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vendredi 7 avril 2017

Attaque de la base aérienne syrienne Al-Chaayrate: une erreur stratégique de l'armée américaine



Dans la nuit de jeudi à vendredi, D. Trump a donné l'ordre de bombarder la base militaire aérienne de Al-Chaayrate en Syrie, non loin de Homs. En réponse à la prétendue attaque chimique menée par l'armée syrienne régulière mardi dans la province de Idlib, alors qu'une enquête indépendante n'a pas encore été menée. La destruction de la base aérienne permet de redonner l'avantage à Daesh dans la région et met sérieusement en danger les relations russo-américaines. Sur tous les plans, cette attaque d'un pays souverain est, au minimum, une erreur stratégique.


Chacun se demandait comment réagirait le nouveau Président américain face à une crise internationale, la réponse est navrante, mais dans la tradition de ses prédecesseurs: tout en muscle et sans esprit, avec une vue à court terme des relations internationales. Ainsi, D. Trump a déclaré avant le bombardement:
«Ce soir, j’ai ordonné une frappe militaire ciblée sur une base aérienne en Syrie, d’où a été menée l’attaque chimique» de mardi, a déclaré le président américain de sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, au cours d’une brève allocution télévisée. «Il est incontestable que la Syrie a utilisé des armes chimiques interdites, a violé ses obligations en vertu de la convention sur les armes chimiques et ignoré les appels du Conseil de sécurité de l’ONU», a-t-il ajouté. «Il est dans l’intérêt vital pour la sécurité nationale des Etats-Unis de prévenir et dissuader la propagation et l’usage d’armes chimiques mortelles», a-t-il déclaré, soulignant que «des années de tentatives de faire changer (le président syrien Bachar el-Assad) ont échoué dramatiquement».

Dans la nuit de jeudi à vendredi, l'armée américaine a attaqué la base aérienne de Al-Chaayrate, située non loin de Homs:

La base de al-Chaayrate, dans la province centrale de Homs, a frappée vers 00h40 GMT par 59 missiles Tomahawk tirés par les navires américains USS Porter et USS Ross, qui se trouvaient en Méditerranée orientale.
Selon le Pentagone, les services de renseignement américains ont établi que les avions qui ont mené l'attaque chimique contre la localité de Khan Cheikhoun étaient partis de cette base.
La base était connue comme un lieu de stockage d'armes chimiques avant 2013 et le démantèlement de l'arsenal chimique syrien, a indiqué le capitaine de vaisseau Jeff Davis, un porte-parole du Pentagone.


Sur ce point, rappelons que la Syrie a détruit l'ensemble de son arsenal chimique, ce qui a été constaté par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques en janvier 2016. D. Trump poursuit donc la politique de ses prédécesseurs soutenant les forces terroristes, en fermant les yeux sur les atrocités qu'ils peuvent commettre. Assad est à nouveau l'ennemi numéro Un et non Daesh.

La réaction du Pentagone à ce sujet est assez inquiétante, vue la joie infantile qui s'est emparée de son porte-parole J. Kirby déclarant qu'il y avait des avions russes et des militaires russes sur cette base:
"Je pense qu'il va être très important de voir comment ils (les russes) vont réagir, autant dans les paroles que dans les actes. Il sera également intéressant de savoir combien il y a eu de discussions avec les russes sur le canal de la prévention des incidents aériens. Il est évident que sur cette base il y avait des militaires russes et, autant que je le sache, l'aviation russe y était basée. Il sera intéressant de voir si l'aviation russe a été touchée"
Cette déclaration laisse à penser que la frappe a été orientée tout autant contre la Syrie que contre la Russie, punie pour son soutien à Assad, et plus largement pour son indépendance en matière de politique internationale. Ce qui s'appelle justement la souveraineté et qui ne semble plus être acceptable en dehors du monde anglo-saxon aujourd'hui.

La Russie n'a pas confirmé la présence de son armée sur cette base. Ce qui est certain, ce sont les pertes subies par l'armée régulière syrienne, les civls dans les villages environnants et les avions touchés et donc sa capacité de réaction, puisque cette base était utilisée pour lutter contre Daesh.

Les deux premières conséquences de cette attaque laissent songeur.

Tout d'abord, l'on remarquera que, certainement suite à un étrange concours de circonstances, Daesh en a profité pour attaquer la route Homs-Palmyre exactement au moment où l'aviation américaine bombardait en toute impunité les premières forces agissant contre les groupes terroristes, c'est-à-dire, l'armée régulières syrienne, libérant les mains des terroristes. 

Pour autant, cette tragédie n'est pas une première, l'on se souviendra des bombardements de Deir Ezzor par l'armée américaine qui ont fait une centaine de morts et autant de blessés parmi les militaires syriens en septembre 2016, libérant les mains des terroristes qui en ont profité pour lancer une offensive qu'ils ne pouvaient mener à bien avant cela. La différence est que, alors, les Etats Unis avaient tout d'abord démenti puis avaient reconnu qu'il s'agissait d'une erreur. Ici, la frappe et ainsi l'aide apportée aux terroristes est revendiquée ... au nom de la lutte contre le terrorisme.

La deuxième conséquences, et non la moindre, est la vague de froid polaire qui s'abat sur les relations russo-américaine, une semaine avant la visite du Secrétaire d'Etat américain à Moscou. Les analystes français ont tort d'imaginer que, de cette manière, les Etats Unis vont forcer la Russie à se rapprocher d'eux et à abandonner Assad. Trump serait un allié, selon eux, beaucoup plus important qu'Assad pour le Président russe. Trump ne sera jamais un allié de la Russie, mais il peut (aurait pu) être un partenaire. 

La réaction de la Russie dément cette analyse superficielle et classique en Europe. V. Poutine a déclaré que cette attaque constituait une atteinte à la souveraineté de la Syrie et une violation du droit international. Sans compter que les bombardements portaient un coup très fort aux relations russo-américaines, déjà en mauvais état. Le Conseil de sécurité de l'ONU est convoqué pour une réunion d'urgence. Immédiatement, le ministère des affaires étrangères suspend son accord avec les Etats Unis quant à la prévention des incidents aériens et la sécurité des vols lors des opérations en Syrie. Mais la diplomatie russe va plus loin et déclare que les Etats Unis se sont donnés les moyens, par l'attaque chimique d'Idlib, de justifier une attaque contre l'armée syrienne, bloquant ainsi son avancée.

La Russie ne peut pas rejoindre les Etats Unis dans ce combat, car ce serait interprété comme un renoncement et un aveu de faiblesse qui dépasserait le cadre du conflit syrien. Ce que laisse sous-entendre la réaction du porte-parole du Pentagone, lorsqu'il dit ouvertement que les Etats Unis attendent de voir comment la Russie va réagir, et pas seulement en parole.

Sans oublier que cette impunité de fait donnée aux terroristes peut les inciter à utiliser les armes chimiques contre la population, puisque de toute manière le régime sera immédiatement déclaré responsable par la communauté internationale qui, en plus, fera elle-même le travail en détruisant l'armée régulière syrienne.

C'est pourquoi ce bombardement par l'armée américaine de la base syrienne est une double erreur stratégique, si l'on part du principe que les Etats Unis combattent le terrorisme, comme cela est déclaré. Tout d'abord, parce qu'en fragilisant l'armée syrienne, les Etats Unis déplacent le rapport de force sur le terrain en faveur des terroristes. Ensuite, parce qu'en "punissant" ouvertement la Russie, ils bloquent toute possibilité d'alliance dans la lutte contre le terrorisme. Or, sans la Russie, la coalition américaine en pourra résoudre le problème.

S'il ne s'agit pas, en revanche, d'une lutte contre le terrorisme, la communauté internationale doit en tirer les conclusions qui s'imposent. Ce qu'elle ne fera pas, car cette "communauté internationale" est de facto inexistante aujourd'hui, depuis la fin des Etats souverains.

C'est une provocation très forte de la part des Etats Unis et du clan de la guerre. Il est à espèrer que le Président russe trouvera une réponse asymétrique permettant de déplacer le conflit sur un autre plan.

13 commentaires:

  1. Très bon article, comme d'habitude. On assiste de fait au début de l'opération:
    "Il faut sauver le soldat Daesh".

    Ca ne sera sans doute pas toujours aussi facile....

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  2. Pour tous ceux qui croient à la justification par l'attaque chimique largement diffusée par nos médias de guerre, il faut se remémorer qu'après la libération le CNR avait interdit à la presse d'être détenue par des banques ou des intérêts militaires pour essayer d'éviter la catastrophe d'une autre guerre mondiale.
    Cette mesure a été libéralisée par François Mitterrand dans les années 80 pour en arriver à la concentration médiatique actuelle.
    L'intérêt de ces médias pour la guerre n'a d'égal que la rapacité de leurs détenteurs militaires ou financiers.
    Je suis aussi toujours étonnée d'entendre l'excitation de jeunes présentateurs et présentatrices lors d'événements comme le bombardement par 59 tomawacks. Leur donne-t-on des champignons hallucinogènes ou bien sont-ils recrutés en fonction de failles neurologiques profondes au niveau du cerveau ?

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  3. Bonjour Madame.
    De fait, cette attaque est bien une faute stratégique des USA. Le seul homme politique français ayant eu une réaction de chef d'état est François Asselineau, qui a dit sur Twitter que "les USA n'avaient pas le droit de faire ce qu'ils ont fait". Tous les autres se sont empêtrés dans leurs contradictions européistes. Seul un candidat qui promet de faire sortir la France de l'Otan peut affirmer librement ce que devrait être la position de la France.
    Par contre, j'ai l'impression que l'analyse géostratégique de l'affaire est on ne peut plus trouble, et je ne serai pas étonné qu'en réalité les missiles tirés qui seront les plus efficaces ne le soit pas à usage interne des USA...
    Merci pour vos analyses pertinentes.

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  4. Apparemment Trump dégaine plus vite que son ombre. Il frappe avant même le commencement du début de l'ouverture d'une enquête pour déterminer qui est coupable. Mais est-ce bien lui qui est aux manettes? j'en doute. Les américains ont fait la démonstration que s'ils avaient de beaux joujoux ils avaient une bien piètre armée pour s'en servir. Sur 59 missiles tirés 23 seulement ont fait mouche, la piste d'atterrissage et les avions stationnés sur les parkings sont indemnes. En définitive ils n'ont pas démontré grand chose d'autant que Daesh, profitant de l'attaque des américains, a essayé de reprendre les champs pétroliers près de Palmyre, en vain. Quand on pense que la présidence de Trump n'a débuté qu'il y a 2 mois, ça promet.

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  5. Certains dirigeants US s'imaginent que les russes vont lâcher les syriens. Quelle ineptie !
    Bravo à l'ambassadeur de Bolivie à l'ONU pour avoir brandi une photo de Colin Powell agitant sa petite fiole de sucre glace.

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  6. Il ne faut pas négliger un fait, qui est admis de façon à peu près générale, les Américains ont prévenus les Russes et peut-être même les Syriens de sorte que les missiles, au demeurant de faible qualité, n'ont touché que des vieux MIG 23 remisés et quelques bâtiments, outre, malheureusement quelques personnes, notamment des civils. Le plus grave reste le manque de réactivité des Russes: à la fois sur le moment (mais n'ont-ils pas laissé faire pour que Trump redore son blason et reprenne la main chez lui et mate les néocons?) et surtout maintenant. Il est curieux que la Russie, qui a les moyens d'imposer une No Fly Zone sur toute la Syrie, ne l'ait pas fait avant. Poutine risque maintenant d'être considéré comme un faible d'un caractère craintif. Je ne le crois pas pour ma part, mais malgré tout je pense qu'il faut une réaction forte. Attendons (c'est toujours ce qu'il faut faire avec Poutine) et espérons.

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  7. merci pour cette superbe analyse

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  8. Donc si je comprends bien:
    Dans l'euphorie des declarations US: "Assad peut rester" Les militaires Syriens lance une attaque au gaz (...)
    En réponse les forces Américaines envoient 59 missiles sur l’aéroport où est stocké ce gaz...

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  9. En France, au lendemain de l'intervention US, la Noblesse bien-pensante et le Clergé médiatique laissaient paraître leur jubilation. Le Tiers-état, qui avait appris avec sympathie le choix des électeurs américains, était abasourdi.

    D. Trump aurait-il été victime de la sarkhosite fulgurante qui, chez un individu faisant initialement preuve de bon sens, l'oriente, une fois au pouvoir, vers la bêtise, le sophisme, la soumission et la faute ?

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  10. partage : analyse de Bassam Tahhan, spécialiste du Moyen-Orient et de la Syrie, interviewé par Frédéric Saillot le 7 avril 2017
    https://www.youtube.com/watch?v=1NAwFpB4evc

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  11. 59 missiles: une poignée de victimes, autant de vieux Mig hors service, peu de dégats matériel, les russes qui n'en profitent pas pour demontrer l'efficacitė des s400... ça ressemble bien à un montage.
    Pour quel objectif ?
    Certainement pas pour faire peur a Assad, ni aux chinois comme je l'ai lu dans les mėdias. Il semble que tout le monde était au courant.

    Les medias réagissent comme attendu en se félicitant de cette action inespérėe de Trump.
    Hollande veux en ajouter, les anglais ne veulent plus parler aux méchants russes qui soutiennent l'affreux Assad.
    On voit clairement les positions des uns et des autres.

    Il se passe quelque chose, un coup important va être joué qui nous permettra j'espere de comprendre la logique derriere tout ça.

    En attendant, on ne peut que relever l'illégalité totale de cette attaque qui, si elle n'est pas sanctionnée, crée un précédent qui autorise de fait un pays à bombarder les structures militaires d'un autre en toute impunité.

    Oui, Asselineau a encore raison dans sa réaction, c'est bien le viol de la loi internationale le seul évènement notable.
    Poutine relève exactement la même chose.

    si les etats unis ne sont pas sanctionnés pour cette action, les autres pays pourront dėtruire les infrastructures militaires us en toute légalité.
    Est-ce ça l'objectif de Trump?

    si ils le sont, Trump devra prouver sa bonne foi par exemple en montrant qu'il a été abusé par ses services de renseignement qui ont eux mêmes organisé le gazzage auquel il a réagit par cette attaque. Et commencera alors le grand nettoyage.

    on va voir la suite...

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  12. Les 34 missiles tomahwak ont bien été intercepté,
    par la défense anti aérienne S 300 S 400

    http://www.presstv.ir/DetailFr/2017/04/09/517371/Frappe-US--les-S400-ont-fonctionn

    Frappes US : 34 des 59 missiles Tomahawk interceptés

    Depuis le tir de 59 missiles Tomahawk vendredi contre un aérodrome de Homs, une question ne cesse de revenir dans toutes les analyses : 23 des 59 missiles de croisière US ont atteint leur cible. Et le reste des engins ? Qu’est-il advenu de 34 autres Tomahawk tirés depuis deux navires de guerre US déployés en Méditerranée ? La réponse, c’est cette vidéo diffusée ce samedi par Al-Alam qui pourrait l’apporter : la DCA syrienne a intercepté et détruit les 34 missiles Tomahawk avant qu’ils n’atteignent la base aérienne de Shayrat.

    L’information souligne le décret de la présidence syrienne pour l’interception et la destruction en vol des missiles américains à la minute où l’attaque a commencé. D’autres analystes relèvent le rôle des radars russes qui seraient immédiatement entrés en fonction, après le tir du premier missile. S’agit-il de S-300 syriens ou de S-400 russes déployés en Syrie ? Pourquoi avoir caché cette « riposte cinglante » et n’en parler que deux jours après l’attaque ?

    La vidéo publiée par les sources militaires syriennes prouve une chose : si la Syrie et son allié russe ont évité de la publier dans les heures suivant les frappes US, c’était pour éviter une escalade. Mais au regard de la campagne intense de menace contre la Syrie et la Russie, il n’existerait peut-être plus aucune raison pour dévoiler « les faiblesses des missiles US » et « la puissance de la DCA syrienne ».

    Les États-Unis ont annoncé ce dimanche par la voix du porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, n’avoir pas averti au préalable la Russie de l’attaque qu’ils allaient lancer contre le territoire syrien. Interrogé par Fox News, le porte-parole a affirmé que « nous n’avons eu aucun contact avec les dirigeants politiques russes », ce qui revient à dire que les États-Unis ont effectivement voulu « prendre de court » les Russes. Mais la surprise semble ne pas « avoir trop bien fonctionné » !

    Les analystes affirment encore que la Russie, dont les navires de guerre viennent de regagner la Méditerranée, a fait preuve de retenue pour éviter « une guerre balistique » qui aurait pu déboucher sur un « conflit nucléaire ».

    Source de la vidéo : Al-Alam

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  13. autre analyse intéressante y compris les commentaires :
    http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/496003/guerre-en-syrie-et-lutte-pour-le-pouvoir-aux-etats-unis

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