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vendredi 26 janvier 2018

Billet de fin de semaine: comment peut-on être poète aujourd'hui?



Hier Vysotsky, chansonnier, poète et acteur soviétique, aurait eu 80 ans. Et à chaque fois je me demande ce qu'il aurait pu chanter aujourd'hui. Comment être poète entre un cours de yoga, une tasse de thé vert, trois lignes d'écriture inclusive et le suicide de la féminité?


L'on n'imagine pas plus Baudelaire que Vysotsky défiler en noir pour l'enterrement de la liberté d'être femme, pleurer devant ces pauvres migrants à IPhone et parlant anglais devant les caméras du 20h, poster des photos de leur chat sur Instagramm. 

L'on n'imagine pas un texte sur le réchauffement climatique, les vertus du thé vert et du régime vegan, l'importance de la "diversité" et le culte de la vulgarité.

Comment écrire des vers après un cours de yoga? 

Il faut des trippes, du sang, des larmes pour écrire. Il faut une vie et pas un compte Facebook. Et lorsque l'on voit ces chanteurs vendus à tous les courants, pourvu que ça rapporte, sous projecteurs reprendre comme une grande fête les chansons de Vysotsky en son honneur - et pour leur plus grande comm - l'on voit à quel point il est difficile de porter les mots des autres, trop lourds par manque de carrure. A quel point les émotions deviennent fausses et vulgaires, lorsque le cri n'est pas porté par les tripes, mais poussé, vain, dans le vide.

Ce n'est pas l'époque des héros. Les héros sont bannis, ils n'entrent pas dans le cadre, les barrières, les filtres. Ils ont besoin d'espace. A la gloire du héros faisant la guerre, défendant son pays, sa terre et sa patrie, l'on remplace la glorification du déserteur venant chercher un "monde meilleur". Ce migrant, devenu symbole de la défaite.  Faites du business, pas la guerre. A chaque époque ses slogans. A chaque époque ses héros, l'époque du business roi n'a pas besoin de force mais de soumission, elle n'a pas besoin de penseurs mais d'exécutants, de jeunes cadres dynamiques ou de "managers efficaces", comme il est convenu de dire en Russie. C'est aussi plus facile à gouverner. Et des masses de jeunes sous-formés et présentés comme des génies dès qu'ils savent lire, manipulés depuis les réseaux sociaux, au gré des besoins du moment. 

Compenser les restrictions de libertés réelles dans le monde vivant en raison de la démultiplication des normes de vie (ne pas fumer, ne pas boire, ne pas discuter le bien-fondé de la nouvelle "tolérance", ne pas se marier sauf si l'on est homo, ne  jamais mettre en doute la remise en cause des valeurs traditionnelles, ne jamais s'arrêter et toujours être dans le mouvement ...) par une fausse liberté dans le monde virtuel. Et la virtualisation des héros. Donc leur négation.

Un héros vange, puni, mais avec panache, une force sublimant la violence. Comment être un héros à l'heure du pardon universel, larmoyant, poussif? A l'heure du culte de la faiblesse, du culte de la victime. Victime de tout et de tous. Des hommes, parce qu'ils sont des hommes. Des femmes, parce qu'elles ont peur d'être des femmes. Des mots, dont il faut castrer le sens pour réduire la portée. Des idées, qu'il faut vider, alléger, rendre flottante pour être supportable. Et surtout de soi. Victime de soi, de son nombril qui prend trop de place, toute la place.

Comment être poète sans héros, sans égéries? Comment être poète sans le sang de la viande, la chaleur du vin, la fumée de la cigarette? Comment être poète sous Lexomile?

Comment peut-on oser être poète aujourd'hui? Nous en avons tellement besoin!


5 commentaires:

  1. Il y a plus de poètes qu'on ne pense, être poète ne signifie pas qu'on forcément écrit, ou qu'on chante comme Brassens, on l'est d'abord dans l'âme. Aujourd'hui c'est l'apparence qui submerge la poésie de la vie, mais elle est là, et attend son heure: après le siècle des lumières, le siècle de la Lumière, la gestation est en cours, c'est juste long et très laborieux.

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  2. A défaut de poésie, il y a au moins la beauté de votre prose : )

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    1. Tout a fait d'accord...
      Merci a vous madame Karine...

      Azlaska

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  3. Bonjour,

    Je n'ai pas l'heur de connaître les poètes russes, mais Vysotsky en est un que vous me faites découvrir, et de fait, il en vaut la peine ! J'ai d'abord été surpris par sa photo, son regard m'a directement fait penser à celui de Victor Jara, le regard d'un écorché vif qui vous regarde en face pour savoir ce que vous avez derrière la tête... Et le premier texte de lui en français que je trouve semble presque y faire référence ;
    "Pourquoi, j'voudrais savoir pourquoi, pourquoi, elle vient trop tôt la fin du bal. C'est les oiseaux, jamais les balles qu'on arrête en plein vol".
    Je le découvre petit à petit grâce à vous, merci.

    Mais je suis perplexe quant à votre déserteur : pardonnant, poussif, larmoyant ? Ce serait oublier un peu vite qu'en fait et contrairement à la version commerciale, il terminait sa chanson par "et si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes que j'emporte des armes et que je sais tirer". À vous lire, Jean Ferrat aurait écrit une tout autre version de "Pauvre Boris".

    Pas de poète aujourd'hui ? Il faut en effet nettoyer bien des ronciers pour trouver une aubépine en fleur, mais c'est un fait de tous temps, pas d'au jour d'hui. Il y a aujourd'hui des textes qui ne feraient pas frémir d'endormissement, je pense par exemple à ceux du groupe 'la canaille", même si je suis un peu vieux pour me faire passer pour un amateur de rap.

    Un petit coup de blues ? Arrêtez la télé. ;-)

    Non2.

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