L'ACTUALITE RUSSE EN FRANCAIS MISE AU POINT PAR RUSSIE POLITICS SUR Facebook ET Twitter!

vendredi 28 février 2014

Koudrine prône l'Etat minimaliste au Forum économique de Krasnoïarsk

Voir: http://itar-tass.com/ekonomika/1010192

Au Forum économique de Krasnoïarsk, Koudrine, l'ancien ministre des finances, remet en cause les choix de politique économique fait par le pouvoir en insistant qur le rôle trop important et irréaliste attribué justement à l'Etat.
 
La position de Koudrine ressort du néolibéralisme classique. L'Etat ne peut intervenir de manière efficace dans l'économie, il faut bloquer les salaires et ne pas soutenir le fond de pension, mais augmenter l'âge de la retraite. Sans Etat, avec des salaires bas et de faibles pensions, la croissance économique devrait donc être au mieux. Pour qui? Peu importe.
 
Venant de sa part, on ne peut pas dire que ces propositions surprennent. Elles peuvent toutefois rendre sceptique quand on voit le rôle prépondérant de l'Etat, dans d'autres pays occidentaux, pour aider à sortir de la crise. Car la crise n'est pas venue de l'Etat, mais d'un manque de contrôle de sa part, d'un manque de régulation. Quant aux politiques d'austérité, partout où elles ont été employées, elles ont montré non seulement leur faiblesse, mais également leur contreproductivité. Mais qu'à cela ne tienne, le discours de l'ancien ministre des finances n'évolue pas.
 
Sur le plan politique, il est également intéressant de souligner qu'il attaque l'investissement prévu dans le domaine de l'armée, affirmant que cela va ralentir la croissance économique. C'est possible, pourquoi pas. Mais M. Koudrine semble oublier que la Russie n'est pas un protectorat, elle a besoin d'une armée forte, moderne et réactive, pour justement ne pas avoir à l'utiliser.
 
En d'autres termes, ce que propose M. Koudrine, c'est la remise en cause de la politique de souveraineté que défend la Russie. C'est pourquoi il arrive presque à faire l'unanimité contre lui. Le Gouvernement affirme que les choix politiques ne seront pas modifiés, position également soutenue par Edinaya Rossiya.

jeudi 27 février 2014

Ukraine: et où sont les nationalistes russes?

Voir: http://www.nr2.ru/kiev/485876.html
http://krylov.livejournal.com/3219503.html
http://www.amic.ru/news/254440
http://comments.ua/politics/448938-navalniy-podderzhal-maydan-osudil.html
http://rusnat.com/lidery.html

Beaucoup d'encre a coulé sur la montée du nationalisme en Russie, et à juste titre. Etrangement, ou peut être pas, il est question des nationalistes russes lorsqu'éclate un conflit entre ethnies à l'intérieur de la Russie. Ils semblent alors tellement pressés de défendre les intérêts des russes ethniques, sur les marchés, dans les stades ... Mais il semblerait que les russes en Ukraine ne les intéressent pas autant. Etrange non? Pourquoi pas de grandes déclarations pour Sébastopol? Pourquoi juste quelques mots mal à l'aise suite à la mise en place de la politique russophobe du pouvoir révolutionnaire ukrainien.
Le malaise est double.
Tout d'abord nos gentils nationalistes russes étaient représentés en Ukraine, évidemment, mais sur Maïdan. Navalny et son nouveau parti, différents mouvements comme le parti national démocrate, Russkie, l'orgnisation Initiative nationale-socialiste (Bobrov) ... On y trouve également de simples contestataires professionnels: Drugaya Rossiya (de Kasparov), Femen, Golos, la ligue LGBT, Russ Sidiachia (pour les prisonniers) ... On y trouve des "libéraux" bon ton, comme Nemtsov. Et, il ne faut pas oublier, les supporters de foot, en l'occurence Yaroslavka. Bref, tout le gratin était sur Maïdan.
Russkie explique sur la page officielle de son site, qu'ils condamnent le régime de Yanukovych, qu'ils soutiennent le droit à l'autodétermination des ukrainiens et des russes, qui doivent pouvoir faire leur choix sans les pressions russes ou européennes. Il semblerait que les pressions américaines soient autorisées - je plaisante. Simple oubli.
On y a vu également le leader de l'organisation Initiative nationale-socialiste, D. Bobrov, qui affirme avoir contacté les mouvements nationalistes, participé aux émeutes et a cherché à profiter de l'expérience réussie de ces mouvements pour l'importer en Russie. En effet, dès son retour, il a organisé quelques "séminaires" pour mieux former ses sympathisants.
Pourquoi des organisations nationalistes russes soutiennent-elles, même indirectement, des partis comme Svoboda, ou des organisations nationalistes ukrainiennes qui sont contre, non seulement la Russie en tant que telle, mais les russes ukrainiens? C'est un non sens. C'est un non sens s'ils sont réellement nationalistes.
Ensuite, une fois que le feu a été allumé, ils demandent évidemment aux autorités de venir défendre les droits des russes. Comment faire autrement, leur crédibilité pourrait être sérieusement mise en cause.
Et l'on en arrive à l'autre aspect du problème des nationalistes russes. Sont-ils nationalistes, dans le sens où ils devraient défendre les intérêts de leur pays et des individus ethniquement russes, ce qu'affirme par ailleurs le site de Russkie. Ce qu'ils ont fait, s'ils s'agissaient réellement de nationalites, serait une trahison. Mais en est-ce une?
L'on peut réellement se poser la question. Sommes nous face à des individus ayant des convictions ou face à des individus qui remplissent une fonction? Malheureusement, on ne peut que se souvenir de la thèse de Z. Brzezinski mettant l'accent sur l'importance du facteur ethnique dans un conflit national intérieur. Donc quel est le véritable visage de ce "nationalisme" russe?

mercredi 26 février 2014

La Russie se dirige vers une interdiction totale des OGM

Voir: http://www.rg.ru/2014/02/26/gmo-site.html

Actuellement 14 régions russes interdisent les OGM. Vu le développement de ces produits et l'ouverture des frontières économiques avec l'entrée de la Russie dans l'OMC, un projet de loi a été déposé visant à l'interdiction sur tout le territoire russe de la production et de l'importation d'aliments contenant des OGM.
 
En Russie, 18 types de produits génétiquements modifiés sont autorisés, quand en général, on en décompte déjà une centaine de part le monde. Face à l'impossibilité de connaître les effets à long terme, en matière de santé publique, de la consommation de ces produits, la Russie se dirige vers leur interdiction.
 
En Europe, 174 zones propres ont été crées, dans lesquelles entrent l'Autriche, la Grèce, la Pologne et la Suisse.
 
L'interdiction totale se fera par étape. Il est en effet nécessaire de mettre en oeuvre les instruments de contrôle. Par exemple, les services de contrôle russe ont retrouvé des OGM dans les aliments pour enfants, produits par de grandes compagnies transnationales, sans que cela ne soit indiqué sur l'étiquette.
 

lundi 24 février 2014

Les ukrainiens doivent choisir entre l'Ukraine et Maïdan

Voir: http://www.gazeta.ru/politics/2014/02/24_a_5924689.shtml
http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/998897
http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/998897
http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/997648
http://soldier-999.livejournal.com/201868.html



 
Meeting anti-Bandera à Sébastopol - 25 000 personnes environ



Ces derniers jours, la situation en Ukraine a évolué on ne peut plus rapidement. La rada a pris les pleins pouvoirs, Yunukovych est parti se réfugier à Kharkov, la rada l'a démissioné et a transmis ses compétences au speaker qu'elle a elle-même élu, A. Turchinov (après que l'ancien speaker ait été battu et ait démissioné), l'éminence grise de Timoshenko. Pour libérer l'égérie, la législation est modifiée, des lois ayant effet direct sont adoptées, les ministres sont démis de leurs fonctions et remplacés par des représentants temporaires. C'est une législation d'exception qui a été mise en place par un Parlement qui s'octroie de facto des compétences qu'il n'a pas, détruisant par là-même l'état de droit. Si des élections présidentielles anticipées sont annoncées pour le 25 mai, étrangement personne ne parle d'élections parlementaires. Les Etats Unis déclarent le Parlement légitime et ne qualifient pas ces évènements de coup d'Etat.
 
La rue et les bâtiments officiels sont sous le contrôle des combattants de Maïdan, la police, Berkut et l'armée sont dans leurs baraquements. La Rada annonce un nettoyage des forces de l'ordre et des magistrats. Le modèle américain de Transitional Justice est en route.  Le "Tribunal" de Maïdan demande que Yanukovych lui soit déféré pour y être immédiatement jugé.
 
Timoshenko sort de l'hôpital-prison, arrive à Maïdan, y fait une déclaration selon laquelle tous les responsables du sang qui coulé dans les rues de Kiev doivent être chatiés, que l'Ukraine va bientôt entrer dans l'Union européenne, ce qui va régler beaucoup de problèmes. Yanukovych et d'autres politiciens sont sous le coup d'un mandat d'arrêt.
 
Pourtant, Maïdan ne désarme pas. Et pour cause. Le lendemain, Secteur droit, la branche armée de l'extrême droite ukrainienne (qui s'est vu proposer de faire partie du ministère de l'intérieur) déclare garder les armes et la place, ne pas s'être battu pour le retour en politique de Timoshenko et de ces politiciens pourris professionnels, mais pour le changement complet des structures de pouvoir en Ukraine. C'est eux qui assurent la liberté de circulation, contrôle les véhicules et les passeports. En chemin, les véhicule des Timoshenko et de Iatseniouk sont arrêtés, pour que les choses leur soient clairement expliquées.
 
Pendant ce temps, à Kharkov, Yanukovych fait une intervention télévisée qui ne peut que confirmer sa faiblesse congénitale. Il fera son possible pour sortir l'Ukraine de la crise, mais ne sait pas encore comment. Il explique avoir subi des pressions constantes, qualifie les évènement de coup d'état, explique les menaces dont font l'objet les députés de son parti tant qu'ils n'en sortent pas. Avec des trémolos dans la voix, il insiste sur les garanties que lui ont donnnées les négociateurs internationaux sur sa sécurité. Le soir même, le premier ministre polonais, qui participait aux négiciations, affirme qu'aucune garantie n'a été donnée. Il n'est plus utile. A personne. Ni aux occidentaux qui en ont tiré tout ce qu'ils pouvaient, ni au parti des régions qui reporte sur lui les conséquences de la crises pour sauver sa peau, ni aux régions "loyalistes" qui ne peuvent avoir confiance en quelqu'un qui a trahie l'Etat. Aujourd'hui, Kharkov est sur le point de tomber entre les mains des manifestants "pacifistes" de Maïdan qui ont pris dans la nuit l'administration centrale - avec des fleurs évidemment, raison pour laquelle ils y ont établi un hôpital de campagne. Cette après-midi, l'administration fonctionne, mais la situation n'est pas réglée. Contrairement aux fausses informations, ni le maire, ni le gouverneur ne sont en fuite, ils ont été vus plusieurs fois sur place. Mais leurs figures devient trop emblèmatique pour Maïdan. Ce Maïdan, lui-même symbole de la dépersonnalisation du pouvoir et donc de sa déresponsabilisation.
 
Alors que Yanukovych fait preuve de sa faiblesse habituelle, se tient, également à Kharkov, où il n'a pas été invité, un congrès de l'auto-administration locale des régions du sud-est. Le dirigeant de la région de Kharkov et le maire deviennent les figures de proue de la résistance pacifique. Plus de 40 000 représentants de ces régions sont réunis, les mots sont beaux, les déclarations aussi, mais cela manque beaucoup de concrêt. Ils déclarent que les régions prennent, tant qu'un pouvoir institutionnel légitime n'est pas institué en Ukraine, la conduite des affaires politiques locales et assurent l'ordre constitutionnel en Ukraine. Mais concrètement comment, les hésitations se font encore entendre et les non-dits hurlent aux oreilles.
 
Pour entendre ces résolutions, il faudra que la population, pourtant très calme, de Sébastopol se mobilise. En en ayant assez des hésitations politiques, dans la seule ville d'Ukraine où le maire est nommé par Kiev et non élu par ses concitoyens de peur de voir un maire pro-russe, environ 25 000 personnes ont élu Alekseï Tchaly à la mairie, homme d'affaires pro-russe, dont le grand-père était le commandant en chef de la flotte de la mer noire. C'est alors que la population a voulu forcer le cours de choses et une récolution beaucoup plus concrête a été prise: les forces de l'ordre dépendent de l'administration locale, celle-ci n'enverra pas ses contributions budgétaires au centre. Bref, Sébastopol ne veut pas financer la révolution. Aujourd'hui, l'ancien maire nommé par Kiev a démissionné.
 
Tous ces évènements sont surprenants. Pourquoi cette manifestation à Kiev, si peu médiatisée, contre Timoshenko? Pourquoi adopter en urgence le retour à une constitution parlementaire avant l'arrivée de Timoshenko? Peut être parce que si Yanukovych avait la maladie de l'argent, Timoshenko a celle du pouvoir. Si jamais elle devient Présidente de l'Ukraine, elle voudra gouverner et non pas jouer le rôle d'un symbole. Sans oublier qu'il lui serait difficile de jouer le rôle de l'égérie (vraiment) nationale, car en sa personne ne se résolvent pas les problèmes de confrotations idéologiques et politiques qui secouent aujourd'hui l'Ukraine. Encore une question. Le "nouvel ordre mondial" a-t-il besoin de pays, certes faibles, mais qui veulent se gouverner? C'est à en douter.
 
Autrement dit, l'Ukraine est devant un choix existentiel. Ou bien elle reste un Etat, et la proposition russe de renforcer le fédéralisme afin de garder l'intégrité territoriale et la paix sociale a un sens, ou bien elle se dirige vers des conflits sans fins qui sont la résultante attendue des ces "nouveaux modes de gouvernance". Aucun Etat moderne ne se gouverne par les mécanismes de démocratie directe, c'est un mythe. Les structures étatiques et les modalités du pouvoir dans un Etat développé sont beaucoup trop complexes pour cela. Dans le cas contraire, cela ne conduirait qu'à son affaiblissement. La rue confondue avec la démocratie directe, c'est la recette du chaos, pas de la démocratie.


vendredi 21 février 2014

La guerre se gagne en images: vers la fermeture des chaînes russes en Ukraine?

Voir: http://www.infox.ru/authority/mans/2013/12/11/Ukrainskiy_parlamyen.phtml

Alors que les chaînes ukrainiennes sont, dans leur grande majorité, acquises à l'UE, Rossiya 24 et Rossiya 1, deux chaînes russes diffusées en Ukraine sur le cable et par satellite, semblent déranger vu le contexte politique actuel.
Si nombres d'analystes soulèvent la question de la myopie politique de l'UE et des Etats Unis, des médias qui donnent en générale une vision manichéenne des choses, la petite ouverture des médias en Ukraine semble déranger certains de ses propres parlementaires.
Le discours tenu par Rossiya 24 et par Rossiya 1, qui met l'accent sur la radicalisation du mouvement de contestation et les atteintes physiques portées aux forces de l'ordre, chose inadmissible dans n'importe quel pays, dérange. Car ces chaînes font dissonance vu le contexte médiatico-politique actuel, il ne faut pas diffuser des images qui pourraient faire réfléchir la population, des images qui pourraient relativiser le combat pour la défense des valeurs européennes mené par les hommes encagoulés. Des personnes que l'on ne voudrait pas voir au pouvoir chez nous.
Donc ces chaînes ont été qualifiées, par des parlementaires ukrainiens, d'anti-ukrainiennes et ils sont prêts à en demander l'interdiction de diffusion, hors satellite. Leur traitement de l'actualité est par trop partial. Elles donnent notamment la parole à des hommes politiques, des parlementaires, des dirigeants de région ukrainiens qui ne sont pas d'accord avec les radicaux. Si le critère est la partialité, on peut faire le vide dans le champ médiatique. Mais la partialité n'apparaît en général, qu'à partir du moment où l'on ne partage pas l'idée défendue. Car derrière toute "objectivité" il y a un choix d'images et de mots. C'est humain.
A l'heure où l'Ukraine a besoin de mettre fin au conflit sanglant dans ses rues, il est évident que le combat pour les images est fondamental. De lui dépendra quelle vision le monde aura des vainqueurs et des vaincus. Mais en dépend également la crédibilité des Etats Unis et de l'UE, qui s'investissent très activement dans le conflit et ont besoin d'une "certaine" couverture médiatique des évènements, de ces manifestations pacifiques, notamment à l'intérieur du pays.
Il sera ainsi possible de diffuser, sans risquer de commentaires désobligeants, l'image du premier ministre polonais, pays tout aussi indépendant et souverain que l'Ukraine, annoncer que Yanukovych est d'accord pour des élections anticipées. Il vaut mieux en effet ne pas trop se poser de questions ...
Il sera également possible de ne pas diffuser l'image de ce gouverneur menoté et tabassé par une foule cagoulée, menacé personnellement en plus des menaces prononcées contre de la vie des membres de sa famille, tout cela pour ne pas avoir voulu signer une lettre de démission. Le visage en sang, la feuille dans les mains. Il est en place depuis quelques mois ... c'est un crime.
La guerre n'a pas besoin de liberté d'information et d'expression, elle a besoin de soldats.

jeudi 20 février 2014

Vers la banalisation de la détention des armes à feu? Une forme de légalisation de la violence privée

Voir: http://izvestia.ru/news/566216

La Russie semble s'orienter vers la réalisation du slogan "ma maison, ma forteresse", qui autorise chacun à défendre à n'importe quel prix son territoire et ses proches, à tirer sur les intrus, sans avoir à prouver que la réponse est disproportionnée à l'attaque. Il bénéficie d'une présomption de légitime défense lorsqu'il se trouve sur son territoire, la charge de la preuve étant renversée. Bienvenue dans le monde merveilleux des Westerns spaguettis.
 
Sur le site des initiatives populaires, un projet prévoyant la possibilité pour chaque individu de posséder une arme et de l'utiliser pour défendre ses biens et ses proches est sur le point d'obtenir 100 000 signatures, ce qui signifie alors la possibilité de lancer la procédure vers la Douma pour le transformer en projet de loi. Même si le Gouvernement ne le transmet pas, un député semble prêt à porter l'initiative.
 
Ce texte contient quelques particularités qu'il faut souligner, en plus du renversement de la charge de la preuve. En effet, le droit de tirer ne s'étend pas que au domicile, dans le sens strict du terme, mais couvre également les moyens de transports, les lieux de résidence (hôtel, sanatorium, etc).
 
Autrement dit, vous prenez votre voiture et vous mettez une arme dans la boîte à gants, au cas où. Vue l'ampleur de l'agressivité et de la violence sur la route, cela ne va pas améliorer les statistiques. Vous partez en vacances avec votre famille, et évidemment vous mettez une arme à feu dans vos bagages - imaginez que quelqu'un ait l'idée d'usurper votre chaise longue.
 
Si ce texte arrive à la Douma, s'il est adopté, c'est la conception de la société qui va être changée. Avec l'augmentation de la violence, sa banalisation, l'on peut s'attendre à une augmentation parallèle des dérapages, notamment parmis les enfants et les adolescents, qui grandiront dans une vision de la normalisation des armes à feu. Et de la violence qui en découle. Les jeux vidéos vont pouvoir devenir pour eux réalité.
 
D'un point de vue institutionnel, cela signifie également la reconnaissance de la légalité de la violence privée. Vous ne téléphonez plus à la police, vous tirez d'abord. La police ne fait que constater. D'une certaine manière, c'est la fin de ce que Bourdieu appelait le monopole de violence légitime.
 
 

mercredi 19 février 2014

Maïdan ou la privatisation de la démocratie

Rassurez-vous, je n'ai pas oublié que l'Ukraine est indépendante de la Russie. Bien que ce blog soit consacré à la Russie, vu ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine, il est difficile de ne pas réagir. Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur la responsabilité du Président Yanukovych cherchant tantôt à rallier l'UE, tantôt demandant de l'aide à la Russie, sur la responsabilité des opposants allant aux ordres en Allemagne, sur la responsabilité de l'UE et des Etats Unis qui envoient leurs représentants faire de grands discours sur Maïdan et parlementer surtout avec les opposants pour faire pression ensuite sur Yanukovych. Beaucoup de choses ont été écrites.
Et depuis nos appartements confortables et bien chauffés l'on s'émerveille sur la démocratie directe, celle qui doit réveiller les vielles démocraties endormies dans leurs procédures poussiéreuses et trop lourdes. Ces procédures qui dépossèdent le bon peuple de son bon vouloir.
Et l'on détourne les yeux quand le sang coule, quand la ville brûle. Les méchants et les gentils sont bien classés, rangés dans leur boîte, étiquetés. Sans erreurs. Les pro-occidentaux sont gentils, les pro-russes sont méchants. Les représentants du pouvoir sont méchants, les manifestants et les opposants sont gentils. Pourquoi? Parce qu'il ne peut en être autrement. Parce qu'il y a eu, au début, des manifestants pacifiques. Et leur aura continue à voiler les exactions de groupuscules extrémistes affiliés à Bandera, continue à légitimer le discours modéré et bien pensant. Même leur absence est couverte.
A Ivano-Frankovsk, les manifestants ont pris d'assaut le dépôt de la police locale. Ils y ont gagné 120 pistolets automatiques, 20 mitraillettes et environ 5 millons de cartouches. Tout l'arsenal des force de l'ordre locales.
Et il faut continuer à négocier. Il faut parlementer. Même si cela ne mène à rien. L'UE l'exige. C'est le jeu démocratique qui l'impose, la modération avant tout. Et dans la nuit, de nouveau, Yanukovych rencontre les leaders de Maïdan. Résultat nul.
Hier, des manifestants s'attaquent au siège du Parti des Régions, symbole du pouvoir. Quand ils commencent à le prendre d'assaut. Un homme sort. Juste un homme, un ingénieur, pas même un politicien. Il explique à la foule qu'il faudrait laisser sortir les femmes qui sont à l'intérieur. Il est tué.Une balle dans la tête.
A ce stade, il ne s'agit plus de modération, mais de faiblesse. Celle d'un Chef d'Etat qui ne se comporte pas comme tel. D'un Chef d'Etat qui se cache derrière une façade de procédures démocratiques pour ne pas montrer à la face de tous la faiblesse de son pouvoir. Son incapacité à décider, à restaurer l'ordre. A force de corruption, à force de compromission, il ne peut plus agir. Même ses députés semblent quelque peu dépités. Un jour ils affirment que l'ordre sera rétabli, le lendemain que l'ordre n'a pas été donné. A ce jeu, l'actuel Président ne peut sortir que perdant. Il a déjà perdu. Car ses forces, encore loyales, ne pourront logtemps soutenir une absence de politique. La situation ne se règlera pas d'elle même.
Dans la nuit, des policiers prennent en chasse une jeep noire. Elle se laisse rattraper et sans même descendre du véhicule, les hommes à l'intérieur abattent les policiers.
Et pendant ce temps, la crise se radicalise. Il n'y a jamais de vide dans le pouvoir. Si l'Etat ne le garde pas, d'autres le prennent. Peu importe la manière. Peu importe les formes. Peu importe le sang et les flammes. Le but n'est pas la démocratie, c'est le pouvoir lui-même. Un pouvoir qui se conquiert par la force, ne se garde que par la force. Donc ces opposants ne seront jamais les fondateurs de la démocratie ukrainienne.
En une nuit, 10 policiers abattus, 350 hospitalisés, 74 dans un état grave. 13 manifestants morts, 240 hospitalisés. On compte également la mort de journalistes, d'enfants. Le métro et les moyens de transports sont arrêtés à Kiev et la circulation vers la ville sera réduite la nuit. Une situation d'urgence qui ne porte pas son nom.
Voici exactement ce que ces lourdes procédures démocratiques, qui volent le pouvoir au peuple, permettent d'éviter en Occident. Voici exactement pourquoi il existe une frontière très nette entre une manifestation et une tentative de renversement de régime. Le soir, les manifestants rentrent chez eux. Car le but est de faire passer un message, pas de prendre le pouvoir. Ce pouvoir, ils l'expriment lors des élections. Qui d'ailleurs devaient avoir lieu en Ukraine dans peu de temps. Alors pourquoi courir? Parce que l'opposition ne peut pas gagner les élections en situation normale. Il faut donc créer les conditions permettant d'accéder au pouvoir sans avoir à se confronter au peuple, à tout le peuple, pas simplement à celui de Maïdan. 
Ce qui se passe à Maïdan n'est pas l'expression de mécanismes de démocratie directe, c'est l'inverse de la démocratie. C'est l'expression de la volonté de gouverner d'une minorité sur la majorité. Mais le Président ukrainien, en montrant sa faiblesse, se discrédite et discrédite le pouvoir d'Etat. Son absence de politique engendre un risque réel que le pouvoir ne bascule entre les mains de nationalistes extrémistes ou entre les mains de l' armée.
Combien de temps Bruxelle ou Washington supporteraient-il la remise en cause de leur pouvoir par la rue? Vous me direz, la situation et différente, car le régime est différent. Mais l'être humain a cela de merveilleux, qu'il trouve toujours ce qu'il cherche. Au cas où, il est possible de lui indiquer le chemin.