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vendredi 29 août 2025

Halte au néomanagement en Russie : comment sauver la corporation des fusées de l'espace "Energuia"


La corporation russe des fusées et de l'espace "Energuia" est au bord de la faillite. Cette nouvelle, aussi fracassante que discrète dans les médias russes, résulte de la publication de son dernier (et désormais semblerait-il démissionnaire) directeur général dans la revue corporative. Comment a-t-on pu en arriver là ? C'est bien la question, qui se pose, alors qu'à la quatrième de guerre, cette filière est plus que stratégique pour la Russie. Manifestement, le néomanagement fait autant de dégâts, que les schémas de corruption. Si la Russie a commencé à s'attaquer sérieusement aux seconds, elle ne peut se permettre le luxe de négliger le premier.


La corporation russe des fusées et de l'espace "Energuia" fêtait ses 79 ans. A cette occasion, le nouveau directeur général de la corporation, I. Maltsev, a publié une annonce, mettant en garde contre la disparition prochaine de la corporation, qui croûle sous les dettes en raison d'une gestion passée catastrophique et d'un personnel démotivé:

« Des dettes de plusieurs millions de dollars, des intérêts sur les prêts plombent le budget, de nombreux processus sont inefficaces, une partie importante de l'équipe a perdu sa motivation et son sens des responsabilités. »

Cette alerte a été soutenu par l'ancien constructeur général de la corporation, N. Sevastianov, qui par deux fois déjà a été appelé en tant que directeur à relever l'entreprise, mais dont les méthodes (classiques et efficaces) semblent avoir dérangé : 

"« Energuia » a déjà traversé des crises économiques. En 2005, elle était en deuxième phase de faillite. C'est à ce moment-là que j'ai été invité à la diriger. Pour sortir Energuia de la crise, il était nécessaire de formuler une stratégie de développement et d’améliorer la gestion économique de l’entreprise. (...) En conséquence de quoi, en 2007, le chiffre d’affaires d’Energuia avait doublé grâce aux commandes commerciales, l’entreprise était devenue rentable et la valeur de ses actions avait triplé."

A cette époque, l'entreprise n'était pas publique, mais l'Etat en détenait 38%. 

"L'initiative Energuia n'a pas plu à la direction de l'Agence spatiale fédérale, qui a organisé mon licenciement en 2007, invoquant une divergence d'opinion sur le développement de l'exploration spatiale habitée."

En 2018, l'entreprise est confrontée à une crise encore plus importante que celle de 2005. En 2019, Sevastianov est reconduit dans ses fonctions de direction, mais cette fois-ci il n'a plus la marge de manoeuvre, dont il disposait alors, puisque Energuia est devenue une composante de l'Agence spatiale fédérale (Roscosmos) et chaque pas doit être validé par la hiérarchie. Ce qui ne passe pas.

"En conséquence de quoi, en 2020, la direction de Roscosmos a décidé de me licencier sans formuler aucun reproche concernant mon travail, invoquant la décision de confier la direction d'Energuia à une personne du secteur aéronautique qui « a fait preuve d'une grande efficacité dans les activités de gestion »." 

Aujourd'hui, il n'est pas certain que la corporation s'en relève, comme l'a déclaré le directeur actuel, Maltsev. Suite à sa publication, des annonces contradictoires sont apparues dans les médias. Il semblerait avoir "été démissionné" et Energuia se préparerait à être abandonnée au privé. Par ailleurs, ces annonces ont mollement été démenties par Roscosmos, la main sur le coeur et le regard fuyant :  

"L'entreprise publique a souligné, que Maltsev n'avait pas l'intention de quitter son poste et continuait de travailler « sur les difficultés accumulées héritées de la direction précédente ».

« Les informations parues précédemment dans les médias selon lesquelles la société de fusées et de l'espace Energuia (filiale de Roscosmos) serait en passe d'être vendue à un personne privée sont dénuées de tout fondement »"

Roscosmos aurait-il pris peur ? Cela n'est pas à exclure. En période de guerre, détruire avec une telle constance, un fleuron de la technologie n'est pas de la criminalité économique, c'est du sabotage.

Mais d'une manière générale, il serait bon, alors que la Russie renforce la lutte contre la corruption dans les secteurs stratégiques du pays, de lancer parallèlement une réflexion de fond sur les dérives manageriales, auxquelles est confronté le pays.

Le néomanagement est un des piliers du néolibéralisme, idéologie qui porte la globalisation et qui a littéralement envahi les sphères de pouvoir en Russie, depuis les années 2000, avec un renforcement significatif dès 2016 et l'arrivée de Kirienko à l'Administration présidentielle. 

Il porte la vision d'une humanité réduite à l'exécution et vidée de toute énergie, initiative, enthousiasme, sous prétexte d'un renforcement mécanique de l'efficacité des structures. En réalité, l'écrasement de l'humain conduit systématiquement à la dévalorisation de ces structures. Comme tout fanatisme.

Un intéressant article publié en 2011 dans le journal Le Monde l'exprimait parfaitement en ce qui concerne la France, dans les domaines de la santé et de l'enseignement. Mais ces constats sont applicables à tous les domaines. Quelques extraits particulièrement explicites.

Les "petits chefs" sont des êtres gris, dociles, qui n'exigent rien d'autre que l'obéissance, eux-mêmes étant incapable d'autre chose:

Et l'on soupçonne, derrière ce formalisme, derrière leur apparente froideur, quelque chose de sombre et malsain. On connaît en psychanalyse et en psychopathologie ce phénomène d'obéissance stricte à la loi qui passe par l'effacement du sujet, définition même de la jouissance. Ces personnages, Lacan les appelait des "jouis-la-loi".

Ils ne se réfèrent qu'aux représentations réglementaires et légales du vivant ; mais la complexité du vivant, qui est la matière même de ces lieux de soins et d'éducation, n'est pas toute représentable. Par ailleurs, la loi dont ils parlent n'est pas la loi comme champ concflictuel. Ce qu'ils nomment respect de la loi n'est autre qu'une obéissance qu'ils exigent comme une simple compétence, au même titre que savoir lire ou écrire.

Et c'est bien la vision d'une société, inhumaine, qui est en cause, celle que nous construisons depuis :

Petits hommes méprisables et benêts qui participent à un processus qui les dépasse. Ce néomanagement pour lequel l'homme devient une ressource impersonnelle et interchangeable prépare les fondements d'une société que l'on voit se dessiner chaque jour de plus en plus clairement, où les critères économiques font la loi, et où la loi écrase la vie.

Nous en revenons toujours à l'impératif d'une révolution cognitive pour relancer nos sociétés, en Russie comme en France. Tant que l'on utilisera les modes de pensée, imposés par la Globalisation et présentés comme étant sans alternative, il ne sera pas possible de changer la société, car il n'est pas possible de la concevoir autrement. 

Et cela entraîne des conséquences désastreuses, comme nous le voyons avec cet exemple de la filière des fusées et de l'espace en Russie. Une filière Ô combien stratégique aujourd'hui. 

2 commentaires:

  1. La lutte contre contre la corruption ce cancer .

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  2. Ce désastre résulte de l'accaparement des postes de commandes de la société russe par une classe de bourgeois. On y retrouve les mêmes qui firent chuter le régime patriotique de la Russie d'après Staline pour, eux uniquement, posséder plus de richesses et d'avantages personnels. Exit le peuple et l'intérêt fe tous. Cela explique aussi la corruption, maladie endémique qui apparaît comme une caractéristique nauséabonde de ce monde globaliste parallèle. Il va falloir l'écraser comme Marie écrase la tête du serpent. Assurément vous participez à ce combat en Russie. Continuez !

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