L'ACTUALITE RUSSE EN FRANCAIS MISE AU POINT PAR RUSSIE POLITICS SUR Facebook ET Twitter!

vendredi 17 janvier 2014

Primakov condamne la politique néolibérale du Gouvernement et souligne la crise des modèles

Voir: http://www.mk.ru/economics/article/2014/01/15/970710-sozidatelnoe-razrushenie-medvedeva.html
http://www.rg.ru/2014/01/13/primakov.html
http://vz.ru/politics/2014/1/15/668058.html

Le fait qu'il existe une rupture idéologique entre la présidence et le Gouvernement n'est pas une nouveauté. Beaucoup d'encre a déjà coulé sur le sujet. En revanche, ce qui surprend, c'est qu'une personnalité comme Primakov fasse devant des personnalités de haut rang comme par exemple V. Matvienko (présidente du Conseil de la Fédération), de telles critiques lors de sa conférence annuelle au Club Mercury, juste la veille de la grande messe néolibérale du Forum Gaïdar.

En substance, Primakov officialise la rupture idéologique de la gouvernance en Russie. D'une part, le clan Medvedev-Chuvalov-Dvarkovitch prônant et mettant envers et contre tout en oeuvre une politique néolibérale, qui entraîne une réduction de la place de l'Etat dans l'économie, le renforcement du bisness et l'autorégulation du marché, même dans les sphères sociales. Tout cela reprenant l'idée bien connue que la gestion étatique est inefficace, les oligarques ont donc besoin de plus d'espace pour que puisse s'épanouir d'elle-même l'économie russe, comme ce fut le cas dans les années 90, avec les conséquences que nous connaissons tous.

Plus concrètement, les néolibraux se fixent comme but l'horizon 2018 pour que l'Etat ne puisse contrôler plus d'un quart de l'économie. Par ailleurs, ils proposent de passer directement à la phase post-industrielle, sans passer par la case de réindustrialisation, pourtant nécessaire après la destruction industrielle du pays dans les années 90, ce qu'illustre parfaitement Skolkovo. Sans oublier une grande vague de privatisation qui doit toucher les entreprises publiques clées, comme Rosneft, des enreprises rentables qui doivent être getillement remises entre les mains de quelques oligarques. Bref, on prend les mêmes et on recommence. Les mêmes personnes n'ont pu générer de nouvelles idées. Juste encore un détail pour illustrer le besoin d'oxygène du bisness: 110 oligarques contrôlent 35% des actifs russes. Il serit peut urgent justement de s'y attaquer, pour que l'économie dans son ensemble et non son oligarchie puisse respirer.

Face à ce déferlement néolibérale, qui a déjà frappé la Russie à la chute de l'Union soviétique dans une euphorie, alors compréhensible, pour une économie de marché dérégulée, libérée de l'emprise de l'Etat, les contraintes intérieures et internationales devraient faire réfléchir. Ce que souligne Prmakov, en opposant le cours politique choisi par le Président Poutine, dont le retour n'avait pas été prévu par ses opposants néolibéraux, à la politique de Medvedev. 

Du côté présidentiel, avec par ailleurs le soutien d'une grande partie de l'élite et de la population, l'accent est mis sur la nécessité de réindustrialisation du pays, avec l'aide et l'impulsion de l'Etat. Une vision structurée de développement qui s'oppose à la destruction créatrice encore soutenue par Medvedev. Car, selon Primakov, à l'exemple des Etats Unis ou de l'Europe, où le rôle de l'Etat s'est renforcé sous l'effet de la crise afin de ne pas aboutir à un suicide économique collectif, l'Etat russe est le seul organe à même de lancer de grands projets d'ampleur nationale, qui auront pour effet de relancer l'économie intérieure du pays en ces temps difficile.

Et la présidence se trouve aujourd'hui dans la situation difficile, où il est nécessaire de réparer les erreurs stratégiques commises sous la présidence Medvedev, tout en incitant le Gouvernement à comprendre qu'en dehors de la pensée néolibérale, il existe d'autres modes de pensée. Concrètement, le Président va renforcer la régularité de sa présidence de la réunion du Conseil des ministres. Mais est-il toujours possible de trouver un compromis?

Car cette période trouble n'est pas prête de finir. Il ne s'agit pas que d'une crise financière ou économique circonstancielle, il s'agit d'une crise de modèle. Le modèle libérale, poussé à ses extrêmes, conduit à la chute des systèmes politico-économiques, comme l'avait fait en son temps le modèle soviétique. 

Notre conception extrême du libéralisme, jusqu'auboutiste, est particulièrement destructrice, que cela concerne l'économie, le social ou la politique. Le rejet a priori de l'Etat, le renforcement de structures para-étatiques, est un luxe que l'on peut se permettre avec modération en période de croissance, mais qui risque de coûter cher en période de crise. Et je ne parle pas que de la Russie.

vendredi 10 janvier 2014

Liberté et indépendance, justice et politique: et si l'on tirait les conséquences de l'affaire Dieudonné?

Voir: http://www.lepoint.fr/societe/dieudonne-interdit-a-nantes-la-ligue-des-droits-de-l-homme-s-alarme-09-01-2014-1778726_23.php
http://www.lepoint.fr/societe/dieudonne-recours-contre-l-arrete-d-interdiction-de-son-spectacle-a-orleans-10-01-2014-1778860_23.php

Parler de l'indépendance de la justice, surtout en ce qui concerne la Russie, est incontournable. C'est un peu comme, pour un étranger, aller à Paris et ne pas voir la tour Eiffel, il serait passé à côté de la France, de la vrai, de celle que l'on montre aux touristes. S'intéresser à la Russie sans parler de l'indépendance de la justice est un non sens, de quoi encore les touristes pourraient-ils parler sérieusement? On passerait à côté du symbole. Pour le reste il faudrait réfléchir, ça se complique très vite.
 
Mais qui penserait à parler des violations des libertés en France, des problèmes d'indépendance de la justice dans le pays de Voltaire et Diderot? Personne, car cela n'a pas de sens. Pour le pays de Voltaire et Diderot. Mais ils sont bien morts, nous bien vivants. Il va donc bien falloir en parler.
 
E. Valls, notre cher ministre à poigne de fer, en tout cas au discours d'une fermeté incontestable, voulait trouver le moyen d'interdire de scène Dieudonné. Créer une loi peut-être, d'autres le suggéraient, mais à quoi cela sert-il quand il y a la Justice. Celle qui a les yeux bandés, signe d'impartialité. Devenu signe d'une honte contenue peut-être. Tout lien entre les déclarations politiques et les décisions de justices prises récemment serait mal venu.
 
Donc Dieudonné est interdit de scène à Nantes et après la confirmation en urgence du Conseil d'Etat (je ne parle pas du temps de prise de la décision, mais de la procédure), il est également interdit à Orléans par arrêté du député-maire de la ville, qui manifestement se sent libéré de toute responsabilité. Lui aussi, du coup, a le droit.
 
Peut-être y a-t-il effectivement une raison. Sociale, politique, morale, historique. Mais juridiquement, c'est difficile à formuler dans un pays qui respecte la liberté d'expression et la liberté de création artistique. Ah, ces pauvres Pussy Riot, enfermées par décision de justice, après des mois de procès contradictoire, dans la terreur hivernale russe, par le méchant président Poutine qui contrôle la justice. Une fois libérée, ces grandes artistes ... ne font plus de musiques, mais veulent défendre les droits des prisonniers, elles seront certainement mieux financées de ce côté là. Il fallait pourtant défendre - en Russie - la liberté de création de l'artiste.
 
Et en France? Est-il possible de tout faire dès que l'on ne met pas une parsonne en prison? Interdire un artiste de scène est un moyen de l'enfermer. Un moyen beaucoup plus humain pour nos penseurs modernes. Pourtant la différence est faible. Vous couper ses ailes à un oiseau, mais vous lui laisser la possibilité de trouver un autre moyen de voler. C'est vrai, il lui reste Youtube, pas à l'oiseau.
 
A quel moment doit-on limiter la liberté d'expression? Dans le cas Dieudonné, c'est "la répétition des propos qui dérivent de plus en plus" et en plus ces propos se vendent très bien, si l'on regarde la vente des billets. Cela montre l'impasse juridique de la situation.
 
Il est toujours possible d'interdire à un artiste de se produire, mais il est impossible d'interdire à des milliers de personnes de penser comme lui. A moins de glisser imperceptiblement vers un système totalitaire, dans lequel la justice devient le bras armé de la politique de santé morale déterminée par les gouvernants.
 
D'un autre côté, il est tellement plus confortable de vivre dans une société où les normes posent le bien et le mal, ce qu'il est convenu de faire et ce qu'il est mal venu d'imaginer faire, voire ce qu'il est bon de penser et ce à quoi il vaut mieux ne pas penser. C'est tellement plus rassurant de reporter la responsabilité de ses idées sur un législateur abstrait. Mais c'est tellement dégradant pour l'individu qui veut se comporter comme un homme. C'est-à-dire être libre, libre de penser, de faire, de se tromper, de réessayer, de changer, de découvrir. Libre. Et peu importe en somme ce que dit Dieudonné, le problème est que l'on ne nous permet pas de nous faire librement notre propre idée.

jeudi 9 janvier 2014

Sur la qualité rédactionnelle des lois: l'exemple de l'aide juridictionnelle gratuite en Russie

Voir: http://www.rg.ru/2014/01/09/advokat-anons.html

Selon la législation russe en vigueur, toute personne ayant de faibles revenus a droit à un avocat aux frais de l'Etat, que ce soit au moment de l'enquête ou devant le tribunal. Cette belle avancée a toutefois risqué d'être compromise par l'adoption de la loi sur les marchés publics.
 
Dans le cadre de la législation concernant les contrats conclus par l'Etat, qui concernent les prestations commerciales, le législateur avait assimilé l'aide juridictionnelle. En effet, l'avocat se fait payer. Pour autant peut-on dire qu'il assure une prestation commerciale? Oui, c'est absurde. Mais c'est aussi très significatif de la mentalité des parlementaires et du Gouvernement à l'origine du texte.
 
Cela revenait à tuer dans l'oeuf le système de l'aide juridictionnelle. Car, avant de contacter un avocat, quel que soit le jour, quelle que soit l'heure, les forces de police ou les magistrats devaient lancer la procédure de marché public, avec appel d'offre etc. Oui, ça aussi c'est absurde.
 
Heureusement, les avocats ont réagis et ont mis le doigt sur le caractère ubuesque de la situation, qui fut très discrètement réglée.
 
Rappelons, en passant très vite, que D. Medvedev préside l'association des juristes de Russie ...

mercredi 8 janvier 2014

Le rôle de Greenpeace dans le sort du bateau de pêche Oleg Naydenov au Sénégal

Voir: http://www.greenpeace.org/africa/en/Press-Centre-Hub/Press-releases/Greenpeace-response-to-the-arrest-of-the-Russian-vessel-Oleg-Naydenov-in-Senegalese-waters/
http://itar-tass.com/obschestvo/875100

Est-ce la réponse du berger à la bergère? Greenpeace réapparaît dans un conflit, cette fois-ci presque de manière indirecte, avec la Russie.
 
Selon le site officiel de l'association, un avion militaire français a détecté le bateau de pêche Oleg Naydenov le 23 décembre, ce que l'AFP fut la première a annoncé. Mais quand Greenpeace affirme que bateau pêchait illégalement dans les eaux territoriales sénégalaises, la Guinée Bissau ne comprend pas pourquoi ce bateau fut arrimé avec violence dans ses eaux à elle, alors qu'elle avait donné toutes les autorisations de pêche.
 
L' Oleg Naydenov est un bateau de pêche appartenant à l'entreprise Phénix, ayant à son bord 62 marins russes et 20 de Guinée Bissau. Lors de l'attaque menée par l'armée officielle sénégalaise, des blessures sérieuses furent causées aux personnes civiles à bord. Maintenant, le bateau se trouve dans la base militaire de Dakar et les blessés n'ont pu avoir accès à des soins médicaux ni pu faire constater l'ampleur de leurs blessures.
 
Si dans un premier temps, Greenpeace a réussi à prendre le temps de déplorer les violences physiques réelles causées à des civiles, en tout cas dans la version russe de son site, dans son dernier communiqué de presse, en anglais du moins, il n'est plus question que d'insister auprès du Président du Sénégal et du Gouvernement sénégalais pour qu'ils maintiennent le cap de la fermeté. Les violences causées par l'armée sénégalaise ne sont même plus mentionnées, elles doivent faire partie de ce que l'on appelle communément les dégâts collatéraux, ici dans son grand combat pour la pêche. Remarquez, cela peut se comprendre. S'il y a surpopulation d'humains, on risque bientôt de manquer sérieusement de poissons ...
 
Or, la délégation russe devait entamer les négociations avec le pouvoir sénégalais le 7 janvier en vue de la résolution de l'affaire. Ce qui, au minimum, aurait permis de savoir quels chefs d'accusation étaient portés à l'encontre de ce navire. Mais selon l'agence russe de pêche, les relations de Greenpeace, soutenue par la France rappelons-le, avec le Gouvernement sénégalais et surtout depuis le dernier communiqué de presse, ont permis de faire échouer la rencontre. Celle-ci est pour l'instant reportée sine die.
 
S'il est important de lutter contre la pêche illégale, les pressions exercées sur les Etats, souverains, étrangers, des Etats qui ne sont pas des colonies marionnettes, sont assez éloignées d'une conception même très souple de l'Etat de droit. Sans oublier que détenir un bateau étranger sans avoir formulé de chefs d'accusation ne donne pas forcément une bonne image de la grande démocratie souveraine sénégalaise. Ne parlons même pas du fait que des blessés n'aient pas accès aux soins médicaux. Mais quelle importance, Greenpeace a sa vengeance.

vendredi 27 décembre 2013

Bon climat d'investissement! Bonne année! Juste pour rire ...

Il est des choses importantes quand même. On ne peut pas se permettre de passer à côté. Surtout en cette fin d'année, il est fondamental de ne pas se tromper dans ses voeux. Imaginez, vous pouvez simplement souhaiter de la santé, du bonheur, voire de la réussite. C'est tellement banal ... et plus personne ne semble y croire. Envoyer ce type de voeux, c'est comme envoyer une carte pré imprimée. Vous dites clairement à votre correspondant que vous remplissez vos obligations, vous ne l'avez pas oublié et, ça, c'est le plus important. Mais vous n'allez certainement pas faire l'effort d'imaginer ce qui, à lui personnellement, pourrait lui faire plaisir l'année suivante. D'ailleurs, quelque chose pourrait-il vraiment lui faire plaisir?
 
Bref, parlons de choses sérieuses, entre gens sérieux. D'aucuns nous parlent du réchauffement climatique. Ca c'est un thème de fin d'année. Pas très original, mais toujours mieux que bonne santé. Donc le climat. Mais pas celui-là. Le climat d'investissement. Vous voyez, c'est déjà moins commun. Quoi que ...
 
Donc le climat d'investissement, ce nouveau barômètre du bien-être économique de tout Etat moderne qui se respecte, ne semblerait pas, finalement, exposé au danger du réchauffement en Russie. Mais rien ne sert de s'emballer trop tôt, ce qui serait bon pour les plantes vertes ou les animaux sauvages, ne l'est pas pour les hommes d'affaires. Toute ressemblance mise à part, il est très important de bien construire ses catégories.
 
Pourtant, ce n'est pas faute de faire des efforts. D'un côté, on rappelle que les off-shores ne sont plus une options bien vues, mais on vous relâche Khodorkovsky. Et Koudrine, le Monsieur Economie de notre belle Russie affirme que cela est bon pour le climat d'investissement. Mais quand on fait un prêt, sous forme d'achat d'obligations d'Etat, à l'Ukraine, c'est mauvais pour le climat. La décision est politique. La première aussi, soit dit en passant, très vite. Donc, le climat d'investissement, barômètre économique, est politique. C'est un peu l'histoire de l'âne ...
 
Pourquoi tous ces atermoiements? C'est pourtant simple de le réchauffer ce climat. Voici une petite recette:
  • vous libérer en masse les hommes d'affaires (quel dommage, l'amnestie des hommes d'affaires ne fut pas massive, il faut dire qu'ils avaient quand même commis un certain nombre d'infractions ...);
  • vous rayer de la carte du monde juridique le droit pénal des affaires (et les partisans existent, ceux de l'annulation du droit pénal aussi car pas d'infraction, pas de criminalité, c'est un point de vue ...);
  • vous réduisez au maximum l'impôt sur les sociétés, sur les bénéfices et sur tout ce qui concerne les affaires en général (le taux d'imposition est déjà ridiculement bas en Russie);
  • et vous évitez tout contrôle étatique (oups, le contrôle existe)
Autrement dit, vous créez un Paradis pour hommes d'affaires, le climat sera exceptionnel, mais pas pour tout le monde. Car gommée artificiellement, la criminalité existera quand même, car les individus, ceux qui ne sont pas des hommes d'affaires mais n'en sont pas moins des hommes, ne seront plus autant protégés, etc.
 
Et l'on arrive bien à la conclusion selon laquelle un âne borgne est cher. Ce climat n'est vivable que pour le bisness, pas pour la société ni pour l'Etat qui ne peut plus remplir ses fonctions de base.
 
Faisons donc fi de ce climat d'investissement et, Chers lecteurs, pour cette nouvelle année, je ne vous souhaiterai pas de la santé, de l'argent, du bonheur, de la réussite, d'autres l'ont déjà fait. Je vous souhaiterai de ne pas être trop sérieux, de rire lorsque vous aurez envie de pleurer, de rêver et de vous battre pour vos rêves, d'être enthousiastes et excessifs. Bref de passer une année pleine de vie.
 
Bonne année!

jeudi 26 décembre 2013

La Cour suprême va réviser le premier procès Yukos, mais Khodorkovsky va-t-il rentrer en Russie?

Voir: http://www.gazeta.ru/politics/2013/12/25_a_5819473.shtml

M. Khodorkovsky, lors de sa conférence de presse, avait déclaré ne pouvoir rentrer en Russie tant que la Cour suprême n'avait pas exécuté le décision de la CEDH concernant la première affaire Yukos, c'est-à-dire tant que l'action civile restait valide.
 
V. Lebedev, le président de la Cour suprême, vient de demander à la Cour de lancer la procédure de révision du procès, en se fondant sur l'apparition de circonstances de droit nouvelles, en l'occurence la décision de la CEDH, qui, rappelons-le, est entrée en vigueur en octobre.
 
Il ne s'agit pas de revenir sur la culpabilité de M. Khodorkovsky ni de P. Lebedev, il s'agit de l'action civile en compensation, annexe au procès pénal. La Cour avait alors condamné personnellement ces deux protagonistes à verser la coquette somme de 17 milliards de rouble en compensation des impayés d'impôts par la société Yukos. Or, la CEDH a souligné que la procédure était viciée, puisque selon les dispositions légales en vigueur à l'époque, seule la personne morale, Yukos, pouvait être condamnée à payer cette compensation.
 
Il est intéressant de noter le moment de la procédure de révision. Juste après la conférence de presse. Il est difficile de ne pas y voir une motivation politique. Rien à voir avec le fait que Poutine aurait un grand besoin des lumières de M. Khodorkovsky ou autres affabulations médiatiques du même genre. Il semble s'agir plutôt de mettre les cartes sur table et bas les masques.
 
S'il n'y a plus d'action civile en cours, M. Khodorkovsky n'a aucune raison, selon ses propres dires, de ne pas rentrer en Russie. Mais en a-t-il réellement envie?

lundi 23 décembre 2013

Les controverses de l'amnistie: entre attentes et faiblesses

La loi d'amnistie proposée par le Président russe V. Poutine et adoptée par la Douma en l'honneur des 20 ans de la Constitution russe commence à produire ses effets.
Ne pas lier la grâce de M. Khodorkovsky, mesure individuelle, à cette amnistie, mesure impersonnelle, serait une erreur. Ce processus se pose dans un projet politique d'ensemble, car il s'agit de mesures hautement politiques.
En France, historiquement, sous l'Ancien régime, le nouveau Roi lançait une grande amnistie lors des fêtes accompagnant le début de son règne. La monarchie se faisait ainsi peau neuve. Dans une période plus récente, on retiendra dans les années 50 une amnistie concernant les faits de collaboration pendant la Seconde Guerre Mondiale, dans les années 60 ce sont les faits liés à la guerre d'Algérie qui sont pardonnés. Mais à partir des années 80, les infractions suceptibles d'êtres amnistiées sont de plus en plus réduites. L'on en exclue tout d'abord les crimes et délits indélébiles, puis la classe politique se prononce même contre l'amnistie des infractions au Code de la route. Finalement en 2012, les deux candidats aux présidentielles annoncent qu'aucune loi d'amnistie ne sera adoptée lors de leur prise de fonction. La pratique monarchique semble avoir pris fin de facto.
En effet, l'amnistie revêt principalement deux fonction: favoriser la réconciliation nationale et rappeler le bon vouloir du Souverain, ce qui se rapproche très souvent du populisme. Comment analyser à travers ce prisme la loi d'amnistie qui vient d'être adoptée en Russie?
Elle semble totalement décalée. Décalée, car elle ne remplira pas le rôle de réconcialiation nationale et son côté populiste sera justement écrasé par ce premier caractère.
La réconciliation nationale, si réellement elle est nécessaire, ne sera pas le fait de cette loi. Certes, Maria Alekhina (Pussy Riot) a été mise à la gare la plus proche par les services pénitentiaires. Mais il y a peu de chance que cela appaise la société. Parallèlement, de grandes discussions creuses sont lancées autour de la possibilité juridique d'amnistier ou non l'ancien ministre Serdiukov impliqué dans des détournements de fonds à grande échelle. Et cela ne va certainement pas redorer l'image de l'Etat. Pour faire passer la pillule du pardon, M. Khodorkovsky a été libéré, mais par la grâce, autrement dit par une mesure individuelle, qui elle fut une grande réussite politique. L'on attend encore la libération des membres de Greenpeace, qui sait. En fait, dans ce projet d'amnistie, tout le monde se moque des inconnus qui pourront en bénéficier, toutes les discussions ont tournées autour de certaines affaires, comme Bolotnaya et Greenpeace par exemple. ce qui montre le côté totalement artificiel de la mesure.
D'une manière générale, il est possible de penser que le message politique lancé est celui de la fin d'une période. On tourne la page et on recommence. Pour autant, il n'est pas certain que ce message soit suivi par toutes les individualités remises en liberté, ni qu'il soit compris et accepté par la société.
L'on a déjà vu la publication sur Itar-Tass, juste au moment de la conférence de presse de Khodorkovsky en Allemagne, d'un appel de la veuve de l'ancien maire de Nefteiugansk, assassiné selon un certain nombre de personnes par le clan Yukos, demandant à M. Khodorkovsky de profiter de sa grâce pour se repentir de ses crimes.
Bref, l'effet politique bénéfique de la grâce peut être réduit tant à l'intérieur par les personnes qui ne sont pas prêtes à pardonner sans condition et à l'extérieur par une utilisation géopolitique de la décision. Par ailleurs, l'amnistie, qui ne pourra que faire des mécontants, car elle fonctionne par cétégories juridiques quand les attentes sont très concrètes, et risque de ternir le bénéfice politique qu'il eût été possible de tirer du recours à une grâce individuelle ciblée.
D'un manière générale, pour terminer, il n'est pas certain que le recours à l'amnistie, en temps de paix, soit très judicieux. Mais c'est une décision politique, voyons donc dans le temps les effets qu'elle produira.