L'ACTUALITE RUSSE EN FRANCAIS MISE AU POINT PAR RUSSIE POLITICS SUR Facebook ET Twitter!

mardi 3 juin 2014

Ukraine: la guerre cachée contre la population civile - âmes sensibles s'abstenir!

La guerre en Ukraine est hors de toute proportion, de toute qualification. Le conflit touche actuellement environ 100 personnes par jour et depuis le début de l'opération de nettoyage des régions résistantes de l'Est de l'Ukraine, on compte au minimum 3000 morts dans toute la région.
L'évolution des techniques militaires utilisées par l'armée ukrainienne relève du crime de guerre. Les populations civiles deviennent les cibles des attaques de l'armée ukrainienne, car, soi-disant, les terroristes se cachent parmis la population civile ou ce sont les combattants eux-mêmes qui, selon les médias ukrainiens, attaquent la population.
Pourtant, les combattants ne sont ni dans les écoles, ni dans les hôpitaux, ni dans les usines, ni dans les transports sanitaires, les camions de la Croix rouge etc, toutes ces nouvelles cibles de bombardements aériens ou de tirs aux lance-roquettes.
Ainsi, le 26 mai à Donetsk un camion de la Croix rouge est la cible de tirs aux lance-roquettes, au moins 35 civils tués.
Le 28 mai, une école à Slaviansk et des immeubles à proximité sont victimes des lances-roquettes. Les enfants ont vite été transférés dans les sous-sols. 5 victimes.
Voici la vidéo du résultat:
Le 29 mai, un hôpital pour enfant est bombardé à Slaviansk. Heureusement, les patients furent évacués d'urgence dans le sous-sol de l'hôpital. Voici ce qu'il reste du bâtiment après:
Je ne ferai pas la liste exhaustive des exactions de l'armée ukrainienne et des différentes structures qui s'y sont greffées et en partie la contrôlent, exactions cautionnées par les instances américaines et européennes, complices ainsi de crimes de guerre.
Simplement, hier encore, le conflit s'accentue cette fois à Lugansk. L'administration de la ville, en plein centre ville, a été bombardée. En face se trouve un parc de jeux pour enfants. Nous sommes en pleine journée, les gens osent encore sortir dans la rue. Or la bombe lachée par un avion de combat tombe juste à proximité de l'administration, permettant ainsi de toucher un maximum de civils tout en détruisant en partie le bâtiment. Le nombre exactes de victimes - blessés et morts - est encore incertain.
Voici ce qui s'est passé:
C'est vraiment horrible, âmes sensibles s'abstenir.
Pour les détails, voici les restes de ce qui a été lancé sur le bâtiment:
Ce sont des roquettes S-8. On passera sur le check point bombardé, sur l'usine etc.
Et pendant ce temps, le conseiller du ministre de la défense américain soutient les opérations anti-terroristes menées par le Gouvernement de Kiev, opérations qui commenceraient enfin à être efficaces.  C'est en effet, une question de point de vue.
Le problème du droit de la guerre, est que l'on ne juge jamais les vainqueurs. J'espère les voir tous un jour devant une cour pénale internationale, ce jour-là la justice pénale internationale retrouvera tout son sens. Mais ce jour arrivera-t-il?

lundi 2 juin 2014

Le "mandat impératif": Mironov veut encore réduire la laisse des députés

 
Mironov est têtu, comme toutes les personnes qui ont peu d'idées. Lorsqu'elles en attrapent une, par hasard, au vent, une dont peut être le propriétaire ne veut plus ou qui a été oubliée pour une raison ou pour une autre, elles s'y attachent comme à un radeau.
 
Et notre cher Mironov, non seulement ne brille pas par l'intelligence ou l'éloquence, mais il n'a pas particulièrement d'autorité naturelle. Il faut donc compenser. Et il a trouver le moyen magique de mettre tous ses députés au pas, ceux qui ne l'écoutent pas, ceux qui n'obéissent pas au Parti (évidemment il ne s'agit pas d'une obéissance à sa personne...), ceux qui expriment une autre voix.
 
Bref, il revient à la charge avec son mandat impératif. Il en parle au Président, qui a manifestement - et c'est une erreur - d'autres chats à fouetter en ce moment. La réponse est simple: si tous les partis sont d'accord, faites comme vous voulez.
 
Et ce que veut Mironov est très simple: un député qui n'est pas dans la ligne du parti,doit non seulement être exclu du parti, mais également perdre son mandat, évidemment après décision de la Douma, ce qui en plus dégage le Parti de toute responsabilité. Un mélange audacieux de mesquinerie et d'ignorance. 
 
Oublions le fait que cela puisse franchement violer l'expression de la souveraineté populaire, car dans le cadre d'un mandat impératif, c'est celui qui attribue le mandat qui a le droit de le reprendre. Or, quand c'est le peuple qui vote, c'est à lui de le reprendre, pas au parti.
 
Et imaginons ce que cela peut donner. Ces dirigeants de partis qui n'arrivent pas à tenir toutes leurs troupes en laisse, bien court, peuvent régler leur problème sur le dos du parlementarisme. Pratique et efficace. Dangereux aussi, car les députés ayant une épée de Damoclès sur la tête vont être encore plus dociles. Ce qui est catastrophique pour la qulité des débats parlementaires. Et ne parlons pas du pluralisme politique, réel et non formel. Sans oublier la réputation du parti politique et de son dirigeant auprès de la population. Les partis en général ont déjà une très mauvaise réputation, en Russie comme ailleurs, cela ne va pas les aider.
 
Ahhh, l'ombre de Gryzlov plane encore sur le parlementarisme russe, un peu comme le fantôme de l'Opéra ....

vendredi 30 mai 2014

Comment la doctrine militaire américaine conforte le conflit en Ukraine ou jouons au pocker menteur

Барак Обама
Lors de son discours à l'Académie militaire de West Point, le Président Obama a indiqué assez clairement sa position, celle des Etats Unis, en matière d'interventionisme et de défense de ses intérêts stratégiques: la fin justifie les moyens.
Sur la scène internationale, les Etats Unis doivent toujours être le leader qui entraîne les autres avec lui. Pour autant, lorsque les intérêts fondamentaux des Etats Unis sont en jeu, ils peuvent intervenir seuls, voire militairement si cela est nécessaire et même si l'opinion internationale est importante, rien n'est supérieur à la défense des intérêts américains, des ressortissants à l'étranger et des intérêts économiques des Etats Unis. Mais que l'on se rassure, les Etats Unis ont les moyens qui lui permettent de former l'opinion publique et d'influer sur les autres pays, lui permettant donc d'obtenir leur soutien. La conclusion logique ne se fait pas attendre: ces moyens ont permis d'isoler la Russie en amenant les pays européens et le G7 a soutenir la politique de sanctions économiques, politique donc bien prise dans l'intérêt exclusif des Etats Unis, comme le sous-entend le Président, et qui n'a rien à voir avec l'Ukraine, mais avec le non-alignement de la Russie.
Le manque de tact d'un tel discours est effarant et a été relevé dans la presse américaine, mais parfois de manière étonnante. Celle-ci y a vu un discours contre productif, qui a surtout réussi à énerver plusieurs des alliés des Etats Unis, allant de Singapour à la France. Il est vrai qu'annoncer aussi directement que la politique américaine repose sur la manipulation des autres puissances pour les amener à servir et défendre les intérêts des Etats Unis, il fallait oser le faire. Et savoir que de toute manière, à part quelques montées de salives, il n'y aura aucune conséquence. Ensuite, ce qui est surprenant, c'est la critique presqu'uniforme reprochant au Président de trop se lier les mains en matière d'interventionnisme. Bref, pourquoi se réduire à se point les possibilités d'intervention unilatérale? Pourquoi ne pouvoir intervenir unilatéralement si des intérêts supérieurs, qui n'engagent pas forcément les intérêts vitaux des américains, sont en jeu? Bref, se pourrait-il que l'Amérique n'aille plus de part le monde défendre la démocratie les armes à la main? Choking! Enfin, la dernière grande critique concerne le style du discours. Un discours général, sans rien de concret alors qu'il s'adresse a des militaires. Par exemple, il ne parle plus du renouvellement des relations entre la Russie et les Etats Unis, mais de la nécessité de brider, voire de dompter, la Russie et la Chine qui se conduisent de manière de plus en plus agressive, mais sans pour autant dire comment y parvenir. Traduction: le Russie et la Chine ne se plient plus aux règles du jeu en se mettant à servir leurs intérêts propres, ce qui en fait des concurrents dangereux à détruire. Mais par quels moyens, la question reste ouverte.
Dans ce contexte, l'Ukraine est une opportunité à ne pas lâcher. Et il faut remettre de l'huile sur le feu régulièrement, sans trop se salir les mains. Et les déclarations plus que surprenantes de la porte-parole du Département d'Etat, J. Psaki, qui ne sait pas, ne veut pas avoir, ne comprend pas, reprend uniquement les sources officielles ukrainiennes ont un sens alors: en donnant carte blanche au pouvoir ukrainien actuel, en refusant a piori toute investigation objective, tout autant que la condamnation des violences contre les populations civiles, qui se réfugient maintenant dans les sous-sols, les Etats Unis poussent le pouvoir ukrainien, qui se croit tout permis, à commettre l'irréparable, à mettre en place un chaos qu'il ne peut gérer seul ... et que les Etats Unis vont aider à entretenir et contenir, dans l'espoir de pousser en même temps la Russie à la faute. Dans tous les cas, en contrôlant la zone ukrainienne, les Etats Unis contrôlent le transit du gaz russe vers l'Europe. Joli coup, non? Et dans ce cas, peu importent les frontières de l'Ukraine, seul compte le trajet d'acheminement, les entreprises qui le contrôlent, le point de sortie etc. De ce côté là, tout ne se passe pas trop mal. Les personnes sont placées. Donc le conflit peut continuer.
La doctrine est très simple: on est les leader, on le reste, on détruit ce qui dérange et ne s'aligne pas. Comme l'argent c'est le pouvoir, l'énergie - c'est le pouvoir. On va la contrôler. Et de cette manière, on va isoler la Russie, en contrôlant sa frontière énergétique avec l'UE, avant que ses accords avec la Chine ne soient efficaces. C'est un coup de pcsker menteur, mais parfois ça peut marcher. L'inconnu restant le seuil critique d'alignement des pays européens.

mercredi 28 mai 2014

La nouvelle colonie d'Ukraine entre les mains de Iatseniuk

Voir: http://korrespondent.net/ukraine/politics/3369395-yatsenuik-vvodyt-dolzhnost-zammynystra-po-evroyntehratsyy-vo-vsekh-mynysterstvakh
http://www.aif.ua/politic/ukraine/1177179

Арсений Яценюк, Премьер-министр Украины
Pendant que l'opération finale se précise dans le Sud Est, Iatséniuk met l'Ukraine en forme pour devenir une nouvelle "colonie" européenne et veut se poser ainsi comme le véritable homme fort de la politique ukrainienne. En février, il lance "Nous ne reculerons pas, nous n'avons pas peur, nous resterons sur la place, soudés ", aujourd'hui il ne reculera pas non, il a eu le pouvoir, il va le garder et remplir la mission dont il se croit investi.
Poroshenko fut élu Président, pourtant le pouvoir ne doit pas changer demain. Et Iatséniuk met immédiatement les points sur les i: il garde le contrôle de la politique ukrainienne. Que Poroshenko s'occupe des massacres de l'opération anti-terroriste, qu'il se salisse les mains et la réputation, il va pouvoir incarner le pouvoir des oligarques en Ukraine. Pour sa part, le pouvoir non élu des révolutionnaires garde les rênes du pays. Cette confusion, cette superposition dans les rôles permet une irresponsabilité totale de ce qui se passe pour l'instant. Tout doit donc être nettoyé et propre avant l'investiture. Pour que la nouvelle marionnette présidentielle puisse jouer son rôle, alors pleinement: prendre les mesures de réconciliation nationale, l'opposition ayant été anéantie - physiquement.
Ainsi, le but global et général de la politique ukrainienne: l'intégration rapide dans l'UE. A n'importe quel prix. Et peu importe ce prix, les Etats Unis et l'UE ont donné carte blanche au pouvoir ukrainien pour régler le problème à l'intérieur et faire payer la Russie. Pour cela il faut mettre en conformité les normes ukrainiennes et européennes et il faut que la production ukrainienne soit conforme aux exigences européennes, ce qui n'est pas le cas. Donc pour accélérer le processus, un vice-ministre responsable de l'intégration européenne mettra sous tutelle chaque ministre du Gouvernement et le Premier ministre lui-même. Cela ne vous rappelle-t-il pas la tutelle qu'exerçait la Grande Bretagne en Inde alors? Iatseniuk remet au goût du jour le principe de la colonie: il n'y a pas de politique propre, toute ligne politique est conçue, formalisée et mise en oeuvre en fonction du but supérieur, extérieur à l'Etat lui-même, en fonction d'impératifs politiques que cet Etat ne maîtrise pas. En l'occurrence, il s'agit de l'UE. Au moins formellement - structurellement.
Et encore une précision, alors que les grands débats sur la réforme constitutionnelle sont en attente, Iatséniuk de préciser que le centre du pouvoir est dans le Conseil des ministres et plus particulièrement entre les mains de ces "tuteurs" européens. A bon entendeur, salut. Poroshenko doit savoir où est sa place et quelle est sa marge de manoeuvre. Il est évident qu'avec tant de buts supérieurs (concilier le pouvoir des oligarques avec les intérêts des ex-révolutionnaires, se répartir les postes et les possibilités, faire profile bas devant tous les partenaires internationaux pour pouvoir remplir le budget à leur frais, etc) il faut rapidement se débarrasser de ces populations du Sud-est qui ne jouent pas le jeu. Comme l'affirme Poroshenko, ce n'est qu'une question de jours, voire d'heures.

mardi 27 mai 2014

Massacrez en silence, Poroshenko compte ses voix

Alors que l'on compte les voix de la victoire de Poroshenko, que les négociations sur le gaz tournent en rond entre les partenaires russes, européens et ukrainiens, les combats s'intensifient à Donetsk, dans le silence médiatique que provoque la lassitude de la répétition.
Il devient difficile de trouver de bonnes âmes médiatiques pour s'insurger contre les méfaits des soldats, professionnels ou non, ukrainiens ou non, contre la population de cet Oblast qui a commis le crime de ne pas vouloir être considérée comme une population de second ordre. Où encore trouver la force de s'insurger? Cela fait tellement longtemps et l'on sent la lassitude. Cette dangereuse lassitude. Cette dangereuse habitude. Car nous avons la mauvaise tendance à nous habituer à tout, même au pire.
Alors, tranquillement, le nouveau futur Président ukrainien Poroshenko annonce qu'il ne renoncera pas à l'opération de nettoyage du Sud-Est de l'Ukraine, qu'il va même mieux équiper ces soldats, les assurer sur la vie, tout cela pour que le combat soit plus efficace. Effectivement, Poroshenko, mis en place par les Etats Unis, donc soutenu par l'Europe, ne peut se permettre de perdre le Sud-Est, mais il ne veut pas discuter ni négocier non plus. Donc la même politique destructrice continue. Qu'il faut couvrir, qu'il ne faut pas voir, qu'il faut travestir.
Mais que faut-il encore de plus pour que l'Europe se souvienne de ce qu'elle est? Odessa n'a manifestement pas suffit. Soit. C'est fait, c'est passé, il vaut mieux oublier ce qui dérange.
Hier, on compte des dizaines de morts et de blessés. Des civils, des gens qui défendent leur terre, des combattants, et même des journalistes russes et étrangers. Le combat de l'aéroport de Donetsk a piégé les journalistes qui se sont fait tirer dessus, notamment par des snippers. A Slaviansk déjà, un journaliste italien et son traducteur sont morts et un journaliste français est blessé.
Des hélicoptères de combats ont bombardé une usine et tiré sur une zone d'habitation.
Dans la nuit, un camion transporte les blessés, avec un signalement de transport médical. Il est bombardé. 35 morts, 15 blessés. Mais non, ça non plus ça ne choque pas.
Alors évidemment, lorsque l'ont dit que le QG de la République de Donetsk est attaqué à Mariupole ou que le bureau du Parti communiste ukrainien à Dniepropétrovsk a été attaqué lui aussi dans la nuit, ce sont déjà des broutilles. Ne nous dérangez pas pour de telles inepties, voyons. Désolée.
Et lorsque l'ont dit que la ville de Slaviansk s'est faite attaquée à l'artillerie lourde, que des immeubles d'habitation sont touchés, mais que finalement il n'y a que 4 morts. Que 4 morts, ce n'est déjà plus si grave. Vraiment désolée, je ne voulais pas vous déranger.
Bref, finalement les choses ne sont plus si graves. Les gens meurent, c'est tout. D'un autre côté, ça arrive toujours, tôt ou tard.
La République de Donetsk a demandé la mobilisation générale du personnel médical. Peut être justement parce qu'elle ne s'est pas encore résolue à cette fatalité.
Et encore une fois, le ministère russe des affaires étrangères demande une enquête indépendante menée par l'OSCE sur ce qui se passe en Ukraine. Et que fait l'OSCE, au fait, sur place? Ils sont trop occupés à compter les voix et à faire en sorte que les élections soient légitimes? C'est vrai qu'il y a du travail.
Bref, Chut! Cachez-moi ces corps, éteignez la lumière. Silence! Coupez le son sur ces tirs, c'est assourdissant, on ne s'entend plus compter.
Dans la lumière et avec l'écho des cris au lointain, on ne peut pas construire la démocratie. Alors silence, on tue. Silence, on créé un nouvel état de droit démocratique.
Il est vrai que le lapsus de notre merveilleux Président français est en ce sens révélateur: les élections européennes montrent une montée en puissance des partis politiques européens. Autrement dit, pro-européen? Démocratique? Comme en Ukraine?
Ou bien est-ce un lapsus? Et ces partis sont-ils anti-européens? Comme en Ukraine? L'Ukraine, devenue le lapsus de l'Europe?

lundi 26 mai 2014

Point sur les élections en Ukraine: une porte sur la normalisation ou un Maïdan-3 en perspective?

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Le processus électoral est, dans la conception moderne de la gouvernance, la clef de voûte des institutions démocratiques. Pour autant, sous un aspect lisse et d'une simplicité enfantine, ce processus est extrêmement complexe, car il s'étend dans le temps pour toucher des aspects et des moments aussi divers que l'enregistrement des candidatures, la liberté d'expression des candidats, la liberté de réunion avec les électeurs, la transparence des opérations de vote et du décompte ...
Et vue la situation en Ukraine, la guerre civile engagée dans l'Est du pays par le "Gouvernement" temporaire autoproclamé, son déficit non seulement de légalité mais également de légitimité après les massacres d'Odessa, de Kramatorsk, après l'attaque des populations civiles et des quartiers d'habitation par les forces armées et paramilitaires, après tout ce sang versé de part et d'autres, ces élections sont tout autant nécessaires et urgentes que prématurées.
Elles sont nécessaires et urgentes car il faut mettre un terme à la radicalisation du pouvoir.
Dans le flou de Maïdan, les pires cauchemards politiques ont pris forme. Les hommes de main jouent à la politique sans même s'intéresser aux règles, les armes circulent et s'amplifient, les armées privées se montent et jouent à la guerre, les institutions sont discréditées par l'incompétence de leurs occupants, des slogans pseudo-patriotiques éclatent dans les rues. Et personne ne s'occupe de la reconstruction du pays. Il faut terrasser l'Est, où les méchants pro-russes, voire russes, se sont cachés et reprochent au pouvoir de n'être ni légitime, ni légale, d'être extrémiste en voulant les exterminer, d'être destructeur en conduisant le pays à la faillite. Il faut faire taire ces voix et toute la politique ukrainienne est pour l'instant construite autour de cela. Avec les résultats que l'on connait.
Il faut y mettre un terme. Et seules des élections le permettent. Car, lors du processus électoral, les candidats extrémistes ne peuvent être élus démocratiquement, surtout quand d'autres candidats bénéficient du soutien, entre autre logistique, d'éléments très compétents en la matière. Et ainsi, ni vu ni connu, les oligarques reprennent le pouvoir et l'on va enfin pouvoir s'occuper sérieusement de la répartition des richesses. Une sorte de retour sur investissement. Yanukovych est parti, vive Poroshenko! Et pour cela, il a fallu Maïdan, il a fallu détruire le pays, remettre en cause son intégrité territoriale, mettre son économie à genoux. Bravo! L'on a ainsi pu changer de cercle d'oligarques. Tout va changer pour la population.
Et les derniers résultats montrent ce mouvement. Sur les 21 candidats restant en course, après que certains gêneurs, qui auraient pu présenter un danger, aient vu leur maison brûlée, se soient fait tabassés, leur QG incendié, etc, pour qu'enfin ils comprennent la nécessité de faire profile bas, donc sur les 21 candidats restant, évidemment l'oligarque Poroshenko est en tête avec 54% des voix, suivi de Timoshenko avec 13%, puis du populiste radical Liachko à 8%, du député Gritsenko à 5%, du député Tiguipko à 5% et du représentant du parti des régions Dobkine à 3%. Donc tout va bien, tout rentre dans l'ordre, comme le montrent les chiffres du décompte à 30%.
Pourtant, ces élections sont en même temps prématurées.
Lors de sa conférence de presse à la fin du Forum économique international à St Pétersbourg, V. Poutine a tenté de l'expliquer à la représentante de l'Agence France Presse qui, drapée dans sa supériorité, n'a manifestement rien compris. La subtilité était trop importante pour elle. En effet, V. Poutine a distingué deux plans d'analyse en ce qui concerne les élections présidentielles ukrainiennes. Sur le plan de la légalité, elles sont illégales: le Président en exercice, formellement Yanukovych, n'est pas mort, n'a pas fait l'objet d'une procédure de destitution et n'a pas renoncé au pouvoir. Donc l'organisation de nouvelles élections contrevient à la Constitution en vigueur en Ukraine, que, pour l'instant, personne n'a encore annulé. Pour autant, sur le plan de la légitimité, il faut respecter la volonté exprimée par le peuple ukrainien, lors d'élections démocratiquement organisées. Donc, des élections illégales, mais qui peuvent être légitimes. Si leur illégalité est un fait acquis, leur légitimité est envisageable.
La légitimité dépend en partie du taux de participation et de l'appréciation des observateurs internationaux. Ici, la situation est sous contrôle. Le taux de participation est de 59,16% et les observateurs ont été bien sélectionnés. Rappelons que les observateurs russes n'ont pas été autorisés, ce qui n'a manifestement dérangé personne. En revanche, sur les 282 observateurs officiels venant de 19 pays, on en compte déjà 61 de Pologne et 38 des Etats Unis. Bref, il n'en reste pas beaucoup pour les 17 autres pays et ceux-là sont particulièrement favorables à voir dans les élections ukrainiennes un processus transparent et démocratique, sans violations signifcatives, qui fondera un avenir radieux.
Alors pourquoi les considérer comme prématurées?
Tout d'abord, en raison de la guerre civile dans l'Est du pays, elle n'ont pu être organisées uniformément sur tout le territoire. Dans les régions de Lugansk et Donetsk, 21 des 34 arrondissements électoraux n'ont pas ouverts de bureaux de vote. Se pose alors la question de la représentation de la volonté populaire dans son intégralité. Il aurait mieux fallu mettre d'abord un terme aux opérations militaires contre les populations et ensuite leur permettre de s'exprimer. On ne fait pas voter les gens sous la menace. Mais voulait-on réellement qu'ils s'expriment?
Ensuite, les candidats annoncent tous la grande réforme constitutionnelle. Alors quid ensuite de ce tout nouveau Président si fraîchement élu? Sera-t-il une figure de transition ou concentrera-t-il les pouvoirs? Et quels seront ces pouvoirs? Autrement dit, la population a voté pour un individu et non pour un Président, car personne ne sait quels seront ses pouvoirs dans les mois à venir, ni quelle politique il mènera. Bien sûr, immédiatement, le traité d'association économique avec l'UE sera signé, comme l'affirme Iatsénuk, mais il faut être naïf, cynique ou stupide pour penser que cela changera quelque chose à la situation actuelle en Ukraine. En tout cas de manière positive.
Enfin, beaucoup de clans ne sont pas intéressés à la pacification de la situation et à l'élection de Poroshenko. Il faudra bien un jour nettoyer la place Maïdan et ceux qui l'occupent aujourd'hui sont totalement désocialisés. Ils ne rendront pas aussi facilement leurs armes et leur semblant de statut social pour retourner faire les trois huit dans une usine quelconque, vendre des patates sur le marché ou simplement s'inscrire au chômage. De "combattant" de la liberté, ils ne veulent pas redevenir lambda. Il y a aussi les groupes organisés qui viennent enfin de trouver leur heure de gloire. Hier soir, ainsi, aux infos sur Pervyi Kanal, tout à coup la présentatrice annonce que des infos contradictoires circulent sur les résultats des élections. Alors que tous donnent Poroshenko gagnant, une chaîne ukrainienne lance d'autres résultats et annoncerait la victoire de Iaroch, le chef de Secteur droit. Cette information n'a pas été reprise ailleurs, sauf pour dire que c'est un fake (voir sur slon.ru). Mais à bon entendeur, salut. Sans oublier aussi la réaction possible de Timoshenko, qui n'est en rien intéressée par la victoire de Poroshenko, signifiant, pour elle, la fin de sa carrière politique et une croix sur ses ambitions présidentielles. Et des ambitions, elle en a.
Donc ces élections, pour l'instant, ne règlent pas grand chose, elles ouvrent une porte. Mais personne ne sait ce qui se trouve derrière. Soit enfin une politique raisonnable de pacification intérieure et de reconstruction, soit une crise dont l'Europe et la Russie se passeraient bien.

mardi 20 mai 2014

Elargissement des pouvoirs présidentiels: un projet de réforme dont la Russie devrait se passer

Voir: http://pravo.ru/news/view/105207/


Un grand moment de solitude ...

La Douma vient d'approuver en deuxième lecture (sur les trois consécutives), un projet permettant au Président de la Fédération de nommer et de démettre de leurs fonctions 10% des membres du Conseil de la Fédération. Sans même insister sur l'absurdité d'une telle mesure sur le plan politique, elle est d'une dangerosité réelle sur le plan institutionnel juridique.
 
Introduire des "surper sénateurs" nommés par le Président au milieu des sénateurs "simples mortels" démontre une incompréhension totale du fonctionnement du système constitutionnel. L'idée avancée par les auteurs du projet de loi est que le Président, lorsqu'il arrive en fonction, doit pouvoir nommer des fidèles à la Chambre haute. C'est vrai qu'il n'y en a pas beaucoup ... Donc politiquement c'est absurde et injustifié. Et en plus, cela renforce l'image négative d'un pouvoir présidentiel omnipotent, ce dont la Russie se passerait bien. Ce projet de réforme est donc politiquement contreproductif.
 
Sur le plan juridique, deux remarques. En premier lieu, le Conseil de la Fédération fait partie du pouvoir représentatif. Or, le pouvoir représentatif représente le peuple, pas les autres organes de pouvoir, dont la présidence. Sinon, pourquoi ne pas laisser encore 10% au Gouvernement, 10% à la Cour suprême, 10% à la Cour des comptes etc. Il est alors possible de laisser ainsi 10% d'élus des régions, ce sera totalement équitable et totalement absurde. Or, même si l'onction populaire est indirecte dans le processus d'élection des représentants, elle seule donne à cet organe sa légitimité, sa représentativité de toutes les divergences et convergences du grand continent-Russie. Il n'est pas là pour donner l'image de la carte politique des organes de pouvoir.
 
En second lieu, on en revient toujours à la place du Président dans la séparation des pouvoirs en Russie. Ce débat doctrinal qui perdure depuis les débats pré-constituants, faisant du Président soit un arbitre en dehors des pouvoirs, soit le chef de l'exécutif. Bien qu'étant garant de la Constitution, le Président a un pouvoir normatif propre, sans contreseing, de nature infra-législative en plus de disposer du droit d'initiative législative. Techniquement donc, le Président est à la tête de l'exécutif, ce que par ailleurs V. Poutine a formalisé l'année dernière en annonçant désormais qu'il présiderait le Conseil des ministres. En ce cas, le pouvoir de nomination de membres du Conseil de la Fédération par le Président est une ingérence illégitime de l'exécutif dans le fonctionnement du législatif, ce qui porte atteinte non seulement à ces deux braches de pouvoir, mais va perturber le système en général car l'équilibre est rompu.
 
Il est dommage que la Russie n'ait pas à l'intérieur le doigté politique qu'elle a pour sa politique internationale. La confusion des pouvoirs n'a jamais permis une gouvernance efficace.