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mardi 25 août 2015

L'UE veut régler les problèmes de sa politique énergétique aux frais de Gazprom


La question de la sécurité énergétique de l'UE est comme un vieux serpent de mer qui n'en finit pas tourner en rond. L'UE est énergétiquement dépendante. Elle a beau diversifier son approvisionnement, elle reste dépendante. Et en grande partie de la Russie. Elle pourrait acheter ailleurs, mais ce serait plus cher. Quant aux pays de l'Est, toute leur infrastructure est adaptée depuis la période soviétique. 

L'UE a beau s'énerver et menacer, elle ne peut rien contre l'histoire et la géologie. Mais est-ce à Gazprom de payer la facture?


La Commission européenne estime que Gazprom abuse de sa situation dominante, quasi monopole de fait, dans les pays d'Europe centrale et orientale dépendant du gaz russe de 50 à 100%, pour des raisons historiques évidentes de construction des infrastructures à l'époque soviétique. Pour sa part, Gazprom réfute les accusations. L'affaire avait commencé en 2012. A l'époque, en 2013, D. Medvedev, puisque l'état russe est l'actionnaire principal de Gazprom, avait conduit des négociations avec M. Barroso. La Commission européenne n'en a pas été satisfaite et a rompu unilatéralement le processus. Ainsi, par la suite, l'affaire a continué à être instruite sans tenir compte des arguments déposés par la Russie.

La somme en jeu est évidemment conséquente, puisqu'il s'agit d'une amende équivalent à 10% du marché total de ces pays, ce qui peut aller de 1 à 3,8 milliards $ selon les estimations.

Or, la question de la sécurité énergétique de l'UE est récurrente depuis 2007 et a pris une ampleur particulière avec la crise ukrainienne de 2009 qui avait pris en otage les pays de l'Union européenne dans son chantage aux prix avec la Russie.

Un rapport, qui avait été fourni par l'ENA en 2009 sur cette question après les deux crises gazières ukrainiennes de 2006 et 2009, souligne:
"alors que la globalisation du marché pétrolier ne permet plus aux producteurs de priver de ressources un pays consommateur, la concentration de la production gazière engendre une vulnérabilité économique et politique pour l'UE (face à la Russie notamment) tandis que la concentration des voies d'acheminement du gaz confère un pouvoir de nuisance à certains pays de transit (Ukraine et Turquie notamment)"
Dès 2009, les deux principaux problèmes de l'UE sont posés: la diversification des sources qui est qualifiée par le rapport lui-même comme de toute manière inefficace à moyen terme pour résoudre le problème de la dépendance et la sécurité de l'approvisionnement. 

Dans cette optique, l'UE devrait soutenir l'effort de Gazprom de diversifer les trajets d'approvisionnement et surtout de contourner le problème ukrainien. Or, ce que nous avons vu de la part de l'UE est une réaction diamétralement opposée, qui bloque les négociations, fait pression sur les pays membres de l'UE pour qu'ils interrompent les discussions et ne participent pas aux projets de gazoducs.

Pourquoi? Parce que la question est politique. Ce n'est pas tant la dépendance qui dérange l'UE que la dépendance à la Russie. Et cela se voit dans le changement de terminologie employée à l'égard de la Russie.

Il faut savoir que en 2013 :
"39% du volume des importations de gaz a été acheté à la Russie, 33% à la Norvège et 22% à l'Afrique du norg (Algérie et Lybie). (...) Ainsi en 2012, plus de 90% du pétrole, 66% du gaz et 42% des combustibles solides consommés dans l'UE ont été importés, soit une facture de plus d'un milliard d'euro par jour."
En effet, les montants laissent songeurs et l'on comprend beaucoup mieux pourquoi la Commission européenne s'acharne contre Gazprom, surtout qu'après la guerre de libération démocratique menée par les grandes démocraties occidentales en Lybie, une source d'approvisionnement se trouve en difficulté.

Du coup, dans le discours analytique sur cette question, la Russie est promptement devenue "une menace", selon le rapport fourni par Sciences Po en septembre 2014. Dans cette optique, "Moscou constitue donc la principale "menace" pesant sur la sécurité des approvisionnements énergétiques".

Peut-être est-ce une réalité. Pourquoi, pas. Même si les problèmes résultèrent essentiellement du chantage aux tarifs effectués par l'Ukraine. Soulignons que les partenaires commerciaux de la Russie la qualifie de partenaire sûr. 

Mais maintenant, qui empêche l'UE d'acheter plus cher du gaz à d'autres fournisseurs? Pourquoi ne pas acheter pour une fortune du gaz de schiste aux Etats Unis et payer les infrastructures nécessaires pour cela? Qui empêche l'UE en temps de crise d'aller au bout de sa logique politique et de sacrifier les intérêts économiques des Etats à sa vision idéologique du monde? 

Le prix? En effet, c'est raisonnable. Mais dans ce cas, est-ce à Gazprom d'en payer la facture? Pourquoi ne pas financer le changement des infrastructures dans les pays de l'Est et en Ukraine? Pourquoi ne pas demander aux autres partenaires potentiels de baisser leurs prix pour être concurrentiels?

Du coup, le "procès" intenté par la Commission européenne contre Gazprom semble bien politique ...

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