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vendredi 13 décembre 2013

Message du Président au Parlement russe: un espace de stabilité au milieu de la tempête

Voir: http://izvestia.ru/news/562416

Hier, le Président Poutine a adressé son message annuel aux membres des Chambres hautes et basses du Parlement, réunis à cette occasion, avec le Gouvernement. En ces temps troublés, d'aucuns attendaient du sensationnel, ils ont trouvé un homme d'Etat.
 
Il est possible de lire un peu partout que la Russie est isolée ou s'isole, qu'elle est rétrograde, ne suit pas les mouvements, bonds et rebonds de la société internationale, ne s'aligne pas ... et ne se résigne pas. Non, ça ont ne le lit pas.
 
En effet, contre le mariage homosexuel, elle prône la famille traditionnelle. Contre l'adoption internationale, elle renforce l'adoption nationale. Contre l'uniformisation culturelle, elle avance un particularisme historique. Contre les démocratisations à coup de révolution, de sang et de chaire humaine qui laissent les pays exsanguent, elle prône l'évolution.
 
Et du coup elle est accusée. Accusée d'homophobie étatique. Accusée d'ostracisme. Accusée d'autoritarisme. C'est une manière de présenter les choses. mais il y en a d'autres.
 
On peut aussi dire que la Russie cherche un compromis entre modernité et tradition, un compromis qui respecte l'héritage national, dans sa complexité et sa richesse, tout en s'ouvrant sur le monde extérieur. Mais s'ouvrir sur le monde extérieur n'implique pas un suivisme aveugle. Moderniser ne veut pas dire se couler dans un moule unique creusé en dehors de ses frontières. Moderniser n'est pas un but en soi. Le but de l'Etat est de renforcer l'efficacité de ses mécanismes de gestion du pays dont il a la charge, d'y garantir la stabilité, de protéger la volonté de la majorité en tenant compte des aspirations de la minorité. Nous sommes dès lors très loin des diktats qui conduisent au renoncement. Car comment respecter l'autre si l'on ne se respecte plus soi-même?
 
Dans ce contexte politiquement, socialement et économiquement perturbé, certains attendaient du Président qu'il annonce une réforme profonde de la Constitution ou la dissolution de la Douma. Dans ce contexte justement, le rôle d'un Président, garant des institutions, est de défendre une conception constructive et positive de l'évolution du pays. Il ne s'agit plus de se prononcer "contre", mais d'avancer des étapes techniques, concrètes, pour réaliser les buts affichés.
 
Autrement dit, l'heure n'est plus aux déclarations idéologiques, l'heure est à la réalisation du consenssus national, l'heure est pragmatique. Renforcement de l'enseignement par le retour aux rédactions, afin de faire réfléchir et écrire les élèves. Renforcement de l'armée par une meilleure formation des soldats, une formation qui tienne compte des nouveaux enjeux, plus technologiques, et la modernisation de l'équippement. Renforcement de l'économie nationale par le blocage de l'accès aux off-shores pour les compagnies russes: soient elles rapatrient leurs actifs, soient elles ne peuvent plus participer aux programmes d'Etat. Retour sur la médecine aussi, les salaires etc.
 
D'une manière générale, pas de réformes populistes, mais des évolutions. La Constitution peut être amendée, pour être corrigée, améliorée, mais pas de révisions fondamentales en vue. Le contrôle exercé par la société doit être organisé pour que les ONG participent, pour que la société civile nationale soit écoutée, car c'est elle qui a droit de parole.
 
Bref, tout un ensemble de mesures concrètes que le Gouvernement et le Parlement devront mettre en oeuvre. Tout un ensemble de mesures très loin des grands discours patriotiques. Le ton est donné: la Russie n'est pas isolée, la Russie défend une vision du monde qui est présente également dans les populations d'autres pays, même si elle ne l'est plus dans leurs gouvernements.
 
Et cette position non seulement déplait, mais elle dérange. L'exemple de l'Ukraine en est une belle illustration. Si l'on y voit se promener, haranguer les foules, distribuer du pain et des vêtements, des représentants de l'Union européenne et du Département d'Etat américain, si les autorités politiques de ce bloc uni affirment leur soutien inconditionnel au peuple ukrainien, à celui qui veut l'entrée dans l'UE en tout cas, appellent le Président ukrainien à suivre cette partie de ce peuple, c'est la Russie qui est coupable. Elle exerce des pressions sur l'Ukraine et bloque son évolution démocratique, c'est-à-dire son accès au paradis européen, ce qui peut entraîner des sanctions et contre le Président ukrainien et contre la Russie. La logique du raisonnement est incontestable.
 
En dehors de nous, point de Salut. Pourtant la Russie tient le cap. Mais dans le temps, il ne suffit pas d'un homme à la barre, l'équipage doit être solide.

mercredi 11 décembre 2013

Serdiukov pourrait bénéficier de l'amnestie: un mauvais signal pour la société

Voir: http://izvestia.ru/news/562217

Alors que le projet d'amnestie en raison des 20 ans de la Constitution se précise, alors que l'on parle beaucoup de la libération possible des Pussy Riot et des figurants de l'affaire Bolotnaya, il y a un autre figurant dont on parle beaucoup moins. L'ancien ministre de la défense, A. Sediukov, pourrait également bénéficier de cette amnestie.
 
L'amnestie n'est pas nominative, elle fonctionne toujours par catégories. En l'occurence, il s'agit des femmes ayant des enfants, des adolescents, des personnes agées, des invalides, etc. Mais également des militaires, des fonctionnaires civiles ou des membres de l'exécutif, si la peine en cours ou encourue ne dépasse pas 5 ans et s'ils n'ont pas fait déjà l'objet d'une condamnation antérieure.
 
A. Serdiukov, ancien ministre de la défense, mis en cause dans un affaire de détournements de fonds publics dont la somme ne cesse d'augmenter, n'a été accusé que de négligence. Selon l'article 293 du Code pénal, cela concerne les fonctionnaires qui n'exécutent pas leurs obligations ou ne les exécutent que d'une manière insatisfaisante, par suite d'un manque de consience ou d'un comportement négligeant dans l'exercice du service, lorsque ce fait a entraîné une violation substantielle, notamment des intérêts de l'Etat. La peine maximale est de 5 ans d'emprisonnement.
 
Il ressort de cette qualification que l'ancien ministre ne soit pas directement impliqué dans les affaires de son ancienne maitresse qui dirigeait Oboronservice, le département qui s'occupait des achats publics pour le ministère de la défense. Il semblerait également que les constructions aux frais de l'Etat, les aménagements substantiels de sa résidence secondaire, n'aient pas été demandé par lui. Il fut donc simplement négligeant, car il n'a pas bien gérer son ministère. Cette version satisfait peu de personnes et la question se pose de requalifier les chefs d'inculpation en excès de pouvoir. Si cela a lieu, alors A. Serdiukov ne pourra d'aucune manière être concerné par l'amnestie.
 
Même si l'inculpation pour négligence est maintenue, l'ancien ministre ne devrait en aucun cas être concerné par cette amnestie, l'affaire devrait être jugée. Et cela pour deux raisons. Tout d'abord, la qualification en elle-même est déjà tellement légère au regard des faits, qu'elle est loin de redorer l'image de la justice. Ensuite, permettre à un ancien ministre impliqué dans une affaire de détournement de fonds publics à grande échelle d'éviter de se retrouver face à la justice sonnerait le glas de la politique de lutte contre la corruption et confirmerait leur impunité de fait.
 
Comme ce le fut pour l'amnestie des hommes d'affaires, les détournements de fonds publics devraient automatiquement exclure toute possibilité d'amnestie. Il en va de la crédibilité de l'Etat à défendre l'intérêt public.

mardi 10 décembre 2013

Modernisation de la communication : la nouvelle agence de presse "La Russie aujourd'hui"

Voir: http://izvestia.ru/news/562154
http://www.gazeta.ru/comments/2013/12/09_e_5795241.shtml

L'oukase présidentiel mettant fin à l'agence de presse RIA-Novosti et à la radio la Voix de la Russie, qui diffusaient également à l'international , pour créer une nouvelle structure, Rossiya Sevodnia (La Russie aujourd'hui), est le signe d'une sérieuse réorganisation de la communication de la Russie à l'international.
 
RIA-Novosti avait été créée par Staline lors de la Seconde Guerre Mondiale et développée sous l'Union Soviétique, pour diffuser des informations sur le point de vue de la Russie dans de nombreuses langues, à l'instar de la Voix de la Russie. Ces derniers temps, RIA-Novosti avait pris un tournant plus que libéral, voire mondialiste, qui ne correspond pas à la ligne politique russe, particulièrement étrange pour une agence de presse étatique.
 
Toutefois, cette divergence reflète la lutte en place au sein de l'Etat. Sous Medvedev, il était question de privatiser les agences de presse, même RIA-Novosti, ce qui est également très surpenant, vue la spécificité de ce type de structures dans tous les pays.
 
A l'heure où la Russie est fortement critiquée dans un monde en cours d'uniformisation et d'aculturation, elle a besoin, pour faire passer son message, pour défendre et expliquer ses positions et ses choix de société, de mieux coordonner son discours. Ce qui est lancé par la création de la nouvelle agence de presse La Russie aujourd'hui.
 
Comme l'explique S. Ivanov, qui dirige l'Administration présidentielle, s'il y a une raison économique, à savoir la réduction des frais de financement des masses médias, le but est également de renforcer l'efficacité des médias étatiques, quand la Russie développe une politique autonome, défend strictement ses intérêts nationaux. Cela n'est pas facile, mais faisable, selon Ivanov.
 
Pour diriger cette nouvelle Agence, Dmitri Kicelev a été choisi. Il s'agit d'un journaliste emblématique, grand professionnel depuis longtemps. Les médias libéraux lui reprochent d'avoir travaillé àl'époque soviétique, ce qui est un signe de parti-pris idéologique. Dans cette logique, il faudrait renvoyer tous les journalistes de plus de 35 ans, pour être certains, qu'ils n'aient même pas été formés sous l'époque soviétique. Ou même tous les journalistes, car ceux qui enseignent dans les écoles de journalisme n'ont plus 20 ans depuis longtemps et peuvent parler d'un temps que nous ne connaissons pas.
 
Bref, D. Kicelev ne va pas défendre l'idéologie libérale mondialiste, même si son discours n'est pas soviétique, mais analytique et national. La bulle libérale frise alors l'hystérie, comme l'illustre l'article de gazeta.ru mis en référence plus haut, et critique la nouvelle propagande d'Etat.
 
Autrement dit, lorsqu'il s'agissait d'une ligne libérale mondialiste, ce n'était pas de la propagande, mais quand il s'agit de défendre les intérês nationaux, c'est de la propagande. Logique. D'une certaine manière. En tout cas compréhensible. Le clan Medvedev vient de perdre son outil de propagande et ça énerve. Ca c'est logique.

lundi 9 décembre 2013

Le gouverneur de Sakhaline ou comment vivre au-dessus de ses moyens aux frais de l'Etat

Voir: http://izvestia.ru/news/562129

La lointaine région de Sakhaline se trouve au centre du dernier scandale médiatique. Le Gouverneur est soupçonné de détourner à son profit moyens et fonds publics. Le front populaire a soulevé le lièvre et un de ses membres, V. Lyssakov, vice-président du comité de la Douma pour la législation constitutionnelle a demandé à la Cour des comptes de vérifier l'utilisation des fonds publics dans la région.
 
Plus concrètement, le Gouverneur a passé commande pour une voiture, mais pas n'importe laquelle. Une Mercédes à 8 millions de roubles. Dans le même ordre d'idée, il a également passé commande pour deux hélicoptères d'un montant avoisinant le milliard de roubles ... avec salon VIP ... officiellement pour les services médicaux ... Alors que dans sa résidence il se fait construire une piste d'atterrissage pour hélicoptère. Pour la petite histoire, la région possède des avions affectés aux services médicaux, ce qui n'empêche pas le Gouverneur de les utiliser pour ses besoins propres.
 
Et la cerise sur gateau, 680 millions de roubles ont été affectés à l'amélioration de l'image de ce Gouverneur. Il est vrai qu'ils vont être nécessaires, mais pa forcément suffisants! Toutefois, la région dément l'utilisation de ces fonds pour l'amélioration de l'image - on notera qu'ils n'ont pas démentis les autres chefs d'accusation - en précisant qu'il s'agit du financement de la presse locale.
 
Précision intéressante, puisqu'ils ont fermé l'agence de presse locale en y envoyant le 28 novembre des forces de police afin de retrouver les originaux des lettres de simples citoyens d'un petit village, sur le fondement desquelles l'agence a publié un article où ces habitants demandaient à Poutine de les sauver de leur sénateur affairiste. La Procuratura a également été saisie de cette affaire.
 
Les instances de contrôle vont avoir de quoi s'occuper avec ce territoire éloigné de l'extrême orient russe. Peut être trop éloigné du centre politique du pays, tellement éloigné qu'il donne au Gouverneur un sentiment d'impunité, qui risque de lui être fatal sous peu.