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vendredi 5 avril 2019

L'histoire de la famille Lissov ou quand la Suède donne la garde de petites filles russes à une famille immigrée



Je n'ai pas pour habitude de traiter de faits divers, mais cette histoire nous oblige à réfléchir sur les dérives dangereuses de notre époque, ce totalitarisme latent, qui n'en est pas moins dangereux pour autant. Voici l'histoire de la famille Lissov. En Suède, les services sociaux ont enlevé les trois filles de nationalité russe, au père de nationalité russe, pendant que la mère - de nationalité russe - était hospitalisée, pour les placer dans une famille d'accueil immigrée musulmane, le père n'ayant pas, du leur point de vue ce des services, les moyens de leur garantir suffisamment de confort matériel. Denis Lissov, le père, a fuit en Pologne avec ses enfants, où leur destin se joue devant la justice.

vendredi 1 mars 2013

Encore un scandale autour des services de l'enfance ... cette fois en Allemagne

Voir: http://izvestia.ru/news/545894
La justice juvénile et les services de l'enfance sont au centre de toutes les attentions en Russie. Et la situation des enfants russes à l'étranger, leur médiatisation, font l'objet de toutes les spéculations, presque de tous les fanatismes.

En tout cas le discours se radicalise. Une manifestation est prévue demain à Moscou contre l'adoption internationale. L'Ombusdman pour les enfants fait l'objet d'une pétition sur internet qui a déjà recueuilli quelques milliers de signatures, demandant à Poutine de le révoquer. En réponse, il accuse ses détracteurs de pédophiles. Et parallèlement la médiatisation des mauvais traitements sur les enfants russes à l'étranger augmente. Ou s'agit-il des mauvais traitements eux-mêmes? Voici un exemple qui frise l'absurde.
 
Un couple de scientifiques vit et travaille à l'étranger depuis de nombreuses années. Tantôt en Allemagne, tantôt en Suisse. Lui est souvent professeur invité à Hambourg, à Stuttgart. Il a reçu de nombreux prix en mathématiques et en physique, notamment par l'OTAN.
 
Ils sont à ce moment là en Suisse. Ils décident de rentrer en Russie. Sur invitation, entre temps, ils passent par l'Allemagne. Mais ils arrivent dans la nuit à la gare de Stuttgart, où ils décident d'attendre le lendemain matin pour repartir. Une des employées de la gare les remarque, appelle les services de l'enfance et à partir de là, l'enfer commence. Jusqu'au jour où, en été, la mère partie s'occuper de formalités administratives, notamment pour la scolarisation de leur enfant comme l'exigeait les services de l'enfance un mois plus tôt, des coups secs résonnent à la porte. Pas le temps de dire d'attendre qu'ils s'habillent que la porte est défoncée, 10 policiers accompagnent les représentants du service de l'enfance, prennent l'enfant, arrêtent le père.
 
Le père passera, sans qu'aucune accusation ne soit formulée contre lui, une nuit en prison. L'enfant est amené dans un centre spécial. La personne chargée de s'en occuper est par ailleurs accusée d'abus sexuels sur un autre enfant de ce centre et les procureurs mènent l'enquête. Mais en ce qui la concerne, la présomption d'innocence joue.
 
Toutefois, le juge, pour justifier la décision des services de l'enfance, déclare que "ces parents-scientifiques ont une représentation du monde étrange qui peut nuire à l'enfant". Alors que tous leurs collègues étrangers insistent sur la qualité et l'importance de leur apport scientifique.
 
Le centre a déplacé l'enfant, sans prévenir les "anciens parents", comme ils le déclarent, et refusent de les informer de l'endroit où se trouve le petit. Lorsque la famille s'est adressée à leur ambassade, ils n'ont pu recevoir qu'un seul conseil: adressez-vous à la police. Pourtant, c'est la police qui était intervenue aussi.
 
Une association en Allemagne a pris le relai, expliquant qu'ils sont loin d'être les seuls russes dans ce cas. Mais que leurs chances de récupérer rapidement leur enfant sont très minces.

Soulignons juste un petit détail: l'enfant a la nationalité russe, un passeport russe, comme sa mère. Le père, un passeport diplomatique.
 
 

lundi 11 février 2013

Droit des parents, droit des enfants et conflit de valeurs

Voir: http://izvestia.ru/news/544653
http://www.vesti.ru/doc.html?id=1028440
http://tvrain.ru/articles/putin_i_kurginjan_zaschitjat_detej_ot_juvenalnoj_justitsii_i_planov_pravitelstva-336483/

En Russie vient de se créer un mouvement des parents contre la réforme de l'enseignement, l'évolution de la justice juvénile et l'adoption internationale. Il y a plusieurs manières de présenter cette information.
 
Il est, tout d'abord, possible de dire que Kourguinian, avec l'appuie de V. Poutine, qui est intervenu en soutien au mouvement, continue son combat et veut développer une opposition "patriotique", contre l'opposition non systémique ultra-libérale. C'est vrai en un sens, mais c'est conceptuellement faux. C'est vrai dans la mesure où il s'agit d'une vision conservatrice de la famille, du droit des parents sur les enfants, de la vision de l'enfant comme part entière de la famille et de son droit à une bonne éducation. Mais c'est faux dans la mesure où vouloir présenter ce mouvement comme patriotique est trop réducteur, l'enjeu n'est pas que nationale, il s'inscrit dans un choc des valeurs.
 
Il est alors utile de voir les choses, et de les présenter, plus largement, dans leur contexte. Il semble que la Russie et les Etats Unis, l'Europe évidemment fidèlement à leur suite, ne soient jamais dans le même mouvement au même moment. Quand d'un côté l'on défendait la famille comme un élément fondamental de la société, les bolchéviques communautarisait les enfants. Quand la Russie revient à des valeurs plus "traditionnelles"et veut reconstruire son tissus social, de l'autre côté l'on a déclaré ces valeurs dépassées et la modernité obligerait à atomiser les individus, donc les enfants aussi. Qu'il s'agisse de l'adoption internationale ou qu'il s'agisse de la justice des mineurs devenue justice juvénile.
 
L'enfant est un être à part, un être à part entière, en soi, existant en dehors de ses liens familiaux. Il devient dès lors un atome de la société. Et de la société internationale aussi sous l'effet de la mondialisation. Son ancrage familiale ne serait plus qu'un fait biologique dû au hasard qui l'aurait fait naître ici où là, les parents n'ayant plus alors de droit particulier. Ainsi, si l'enfant est par hasard né dans un pays, se retrouve dans un orphelinat, il a perdu ses parents, mais n'a plus droit non plus à la culture de son pays, ses parents l'ayant rejeté, le pays perd tout droit de parole. Il devient l'objet de la communauté internationale, qui par le jeu du marché, de l'offre et de la demande, pourra le replacer sous des cieux plus cléments.
 
De même, la justice des mineurs a beaucoup évoluée. Si au départ il s'agissait logiquement de prévoir des mécanismes pénaux adaptés aux délinquants mineurs afin de leur permettre de se réincérer par la suite, il s'agit maintenant d'une attaque contre les droits des parents d'éduquer leur enfant. L'enfant peut être retiré à sa famille, placé dans des centres publics et privés qui vivent aussi de ces mécanismes, et ensuite rendu ou non à sa famille. L'Etat et la société entrent dans la vie privée, forcent la porte d'entrée et s'invitent à table. Mais où est la limite? Où sont les garanties? Où est la prise en compte du bien de l'enfant, de son point de vue à lui? Quelles sont les implications sur son développement psychologique? Sur la construction de son identité? Ces dérives sont rendues possibles grâce au flou législatif qui laisse volontairement une marge d'appréciation trop large aux organes chargés de la mise en oeuvre de la politique des mineurs. L'enfant est devenu un atome de la société, il est pris en charge par elle, quand elle ne décide pas de le laisser à la charge de ses parents.
 
Ainsi, la Russie et les Etats Unis avec l'Europe sont sur deux branches opposées d'un balancier. Ils se croisent et s'éloigent. Chacun alternant les conceptions de l'homme et de la société, de l'homme dans la société. Et à chaque fois, quand le mouvement du balancier prend trop d'ampleur, le discours se radicalise, de part et d'autre. L'on avance une vérité absolue dont l'Homme est absent. L'argumentation est remplacée par des mots d'ordre. Comme pour les bolchéviques, les occidentaux aujourd'hui fonctionnent et réagissent à l'appel de slogans qui servent de valeurs, même si leur contenu évolue à tel point qu'ils sont totalement dénaturés.
 
C'est pourquoi les attaques sont aussi virulentes de part et d'autres autour de ces réformes, car elles mettent en lumière ce conflit de valeurs.