.asp).

Mais la limite est ici double. D'une part, l'attitude de ce sénateur doit donner lieu à une enquête, car l'inviolabilité n'empêche pas théoriquement la sanction pour les actes délictuels avérés. D'autre part, il s'agit ici d'un délit flagrant commis devant les caméras, ce qui réduit d'autant le champ de l'inviolabilité.

La seconde question concerne la morale politique, ou la moralisation de la vie politique, slogan que nous avons souvent entendu à une période en France. Un tel comportement est-il a priori acceptable au regard de l'éthique de la profession? Non. Les parlementaires doivent comprendre que s'ils sont élus par le peuple, ce ne sont pas de Elus. Ils servent l'Etat et la Nation. Or, le corps des représentants de la Nation a-t-il besoin d'individus qui les discréditent à ce point? C'est à en douter.

Les scandales à répétition qui touchent les parlementaires, au niveau fédéral ou local, démontrent l'urgence de la mise en oeuvre d'une politique de moralisation, pour que le discrédit ne touche pas l'institution représentative dans son ensemble et n'affaiblisse d'autant l'Etat.
 
 
 

jeudi 31 octobre 2013

Le miracle Skolkovo: la découverte de la poule aux oeufs d'or est confirmée

Voir: http://izvestia.ru/news/559834

Quel est l'apport de Skolkovo, la Sillicon Valley russe, dans le développement de la science, de l'innovation, le grand public ne le sait pas. En revanche, ce qui est connu, c'est l'ampleur des malversations. Pendant ce temps, la réputée inefficace Académie des sciences de Russie, pas assez moderne, vient peut être de mettre au point un vaccin contre le cancer.
La procurature générale est très inquiète pour l'emploi à venir des millions de roubles qui doivent être versés par le budget fédéral à Skolkovo. En effet, jusque là, la manière dont les fonds furent attribués laisse rêveur. Sans contrôle sur leur utilisation et parfois sans appel d'offre.
Les principaux bénéficiaires des financements redistribués par Skolkovo sont des entreprises de consulting, situées à l'étranger, voire dans des zones off shore, certaines ayant même pour activité principale l'aide à l'ouverture de comptes bancaires en Suisse. Sans oublier que les dirigeants de certaines de ces entreprises font parti de la direction de Skolkovo. Bref, l'on n'est jamais aussi bien servi que par soi même... L'on oubliera pas non plus les contrats frauduleux surévalués de plusieurs millions de roubles, notamment en matière publicitaire.
Parallèlement, le fond a développé une autre activité très lucrative: la négociation de titres boursiers et l'achat de part de capital dans différentes entreprises qui n'ont strictement rien à voir avec l'investissement.
Dans l'ensemble on parle de milliards de roubles. De financement public. Mais ne vous inquiétez pas, tout va bien pour les dirigeants de Skolkovo, un petit avertissement leur a été adressé, ils s'en remettront rapidement. Etonnant? Non. Les intérêts de ce fond magique sont merveilleusement bien défendus et représentés au sein même du Gouvernement. Il y a donc des chances pour que cette farce innovante, qui a au moins le mérite d'avoir découvert l'existence de la poule aux oeufs d'or, ne verra le rideau tomber ... qu'avec la chute du Gouvernement.

lundi 14 octobre 2013

Les députés représentent-ils réellement le peuple? Le cas Ivantsov

Théoriquement, les députés sont les représentants de la Nation, ils l'incarnent, lui donnent corps, ce corps qui a remplacé celui du Roi et permet au peuple de gouverner lui-même son pays. D'un autre point de vue, et tout aussi théoriquement, les députés représentent le peuple, c'est-à-dire les gens, ils en sont à leur image ou traduisent la représentation que se fait l'électorat de l'élite qui doit la gouverner.
 
Que le peuple gouverne réellement à travers ses députés, ses élus, est un mythe fondateur du système démocratique, vrai dans l'idée, faux dans sa réalisation et impossible à concrétiser. Que les députés soient à l'image du peuple, c'est à en douter fortement, ils forment une caste spécifique qui se reproduit de manière interne.
 
Mais que les députés, ou les élus en général, correspondent à l'image que les électeurs se font de ceux qui doivent les gouverner est, parfois hélas, non dénué de sens. Et révélateur de la culture politique du pays.
 
Les députés de la Douma fédérale russe sont souvent attaqués pour leur enrichissement lors de leurs mandats, pour l'utilisation de leurs fonctions à des fins personnelles. Les députés locaux, eux, renvoient, pour certains, à toute une imagerie populaire. Prenons le cas du tout récemment devenu célèbre Andreï Ivantsov, député à la Douma locale d'Astrakhan du parti de Jirinovsky LDPR.
 
Il a tourné un clip en son honneur, qui repousse les limites du mauvais goût, dans lequel on le voit, transpirant d'alccol et de vulgarité, expliquant en substance que pour les habitants il sera Dieu sur terre, lui va régler les problèmes, lui prend tout en main. Et il danse, et il chante pour expliquer cela, entouré de mamies en costumes traditionnels, d'instruments de musiques, et d'individus des deux sexes habillés sur leur 31 pour accueillir ce héros local des temps modernes qu'ils avaient si longtemps appelés de leurs voeux.
 
Voir la vidéo, elle vaut mieux qu'un long discours:
 
 
C'est ce même individu, qui arrêté en état d'ébriété avancé, avait annoncé aux forces de l'ordre: Je suis intouchable, je suis député, je suis un homme de Poutine.
 
Cet épisode est passé assez discrètement sur les chaînes nationales, qui ont gardé un pieu silence honteux. Toutefois, dans l'émission Tsentralnoe Televidenie, le présentateur a décidé de donner la parole à ce député, pour tenter de comprendre s'il avait quelques remords, ou, pour le moins, s'il comprenait le caractère inacceptable de son comportement. Et voici la vidéo:
 
 
La réaction est fabuleuse. On voit l'individu affalé dans son fauteuil, justifiant sérieusement son clip et ne comprenant absolument pas où est le problème, au contraire même très fier de sa nouvelle célébrité.
 
Que peut-on attendre de ce type d'individus? Rien. En tout cas rien de correct. Mais il est pourtant un élu, les gens ont voté pour lui. Donc, d'une certaine manière, il correspond à l'image que, dans cette région russe, les électeurs se font de l'élite qui doit diriger leur région ... et peut être le pays.
 
Le problème de culture politique que cela dénote est profond. Lorsque l'on affirme que Moscou n'est pas la Russie, la réalité dépasse tous les fantasmes possibles. Un des inconvénients du système démocratique est que pour fonctionner correctement, ou du moins de manière acceptable, il exige un minimum de culture politique de la part des électeurs et des élus. Or, ici, ni le député concerné ne semble regretter ses actes, ni les autres députés ne condamnent officiellement son comportement et ne demandent de sanction.
 
Sans commentaires.

vendredi 4 octobre 2013

Les mystères du ministère de l'éducation s'élèvent à 300 millions

Voir: http://izvestia.ru/news/558122

Les scandales autour de l'examen d'Etat final du second dégrès n'en finissent pas de se ramifier. Le BAC russe avait fait parlé de lui lors de fuites massives de sujet. Le ministère insistait alors sur le fait que des hackers étaient à l'origine de ces fuites, l'enquête parlementaire avait prouvé qu'il s'agissait de fuites internes.

Alors que le Gouvernement accorde 300 millions de roubles au Ministère de l'éducation pour lutter contre les hackers, celui-ci reconnaît enfin que ceux-ci n'y sont pour rien. Ce qui tombe bien, car les 300 millions, eux, existent bien.

La grande question est alors de savoir comment utiliser ces fonds. Le Gouvernement estime que de toute manière il faut renforcer le système de sécurité du BAC. Pour leur part, les députés sont particulièrement sceptiques et veulent établir une commission mixte indépendante, composée et de parlementaires et de membres du ministère, afin d'éviter que les fonds ne soient gentillement répartis entre certains membres. 

Surtout que, à la source des fuites, il y a de forts soupçons que certains fonctionnaires les aient vendu ...

Moralité de l'histoire. Vous mentez, vous trichez, sur ce fondement vous touchez une somme importante d'argent public et, quand repoussé dans vos retranchements vous êtes bien obligé de reconnaître le mensonge, les fonds accordés pour régler un problème qui n'existe pas vous sont de toute manière acquis. Nous vivons une époque formidable!

mardi 27 août 2013

La corruption du ministère de l'éducation nationale responsable du scandale du BAC en Russie

Voir: http://izvestia.ru/news/556058

Souvenez-vous, le scandale autour du BAC avait commencé en mai, avant même que les épreuves ne débutent. Il s'agissait de fuites sur internet des sujets et des réponses. Et cela est d'autant plus facile à mettre en oeuvre que les épreuves ne comportent pas de dissertations, de commentaires ou autres formes d'examens qui obligent à personnaliser la copie, mais ils consistent simplement en un questionnaire.
 
Tout d'abord, le ministère avait dit qu'il ne s'agissait pas de fuites généralisées et que les informations diffusées n'étaient pas les véritables sujets et les bonnes réponses. Quelques jours plus tard, ils furent obligés de confirmer la fuite. D'autant plus que ces fuites concernaient 6 matières: les mathématiques, l'histoire, la chimie, l'informatique et les sciences sociales. Le problème fut d'autant plus grave que les informations étaient véritables et les fuites massives. Mi-juin, le vice ministre, avant de démissionner, avait déclaré que ces fuites étaient dues à des attaques contre la boîte mail du ministère.
 
Avant la fin de la session parlementaire, le ministre tant contesté de l'éducation nationale, D. Livanov, demande une enveloppe budgétaire de 300 millions de rouble pour lutter contre ces attaques en vue du BAC 2014. Surpris par ces déclarations, V. Burmatov, opposant au ministre, s'adresse au ministère de l'intérieur pour qu'il vérifie l'exactitude des faits avancés par le ministre. Et là, surprise ...
 
Après deux mois d'enquête, durant lesquels le ministère s'est informé auprès de toutes ses strustures régionales, le verdict est tombé: il n'y a pas eu de hacker, ce sont les membres corrompus du ministères qui eux-mêmes ont vendu les données.
 
L'attaque contre la boîte mail d'un ministère est une infraction pénale. Si de tels faits sont constatés, le ministère est obligé de porter plainte afin qu'une enquête pénale soit ouverte. Or, rien de tel n'a été fait. Manifestement, comprenant que les fuites venaient des services eux-mêmes, ils ont décidé de ne pas provoquer d'enquête pour éviter un nouveau scandale. Qui est de toute manière aujourd'hui révélé.

jeudi 4 juillet 2013

Quelqu'un prend-il connaissance des projets de loi avant de les voter? Livanov lève le doute...

Voir: http://izvestia.ru/news/553076

Ce qu'il est convenu d'appeler "la réforme" de l'Académie des sciences continue à provoquer de nouveaux scandales.
 
Alors que le ministre de l'enseignement et de la recherche met en oeuvre la transformation de l'Académie des sciences en une sorte de club à disposition du pouvoir, que V. Poutine refuse de décaler le vote du projet de loi, que le texte est adopté dans une mise en scène parlementaire en première lecture (donc sur la conception générale), que la deuxième lecture (accords sur les mécanismes du projets de loi) - contrairement aux garanties données par le président de le Douma Narychkine - aura lieu demain, donc sans tenir compte des propositions des académiciens eux-mêmes et que seule la troisième lecture (cosmétique linguistique) sera repoussée en septembre, dans ce contexte de passage en force, Livanov fait preuve d'une pleutrerie indicible.
 
Finalement, pour éviter les coups, il déclare aux journalistes n'avoir pas totalement lu  le projet de loi ... Oui, il en a formulé la conception, mais ce n'est pas lui qui l'a écrit ... et pas réellement lu non plus. On se croirait dans un bac à sable: ce n'est pas moi monsieur, j'étais même pas au courant... Minable.
 
La réaction n'est pas toujours mieux. Le vice-président du comité de la Douma pour l'enseignement se révolte, mais il aurait mieux fait de se taire. Selon lui, c'est compréhensible quand des députés ne lisent pas les lois, mais les ministres, ah non, c'est inadmissible!
 
Donc si j'ai bien compris, ceux qui déposent les projets de loi ne les lisent pas et ceux qui les votent non plus. Intéressant. Qui s'en occupe alors? S'ils sont trop occupés pour cela, il serait peut être temps de les remplacer par des personnes qui ont le sens de l'intérêt public?
 
Si la Maison blanche (gouvernement) et le Kremlin (administration présidentielle) trouvent de telles déclarations - pas l'acte lui-même, mais le fait de le prononcer publiquement - inadmissibles, selon des députés Edinaya Rossiya, Livanov ne risque rien pour quelques paroles.
 
Donc tout va bien. Le projet sera adopté et peu importe les dispositions concernant l'organisation du travail des scientifiques, le plus important est que le patrimoine des académies passe entre les bonnes mains. Et là, pas d'inquiétude, ces dispositions ont parfaitement été lues par les intéressés. Le reste, et bien on verra.

jeudi 16 mai 2013

Ponomarev: le scandale de Skolkovo peut lui coûter son mandat

Voir: http://izvestia.ru/news/550202

La scandale autour de Skolkovo continue à s'étendre et pourrait coûter son mandat au député Spravedlivaya Rossiya I. Ponomarev.
 
Skolkovo, projet du pouvoir, a payé en tout 750 000 dollars au député Ponomarev. Il a touché 450 000 dollars en 2010 pour un travail sur la commercialisation des technologies d'innovation et 300 000 en 2011 pour une série de 10 conférences de 20 minutes, qui n'ont pas toutes été faites. Le montant a choqué ...
 
Actuellement, cette affaire a touché le vice-président de Skolkovo, A. Beltioukov, contre lequel le Comité d'enquête a ouvert une enquête pénale. Ensuite, le directeur du Fond Skolkovo, V. Vekselberg, a déposé contre Ponomarev.
 
Le parti Spravedlivaya Rossiya s'inquiète des effets de cette affaires pour sa réputation, pendant que la commission des revenus examine les déclarations de Ponomarev. Il est déjà clair que tous ses revenus n'ont pas été déclarés. Le Comité d'enquête et la Procuratura sont également en charge de l'affaire.
 
Dans une grande mesure, l'avenir de I. Ponomarev comme député va dépendre des conclusions qui seront rendues par les organes d'enquête. En attendant, le parti Spravedlivaya Rossiya ne peut qu'exercer une pression morale.
 
Mais il y a peu de chance pour que I. Ponomarev, comme Gudkov, ne rende son mandat. Tout d'abord son bisness en pâtirait fortement et ensuite il serait très affaibli dans les milieux d'opposition sans mandat parlementaire.
 
Certains analystes soulignent avec humour que, par l'intermédiaire de Skolkovo, projet du pouvoir, ce député "opposant" a perçu 750 000 dollars et qu'ensuite il critique la main qui le nourrie. C'est un peu ce qui s'appelle, en d'autres termes, aller manger à tous les rateliers ... Assez discutable d'un point de vue éthique.
 
 

vendredi 5 avril 2013

Le penseur d'opposition Piontkovsky sort du Conseil de coordination de l'opposition pour des raisons d'incompatibilité morale

Voir: http://izvestia.ru/news/548034
http://vz.ru/news/2013/4/4/627427.html
https://www.facebook.com/andrei.piontkovsky/posts/3123266975903

André Piontkovsky est un écrivain politique, un penseur d'opposition, particulièrement critique envers le régime, sa corruption généralisée et son absence d'idée d'Etat. Qu'il soit formellement entré dans l'opposition, et dans le Conseil de coordination de l'opposition, c'est une chose tout à fait naturelle. Qu'il en sorte, est plus surprenant et porte un coup très dur à ce Conseil, qui ressemble de plus en plus à un club privé d'affaires. Revenons sur les raisons de la sortie de Piontkovsky.
 
Sur sa page Facebook, il écrit être trop occupé pour devoir expliquer des choses évidentes à des personnes adultes. Deux questions l'ont particulièrement choqué. La première concerne les violations de la procédure d'élection du secrétaire du Conseil, puisque les différents candidats auraient du avoir les mêmes possibilités pour exprimer leurs positions, ce qui ne fut pas le cas. La seconde est l'appel à contribution pour financer une émission d'un de leur membre, le journaliste Ilya Ponomarev, ce qui n'entre pas dans les priorités de Conseil de coordination de l'opposition. Selon les propos d'André Piontkovsky, si ses collègues ne comprennent pas les problèmes moraux que cela pose, aucune discussion n'est alors possible. Il a donc annoncé sa sortie de l'institution.
 
En effet, en mars, les Gudkov, Ilya Ponomarev et Dmitri Nekrassov (l'ancien secrétaire du Conseil) ont mis en place un Fond de soutien aux médias indépendants. Dans ce cadre, Ponomarev a passé un accord avec la chaîne de télévision Dojd, pour lancer une nouvelle émission, qui doit être financée pour moitié par le Fond et pour moitié par la chaîne. Piontkovsky estime à juste titre que l'opposition doit avoir d'autres priorités que de financer les projets de Ponomarev.
 
Ces derniers temps, de grandes figures de l'opposition sont sorties de ce Conseil et la question non seulement de sa légitimité mais également de son avenir commence à se poser sérieusement.
 
 

vendredi 29 mars 2013

Igor Trounov: scandales en chaîne

Voir: http://www.compromat.ru/page_25865.htm
http://democrat-russian.ru/content.php?id=1062

Est-ce cela l'avenir démocratique de la Russie? Igor Trounov, le nouveau chouchou de la bonne société française, escroc dans l'immobilier dans les années 90, devenant l'avocat des victimes dans les années 2000 (il savait effectivement de quoi il parlait) et entrant mantenant en politique avec un curieux soutien de la France.
 
Son activité immobilière commence à la fin des années 80 et se renforce au début des années 90. Les personnes qui lui ont "vendu" pour une somme dérisoire leur appartement ont une facheuse tendance à ne pas réapparaître ou à se retrouver dans la rue. C'est ce que l'on appelle "tcherny reylter" ou "agent immobilier noir", c'est-à-dire criminel.
 
En 1995 il est condamné à 6 ans de prison pour escroquerie, en 1998 le procès prend fin, petit problème avec les preuves, témoins etc.
 
Histoire de se refaire une réputation, les temps changent, il se met à défendre les victimes de Nord-Ost. Et à partir de là, il fait tout pour se forger l'image d'un bon avocat militant pour les droits de l'homme, comme on en raffole en Europe, qui sait surtout se faire de la pub.
 
Mais ce n'est pas tout. Il fonde un parti politique, Democratic Legal Russia, et le Conseil de l'Europe et la France, toujours pleins de bonne volonté, trouvent leur nouveau héros qui va sauver la Russie. Sa réputation reste déplorable à l'intérieur, notamment chez les juristes qu'il prétend pourtant fédérer, mais peu importe. C'est certainement la faute du régime et d'une justice à sa solde. Pauvre Trounov ...
 
Petit exemple de ce soutien absurde à une personne qui a besoin de se refaire une réputation. Il est invité à une conférence à la Société de Législation Comparée, institution sérieuse s'il en est en matière juridique. Le colloque organisé le 22 mars 2013 sur la réforme de la politique pénale en Russie doit être un évènement scientifique, qui se passe dans les bâtiments d'honneur de la Cour administrative d'appel de Paris, où l'entrée est très sévèrement contrôlée. Et notre cher Trounov, comme membre de cette prestigieuse association, est présent. Mais pourtant les organisateurs décident de ne pas l'inscrire dans le programme et ne prendra la parole qu'à la fin du colloque, les participants n'étant pas tous très heureux de se trouver à côté de cet individu.
 
Mais Monsieur Trounov est un personnage important, il incarne à ses yeux l'avenir d'un pays tout entier, et n'en peut plus d'attendre. Il fait un scandale lors de l'intervention d'une magistrate, qui parle russe, ce qui lui permet enfin de pouvoir dire quelque chose, enfin de l'insulter. N'ayant pas le soutien attendu du modérateur de la section, il quitte la salle. Ses trois collègues du parti quittent la salle. Et sa femme également, se drape de toute sa dignité et annonce solennellement que "la délégation russe quitte la séance". Ce qui fait sourire les autres participants russes, scientifiques, qui eux évidemment restent et le lui rappellent. En bafouillant que de toute manière elle ne comprend rien au français, finalement elle part. Evidemment, personne ne les revoie.
 
Donc M. Igor Trounov ne fait pas sa présentation, ce qui ne sera pas une grande perte pour la science. Pourtant, les organisateurs, français, essaient à tout prix de la faire publier. Tout d'abord elle doit apparaître sur leur site (vous pourrez donc bientôt avoir le plaisir immense de lire cette contribution irremplaçable), mais aussi en Russie. Et là le bas blesse. Evidemment, les publications ne pourront en France pas être publiées dans des revues sérieuses, d'où le site, mais avec cette arrogance toute française, ils l'envoient quand même à une revue russe, prestigieuse, qui évidemment la refuse. Ce n'est pas grave, le refus vient certainement des problèmes politiques du régime. C'est pratique comme argument et ça passe partout.
 
Encore plus amusant. Sur le site de ce nouveau parti, qui va certainement révolutionner l'espace et la pensée politique russe, notre cher Trounov annonce avoir pris la parole avec ses chers collègues du parti et met même en ligne sa contribution. La science se porte mieux!
 
L'honneur est sauf! En tout cas celui de notre ami. Car l'honneur de cette bonne vieille Société de Législation Comparée en a pris un coup. Et là c'est plus dommage. Il est toujours regrettable d'utiliser des évènements scientifiques à des fins politiques, surtout quand on ne veut pas en connaître les tenant et les aboutissant. Mais cela commence à être une habitude sur notre bonne vielle terre de France.
 
Hélas!

mercredi 20 mars 2013

Douma v. Moskovsky Komsomolets: question de principe ou question de pouvoir?

Voir: http://kommersant.ru/doc/2150123?fp=32
http://www.mk.ru/specprojects/free-theme/article/2013/03/15/826727-politicheskaya-prostitutsiya-smenila-pol.html

Le 16 mars, le journal Moskovsky Komsomolets publie un article au vitriol concernant trois députés-femmes, posant la question de la prostitution politique.  Mais de trois députés Edinaya Rossiya. Et là la Douma s'emballe. Issaev, une des figures clés du Parti, prévient que la vengeance sera terrible. Jirinovsky, qui a du oublier que LDPR est indépendant d'Edinaya Rossiya, joue l'esprit de corps et demande presque l'expropriation du journal et le banissement de son rédacteur en chef. Oubliant au passage le droit de propriété et les domaines de compétence.
 
L'article frappe fort. Mais c'est aussi le risque encouru par les personnes publiques, de voir leurs prises de position et leurs propos disséqués, et pas forcément objectivement. Ces trois députés ont eu des parcours politiques atypiques, plein de rebondissements, ont soutenu ou initié les projets de lois les plus contestés ces derniers temps. Le journal les attaque.
 
Mais les députés de poser la question de l'abus du droit de parole. L'article est-il insultant? Non. Satyrique? Oui. En quoi y a-t-il abus alors? La requête a été transmise à l'organe compétent et sa réponse est très attendue.
 
En attendant, le rédacteur en chef, Pavel Gusev devrait quitter le Journal, pour que la politique rédactionnelle puisse être totalement repensée, selon Jirinovsky. Il doit également quitter ses fonctions à la Chambre civique, où il a été nommé par le Président et non par la Douma. Il doit quitter la présidence de l'association des journalistes, mais la décision dépend de l'assemblée générale. Bref, en fait, la Douma n'a pas de moyens d'action légaux, s'énerve, crie fort et veut faire peur.
 
Le porte parole du Président a précisé que Poutine est au courant de la situation, mais qu'il n'intervient pas dans l'affaire.
 
Comme le souligne un autre membre de la Chambre civique, ces députés ont le droit de s'adresser à la justice, si elles estiment que leurs droits ont été bafoués. Par ailleurs, la Cour suprême satisfait plus de 60% des recours visant à la défense de la réputation. Alors, pourquoi attendre?
 
Bref, Edinaya Rossiya ne supporte toujours pas la critique. Il faut dire que les députés se sentent très mal à l'aise ces derniers temps, avec tous les scandales concernant leur étrange richesse. Car personne n'explique d'où vient tout cet argent. Et dans ce contexte, Jirinovsky, très en verve, a déclaré hier qu'il vaudrait mieux annoncer une amnestie générale pour les députés en ce qui concerne la déclaration de leurs biens, sinon le système va s'écrouler. Mais ... l'amnestie doit-elle également concerner les moyens par lesquels ils ont acquis cette richesse?
 
Déclaration révélatrice s'il en fallait. Ainsi, la question ici est effectivement une question de principe: il ne sert à rien de fouiller, car vous allez trouver. Mais comme tout le monde le sait, ça ne sert à rien. Tout le monde est comme ça.
 
En fait, ces charmants députés sembleraient avoir peur. Tous ces individus, arrivistes et résidus des années 90, n'osent pas imaginer que les choses puissent fonctionner autrement. Car quelle serait leur place dans cette nouvelle société?
 
C'est bien une question de principe, car c'est la question du pouvoir.
 

jeudi 7 mars 2013

L'exédent de bracelets électroniques trouve une utilité

Voir: http://newsru.com/russia/07mar2013/vasilieva.html

Dans le scandale qui a fait sauter le ministre de la défense et plusieurs de ses "protégées" pour des détournements de fonds, dont le montant ne cesse d'augmenter au fur et à mesure de l'enquête, l'ironie du sort a rattrapé ses figurants.
 
E. Vassileva, à la tête du département des biens du ministère, assignée à domicile, s'est vue contrainte à porter un bracelet électronique. Lorsque l'on sait que cet objet est au centre de l'un des scandales du ministère, puisqu'il en a été acheté une quantité supérieure à celle nécessaire et à un prix largement surévalué, qui a causé une perte sèche de 1,6 milliards de roubles au budget, le retournement de situation fait sourire. Finalement, il aurait mieux fallu en acheté moins ...
 
La réaction de cette pauvre femme, qui, selon les dires de son père bisnessman et millionnaire, est détenu dans un appartement qui n'est pas digne de son rang (où elle a une personne pour la servir, le droit de sortir se promener, accès à internet ...), fut assez cynique. Apprenant en même temps que ses bijoux et objets d'art restaient pour l'instant confisqués pour les besoins de l'enquête, elle a déclaré que l'échange n'était pas équilibré, puisque ce bracelet ressemblait à une montre chinoise en plastic bon marché.
 
Ses nombreux appartements lui ont également été retiré, ceux de Moscou, St Petersbourg, une maison, des terrains etc.
 
Les ramifications de l'enquête se développe, mais elle a refusé de déposé. Notamment en ce qui concerne son amie N. Dynkova, arrivée dans les "affaires" grâce à E. Vassileva. Celle-ci aurait donné en location un terrain appartenant au ministère de la défense à l'entreprise de son fils, qui l'aurait sous-loué, permettant ainsi de faire disparaître quelques 11 millions de roubles.
 
Bref, l'enquête se poursuit ...

vendredi 1 février 2013

Du côté décoratif des thèses en Russie

Voir: http://www.newsru.ru/russia/01feb2013/mpgu2.html

La place qu'une thèse tient dans la société russe est très différente de celle qu'elle occupe en France ou en Allemagne par exemple. C'est, en Russie, un élément de prestige, tant pour les fonctionnaires, les militaires ou les hommes d'affaires. Leur carrière va même en dépendre. Mais, pourtant, rares sont ceux qui prennent le temps de l'écrire.
 
Les conseils de soutenance des thèses, en Russie, à la différence de la France, sont des organes stables auprès des Universités, qui fonctionnent en regroupant certaines spécialités. Même si elle est informelle, une hiérarchie existe entre eux, parfaitement connue de tous, comme il est parfaitement connu de tous que certains ne sont pas regardant ni sur la qualité, sur le pliagiat des thèses présentées. L'auteur - officiel - et l'enveloppe qui l'accompagne pour dédommager la perte de temps qu'inflige la soutenance étant des arguments autrement plus convaincants.
 
Il est donc amusant de voir, tout à coup, le ministère de l'enseignement et de la recherche se réveiller à propos du Conseil de soutenance de l'Institut pédagogique d'Etat de Moscou, qui laisserait passer le pliagat, son directeur fièrement présentant sa démission, de grandes discussions autour de la disqualifications des certaines docteurs, etc.
 
Tout cela est très hypocrite. Car tout le système est orienté pour faciliter cette pratique dégradant la science. Un procureur, un haut fonctionnaire, a-t-il physiquement le temps non seulement d'écrire une thèse, mais d'y réfléchir, de conduire une étude, de mener une recherche? Non, bien sûr, mais il a des secrétaires et des amis. Or, s'il veut monter en grade, l'obtention d'un grade scientifique accélère la carrière. Et la Russie est remplie de gens qui se moquent de la science comme de leur première couche culotte, mais accrochent leur diplôme sur le mur, interviewés par des journalistes veulent donner plus de poids à leur position en ponctuant leur discours par "car je suis un vrai scientifique".
 
C'est dégradant pour la science, qui n'est perçue que comme un hobby, et financée en retour à cette mesure. C'est dégradant pour les Universités qui ne sont vues que comme des machines permettant à ces gens et à leurs enfants de n'y pas perdre trop de temps pour pouvoir enfin s'occuper de choses sérieuses, en tout cas d'autres choses. C'est dégradant pour les scientifiques, les vrais, ils existent et on a du coup tendance à les oublier, qui patissent de cette image et doivent tant bien que mal nager à contre courant.
 
Les milieux universitaires en Russie doivent absolument se reconstituer en corps. En corps qui ne soit pas au service de fonctionnaires qui leur font l'honneur de passer soutenir un document qu'ils n'ont jamais lu, en contre partie, dans le meilleur des cas, d'une augmentation de financement budgétaire. Lorsque l'on se comporte en valet, on est traité en valet. Comment est-il possible de prendre la science au sérieux quand n'importe qui peut soutenir n'importe quoi?

mercredi 7 novembre 2012

Les leçons du renvoi du ministre de la défense Serdiukov: la voie de la normalisation

Voir: http://www.vedomosti.ru/opinion/news/5792011/putin_v_okruzhenii
http://www.gazeta.ru/comments/2012/11/06_e_4842373.shtml

A la suite des scandales financiers de corruption et de détournement de fond liés ces derniers temps au ministère de la défense et à la personne même de A. Serdiukov, V. Poutine a pris la décision de le renvoyer et, sur proposition de D. Medvedev (officiellement), de nommer O. Choïgu à sa place, qui n'est dès lors plus gouverneur de la région de Moscou.
 
La réaction est plutôt saine. Un ministre convaincu de corruption, dont l'activité est entâchée de scandales ne peut rester en place. C'est une décision normale, signe d'une bonne vitalité et de la vie politique - contre la logique des clans longtemps en place - et de la logique de l'intérêt d'Etat qui exige une utilisation sinon rationnelle du moins "légale" des fonds budgétaires attribués, surtout si l'on tient compte du fait que le budget de l'armée doit être augmenté afin de moderniser l'institution.
 
Et là, surprise, la presse libérale critique. Elle souligne que cette attitude n'était pas dans les habitudes de V. Poutine, ce qui est indéniable, et donc que cela montre les difficultés de son clan qui serait au bord de la crise (pour vedomosti). Conclusion surprenante que de qualifier de "crise" une décision allant dans le sens d'une normalisation des rapports politiques. Selon un autre quotidien libéral (gazeta.ru), les faits de corruption n'étaient pas si graves, les détournements de fond sont habituels, donc cela ne peut être le fondement du renvoi de A. Serdiukov. La raison ne peut non plus être dans le conflit permanent qu'il entretient avec les cadres de l'armée en raison de sa politique de réduction des effectifs, de réorganisation des structures, d'achats essentiellement d'armements étrangers au détriement d'une industrie militaire nationale qui a toujours été un élément stratégique pour un Etat souverain et indépendant, industrie qui a besoin du soutien de l'armée. Position largement défendue par la bulle ultra libérale. Mais le plus mausant est qu'ils soutiennent également qu'une telle politique n'aurait pu être menée sans l'avale du pouvoir. La contradiction est alors poussée à son maximum. 
 
Cette position défendue par la presse libérale n'a, en soi même, rien d'anormal. Il existe différentes conceptions de la politique étatique, différentes voies pour la réaliser, ce qui se traduit par une presse diversifiée. Une presse qui soutient les décisions prises par la majorité politique, a priori. Une presse qui les dénigre, a priori. Schéma tout à fait normal, si l'on applique à la Russie les mêmes critères d'appréciation que pour les Etats politiquement développés. Il y a donc bien une presse d'opposition bien intégrée, qui n'est pas une presse objective mais partisane, ce qui est encore normal.
 
Autrement dit, un des grands enseignements du renvoi du ministre de la défense A. Serdiukov est le chemin pris vers une normalisation. Mais le chemin est long et les tentations sont grandes, espérons qu'il se poursuivra. Il est également souhaitable qu'une complexification des critères d'analyse du système russe entre dans les moeurs, afin d'en saisir réellement les subtilités et ne pas tomber dans les analyses idéologiques caricaturales qui ne font pas avancer le débat.