L'ACTUALITE RUSSE EN FRANCAIS MISE AU POINT PAR RUSSIE POLITICS SUR Facebook ET Twitter!

vendredi 21 mars 2014

La guerre des nerfs ou l'escalade des sanctions

Voir: http://izvestia.ru/news/567880
http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/1063956

Hier, les Etats Unis ont annoncé un élargissement de la liste des personnalités russes visées par les santions, à savoir refus de visa et gel des actifs. L'UE y réfléchie du coup aussi. La Russie a déjà répondu aux Etats Unis et affirme avoir une réponse adaptée pour chaque nouvelle sanction à venir. Autrement dit, la Russie signifie qu'elle "n'offrira" pas la Crimée une deuxième fois.
 
Dans la liste américaine, on voit apparaître plusieurs personnalités russes soupçonnées de soutenir l'adhésion de la Crimée à la Russie. Vue l'argumentation sur laquelle se fonde la liste des personnes, on peut s'étonner qu'elle soit aussi courte finalement, car le soutien est généralisé. Ce dont les partenaires occidentaux de la Russie devront finir par se rendre compte.
 
En dehors d'un conseiller du Président, du chef de l'administration présidentielle, du président de la chambre basse, etc, on voit apparaître également le business avec des hommes d'affaires et ... une banque. Les représentants de la banque Russie ne comprennent pas très bien ce qu'ils viennent faire dans cette affaire. Ils passent un audit complet chaque année, leur banque a un statut international reconnu et respectent la législation nationale et internationale.
 
Pour sa part, la Russie a également mis dans sa liste des politiciens américains défendant un point de vue ouvertement anti-russe et des responsables. Toutefois, elle n'est pas allée jusqu'à toucher le business ou les banques américaines. Donc, réponse il y a, mais elle n'est pas symétrique. Et l'on pourrait dire, heureusement.
 
Les européens, pour leur part sont embarrassés. Ils peuvent eux aussi élargir la liste, qui était déjà plus large que la première liste américaine. Mais ils ont peur d'aller trop loin et de porter préjudice à leur propre économie. Une barrière, nouvelle, semble émerger. De la tenue du référendum, l'on était passé aux résultats de ce référendum pour finalement, selon l'Allemagne, poser comme ligne rouge à l'introduction de sanctions contre le business, l'introduction de troupes russes dans l'Ukraine de l'Est.
 
En effet, la situation dans l'Est fait peur. Car la politique destructrice menée par Kiev commence à soulever la population dans la région. Des groupes appellent aussi la Russie à l'aide, certains parlent de référendum. Pour l'instant, cela ne semble pas sérieux, mais plutôt un moyen de négociation avec Kiev pour obtenir la paix et des avantages. Mais les actions, revendiquées ou non, par les hommes de Kiev ne vont pas dans le sens de l'appaisement à l'Est. Ils risquent eux-mêmes de provoquer la dislocation du pays, comme une député de la Rada l'a rappelé hier, sous les sifflements de ses petits camarades.

jeudi 20 mars 2014

I. Ponomarev se croit persécuté et obligé de retirer sa candidature aux élections du maire de Novossibirsk

Voir: http://izvestia.ru/news/567789

I. Ponomarev est cadidat aux futures élections du maire de Novossibirsk. Pourtant, il envisage de retirer sa candidature. Pourquoi me direz-vous? Evidemment, pas parce qu'il risque de faire un résultat ridicule, mais parce qu'il est persécuté par le Kremlin. Le fil est un peu gros? Non, ça marche toujours.
 
Donc, I. Ponomarev dépose sa candidature aux élections du maire de Novossibirsk. Et que se passe-t-il? Le célèbre ancien rocker Paouk, également candidat (fantaisiste), s'adresse à la justice pour que sa candidature soit retirée sur le motif qu'il a acheté des voix. De son côté, Ponomarev reconnaît avoir fait quelques cadeaux, mais sans importances. Bref, le recours de Paouk est aussi fantaisiste que sa candidature.
 
Pourtant, I. Ponomarev se saisit de l'occasion pour y voir la main du Kremlin lui faisant passer un message par l'intermédiaire de son concurrent. Non, ce n'est pas un mauvais film d'espionnage, c'est ce qui se passe dans la tête de Ponomarev, en tout cas ce qu'il affirme le plus sérieusement du monde.
 
Et de continuer à analyser la situation. L'audience doit se tenir le 30 mars, jours important également à la Douma où il est député, car il doit s'y tenir un vote sur la Crimée. Donc, soit il ne va pas au tribunal et perdra le recours (il n'a pas d'avocat pour le représenter?), soit il ne peut pas participer à cette cession importante à la Douma et garder ses chances d'être candidat. Soit dit en passant, il n'avait pas assisté à la cession précédente sur la Crimée, ce qui ne lui avait posé aucun cas de consience, mais peu importe.
 
Selon l'administration de la région, la version est totalement différente. I. Ponomarev aurait passé un accord avec l'ancien gouverneur, celui vient d'être démis de ses fonctions pour perte de confiance et qui va devoir répondre devant la justice pour corruption. Il devait lui permettre de récupérer une partie de l'électorat d'un concurrent. Il n'aurait pas gagné les élections, mais aurait fait un score honorable et se serait vu proposé un poste intéressant.
 
Maintenant, sans soutien aucun, son avenir politique dans la région est plus que compromis et ses résultats attendus sont extrêmement faibles. Pour lui, faire ce type de déclaration est un moyen d'assurer sa comm, sortir de ce bourbier sans perdre la face et continuer à enrichir son image d'opposant intraitable.
 
Du côté des réactions à la publication sur Izvestia, il s'agit d'une avalanche d'humour. Certains se rappellent le coût effarant de ses leçons pour Skolkovo, coût qui n'est pas dans les moyens du budget local. D'autres demandent de qui il s'agit? D'un politicien? Un commentaire amusant remercie le journal d'informer les habitants de Novossibirsk que I. Ponomarev est candidat à la mairie de leur ville.
 
Humour, certes. Mais le procédé utilisé par I. Ponomarev est tellement usé, qu'il serait bon au moins de faire prenve d'un esprit créatif, faute d'avoir une vision politique pour le pays.

mercredi 19 mars 2014

Le gouverneur de Novossibirsk démis de ses fonctions pour "perte de confiance"

Voir: http://www.vedomosti.ru/politics/news/24160841/yurchenko-ne-doverili-vybory
http://izvestia.ru/news/567680

Peu avant les élections du maire de la ville de Novossibirsk, le gouverneur V. Iurtchenko est démis de ses fonctions par oukase présidentiel pour perte de confiance. De fortes suspicions de corruption pèsent sur lui.
 
A un an et demi de la fin de son premier mandat, l'étau s'est resserré autour du gouverneur de Novossibirsk, qui a réussi a faire l'unanimité contre lui, tant dans la population que parmi ses collègues. Il faut dire que son entourage est souvent tombé entre les mains de la justice, pour abus de pouvoir ou pour corruption. Et son fils dirige des sociétés qui ont reçu des aménagements fiscaux ou participent à des projets régionaux. Il a lui-même, semble-t-il, des actions dans certaines entreprises.
 
A ce sujet, le Front populaire local a réuni tout un dossier et l'a transmis au Président. Il s'agit de fortes suspicions de détournements de fonds publics lors de la réalisation de projets dans la région. Il semblerait que l'argument ait porté et soit la cause principale de la décision, assez rare, prise par le Président V. Poutine.
 
Il est vrai aussi que la lutte contre la curruption dans le pays est un enjeu majeur du développement de la Russie et de la réussite de la politique d'Etat. Le message, de cette manière, a été envoyé aux autres responsables locaux, si besoin en est.

mardi 18 mars 2014

Les sanctions américaines et européennes contre la Russie: de l'impasse au suicide ?



Voir: http://www.bbc.co.uk/russian/russia/2014/03/140317_sanctions_russia_reax.shtml
http://www.rbc.ru/rbcfreenews/20140318015609.shtml
http://ria.ru/world/20140317/999747282.html



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Photo twittée par Dmitry Rogozine le 15 mars: "On attend les sanctions ..."

Les Etats Unis, puis l'UE, ont adopté des sanctions contre la Russie suite au référendum qui s'est tenu en Crimée dimanche 16 mars lors duquel les habitants ont massivement choisi de rejoindre la Fédération de Russie.
Il ne s'agit pas pour autant de sanctions économiques dans le sens classique du terme, mais plutôt de mesures de rétorsion personnelles à l'encontre de quelques personnalités russes et ukrainiennes qui ne plaisent pas ou plus aux Etats Unis et donc à l'UE. Une liste de 21 personnes pour l'UE (dont 11 pour les USA) à l'échelle des relations entre ces pays devient presque une affaire de famille. Ces personnes voient leurs actifs à l'étranger gelés et ne pourront obtenir de visa. Cela concerne, pour la liste américaine, V. Surkov, V. Yanukovych, S. Glaziev, D. Rogozine, V. Matvienko, L. Slutsky, A. Klichas, E. Mizoulina, S. Aksionov, V. Konstantinov et V. Medvedtchuk. La liste européenne a rajouté des députés et des membres de la flotte en mer noire.
La formulation américaine est amusante, car il ne s'agit pas du referendum en lui-même, mais des personnes responsables de l'introduction des troupes en Crimée. Donc, les Etats Unis restent bien dans leur rôle de défenseur des agressés - les habitants de Crimée - contre les agresseurs - les russes. Il serait en effet plus difficile de s'appuyer sur le référendum pour légitimer ces sanctions, puisque le taux de participation dépasse les 85% et presque 97% des habitants - donc pas que les russes ethniques, mais aussi les tatares, les ukrainiens etc - se sont prononcés pour l'entrée dans la Fédération de Russie. Sans oublier le mouvement de liesse populaire qui a suivi les premiers résultats. Difficile de continuer à affirmer qu'ils ont voté avec une arme pointée sur la tête.
Donc, il s'agit bien de châtier ceux qui ont oser permettre la réalisation de l'occupation militaire de la Crimée par la Russie (non, non, on ne parle pas des troupes à Sébastopol) et qui ont terrorisé la population dans une situation difficile et honteusement profité de sa faiblesse. Mais dans ce cas, par exemple, quel est le rapport avec Mizoulina? Elle a envoyé les troupes? Non, elle a soutenu la loi contre la propagande homosexuelle chez les mineurs. Tant qu'à faire, on peut ratisser large. Ou bien encore avec Andrey Klichas, qui dirige le comité du Conseil de la Fédération pour la législation consitutionnelle, il ne s'occupe pas de l'armée, mais de la loi. Donc oui, il travaille sur les aspects juridiques du rattachement de la Crimée et de Sébastopol à la Russie suite au référendum, à la déclaration d'indépendance et à la demande officielle des autorités locales d'entrer dans la Fédération de Russie. Mais puisque les sanctions ne sont pas liées au référendum directement, mais aux troupes militaires russes, quel est le rapport? Au fait, quelqu'un a pu dire quelles troupes occupent le territoire?
Sur le fond des sanctions. Il y a peu, la Russie a adopté une loi conduisant les députés et fonctionnaires russes à ne pas avoir d'actifs à l'étranger. Cela pour garantir leur indépendance. A l'époque, je trouvais la mesure un peu sévère, car je ne pensais pas que de nos jours il soit possible de tomber dans une situation qui n'existait même pas du temps de la guerre froide. Mais je me suis trompée. Donc, l'effet réel de ces sanctions est limité, seul un des membres russes de la liste a un appartement en Europe. Et Rogozine se moquait sur Twitter en demandant s'ils avaient pensé à ceux qui n'avaient ni biens ni comptes en banque à l'étranger ou bien si cela ne leur avait même pas traversé l'esprit.
Toutefois, ces sanctions ne serait que le premier pas. D'autres, plus générales seraient à venir. Mais là, les choses se compliquent. Aux Etats Unis, la Chambre de commerce rappelle qu'elle ne veut pas que les entreprises soient impliquées dans la politique. En Europe, les pays baltes, fortement dépendant de la Russie sur le plan des exportations, demandent à l'UE de compenser les pertes économiques occasionnées aux Etats membres en cas de sanctions économiques. Mais l'UE n'en a pas les moyens, c'est une évidence. La Pologne rappelle aussi que des sanctions contre la Russie vont fortement toucher l'Europe, mais l'UE aura-t-elle le choix? Question intéressante ... L'Europe a-t-elle envie d'un suicide économique qui entraînera un suicide politique? L'Ukraine en vaut-elle la peine? Pourtant, la question est juste: a-t-elle le choix? Et la réponse ne dépend pas vraiment de Moscou.
Donc pour l'instant, les sanctions restent surtout formelles. Pour le reste, il s'agira d'un rapport de forcem entre les "partenaires" occidentaux, autrement dit entre le business qui est unanimement contre et le politique qui est pour quand le peuple n'est pas franchement favorable. Sur le plan politique, tout va dépendre de la volonté des Etats Unis, mais la politique américaine dépend aussi fortement du business. A suivre ...

lundi 17 mars 2014

La Crimée rentre à la maison

Voir: http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/1052196
http://www.gazeta.ru/politics/2014/03/15_a_5951217.shtml
http://lenta.ru/news/2014/03/17/whitehouse/
http://rus.ruvr.ru/news/2014_03_16/Inostrannie-nabljudateli-deljatsja-vpechatlenijami-o-hode-referenduma-v-Krimu-6903/



Malgrè les pressions et les menaces internationales rien n'est venu perturber, hier, la tenue du referendum permettant aux habitants de Crimée de choisir eux-mêmes leur avenir: rester dans l'Ukraine mais avec l'autonomie que leur accordait la Constitution de Crimée de 1992 ou entrer dans la Fédération de Russie comme entité fédérée.
Vu l'enthousiasme général ces derniers jours, les résultats ne faisaient pas de doute, seul le chiffre restait une énigme. Résolue. A 96,6%, les habitants de Crimée se sont prononcés pour l'entrée dans la Fédération de Russie, avec un taux de participation record de 89,5%. Ce qui a donné lieu à une liesse générale hier soir, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessus.
Le Conseil de la Fédération a immédiatement déclaré faire le nécessaire au plus vite pour que la Crimée puisse faire partie intégrante de la Russie et régler les questions techniques en suspend. De son côté, en Crimée en affirme passer très rapidement au rouble, peut être d'ici une semaine.
Evidemment aussi, les Etats Unis et donc l'UE et l'OSCE ne reconnaissent pas la légitimité du référendum, car, selon le Président Obama, il viole la Constitution ukrainienne, puisque sa tenue n'a pas eu l'accord du Gouvernement de Kiev - arrivé au pouvoir en violation de la même Constitution ukrainienne.
Pourtant, les observateurs internationaux présents soulignent l'absence de violations et le respect des standards internationaux. Pour le député du Parlement européen au nom de l'Italie, le référendum est propre et il y a peu de chances pour que quelqu'un puisse remettre en cause les résultats, qui sont par ailleurs prévisibles. Il en profite pour féliciter les autorités de Crimée pour leur position vis-à-vis des minorités, qui ont eu leur mot à dire. Bruxelles doit officiellement tenir compte de ces résultats. Quant au député du Parlement européen au nom de l'Autriche, il estime que l'Europe ne peut ignorer la volonté du peuple de Crimée de librement déterminer son destin. Que cela fasse ou non plaisir aux fonctionnaires européens, la communauté internationale sera bien obligée de reconnaître ce référendum. Il estime également que les opposants en Europe à ce référendum doivent se rapprocher de la réalité, en tenir compte et non l'ignorer simplement parce que les habitants de Crimée préfèrent entrer en Russie plutôt que de faire partie de l'Ukraine. Quant au membre grec du Parlement européen, il rappelle que tout peuple a droit de déterminer lui-même son avenir, ce qui est par ailleurs une valeur européenne fondamentale. Il serait possible de continuer à détailler la position des observateurs internationaux, mais elles ne diffèrents pas de ce qui a été écrit.
Donc la communauté internationale va se trouver en difficulté. D'une part, oui, il va falloir prendre des sanctions, tout en gardant la ligne diplomatique. Mais les sanctions, surtout économiques, vont avoir du mal à passer. Car quelles populations vont vouloir restreindre leur niveau de vie pour soutenir un Gouvernement en Ukraine dont ils ne comprennent pas très bien les buts ni la politique. En plus, les médias occidentaux ne peuvent plus totalement cacher "les tendances " extrémistes de ces charmants politiciens, qui ne tiennent plus la rue, ni les régions. Les gens savent que l'Ukraine est pauvre et qu'il va falloir payer. Mais pourquoi eux?
En plus des risques économiques, très rapidement vont se développer des risques politiques. Car si les fonctionnaires européens ne craignent pas des élections qui ne les concernent pas, les dirigeants des Etats membres de l'UE vont bien devoir repasser devant les électeurs. Ils jouent leur fauteuil en ce moment. Et les populations sont moins hystériques contre la Russie que leurs gouvernants, elles ont d'autres préoccupations.
Bien sût, la facture pourra être élevée pour la Russie. Mais au moins elle, elle sait pourquoi. Et même en Russie les premiers à traîner la patte, sont les libéraux. Car le business a pour but de faire de l'argent et d'utiliser la politique et les mécanismes démocratiques pour faire encore plus d'argent, pas pour défendre des causes, des idées, une vision du pays ou de la Nation. Et ce business est modialisé. Il ne sera pas plus facile de le convaincre aux Etats Unis ou en Europe.
La sortie pour l'Occident est de laisser tomber la Crimée dans l'oubli et de se concentrer sur la pacification et la normalisation de la situation en Ukraine. Pourtant, quand Poutine propose la fédéralisation, ils trainent les pieds, car le pays ne sera plus aussi manipulable de loin, sans comprendre qu'au moins il restera un pays. Quand Poutine propose d'envoyer des observateurs de l'OSCE dans toutes les régions de l'Ukraine, Obama ne saute pas joie: les observateurs risquent d'observer...
Maintenant la diplomatie "musclée" reprend ses droits, allant alterner menaces ouvertes, discussions cachées, tentatives occultes et parfois dévoilées pour finalement devoir sortir de l'impasse dans laquelle un aveuglement incohérent a poussé les occidentaux.

samedi 15 mars 2014

Russie-Etats Unis: les enjeux de Kharkov

Voir: http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/1047574
http://warsonline.info/ukraine/amerikanskiy-bespilotnik-mq-5b-perechvachen-v-nebe-nad-krimom.html
http://www.pravda.com.ua/rus/news/2014/02/24/7016123/
http://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%94%D0%B5%D0%BB%D0%BE_%D0%9F%D0%B0%D0%B2%D0%BB%D0%B8%D1%87%D0%B5%D0%BD%D0%BA%D0%BE
http://www.objectiv.tv/281211/64684.html
http://pn14.info/?p=149068
http://www.vz.ru/news/2014/3/12/676746.html
http://www.vesti.ru/doc.html?id=1377683

La situation en Ukraine a pris cette nuit un tournant dangereux, même s'il est difficile de dire qu'il fut inattendu. Le sang a coulé à Kharkov et des membres locaux de Secteur droit ont été arrêtés par la police locale. Mais pour comprendre ce qui se passe, il faut tout d'abord replacer les faits dans le contexte général.
La révolte de la Crimée qui se dirige vers un rattachement à la Russie a surpris tout le monde. Personne n'imaginait qu'un tel pas fut possible, aussi vite et aussi volontairement de la part de la population locale. Les dérapages politiques de Kiev, la radicalisation de sa politique envers les russes, ont conduit les habitants à vouloir sortir d'un pays dans lequel ils se sentent rejetés et maintenant même en danger.
Or, leur initiative a mis à mal le plan américano-européen reposant sur l'organisation d'un grand mouvement populaire allant comme un seul homme en chantant les valeurs européennes rejoindre le giron de l'UE, rejetant la Russie et ses menaces dénoncées dans les médias occidentaux. Finalement, il n'y a pas de consensus, les valeurs avancées sont celles de l'extrême droite et la Russie devient plutôt une planche de salut. Le contrôle de l'information ni les provovations n'y font rien, les populations de l'Est rejettent les gouverneurs qu'on leur envoie, soutiennent ceux qu'elles ont choisis et qui sont emprisonnés à Kiev les uns après les autres.
Face à cette dislocation, Kiev a du réagir. La Rada décide de libérer des "prisonniers politiques". On compte essentiellement des personnes qui ont tué ces dernières années des policiers ou des magistrats. Par exemple le père et le fils Pavlitchenko. Ils furent arrêtés en 2011 pour avoir assassiné le juge qui leur avait refusé le droit d'agrandir illégalement leur appartement. Le fondement politique est absolument évident. Il s'agit aussi de la libération de Andrey Biletsky, extrémiste notoire, qui a tué un ancien comparse venu dans les locaux de leur organisation à Kharkov. Or, l'extrémisme est bien vu aujourd'hui en Ukraine, il donc non seulement été libéré, mais a pris la tête du Secteur droit-Est que Iaroch vient de mettre en place il y a quelques jours pour reprendre en main ces régions indisciplinées.
Et le résultat ne s'est pas fait attendre. Hier soir à Kharkov explose un conflit entre les anti-Maïdan et des arrivants d'Ukraine de l'ouest. Ces derniers disposent d'armes automatiques et tirent, lacent des coktails molotov, etc et tuent deux personnes, sans compter les blessés. Le combat commence dans la rue et finalement se termine dans le bâtiment du Secteur droit. La police arrive à faire reculer les anti-Maïdan et commence des négociations avec les membres de Secteur droit pour faire cesser le feu. Trois personnes sont prises en otages, dont le policier qui menait les pourparlers. Le Maire de la ville reprend les pourparlers et finalement les armes sont déposées, les otages relâchés et les membres de Secteur droit arrêtés par la police. Pour calmer la foule qui ne voulait pas les voir relâcher en toute impunité, le Maire garantit personnellement qu'ils seront amenés au poste de police.
La situation devient cocasse, si l'on peut dire. Car Secteur droit est une force politique de premier ordre à Kiev et ses membres n'agissent pas sans instructions. Mais la police, quand les choses vont trop loin, est obligée d'intervenir pour rétablir l'ordre. Car la pression de la population locale ne peut être éternellement ignorée. C'est une petite victoire du droit sur la bestialité, mais l'avenir montrera quelle en sera la portée. S'ils sont rapidement libérés, la population risque de réagir violemment, s'ils sont incarcérés, Secteur droit va réagir violemment. C'est une impasse. Et une action contreproductive pour Kiev.
Parallèlement à ces mouvements de terrain, des tentatives d'intervention plus globales se superposent. Au début, des médias assez marginaux avaient lancé l'information selon laquelle deux drones américains survolant le territoire de la Crimée avaient été mis hors d'état par la Russie. Le temps passe et le jeu se précise. Le site officiel de Rostekhnology, hier soir, met en ligne un communiqué officiel : un drone américain a été mis hors d'état de fonctionner par le système russe Avtobaza qui permet de désactiver à distance en coupant les communications. Ce matin, ce communiqué est remplacé par un autre affirmant que Rostekhnology ne confirme pas l'utilisation du système Avtobaza en Crimée, mais ... met en lien le même texte "transféré" vers la revue Voenny Obozrevatel. Ceci permet de lancer le message, permet aux Etats Unis de démentir l'utilisation du drône, mais ils sont au courant que celui-ci a été repréré et désactivé. Pour éviter toute possibilité de doute, le numéro du drone est également indiqué. Il est également expliqué que le groupe de drones a été déplacé par les Etats Unis de la Bavière vers le centre de l'Ukraine début mars.
Mais le jeu ne s'arrête pas là, ce serait trop facile. La guerre moderne est plus technologique qu'humaine. Il faut toujours des hommes pour tirer, mais ce n'est pas uniquement cela qui va déterminer le résultat du conflit. Or, le conflit entre les Etats Unis et la Russie bat son plein. Cette nuit toujours, le ministère russe des télécommunications indique que la tentative menée pour désactiver le satellite russe de télécommunication a échouée, la tentative vient de l'ouest de l'Ukraine. Le système Avtobaza pourra donc continuer de fonctionner sans accroc. 
Tout cela donne l'impression que la coalition américano-européenne ne sait pas très bien comment agir. D'une part, il y a des tentives plus globales visant à préserver coûte que coûte le monopole américain d'hégémonie en sous-estimant les capacités de résistance et de réaction de la Russie qui n'est plus celle des années 90 et encore moins celle de l'époque soviétique, d'autre part ils ne semblent plus vraiment contrôler la situation sur le terrain et laissent trop de marge de manoeuvre à des individus qui n'ont aucune vision politique à long terme. Cette erreur stratégique risque de provoquer un effet inverse. Pour l'instant, les populations de l'Ukraine de l'Est ne veulent pas sortir d'Ukraine, elles veulent être écoutées et respectées, avoir des droits qui soient respectés, et demandent la fédéralisation du pays. Mais à ce jeu-là, ils risquent de les pousser dans les bras de la Russie.

vendredi 14 mars 2014

Regards Croisés Russie-UE, par C. Voos : Avons-nous notre part de responsabilité dans l’intervention militaire russe en Crimée ? Comment en sommes-nous arrivés là ?



Un référendum proposant le rattachement de la Crimée à la Russie ou une plus grande autonomie vis-à-vis de Kiev doit être organisé ce dimanche.

D’un côté les Occidentaux et le nouveau pouvoir ukrainien jugent le scrutin « illégal », de l’autre la Russie, qui ne reconnaît pas les nouvelles autorités de Kiev, considère qu’il s’agit d’une question de « souveraineté nationale ».

Le blocage est donc complet.

 
Les Européens ont-ils fait leur la peur obsessionnelle américaine (Brzezinski) de voir émerger en Eurasie une puissance concurrente et la conviction que, si l’Ukraine parvenait à sortir de l’orbite russe, le modèle impérial moscovite serait détruit à jamais ?
 

En 1990, les Occidentaux n’avaient-ils pas promis à Mikhaël Gorbatchev de ne pas étendre leur alliance militaire aux anciens pays du pacte de Varsovie après la réunification allemande.

 
Dès le début des années 1990, la relation entre l’UE et la Russie a été polluée par la question de l’élargissement de l’OTAN.

Celle-ci suscite le développement des tensions internationales autour d’un triangle complexe UE-Russie-OTAN :

 
En 2004, les élargissements de l’UE et l’adhésion à l’OTAN impliquaient des pays de l’Europe centrale et orientale ayant eu des relations difficiles avec l’URSS et dans le cas de la Pologne, avec l’Empire russe.

 
Le second élargissement en 2007 à la Roumanie et la Bulgarie, a amené sur les rives de la mer Noire l’UE mais également l’OTAN, qui pénètre ainsi directement dans une zone d’intérêt stratégique russe.
 

Par la suite, après l’élargissement de l’Otan et de l’UE, les pays baltes et la Pologne joueront un rôle de premier plan dans le support européen aux révolutions colorées en Géorgie et en Ukraine, qui vont constituer un autre point de friction avec la Russie.
 

Enfin en 2009, l’UE lance le partenariat oriental, sur initiative de la Pologne et de la Suède dont le but est de resserrer les liens avec six pays de la CEI (Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Géorgie, Moldavie, Ukraine).

 
Moscou a interprété cette initiative comme une entrée en force, peu amicale, sur ses territoires d’influence traditionnelle cachant, sous le jargon diplomatique de rigueur, une tentative de réduire l’influence russe dans la CEI.

 
Il existe un volet plus particulier du partenariat oriental, celui qui concerne la sécurité des six pays visés et plus particulièrement la résolution  des « conflits gelés » où la méfiance  réciproque domine.

Il s’agit du Transnistrie et de la Gagaouzie en Moldavie, du Nagorno-Karabakh en Azerbaïdjan, de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie en Géorgie.
 

Concernant ces zones d’instabilité aux portes de l’Europe élargie, Moscou craint que l’UE envisage de réduire l’influence russe dans ces régions (étant donné que l’UE considère que Moscou entretient ces « abcès » de fixation à son encontre) et que l’UE part du principe selon lequel la Russie sabote tout plan qui n’assure pas le maintien de son influence régionale.
 

Dans cette matière de conflits gelés, l’UE est aussi divisée par la question de savoir si le référendum sur l’indépendance du Kosovo représente un précédent ou non.

La position des Européens n’est d’ailleurs pas exempte de contradictions puisqu’ils proclament en même temps leur attachement aux principes d’Helsinki.
 

S’aventure-t-on vers un scénario similaire en Crimée qui donnerait naissance à une nouvelle zone grise entre la Russie et le reste de l’Europe.

 
Et pourtant dès 1999, Vladimir Poutine évoquait déjà à côté d’une zone de libre échange, l’importance pour la Russie de construire un système qui offrirait des garanties de sécurité à l’ensemble du continent européen.

 
Pour les USA, il s’agissait de tentatives pour découpler Washington et Bruxelles en affaiblissant l’OTAN, sous prétexte de créer une nouvelle architecture de sécurité paneuropéenne.
 

Quant à l’UE, loin de saisir l’opportunité de sortir de l’orbite US, elle insiste sur la place prépondérante de l’OTAN dans la sécurité européenne et envoie le signal à Moscou (qui considère cette alliance comme un moyen de conserver l’emprise américaine sur l’Europe) qu’elle a raison de discuter directement avec Washington « au lieu de perdre son temps » à discuter de sécurité européenne à Bruxelles ; ceci affaiblit de facto la capacité de négociations multilatérales de l’UE …

 
Que déduire de tout ce qui  précède ?

 
Que l’Ukraine, bien d’avantage encore que la Géorgie, est la ligne rouge à ne pas franchir.

 
La crise ukrainienne touche aujourd’hui le pré carré vital russe : la base navale à Sébastopol, la résorption de la vacance du pouvoir, les garanties aux populations russophones, la préservation du transit du gaz, la conservation du tissu industriel et minier de l’Est.

 
La Russie recherche la stabilité des frontières, des régimes et des Etats qui l’environnent. Un bouleversement géopolitique majeur à ses portes, dans sa zone vitale, se ferait à son détriment.

C’est pourquoi la Russie apparait d’avantage mue par la défense de ses enjeux essentiels  que par un projet d’expansion. Nous sommes donc loin des ambitions impériales que la presse européenne prête à la Russie.

 

Les événements de Crimée ne sont pas sans rappeler la « Guerre éclair » de la Géorgie en 2008. Là aussi, des milliers de russophones disposaient de passeports russes sauf que la Russie avait déployé ses soldats en réaction à l’intervention géorgienne.

 

Cette fois-ci, Moscou agit préventivement !

 

Les Européens ne regardent-ils pas trop souvent Vladimir Poutine sans l’écouter ? Sommes-nous sourds aux déclarations officielles russes pourtant identifiables : en termes de frontières, il y a une ligne rouge à ne pas franchir autour de la Russie.

 

Pour mémoire, en décembre 1991, lors du référendum sur l’indépendance en Ukraine, seulement 54 % des électeurs de Crimée se sont prononcés en faveur de l’indépendance, le plus faible pourcentage dans l’ensemble du pays.

 

Articles de référence :