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lundi 15 juillet 2013

Koudrine: le libéralisme contre la démocratie

Voir: http://komitetgi.ru/news/news/719/

Lors de la réunion du 11 juillet du Comité des intiatives citoyennes (Komitet grajdanskykh initsiativ), A. Koudrine a fait une déclaration très significative, et de sa position, et de la conception moderne de la vie politique.
 
En dressant le bilan de l'activité récente du Comité et en présentant les perspectives d'évolution, une ligne générale se dessine très clairement. La bulle libérale, en manque crucial de leader, se regroupe autour de Koudrine. Que cela concerne l'activité des ONG financées de l'étranger (et le rapport choc du procureur général démontrant l'ampleur du phénomène n'y change rien), le contrôle des élections (en récupérant l'activité de Golos) ou les questions touchant la réforme de la justice (justice administrative), la politique étatique de sécurité intérieure (réforme des forces de l'ordre), de la santé publique etc. Sur tous ces sujets, et sur bien d'autres encore, A. Koudrine prend la tête de ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui le milieu libéral, de que l'on pourrait appeler les milieux atlantistes (si le politiquement correct n'avait déjà remisé ce terme aux calanques de la conspirologie). Puisque dans tous ces domaines, c'est bien la conception outre-atlantique qui, matériellement, domine. Sans aucune conspirologie.
 
Mais puisque toutes ces tendances politiques sont dans la nature sociale, ce n'est pas le plus important. Ce qui, en revanche, est significatif et destructeur pour le système et étatique et démocratique c'est la manière dont cela se passe. Hors système étatique, puisque hors partis politiques. Donc hors contrôle de la société, autrement dit des électeurs. Donc hors démocratie.
 
En effet, tout ce discours pourrait être formulé en programme politique. Et même en très bon, techniquement, programme politique, puisqu'il touche tous les domaines sensibles de la vie du pays: l'économie et les investissements, la sécurité, la justice, l'immigration, la santé, etc.
 
Alors pourquoi n'en est-il pas ainsi? Pourquoi ne pas créer un parti politique avec ce programme et le défendre lors d'élections? Pourquoi priver les électeurs du droit de s'exprimer et de choisir le cours des réformes de leur pays?
 
Pour une très simple raison: jamais ils ne pourraient arriver au pouvoir, en Russie, suite à des élections libres. Leur marge de manoeuvre est alors très limitée. Comme le rappelait par ailleurs Goldman Sachs dans leur dernier rapport, prônant la fin des régimes démocratiques, leur durcissement, pour faire passer de force les idéaux nécessaires, les masses électorales ne sont pas favorables à des réformes ultralibérales destructurantes. Donc, soit il faut supprimer les élections comme mode d'accès au pouvoir, soit il faut supprimer la masse électorale permettant l'accès au pouvoir. La deuxième branche de l'alternative étant quand même encore trop extrême (pour l'instant la manipulation des représentations est suffisante), la première a été choisie.
 
Et c'est ainsi que l'on remarque que toutes les questions importantes pour la société se discutent et se préparent en dehors du système des partis et donc de la vie politique normale, par des "groupes d'experts" qui ne sont ni indépendants ni objectifs, mais là justement pour argumenter en un sens très précis et ne prendront jamais le risque de passer devant les électeurs.
 
Leur accès au pouvoir est loin d'être négligeable, pourtant ils ne seront jamais élus. Ils passent par des mécanismes d'influence, par des analyses de projets de loi, par des propositions de réformes, le tout soupoudré de lobbyisme.
 
L'important est que l'électeur n'ait rien à dire, car ils agissent quel que soit le courant politique en place. Que ce soit le libéralisme basique et inefficace de Medvedev ou le léger conservatisme de Poutine, aucune importance. Ils peuvent aussi bien être dans le Gouvernement de Medvedev pour entrer ensuite dans le Front populaire de Poutine. Les partis politiques ne sont alors que des marionnettes entre leurs mains.
 
C'est ça la crise démocratique. N'est-ce le cas que de la Russie?

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