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vendredi 13 janvier 2012

L'Eglise orthodoxe soutient la création d'un parti politique orthodoxe russe

Христианство с политическим уклоном
РПЦ выступает за создание православной политической партии


Voir également:



Le prêtre Vsevolod Tchapline, responsable des relations de l'Eglise orthodoxe avec la société, a proposé la création en Russie un parti orthodoxe, sur le blog "Pravoslavnaya politika" (politique orthodoxe).

Selon ses propres termes, cette proposition vient de l'introduction du projet de loi présidentiel sur la simplification de la procédure d'enregistrement des partis politiques et de l'ouverture de la vie politique. Créer un parti sur un fondement religieux est interdit par la loi, mais personne n'interdit de créer un parti "orthodoxe" ou "chrétien" sans que le mot n'apparaisse dans l'appellation du parti.

L'Eglise orthodoxe perçoit positivement la création de partis orthodoxes ou chrétiens, ou même de fractions à l'intérieur des partis politiques, mais n'envisage pas de leur apporter un soutien exclusif ou même de les bénir. "L'Eglise est pour tous, pas uniquement pour certains partisans politiques", rappelle le père Tchapline.

Le prêtre appelle les lecteurs à exprimer leur opinion quant à l'opportunité pour la Russie actuelle de créer un parti ayant une idéologie orthodoxe. Selon lui, l'expérience des années 90 a été particulièrement mauvaise, même si des personnes honnêtes l'ont initiée. Les problèmes les plus importants étaient le parcellèlement de la société, l'apparition de petits chefs, le rejet de l'autre allant même jusqu'à le considérer comme un ennemi. Et aujourd'hui, que se passe-t-il? Il est évident que des mouvements comme le Congrès des ethnies russes (конгресс русских общин), l'Union populaire (народный союз) ou la Russie prospère (благодатная россия) essaient de faire entendre les idées orthodoxes/chrétiennes. Et le prêtre prévoit encore l'apparition d'autres initiatives de ce genre. Mais cela ne conduira-t-il pas à nouveau au morcellement de la société et finalement le soutien ne représentera que de 0,1% à 1% des électeurs?

Il indique encore que les valeurs principales de ce type de parti doivent être l'inacceptabilité de la corruption et la lutte contre l'immoralité dans les médias.

L'Eglise apparaît de plus en plus comme la valeur refuge pour une société qui semble fatiguée par le cynisme ambiant. Mais de là à créer un parti politique, il y a un pas dangereux qu'il serait peut être préférable de ne pas franchir.

Tout d'abord, les références avancées par le père Tchapline renvoient à des mouvements nationalistes, voire ultranationalistes. Les donner en expemple dans un pays multiethnique peut sembler dangereux, surtout à l'époque où les tensions interethniques et la focalisation de l'attention sur le Caucase sont déjà cause de débats particulièrment émotionnels.

Ensuite, l'Eglise orthodoxe s'implique de plus en plus dans la vie politique du pays, ce qui risque de la mettre dans une position délicate. Pour l'instant encore arbitre, elle a du poids, mais en tant qu'acteur du jeu politique elle peut se décrédibiliser.

Enfin, la création d'un parti politique orthodoxe/chrétien, s'il vient à exister, doit absolument être distinct de l'Eglise en tant qu'institution. Plus concrètement, défendre et soutenir une idéologie chrétienne n'implique pas forcément de conduire les prêtres devant les électeurs. Ce qui affaiblirait profondément la position de l'Eglise orthodoxe.

Marginalement, comment réagira et le pouvoir et l'Eglise orthodoxe si des représentants d'autres religions fortes en Russie, comme les musulmans par exemple, décident de suivre la même voie?

jeudi 12 janvier 2012

Poutine s'appuie sur le Front populaire pour remporter les présidentielles

Второе открытие «фронта»
Мобилизацией электората Владимира Путина займется «Народный фронт»
http://www.gazeta.ru/politics/elections2011/2012/01/10_a_3958545.shtml

V. Poutine aurait donné mission au Front populaire de s'impliquer dans les régions pour activer son électorat. Il s'agit d'entrer en contact avec les activistes, les entreprises, les structures budgétaires. Discuter plus activement avec les populations. Régler rapidement les questions qui peuvent l'être. Et surtout prendre de la distance avec Edinaya Rossiya, dont l'image est largement ternie par le recours massif aux ressources administratives.

Toutefois, cette commande n'est pas confirmée. Ni par le Front populaire, ni par Edinaya Rossiya qui rappelle que V. Poutine se présente aux élections sous sa banière, ce qui les conduit naturellement à apporter tout le soutien nécessaire à leur candidat.

Selon G. Pavlovsky, politologue, se positionner sur le Front populaire pour regrouper l'électorat est une technique inefficace. Ce qui est important pour V. Poutine maintenant est de convaincre qu'il va gagner proprement les élections. Et de convaincre tant à l'intérieur, qu'à l'extérieur du pays. Or miser sur une victoire au premier tour est un pari risquer. Sa côte de popularité ne dépasse pas aujourd'hui 45% - pour les prognostics les plus optimistes. Comment réagir alors si la victoire ne sera qu'au deuxième tour? Cela deviendra une défaite. Utiliser les méthodes "frontistes" pour remobiliser l'électorat qui est sorti dans les rues est illusoire.

La position de V. Poutine est délicate. Pas parce qu'il risque de perdre. En toute logique, il devrait gagner au deuxième tour. De toute manière il n'a pas d'opposants réels. La place a été nettoyée depuis longtemps. Mais la logique politique russe ne peut assimiler une victoire au deuxième tour à une victoire. Soit le premier tour ... soit ... justement on ne sait pas. Et s'ils ne savent pas comment agir, c'est parce qu'ils ne sont pas habitués au jeu politique. A ses aléas. Tout doit être prévu d'avance, ce que ne permettent pas de réelles élections. Il reste deux mois pour faire un choix.

mercredi 11 janvier 2012

Contrôle des candidats: la Cour suprême se cache derrière la loi

Цитата из Медведева не помогла доказать в ВС необходимость обнародования расходов Путина


La Cour suprême vient de répondre à la question de savoir si la Commission centrale électorale devait demander aux candidats aux élections présidentielles non seulement une attestation de leurs ressources, mais également une attestation de leurs dépenses. Comme l'avait demandé à plusieurs reprises le Président Medvedev, notamment dans son message au Parlement. Comme l'exige la Convention des Nations Unies de lutte contre la corruption.

Pour cela, le requérant avait demandé à la Cour suprême de s'adresser à la Cour constitutionnelle afin de vérifer la constitutionnalité de la loi sur les élections présidentielles et sa compatiblité à la Convention internationale précitée. De plus, il lui était demandé d'annuler l'acte pris par la Commission centrale électorale énonçant les documents nécessaires à l'enregistrement d'une candidature aux élections présidentielles.

Selon le requérant, la législation russe ne permet pas aux électeurs d'avoir une pleine information, dans la mesure où ils ne peuvent avoir connaissance des dépenses des candidats. Ceci ne leur permettrait pas d'avoir la possibilité de faire un choix éclairé.

Selon la Commission centrale électorale, l'acte contesté n'est qu'un acte intérieur administratif, non normatif, qui ne peut donc être attaqué devant la Cour de cette manière. De plus, toujours selon la Commission électorale, l'acte ne peut contrevenir à la Convention contre la corruption .... puisqu'il est pris conformément à la législation russe (sic!).

Mais l'argument de poids qui a joué en faveur de la Commission électorale est le fait que demander à la Cour l'annulation de l'acte en question pour n'avoir pas mentionné l'attestation de dépenses, qui n'est pas prévue par la loi, revient à demander à la Cour de modifier la législation, ce qui n'entre pas dans ses compétences.

Position que la Cour suprême s'est empressée de suivre.

Cette décision de la Cour suprême russe est intéressante à plusieurs points de vue. Tout d'abord, elle ne précise pas la nature - normative ou non - de l'acte pris par la Commission, même s'il y a peu de chance de pouvoir le considérer comme normatif, bien qu' il concerne un nombre a priori indéterminée de personnes et va entraîner pour eux des conséquences juridiques spécifiques. Elle n'exerce pas de contrôle de conventionnalité et ne demande pas non plus à la Cour constitutionnelle de le faire, refusant a pariori cette voie. Enfin, la Cour se trouve à toute interprétation de la législation.

Cette décision, au-delà des enjeux politiques, montre la réticence à faire application, en matière de lutte contre la corruption, des instruments internationaux existants. Cela montre aussi le manque de volonté réel de lutter contre ce problème systémique de l'Etat russe. Car si le message présidentiel au Parlement n'est pas un acte obligatoire, la Convention des Nations Unies l'est. Pourtant ils produisent le même effet juridique en droit interne ...

mardi 10 janvier 2012

La mise en oeuvre des réformes politiques: mirage ou réalité?

Внутреннюю политику отпускают на перемену
Кадровые решения уже приняты, содержательные только готовятся


Les principaux axes de la réforme politique annoncée par D. Medvedev dans son message annuel au Parlement le 22 décembre 2011 doivent être fixés avant les élections présidentielles du 4 mars 2012. En ce sens, trois projets de lois fondamentaux doivent être analysés par la Douma en février:



  • la réforme de l'élection des gouverneurs, élections directes avec "filtre présidentiel" des candidatures;


  • la modification du régime de la formation de la Douma, avec l'instauration dans 225 circonscriptions électorales d'une élection directe des députés à la proportionnelle ;


  • la création d'une chaîne de télévision "de la société", sur le réseau public de télévision, mais dont il n'est pas encore très claire en quoi elle doit consister.

La question de la simplification du régime d'enregistrement des partis politiques n'a pas été oubliée, mais le pouvoir a peur de voir l'émergence de partis virtuels, "d'un jour", créés pour les circonstances, qui destabiliseraient le jeu politique normal. Par ailleurs, les dirigeants avancent la question de l'extrême droite et le risque de voir émerger des partis radicaux de droite, extrêmement dangereux pour l'harmonie sociale. Toujours en raison de l'harmonie sociale et de la nécessité de protéger la Russie contre et l'extrémisme et le séparatisme, le Président garde et le contrôle en matière de candidature et le droit de mettre fin aux fonctions de gouverneur. Selon la version officielle, les manifestations de décembre ne sont pour rien dans ces réformes, simplement les gouverneurs eux-mêmes les ont appelé de leurs voeux, la population étant prête pour cela.


La mise en place de la réforme fondamentale du système politique russe laisse perplexe. La raison de cette urgence est évidente: il faut calmer la population. Toutefois regardons de plus près ces quatres axes pour comprendre en quoi cette réforme n'a rien de fondamental. Elle n'est qu'une réponse urgente aux circonstances. Donner le minimum pour ne pas tout perdre.


Les gouverneurs doivent être élus. Mais le Président garde de toute manière le contrôle et le vote ne sert qu'à entériner une décision qui n'appartient pas à la population. De plus, en se préservant le droit de démettre les gouverneurs de leur fonction, le Président les maintient dans un système de logique hiérarchique qui n'est pas compatible avec le fédéralisme. En effet, le fédéralisme, dont les gouverneurs devraient être le symbole, demande une pluralité des centres politiques de décision. Or, ic,i il n'y a qu'un découpage administratif du territoire, sans répartition du pouvoir politique.


La soudaine urgence de modifier le régime de formation de la Douma fait, quant à lui, sourir. Tant qu'il fallait renforcer Edinaya Rossiya, puis lui donner les moyens juridiques de son pouvoir, la logique du "tout parti" était en vigueur pour la formation de la Douma. Ce qui permettait évidemment de renforcer encore le poids du parti dominant. Maintenant que le parti est en chute, qu'il perd chaque jour un peu plus de sa légitimité, il ne peut plus servir d'unique plateforme d'exercice du pouvoir pour le Kremlin. L'émergence du Front populaire, qui permet de brouiller les cartes, pourra prendre enfin sa place dans le système par l'intermédiaire de ces élections directes de personnalités à la porportionnelle. Cette "rénovation" du système représentatif est donc également instauré dans le but de soutenir le pouvoir en place.


La création d'une télévision "de la société", où l'opposition aura libre accès et pourra s'exprimer est, quant à elle, un excellent moyen de marginaliser encore plus cette opposition. Si cette chaîne est censée transmettre les préoccupations de la société, ne serait-il pas plus efficace d'arrêter de museler les chaînes publiques - et privées - qui doivent elles aussi retransmettre les préoccupations sociales ? Ici, l'on hésite entre la mauvaise foi et le cynisme.


Quant au problème clé de toute cette turbulence, la question de l'enregistrement des partis politiques, le pouvoir a réellement un problème. Il essaie, certes, de diminuer l'importance de la question en la noyant dans des considérations plus générales, mais cela reste néanmoins la clef de voûte de la charpente politique. Sans partis, pas de pluralisme. Avec le pluralisme, plus de domination. Pourtant il faut agir, mais ils ne veulent absolument pas perdre le contrôle ni du pays, ni de la situation, trop d'intérêts sont en jeu ... qui n'ont rien à voir avec l'avenir de la Russie.


lundi 9 janvier 2012

Le Patriarche Kyrill donne des conseils au pouvoir ...

Voir: http://www.specletter.com/news/2012-01-07/42486.html et http://pravo.ru/news/view/66857/

A l'occasion de la fête du Noël orthodoxe, le Patriarche Kyrill a donné une interview pour la première chaîne de télévision russe, Pervyi Kanal.

Même si la Russie est un pays officiellement laïc, le poids de l'Eglise orthodoxe est loin d'être négligeable, vu l'importance croissante qu'elle a dans la population. Et si l'ancien Patriarche se tenait loin des débats politiques, maintenant à bout de bras la neutralité de l'Eglise face aux affaires temporelles, telle n'est pas la position du Patriarche actuel.

Il ne s'agit pas d'une appréciation sur le fond des paroles, qui sont raisonnables. En effet, le chef de l'Eglise orthodoxe appelle le pouvoir à écouter la voie du peuple surtout quand, comme cela est le cas, le peuple s'est exprimé de manière très correcte, dans le calme. Dans ce cas, le pouvoir doit écouter les revendications des protestataires et corriger le cours de sa politique en fonction de cela. Dans le cas contraire, il s'agirait d'un très mauvais signal, soulignant l'incapacité de ce pouvoir à se construire.

La position de l'Eglise orthodoxe est aujourd'hui ambigüe. La dernière fois qu'elle fut appelée à intervenir directement sur les questions sociales brûlantes, c'était en décembre de l'année précédente, lors de la montée des tensions ethniques. Et là, elle intervenenait sur demande du pouvoir et en collaboration avec les représentants des autres confessions pour appeler au calme. D'une manière général, le Patriarche défend une position pro-Kremlin, ce qui met à mal la neutralité de l'Eglise. Voyons comment il se positionnera à l'avenir sur cette question plus politique que sociale, puisqu'il est entré dans le jeu. Mais est-ce réellement sa place?