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jeudi 6 mars 2014

Russie, attention à la dérive sécuritaire

Voir: http://izvestia.ru/news/567042
http://izvestia.ru/news/567031

Actuellement, deux projets de loi sont dans l'air. L'un consisterait à étendre le statut d'agent étranger aux Instituts de recherche, d'analyse ou d'enseignement. L'autre envisage de mettre en place une responsabilité pénale pour les journalistes travaillant dans les médias russes en cas de diffusion volontaire de fausses informations portant préjudice à l'Etat russe.
Dans les deux cas, ces projets de loi sont la conséquence du coup d'Etat en Ukraine. Le premier est suscité par le fait que certains financements étrangers en Ukraine, officiellement pour le développement de la démocratie, ont participé à la préparation des évènements sanglants ayant débouché sur cette impasse, laissant la place à un pouvoir en manque de légitimité intérieure qui la cherche à l'extérieure. Cela a été réalisé, notamment, par un travail sur les élites, leur préparation et leur formation. Le second projet de loi vient de la couverture très orientée de l'information en Ukraine et dans les médias occidentaux, qui vise à une légitimation du pouvoir en place, malgrè les fuites dérangeantes, en tronquant l'information. Dans tous les cas, il s'agit de la formation de l'opinion publique dans un sens très précis, sans tenir compte des intérêts propres de l'Etat en question.
Et la Russie a des raisons de craindre que certaines recettes puissent être employées à son encontre. Pourtant, la méthode choisie est-elle la plus efficace?
Le problème de ces projet de loi est le renforcement du caractère répressif de la législation, sans pour autant travailler sur les fondements des problèmes. L'Etat se place en position défensive, ce qui n'est jamais très bien pris par la population. En dehors des pressions et manipulations faites par les Etats Unis et l'Union européenne, le conflit en Ukraine est sorti dans la rue, au début, par un mécontentement généralisé à l'encontre du "système" Yanukovych, qui a remplacé les "systèmes" précédents et semble avoir laissé la place à un nouveau "système". Dans le fond, rien n'a vraiment changé. C'est un changement de personnes, un changement d'oligarques, mais la logique reste fondamentalement la même, renforçant seulement la radicalité du discours et des actes face à l'impasse politique dans laquelle il se trouve. On ne dissout pas le Parlement, on revient à la Constitution de 2004, on envoie des oligarques (d'autres évidemment, les siens) dans les régions. Il ne s'agit pas de s'occuper enfin des intérêts de l'Ukraine, mais de la rapprocher de l'UE et de laisser la place à l'OTAN. Ce sénario à ses frontières fait peur à la Russie. Pourtant, c'est le travail qu'elle mène pour lutter contre la corruption, pour légitimer les processus électoraux, pour lutter contre l'impunité judiciaire qui sera sa meilleure arme. Ces projets de loi n'apporteront rien.
Tout d'abord, parce que l'extrémisme ou le mensonge sont déjà réprimés. Ensuite parce que la loi ne peut pas protéger de tout. Cela ne veut pas dire qu'il ne faille rien pénaliser, mais il est important de garder un équilibre entre la répression et la prévention d'un côté, et la liberté de l'autre. Sinon, les mesures deviennent contreproductives. En l'occurence, c'est le renforcement du soft power qui serait beaucoup plus efficace.

mercredi 5 mars 2014

La Russie ne restera pas sans réagir si les Etats Unis et l'UE prennent des sanctions à son encontre

Voir: http://izvestia.ru/news/566981

Comme l'a souligné le Président russe V. Poutine hier lors d'une conférence de presse, les économies des pays sont interdépendantes, si des sanctions économiques sont prises contre la Russie, elle peut également répondre.
En ce sens, le président du comité pour la législation constitutionnelle du Conseil de la Fédération, A. Klichas, prépare un projet de loi permettant de prendre plusieurs mesures en réponse, si les sanctions sont adoptées.
Il s'agirait, notamment, de geler les actifs des compagnies américaines et européennes en Russie ou des ressortissants de ces pays travaillant en Russie. Cette mesure serait parallèle aux mesures de rétorsions prises contre les entreprises russes à l'étranger.
Il demande également que soit reconnu au Président la possibilité, si de telles mesures sont prises aux Etats Unis et en Europe, de geler les comptes des représentants de ces pays dans les banques russes et de pouvoir aller jusqu'à la confiscation des biens de ces entreprises.
Le but n'est évidemment pas de mettre ces mesures en vigueur, il s'agit d'un signal politique, une sorte de cure préventive devant faire réfléchir les partenaires américains et européens de la Russie de combien ils sont prêts à perdre dans cette escalade. C'est aussi un message clair affirmant que la Russie matient ses positions malgrè les menaces de sanctions.
Et quand J. Kerry déclare que le conflit est entré dans une nouvelle phase pour le combat pour la "liberté", on peut retenir qu'il s'agit effectivement d'une nouvelle phase, mais du combat pour la préservation de l'hégémonie américaine. Jusqu'où les Etats Unis seront-ils prêts à aller?

lundi 3 mars 2014

Ukraine, vers la fin de la Pax Americana?

Voir: http://izvestia.ru/news/566846

A partir du moment où V. Yanukovych s'est réfugié en Russie et l'a appelée à l'aide pour restaurer l'ordre constitutionnel. A partir du moment où les autorités de Crimée ont officiellement demandé la protection de la Russie. A partir du moment où le Conseil de la Fédération a donné son accord de principe au Président russe pour utiliser les forces armées, si nécessaire, afin de restaurer l'ordre constitutionnel ukrainien et garantir son intégrité territoriale, protégeant ainsi la population russe, la situation est devenue hystérique.
B. Obama déclare que la Russie va payer cher pour sa politique. Le Canada et la Grande Bretagne rappellent pour consultation leurs ambassadeurs ou responsables de missions diplomatiques après que le Conseil de la Fédération ait demandé au Président russe de rappeler son ambassadeur aux Etats Unis. Otawa, Paris, Londres et Washington interrompent la préparation du G8 qui doit se tenir à Sotchi. Autrement dit, les Etats Unis bougent leurs pions pour faire pressions sur la Russie, les pions étant le Canada et les pays européens. Ce qui montre encore si nécessaire le degrè d'indépendance de l'UE et les implications que cela peut avoir pour les pays membres.
En effet, la Pax Americana en vigueur depuis la chute de l'Union soviétique suppose, sinon l'obéissane aveugle des pays, du moins leur passivité. Et ces derniers temps, la Russie fait preuve sur la scène internationale d'une trop grande autonomie. Elle ose s'opposer. S'opposer en Syrie et avoir raison de ne pas vouloir provoquer un conflit armé en soutenant des mercenaires et des fanatiques religieux. S'opposer en Ukraine en ne reconnaissant pas la légitimité d'un Gouvernement qui s'impose par la force, instaure immédiatement une confusion des pouvoirs en la personne d'un Président par intérim qui fusionne le législatif (il est le speaker de la Rada) et l'exécutif. Un régime qui met un point d'arrêt à la Cour constitutionnelle et pense même à lancer des enquêtes pénales contre ses membres. Un pouvoir qui s'appuie sur des partis et des groupes extrémistes. Qui annule en conséquences la loi interdisant la propagande extrémiste. Qui remet en cause, dans un pays multiéthnique, la loi sur la diversité des langues. Etc.
Peut importe le fond, peu importe le droit, la Russie a osé s'opposer et elle doit payer. Elle doit payer très cher, elle doit le payer de sa souveraineté. Car accepter l'opposition de la Russie sur la scène internationale, c'est revenir à un ordre bipolaire, ce que les Etats Unis ne veulent à aucun prix.
Pourquoi, effectivement, ne pas garantir les accords signés sous l'égide de nos superbes ministres des affaires étrangères? Pourquoi ne pas condamner la montée extrémiste qui risque de toucher l'Europe en ricochet? Qui va payer pour le soutien de l'économie ukrainienne ? Peu importe. L'enjeu n'est plus l'Ukraine. Que l'on ne se trompe pas. Il n'y a pas de guerre entre la Russie et l'Ukraine, mais un conflit qui peut dégénérer en Ukraine entre la Russie et les Etats Unis. Les dernières mesures prises par la Russie montre qu'elle ne veut plus de la Pax Americana. Les sanctions économiques envisagées par les Etats Unis à l'encontre de la Russie et que l'UE, n'ayons aucuns doutes, s'empressera de recopier en bon élève, n'auront aucune incidence sur l'économie américaine, elles en auront surtout sur l'économie déjà moribonde européenne.
Dans ce conflit pour l'indépendance, la Russie n'aura aucun allié. Chacun retient son souffle et attend de voir qui sera le vainqueur pour choisir son camp. Ni les BRICS avec qui elle développe ses échangent, ni la Chine qui devient un partenaire stratégique. La réaction de B. Obama a montré que c'était un combat à mort. Un combat pour la supprématie. Donc un combat irrationnel. Et l'escalade du conflit ne dépend pas que de la Russie, mais du degrè de radicalisation que sont prêts à atteindre les Etats Unis, à travers leurs pions bien sûr.

vendredi 28 février 2014

Koudrine prône l'Etat minimaliste au Forum économique de Krasnoïarsk

Voir: http://itar-tass.com/ekonomika/1010192

Au Forum économique de Krasnoïarsk, Koudrine, l'ancien ministre des finances, remet en cause les choix de politique économique fait par le pouvoir en insistant qur le rôle trop important et irréaliste attribué justement à l'Etat.
 
La position de Koudrine ressort du néolibéralisme classique. L'Etat ne peut intervenir de manière efficace dans l'économie, il faut bloquer les salaires et ne pas soutenir le fond de pension, mais augmenter l'âge de la retraite. Sans Etat, avec des salaires bas et de faibles pensions, la croissance économique devrait donc être au mieux. Pour qui? Peu importe.
 
Venant de sa part, on ne peut pas dire que ces propositions surprennent. Elles peuvent toutefois rendre sceptique quand on voit le rôle prépondérant de l'Etat, dans d'autres pays occidentaux, pour aider à sortir de la crise. Car la crise n'est pas venue de l'Etat, mais d'un manque de contrôle de sa part, d'un manque de régulation. Quant aux politiques d'austérité, partout où elles ont été employées, elles ont montré non seulement leur faiblesse, mais également leur contreproductivité. Mais qu'à cela ne tienne, le discours de l'ancien ministre des finances n'évolue pas.
 
Sur le plan politique, il est également intéressant de souligner qu'il attaque l'investissement prévu dans le domaine de l'armée, affirmant que cela va ralentir la croissance économique. C'est possible, pourquoi pas. Mais M. Koudrine semble oublier que la Russie n'est pas un protectorat, elle a besoin d'une armée forte, moderne et réactive, pour justement ne pas avoir à l'utiliser.
 
En d'autres termes, ce que propose M. Koudrine, c'est la remise en cause de la politique de souveraineté que défend la Russie. C'est pourquoi il arrive presque à faire l'unanimité contre lui. Le Gouvernement affirme que les choix politiques ne seront pas modifiés, position également soutenue par Edinaya Rossiya.

jeudi 27 février 2014

Ukraine: et où sont les nationalistes russes?

Voir: http://www.nr2.ru/kiev/485876.html
http://krylov.livejournal.com/3219503.html
http://www.amic.ru/news/254440
http://comments.ua/politics/448938-navalniy-podderzhal-maydan-osudil.html
http://rusnat.com/lidery.html

Beaucoup d'encre a coulé sur la montée du nationalisme en Russie, et à juste titre. Etrangement, ou peut être pas, il est question des nationalistes russes lorsqu'éclate un conflit entre ethnies à l'intérieur de la Russie. Ils semblent alors tellement pressés de défendre les intérêts des russes ethniques, sur les marchés, dans les stades ... Mais il semblerait que les russes en Ukraine ne les intéressent pas autant. Etrange non? Pourquoi pas de grandes déclarations pour Sébastopol? Pourquoi juste quelques mots mal à l'aise suite à la mise en place de la politique russophobe du pouvoir révolutionnaire ukrainien.
Le malaise est double.
Tout d'abord nos gentils nationalistes russes étaient représentés en Ukraine, évidemment, mais sur Maïdan. Navalny et son nouveau parti, différents mouvements comme le parti national démocrate, Russkie, l'orgnisation Initiative nationale-socialiste (Bobrov) ... On y trouve également de simples contestataires professionnels: Drugaya Rossiya (de Kasparov), Femen, Golos, la ligue LGBT, Russ Sidiachia (pour les prisonniers) ... On y trouve des "libéraux" bon ton, comme Nemtsov. Et, il ne faut pas oublier, les supporters de foot, en l'occurence Yaroslavka. Bref, tout le gratin était sur Maïdan.
Russkie explique sur la page officielle de son site, qu'ils condamnent le régime de Yanukovych, qu'ils soutiennent le droit à l'autodétermination des ukrainiens et des russes, qui doivent pouvoir faire leur choix sans les pressions russes ou européennes. Il semblerait que les pressions américaines soient autorisées - je plaisante. Simple oubli.
On y a vu également le leader de l'organisation Initiative nationale-socialiste, D. Bobrov, qui affirme avoir contacté les mouvements nationalistes, participé aux émeutes et a cherché à profiter de l'expérience réussie de ces mouvements pour l'importer en Russie. En effet, dès son retour, il a organisé quelques "séminaires" pour mieux former ses sympathisants.
Pourquoi des organisations nationalistes russes soutiennent-elles, même indirectement, des partis comme Svoboda, ou des organisations nationalistes ukrainiennes qui sont contre, non seulement la Russie en tant que telle, mais les russes ukrainiens? C'est un non sens. C'est un non sens s'ils sont réellement nationalistes.
Ensuite, une fois que le feu a été allumé, ils demandent évidemment aux autorités de venir défendre les droits des russes. Comment faire autrement, leur crédibilité pourrait être sérieusement mise en cause.
Et l'on en arrive à l'autre aspect du problème des nationalistes russes. Sont-ils nationalistes, dans le sens où ils devraient défendre les intérêts de leur pays et des individus ethniquement russes, ce qu'affirme par ailleurs le site de Russkie. Ce qu'ils ont fait, s'ils s'agissaient réellement de nationalites, serait une trahison. Mais en est-ce une?
L'on peut réellement se poser la question. Sommes nous face à des individus ayant des convictions ou face à des individus qui remplissent une fonction? Malheureusement, on ne peut que se souvenir de la thèse de Z. Brzezinski mettant l'accent sur l'importance du facteur ethnique dans un conflit national intérieur. Donc quel est le véritable visage de ce "nationalisme" russe?

mercredi 26 février 2014

La Russie se dirige vers une interdiction totale des OGM

Voir: http://www.rg.ru/2014/02/26/gmo-site.html

Actuellement 14 régions russes interdisent les OGM. Vu le développement de ces produits et l'ouverture des frontières économiques avec l'entrée de la Russie dans l'OMC, un projet de loi a été déposé visant à l'interdiction sur tout le territoire russe de la production et de l'importation d'aliments contenant des OGM.
 
En Russie, 18 types de produits génétiquements modifiés sont autorisés, quand en général, on en décompte déjà une centaine de part le monde. Face à l'impossibilité de connaître les effets à long terme, en matière de santé publique, de la consommation de ces produits, la Russie se dirige vers leur interdiction.
 
En Europe, 174 zones propres ont été crées, dans lesquelles entrent l'Autriche, la Grèce, la Pologne et la Suisse.
 
L'interdiction totale se fera par étape. Il est en effet nécessaire de mettre en oeuvre les instruments de contrôle. Par exemple, les services de contrôle russe ont retrouvé des OGM dans les aliments pour enfants, produits par de grandes compagnies transnationales, sans que cela ne soit indiqué sur l'étiquette.
 

lundi 24 février 2014

Les ukrainiens doivent choisir entre l'Ukraine et Maïdan

Voir: http://www.gazeta.ru/politics/2014/02/24_a_5924689.shtml
http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/998897
http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/998897
http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/997648
http://soldier-999.livejournal.com/201868.html



 
Meeting anti-Bandera à Sébastopol - 25 000 personnes environ



Ces derniers jours, la situation en Ukraine a évolué on ne peut plus rapidement. La rada a pris les pleins pouvoirs, Yunukovych est parti se réfugier à Kharkov, la rada l'a démissioné et a transmis ses compétences au speaker qu'elle a elle-même élu, A. Turchinov (après que l'ancien speaker ait été battu et ait démissioné), l'éminence grise de Timoshenko. Pour libérer l'égérie, la législation est modifiée, des lois ayant effet direct sont adoptées, les ministres sont démis de leurs fonctions et remplacés par des représentants temporaires. C'est une législation d'exception qui a été mise en place par un Parlement qui s'octroie de facto des compétences qu'il n'a pas, détruisant par là-même l'état de droit. Si des élections présidentielles anticipées sont annoncées pour le 25 mai, étrangement personne ne parle d'élections parlementaires. Les Etats Unis déclarent le Parlement légitime et ne qualifient pas ces évènements de coup d'Etat.
 
La rue et les bâtiments officiels sont sous le contrôle des combattants de Maïdan, la police, Berkut et l'armée sont dans leurs baraquements. La Rada annonce un nettoyage des forces de l'ordre et des magistrats. Le modèle américain de Transitional Justice est en route.  Le "Tribunal" de Maïdan demande que Yanukovych lui soit déféré pour y être immédiatement jugé.
 
Timoshenko sort de l'hôpital-prison, arrive à Maïdan, y fait une déclaration selon laquelle tous les responsables du sang qui coulé dans les rues de Kiev doivent être chatiés, que l'Ukraine va bientôt entrer dans l'Union européenne, ce qui va régler beaucoup de problèmes. Yanukovych et d'autres politiciens sont sous le coup d'un mandat d'arrêt.
 
Pourtant, Maïdan ne désarme pas. Et pour cause. Le lendemain, Secteur droit, la branche armée de l'extrême droite ukrainienne (qui s'est vu proposer de faire partie du ministère de l'intérieur) déclare garder les armes et la place, ne pas s'être battu pour le retour en politique de Timoshenko et de ces politiciens pourris professionnels, mais pour le changement complet des structures de pouvoir en Ukraine. C'est eux qui assurent la liberté de circulation, contrôle les véhicules et les passeports. En chemin, les véhicule des Timoshenko et de Iatseniouk sont arrêtés, pour que les choses leur soient clairement expliquées.
 
Pendant ce temps, à Kharkov, Yanukovych fait une intervention télévisée qui ne peut que confirmer sa faiblesse congénitale. Il fera son possible pour sortir l'Ukraine de la crise, mais ne sait pas encore comment. Il explique avoir subi des pressions constantes, qualifie les évènement de coup d'état, explique les menaces dont font l'objet les députés de son parti tant qu'ils n'en sortent pas. Avec des trémolos dans la voix, il insiste sur les garanties que lui ont donnnées les négociateurs internationaux sur sa sécurité. Le soir même, le premier ministre polonais, qui participait aux négiciations, affirme qu'aucune garantie n'a été donnée. Il n'est plus utile. A personne. Ni aux occidentaux qui en ont tiré tout ce qu'ils pouvaient, ni au parti des régions qui reporte sur lui les conséquences de la crises pour sauver sa peau, ni aux régions "loyalistes" qui ne peuvent avoir confiance en quelqu'un qui a trahie l'Etat. Aujourd'hui, Kharkov est sur le point de tomber entre les mains des manifestants "pacifistes" de Maïdan qui ont pris dans la nuit l'administration centrale - avec des fleurs évidemment, raison pour laquelle ils y ont établi un hôpital de campagne. Cette après-midi, l'administration fonctionne, mais la situation n'est pas réglée. Contrairement aux fausses informations, ni le maire, ni le gouverneur ne sont en fuite, ils ont été vus plusieurs fois sur place. Mais leurs figures devient trop emblèmatique pour Maïdan. Ce Maïdan, lui-même symbole de la dépersonnalisation du pouvoir et donc de sa déresponsabilisation.
 
Alors que Yanukovych fait preuve de sa faiblesse habituelle, se tient, également à Kharkov, où il n'a pas été invité, un congrès de l'auto-administration locale des régions du sud-est. Le dirigeant de la région de Kharkov et le maire deviennent les figures de proue de la résistance pacifique. Plus de 40 000 représentants de ces régions sont réunis, les mots sont beaux, les déclarations aussi, mais cela manque beaucoup de concrêt. Ils déclarent que les régions prennent, tant qu'un pouvoir institutionnel légitime n'est pas institué en Ukraine, la conduite des affaires politiques locales et assurent l'ordre constitutionnel en Ukraine. Mais concrètement comment, les hésitations se font encore entendre et les non-dits hurlent aux oreilles.
 
Pour entendre ces résolutions, il faudra que la population, pourtant très calme, de Sébastopol se mobilise. En en ayant assez des hésitations politiques, dans la seule ville d'Ukraine où le maire est nommé par Kiev et non élu par ses concitoyens de peur de voir un maire pro-russe, environ 25 000 personnes ont élu Alekseï Tchaly à la mairie, homme d'affaires pro-russe, dont le grand-père était le commandant en chef de la flotte de la mer noire. C'est alors que la population a voulu forcer le cours de choses et une récolution beaucoup plus concrête a été prise: les forces de l'ordre dépendent de l'administration locale, celle-ci n'enverra pas ses contributions budgétaires au centre. Bref, Sébastopol ne veut pas financer la révolution. Aujourd'hui, l'ancien maire nommé par Kiev a démissionné.
 
Tous ces évènements sont surprenants. Pourquoi cette manifestation à Kiev, si peu médiatisée, contre Timoshenko? Pourquoi adopter en urgence le retour à une constitution parlementaire avant l'arrivée de Timoshenko? Peut être parce que si Yanukovych avait la maladie de l'argent, Timoshenko a celle du pouvoir. Si jamais elle devient Présidente de l'Ukraine, elle voudra gouverner et non pas jouer le rôle d'un symbole. Sans oublier qu'il lui serait difficile de jouer le rôle de l'égérie (vraiment) nationale, car en sa personne ne se résolvent pas les problèmes de confrotations idéologiques et politiques qui secouent aujourd'hui l'Ukraine. Encore une question. Le "nouvel ordre mondial" a-t-il besoin de pays, certes faibles, mais qui veulent se gouverner? C'est à en douter.
 
Autrement dit, l'Ukraine est devant un choix existentiel. Ou bien elle reste un Etat, et la proposition russe de renforcer le fédéralisme afin de garder l'intégrité territoriale et la paix sociale a un sens, ou bien elle se dirige vers des conflits sans fins qui sont la résultante attendue des ces "nouveaux modes de gouvernance". Aucun Etat moderne ne se gouverne par les mécanismes de démocratie directe, c'est un mythe. Les structures étatiques et les modalités du pouvoir dans un Etat développé sont beaucoup trop complexes pour cela. Dans le cas contraire, cela ne conduirait qu'à son affaiblissement. La rue confondue avec la démocratie directe, c'est la recette du chaos, pas de la démocratie.