L'ACTUALITE RUSSE EN FRANCAIS MISE AU POINT PAR RUSSIE POLITICS SUR Facebook ET Twitter!

vendredi 30 mai 2014

Comment la doctrine militaire américaine conforte le conflit en Ukraine ou jouons au pocker menteur

Барак Обама
Lors de son discours à l'Académie militaire de West Point, le Président Obama a indiqué assez clairement sa position, celle des Etats Unis, en matière d'interventionisme et de défense de ses intérêts stratégiques: la fin justifie les moyens.
Sur la scène internationale, les Etats Unis doivent toujours être le leader qui entraîne les autres avec lui. Pour autant, lorsque les intérêts fondamentaux des Etats Unis sont en jeu, ils peuvent intervenir seuls, voire militairement si cela est nécessaire et même si l'opinion internationale est importante, rien n'est supérieur à la défense des intérêts américains, des ressortissants à l'étranger et des intérêts économiques des Etats Unis. Mais que l'on se rassure, les Etats Unis ont les moyens qui lui permettent de former l'opinion publique et d'influer sur les autres pays, lui permettant donc d'obtenir leur soutien. La conclusion logique ne se fait pas attendre: ces moyens ont permis d'isoler la Russie en amenant les pays européens et le G7 a soutenir la politique de sanctions économiques, politique donc bien prise dans l'intérêt exclusif des Etats Unis, comme le sous-entend le Président, et qui n'a rien à voir avec l'Ukraine, mais avec le non-alignement de la Russie.
Le manque de tact d'un tel discours est effarant et a été relevé dans la presse américaine, mais parfois de manière étonnante. Celle-ci y a vu un discours contre productif, qui a surtout réussi à énerver plusieurs des alliés des Etats Unis, allant de Singapour à la France. Il est vrai qu'annoncer aussi directement que la politique américaine repose sur la manipulation des autres puissances pour les amener à servir et défendre les intérêts des Etats Unis, il fallait oser le faire. Et savoir que de toute manière, à part quelques montées de salives, il n'y aura aucune conséquence. Ensuite, ce qui est surprenant, c'est la critique presqu'uniforme reprochant au Président de trop se lier les mains en matière d'interventionnisme. Bref, pourquoi se réduire à se point les possibilités d'intervention unilatérale? Pourquoi ne pouvoir intervenir unilatéralement si des intérêts supérieurs, qui n'engagent pas forcément les intérêts vitaux des américains, sont en jeu? Bref, se pourrait-il que l'Amérique n'aille plus de part le monde défendre la démocratie les armes à la main? Choking! Enfin, la dernière grande critique concerne le style du discours. Un discours général, sans rien de concret alors qu'il s'adresse a des militaires. Par exemple, il ne parle plus du renouvellement des relations entre la Russie et les Etats Unis, mais de la nécessité de brider, voire de dompter, la Russie et la Chine qui se conduisent de manière de plus en plus agressive, mais sans pour autant dire comment y parvenir. Traduction: le Russie et la Chine ne se plient plus aux règles du jeu en se mettant à servir leurs intérêts propres, ce qui en fait des concurrents dangereux à détruire. Mais par quels moyens, la question reste ouverte.
Dans ce contexte, l'Ukraine est une opportunité à ne pas lâcher. Et il faut remettre de l'huile sur le feu régulièrement, sans trop se salir les mains. Et les déclarations plus que surprenantes de la porte-parole du Département d'Etat, J. Psaki, qui ne sait pas, ne veut pas avoir, ne comprend pas, reprend uniquement les sources officielles ukrainiennes ont un sens alors: en donnant carte blanche au pouvoir ukrainien actuel, en refusant a piori toute investigation objective, tout autant que la condamnation des violences contre les populations civiles, qui se réfugient maintenant dans les sous-sols, les Etats Unis poussent le pouvoir ukrainien, qui se croit tout permis, à commettre l'irréparable, à mettre en place un chaos qu'il ne peut gérer seul ... et que les Etats Unis vont aider à entretenir et contenir, dans l'espoir de pousser en même temps la Russie à la faute. Dans tous les cas, en contrôlant la zone ukrainienne, les Etats Unis contrôlent le transit du gaz russe vers l'Europe. Joli coup, non? Et dans ce cas, peu importent les frontières de l'Ukraine, seul compte le trajet d'acheminement, les entreprises qui le contrôlent, le point de sortie etc. De ce côté là, tout ne se passe pas trop mal. Les personnes sont placées. Donc le conflit peut continuer.
La doctrine est très simple: on est les leader, on le reste, on détruit ce qui dérange et ne s'aligne pas. Comme l'argent c'est le pouvoir, l'énergie - c'est le pouvoir. On va la contrôler. Et de cette manière, on va isoler la Russie, en contrôlant sa frontière énergétique avec l'UE, avant que ses accords avec la Chine ne soient efficaces. C'est un coup de pcsker menteur, mais parfois ça peut marcher. L'inconnu restant le seuil critique d'alignement des pays européens.

mercredi 28 mai 2014

La nouvelle colonie d'Ukraine entre les mains de Iatseniuk

Voir: http://korrespondent.net/ukraine/politics/3369395-yatsenuik-vvodyt-dolzhnost-zammynystra-po-evroyntehratsyy-vo-vsekh-mynysterstvakh
http://www.aif.ua/politic/ukraine/1177179

Арсений Яценюк, Премьер-министр Украины
Pendant que l'opération finale se précise dans le Sud Est, Iatséniuk met l'Ukraine en forme pour devenir une nouvelle "colonie" européenne et veut se poser ainsi comme le véritable homme fort de la politique ukrainienne. En février, il lance "Nous ne reculerons pas, nous n'avons pas peur, nous resterons sur la place, soudés ", aujourd'hui il ne reculera pas non, il a eu le pouvoir, il va le garder et remplir la mission dont il se croit investi.
Poroshenko fut élu Président, pourtant le pouvoir ne doit pas changer demain. Et Iatséniuk met immédiatement les points sur les i: il garde le contrôle de la politique ukrainienne. Que Poroshenko s'occupe des massacres de l'opération anti-terroriste, qu'il se salisse les mains et la réputation, il va pouvoir incarner le pouvoir des oligarques en Ukraine. Pour sa part, le pouvoir non élu des révolutionnaires garde les rênes du pays. Cette confusion, cette superposition dans les rôles permet une irresponsabilité totale de ce qui se passe pour l'instant. Tout doit donc être nettoyé et propre avant l'investiture. Pour que la nouvelle marionnette présidentielle puisse jouer son rôle, alors pleinement: prendre les mesures de réconciliation nationale, l'opposition ayant été anéantie - physiquement.
Ainsi, le but global et général de la politique ukrainienne: l'intégration rapide dans l'UE. A n'importe quel prix. Et peu importe ce prix, les Etats Unis et l'UE ont donné carte blanche au pouvoir ukrainien pour régler le problème à l'intérieur et faire payer la Russie. Pour cela il faut mettre en conformité les normes ukrainiennes et européennes et il faut que la production ukrainienne soit conforme aux exigences européennes, ce qui n'est pas le cas. Donc pour accélérer le processus, un vice-ministre responsable de l'intégration européenne mettra sous tutelle chaque ministre du Gouvernement et le Premier ministre lui-même. Cela ne vous rappelle-t-il pas la tutelle qu'exerçait la Grande Bretagne en Inde alors? Iatseniuk remet au goût du jour le principe de la colonie: il n'y a pas de politique propre, toute ligne politique est conçue, formalisée et mise en oeuvre en fonction du but supérieur, extérieur à l'Etat lui-même, en fonction d'impératifs politiques que cet Etat ne maîtrise pas. En l'occurrence, il s'agit de l'UE. Au moins formellement - structurellement.
Et encore une précision, alors que les grands débats sur la réforme constitutionnelle sont en attente, Iatséniuk de préciser que le centre du pouvoir est dans le Conseil des ministres et plus particulièrement entre les mains de ces "tuteurs" européens. A bon entendeur, salut. Poroshenko doit savoir où est sa place et quelle est sa marge de manoeuvre. Il est évident qu'avec tant de buts supérieurs (concilier le pouvoir des oligarques avec les intérêts des ex-révolutionnaires, se répartir les postes et les possibilités, faire profile bas devant tous les partenaires internationaux pour pouvoir remplir le budget à leur frais, etc) il faut rapidement se débarrasser de ces populations du Sud-est qui ne jouent pas le jeu. Comme l'affirme Poroshenko, ce n'est qu'une question de jours, voire d'heures.

mardi 27 mai 2014

Massacrez en silence, Poroshenko compte ses voix

Alors que l'on compte les voix de la victoire de Poroshenko, que les négociations sur le gaz tournent en rond entre les partenaires russes, européens et ukrainiens, les combats s'intensifient à Donetsk, dans le silence médiatique que provoque la lassitude de la répétition.
Il devient difficile de trouver de bonnes âmes médiatiques pour s'insurger contre les méfaits des soldats, professionnels ou non, ukrainiens ou non, contre la population de cet Oblast qui a commis le crime de ne pas vouloir être considérée comme une population de second ordre. Où encore trouver la force de s'insurger? Cela fait tellement longtemps et l'on sent la lassitude. Cette dangereuse lassitude. Cette dangereuse habitude. Car nous avons la mauvaise tendance à nous habituer à tout, même au pire.
Alors, tranquillement, le nouveau futur Président ukrainien Poroshenko annonce qu'il ne renoncera pas à l'opération de nettoyage du Sud-Est de l'Ukraine, qu'il va même mieux équiper ces soldats, les assurer sur la vie, tout cela pour que le combat soit plus efficace. Effectivement, Poroshenko, mis en place par les Etats Unis, donc soutenu par l'Europe, ne peut se permettre de perdre le Sud-Est, mais il ne veut pas discuter ni négocier non plus. Donc la même politique destructrice continue. Qu'il faut couvrir, qu'il ne faut pas voir, qu'il faut travestir.
Mais que faut-il encore de plus pour que l'Europe se souvienne de ce qu'elle est? Odessa n'a manifestement pas suffit. Soit. C'est fait, c'est passé, il vaut mieux oublier ce qui dérange.
Hier, on compte des dizaines de morts et de blessés. Des civils, des gens qui défendent leur terre, des combattants, et même des journalistes russes et étrangers. Le combat de l'aéroport de Donetsk a piégé les journalistes qui se sont fait tirer dessus, notamment par des snippers. A Slaviansk déjà, un journaliste italien et son traducteur sont morts et un journaliste français est blessé.
Des hélicoptères de combats ont bombardé une usine et tiré sur une zone d'habitation.
Dans la nuit, un camion transporte les blessés, avec un signalement de transport médical. Il est bombardé. 35 morts, 15 blessés. Mais non, ça non plus ça ne choque pas.
Alors évidemment, lorsque l'ont dit que le QG de la République de Donetsk est attaqué à Mariupole ou que le bureau du Parti communiste ukrainien à Dniepropétrovsk a été attaqué lui aussi dans la nuit, ce sont déjà des broutilles. Ne nous dérangez pas pour de telles inepties, voyons. Désolée.
Et lorsque l'ont dit que la ville de Slaviansk s'est faite attaquée à l'artillerie lourde, que des immeubles d'habitation sont touchés, mais que finalement il n'y a que 4 morts. Que 4 morts, ce n'est déjà plus si grave. Vraiment désolée, je ne voulais pas vous déranger.
Bref, finalement les choses ne sont plus si graves. Les gens meurent, c'est tout. D'un autre côté, ça arrive toujours, tôt ou tard.
La République de Donetsk a demandé la mobilisation générale du personnel médical. Peut être justement parce qu'elle ne s'est pas encore résolue à cette fatalité.
Et encore une fois, le ministère russe des affaires étrangères demande une enquête indépendante menée par l'OSCE sur ce qui se passe en Ukraine. Et que fait l'OSCE, au fait, sur place? Ils sont trop occupés à compter les voix et à faire en sorte que les élections soient légitimes? C'est vrai qu'il y a du travail.
Bref, Chut! Cachez-moi ces corps, éteignez la lumière. Silence! Coupez le son sur ces tirs, c'est assourdissant, on ne s'entend plus compter.
Dans la lumière et avec l'écho des cris au lointain, on ne peut pas construire la démocratie. Alors silence, on tue. Silence, on créé un nouvel état de droit démocratique.
Il est vrai que le lapsus de notre merveilleux Président français est en ce sens révélateur: les élections européennes montrent une montée en puissance des partis politiques européens. Autrement dit, pro-européen? Démocratique? Comme en Ukraine?
Ou bien est-ce un lapsus? Et ces partis sont-ils anti-européens? Comme en Ukraine? L'Ukraine, devenue le lapsus de l'Europe?

lundi 26 mai 2014

Point sur les élections en Ukraine: une porte sur la normalisation ou un Maïdan-3 en perspective?

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Le processus électoral est, dans la conception moderne de la gouvernance, la clef de voûte des institutions démocratiques. Pour autant, sous un aspect lisse et d'une simplicité enfantine, ce processus est extrêmement complexe, car il s'étend dans le temps pour toucher des aspects et des moments aussi divers que l'enregistrement des candidatures, la liberté d'expression des candidats, la liberté de réunion avec les électeurs, la transparence des opérations de vote et du décompte ...
Et vue la situation en Ukraine, la guerre civile engagée dans l'Est du pays par le "Gouvernement" temporaire autoproclamé, son déficit non seulement de légalité mais également de légitimité après les massacres d'Odessa, de Kramatorsk, après l'attaque des populations civiles et des quartiers d'habitation par les forces armées et paramilitaires, après tout ce sang versé de part et d'autres, ces élections sont tout autant nécessaires et urgentes que prématurées.
Elles sont nécessaires et urgentes car il faut mettre un terme à la radicalisation du pouvoir.
Dans le flou de Maïdan, les pires cauchemards politiques ont pris forme. Les hommes de main jouent à la politique sans même s'intéresser aux règles, les armes circulent et s'amplifient, les armées privées se montent et jouent à la guerre, les institutions sont discréditées par l'incompétence de leurs occupants, des slogans pseudo-patriotiques éclatent dans les rues. Et personne ne s'occupe de la reconstruction du pays. Il faut terrasser l'Est, où les méchants pro-russes, voire russes, se sont cachés et reprochent au pouvoir de n'être ni légitime, ni légale, d'être extrémiste en voulant les exterminer, d'être destructeur en conduisant le pays à la faillite. Il faut faire taire ces voix et toute la politique ukrainienne est pour l'instant construite autour de cela. Avec les résultats que l'on connait.
Il faut y mettre un terme. Et seules des élections le permettent. Car, lors du processus électoral, les candidats extrémistes ne peuvent être élus démocratiquement, surtout quand d'autres candidats bénéficient du soutien, entre autre logistique, d'éléments très compétents en la matière. Et ainsi, ni vu ni connu, les oligarques reprennent le pouvoir et l'on va enfin pouvoir s'occuper sérieusement de la répartition des richesses. Une sorte de retour sur investissement. Yanukovych est parti, vive Poroshenko! Et pour cela, il a fallu Maïdan, il a fallu détruire le pays, remettre en cause son intégrité territoriale, mettre son économie à genoux. Bravo! L'on a ainsi pu changer de cercle d'oligarques. Tout va changer pour la population.
Et les derniers résultats montrent ce mouvement. Sur les 21 candidats restant en course, après que certains gêneurs, qui auraient pu présenter un danger, aient vu leur maison brûlée, se soient fait tabassés, leur QG incendié, etc, pour qu'enfin ils comprennent la nécessité de faire profile bas, donc sur les 21 candidats restant, évidemment l'oligarque Poroshenko est en tête avec 54% des voix, suivi de Timoshenko avec 13%, puis du populiste radical Liachko à 8%, du député Gritsenko à 5%, du député Tiguipko à 5% et du représentant du parti des régions Dobkine à 3%. Donc tout va bien, tout rentre dans l'ordre, comme le montrent les chiffres du décompte à 30%.
Pourtant, ces élections sont en même temps prématurées.
Lors de sa conférence de presse à la fin du Forum économique international à St Pétersbourg, V. Poutine a tenté de l'expliquer à la représentante de l'Agence France Presse qui, drapée dans sa supériorité, n'a manifestement rien compris. La subtilité était trop importante pour elle. En effet, V. Poutine a distingué deux plans d'analyse en ce qui concerne les élections présidentielles ukrainiennes. Sur le plan de la légalité, elles sont illégales: le Président en exercice, formellement Yanukovych, n'est pas mort, n'a pas fait l'objet d'une procédure de destitution et n'a pas renoncé au pouvoir. Donc l'organisation de nouvelles élections contrevient à la Constitution en vigueur en Ukraine, que, pour l'instant, personne n'a encore annulé. Pour autant, sur le plan de la légitimité, il faut respecter la volonté exprimée par le peuple ukrainien, lors d'élections démocratiquement organisées. Donc, des élections illégales, mais qui peuvent être légitimes. Si leur illégalité est un fait acquis, leur légitimité est envisageable.
La légitimité dépend en partie du taux de participation et de l'appréciation des observateurs internationaux. Ici, la situation est sous contrôle. Le taux de participation est de 59,16% et les observateurs ont été bien sélectionnés. Rappelons que les observateurs russes n'ont pas été autorisés, ce qui n'a manifestement dérangé personne. En revanche, sur les 282 observateurs officiels venant de 19 pays, on en compte déjà 61 de Pologne et 38 des Etats Unis. Bref, il n'en reste pas beaucoup pour les 17 autres pays et ceux-là sont particulièrement favorables à voir dans les élections ukrainiennes un processus transparent et démocratique, sans violations signifcatives, qui fondera un avenir radieux.
Alors pourquoi les considérer comme prématurées?
Tout d'abord, en raison de la guerre civile dans l'Est du pays, elle n'ont pu être organisées uniformément sur tout le territoire. Dans les régions de Lugansk et Donetsk, 21 des 34 arrondissements électoraux n'ont pas ouverts de bureaux de vote. Se pose alors la question de la représentation de la volonté populaire dans son intégralité. Il aurait mieux fallu mettre d'abord un terme aux opérations militaires contre les populations et ensuite leur permettre de s'exprimer. On ne fait pas voter les gens sous la menace. Mais voulait-on réellement qu'ils s'expriment?
Ensuite, les candidats annoncent tous la grande réforme constitutionnelle. Alors quid ensuite de ce tout nouveau Président si fraîchement élu? Sera-t-il une figure de transition ou concentrera-t-il les pouvoirs? Et quels seront ces pouvoirs? Autrement dit, la population a voté pour un individu et non pour un Président, car personne ne sait quels seront ses pouvoirs dans les mois à venir, ni quelle politique il mènera. Bien sûr, immédiatement, le traité d'association économique avec l'UE sera signé, comme l'affirme Iatsénuk, mais il faut être naïf, cynique ou stupide pour penser que cela changera quelque chose à la situation actuelle en Ukraine. En tout cas de manière positive.
Enfin, beaucoup de clans ne sont pas intéressés à la pacification de la situation et à l'élection de Poroshenko. Il faudra bien un jour nettoyer la place Maïdan et ceux qui l'occupent aujourd'hui sont totalement désocialisés. Ils ne rendront pas aussi facilement leurs armes et leur semblant de statut social pour retourner faire les trois huit dans une usine quelconque, vendre des patates sur le marché ou simplement s'inscrire au chômage. De "combattant" de la liberté, ils ne veulent pas redevenir lambda. Il y a aussi les groupes organisés qui viennent enfin de trouver leur heure de gloire. Hier soir, ainsi, aux infos sur Pervyi Kanal, tout à coup la présentatrice annonce que des infos contradictoires circulent sur les résultats des élections. Alors que tous donnent Poroshenko gagnant, une chaîne ukrainienne lance d'autres résultats et annoncerait la victoire de Iaroch, le chef de Secteur droit. Cette information n'a pas été reprise ailleurs, sauf pour dire que c'est un fake (voir sur slon.ru). Mais à bon entendeur, salut. Sans oublier aussi la réaction possible de Timoshenko, qui n'est en rien intéressée par la victoire de Poroshenko, signifiant, pour elle, la fin de sa carrière politique et une croix sur ses ambitions présidentielles. Et des ambitions, elle en a.
Donc ces élections, pour l'instant, ne règlent pas grand chose, elles ouvrent une porte. Mais personne ne sait ce qui se trouve derrière. Soit enfin une politique raisonnable de pacification intérieure et de reconstruction, soit une crise dont l'Europe et la Russie se passeraient bien.

mardi 20 mai 2014

Elargissement des pouvoirs présidentiels: un projet de réforme dont la Russie devrait se passer

Voir: http://pravo.ru/news/view/105207/


Un grand moment de solitude ...

La Douma vient d'approuver en deuxième lecture (sur les trois consécutives), un projet permettant au Président de la Fédération de nommer et de démettre de leurs fonctions 10% des membres du Conseil de la Fédération. Sans même insister sur l'absurdité d'une telle mesure sur le plan politique, elle est d'une dangerosité réelle sur le plan institutionnel juridique.
 
Introduire des "surper sénateurs" nommés par le Président au milieu des sénateurs "simples mortels" démontre une incompréhension totale du fonctionnement du système constitutionnel. L'idée avancée par les auteurs du projet de loi est que le Président, lorsqu'il arrive en fonction, doit pouvoir nommer des fidèles à la Chambre haute. C'est vrai qu'il n'y en a pas beaucoup ... Donc politiquement c'est absurde et injustifié. Et en plus, cela renforce l'image négative d'un pouvoir présidentiel omnipotent, ce dont la Russie se passerait bien. Ce projet de réforme est donc politiquement contreproductif.
 
Sur le plan juridique, deux remarques. En premier lieu, le Conseil de la Fédération fait partie du pouvoir représentatif. Or, le pouvoir représentatif représente le peuple, pas les autres organes de pouvoir, dont la présidence. Sinon, pourquoi ne pas laisser encore 10% au Gouvernement, 10% à la Cour suprême, 10% à la Cour des comptes etc. Il est alors possible de laisser ainsi 10% d'élus des régions, ce sera totalement équitable et totalement absurde. Or, même si l'onction populaire est indirecte dans le processus d'élection des représentants, elle seule donne à cet organe sa légitimité, sa représentativité de toutes les divergences et convergences du grand continent-Russie. Il n'est pas là pour donner l'image de la carte politique des organes de pouvoir.
 
En second lieu, on en revient toujours à la place du Président dans la séparation des pouvoirs en Russie. Ce débat doctrinal qui perdure depuis les débats pré-constituants, faisant du Président soit un arbitre en dehors des pouvoirs, soit le chef de l'exécutif. Bien qu'étant garant de la Constitution, le Président a un pouvoir normatif propre, sans contreseing, de nature infra-législative en plus de disposer du droit d'initiative législative. Techniquement donc, le Président est à la tête de l'exécutif, ce que par ailleurs V. Poutine a formalisé l'année dernière en annonçant désormais qu'il présiderait le Conseil des ministres. En ce cas, le pouvoir de nomination de membres du Conseil de la Fédération par le Président est une ingérence illégitime de l'exécutif dans le fonctionnement du législatif, ce qui porte atteinte non seulement à ces deux braches de pouvoir, mais va perturber le système en général car l'équilibre est rompu.
 
Il est dommage que la Russie n'ait pas à l'intérieur le doigté politique qu'elle a pour sa politique internationale. La confusion des pouvoirs n'a jamais permis une gouvernance efficace.

vendredi 16 mai 2014

Le modèle turc pour l'internet russe? L'autre visage de la loi des Bloggers

Voir: http://izvestia.ru/news/570863

Сурковъ @SurkovRussia
Почитал интервью "Известиям" зам. главы Роскомнадзора какого-то ксензова... Захотелось вступить в "Правый сектор".
 

jeudi 15 mai 2014

La crise en Ukraine pose la question de la possibilité d'existence d'une politique russe autonome

 
Стену Цоя перенесут в интернет
 
Alors que Kiev annonce la phase finale de l'opération antiterroriste, la défense de Donetsk annonce la formation du premier bataillon de libération de la république indépendante. Kiev annonce la mise en oeuvre rapide de la phase finale, Donetsk donne 24 heures à Kiev pour retirer les forces armées "d'occupation" du territoire de la jeune république indépendante. Il pourrait donc rester 24 heures avant le début d'une guerre civile encore plus meurtrière.
 
Pendant ce temps, la Russie se tait, et quand elle parle, on aurait préféré qu'elle se taise. Du bout des mots, de manière informelle, la Russie reconnaît que le référendum a eu lieu et qu'une décision populaire a été formulée. Pour autant, elle ne reconnaît pas l'autonomie des deux jeunes républiques. Même si elle la soutient mais sans l'affirmer. L'on pourrait presque penser que tout le sens de la politique russe en ce moment réside dans le  non dit.
 
Jusqu'au moment où le Gouvernement, et derrière lui des députés, estime que finalement seulement des élections présidentielles permettraient de sortir de la crise, que oui ce serait bien si les régions de l'Est organisaient également les élections et au fait en ce qui concerne le gaz on peut toujours négocier si vous nous payer au moins un petit dollar, ou le promettait, allez faites un effort, on ne peut pas être plus gentil que cela - on est déjà à la frontière du ridicule.
 
Donc, d'un côté, les forces de Donetsk sont prêtes à libérer leur région de la présence militaire ukrainienne. D'un autre côté, la Russie leur demande d'organiser des élections présidentielles dans lesquelles les candidats de l'Est furent largement dissuadés de participer.
 
Quelle est la politique de la Russie? Elle n'en a pas. En tout cas à long terme, elle n'en a plus sur le sujet. Elle a des impératifs à court terme et des conflits intérieurs.
 
Les impératifs à court terme sont simples:
- valider la Crimée comme un fait acquis : la Russie l'a gagnée, c'est tout ce qu'elle voulait, le reste l'intéresse peu et elle ne sait pas encore sortir d'une crise.
- faire payer le gaz de n'importe quelle manière - et semblerait-il presque à n'importe quel prix pour ne pas devoir réagir brusquement - toujours la peur de perdre la face et le pré-paiement semble faire encore plus peur à la Russie qu'à l'Ukraine.
- ne pas tomber sous le coup d'une nouvelle guerre froide économique, le prochain stade des sanctions, car la Russie et les russes en général (pas seulement l'élite) ont pris l'habitude de bien vivre, de voyager et ne veulent pas y renoncer.
 
Les conflits intérieurs sont tout aussi simples:
- Le mythe de la domination sans partage du conservatisme est avant tout un mythe. Un combat acharné, et bien plus violent que dans nos sociétés qui ont rendues les armes, a lieu entre les tenants de deux groupes: les libéraux atlantistes/mondialistes, les libéraux nationaux. Les uns veulent une politique de destructuration et de désengagement de l'Etat au profit de formes mondialisées de gouvernance, les seconds veulent garder l'Etat comme institution de gestion des affaires publiques.
- Il n'y a pas de conflit entre les tenants d'un retour au soviétisme et des libéraux modernisateurs. Plus personne ne veut sérieusement revenir au mode de gestion soviétique. Mais dans le langage courant, afin de destabiliser le discours nationale, les tenants de la gouvernance étatique sont caractérisés comme soviétisant et passéistes, pour sortir cette modalité de gouvernance du champ du possible et de l'acceptable. Et cela ne concerne pas que la Russie, mais dans la plupart des pays d'Europe les partis politiques ne correspondent plus au partage idéologique de la population, ni au positionnement des questions, puisqu'aucun parti ne pourra dire qu'il est atlantiste et donc que son but n'est pas la défense des intérêts de la population nationale, même si cette politique sera menée par la suite sous un autre nom : le libéralisme.
 
Donc, cette étrange situation autour de l'Ukraine semble traduire le conflit intérieur qui a lieu en Russie entre ces deux forces, quasiment égales. D'une manière assez inattendue, l'évolution de la crise en Russie pourra peut être enfin mettre fin à la cohabitation de fait au sommet de l'Etat russe en faisant finalement émerger un clan. Bien que V. Poutine affirme être le Président de tous les russes, de toutes tendances etc. Refusant donc lui aussi d'assumer un véritable choix de société.
 
Un jour la Russie devra comprendre qu'elle doit le faire ce choix, ne serait-ce que pour garder un équilibre institutionnel. Soit elle se positionne comme modèle alternatif, comme certains l'affirment et l'espèrent, soit elle est intégrée dans le concert des nations et dans l'économie internationale sans conflit.
 
Or, la Russie n'est pas prête à faire ce choix, car elle n'a manifestement pas la force intérieure (politique ou intellectuelle) suffisante pour se poser réellement en modèle alternatif complet, pas seulement concernant le mariage homosexuel ou la femme à barbe, mais en créant un modèle théorique alternatif mêlant valeurs et gouvernance. Pour autant, cette volonté est suffisamment forte pour ne pas pouvoir dire qu'elle y a renoncé. D'où, semble-t-il, le flou de sa politique qui oblige même à poser la question de son existence réelle ou d'une (par ailleurs très bonne) gestion de l'évènement.