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mardi 2 octobre 2012

Rencontre Medvedev / Zuckerberg ou le balancier politique russe

Voir : http://echo.msk.ru/blog/echomsk/935992-echo/
http://www.bbc.co.uk/russian/russia/2012/10/121001_medvedev_facebook_meeting.shtml

Hier, Medvedev a rencontré - officiellement - le fondateur et dirigeant de Facebook, Mark Zuckerberg. Facebook n'est pas aussi développé en Russie que d'autres réseaux sociaux russes comme Odnoklasniki ou vkontacte, qui ont trois fois plus d'audience. Zuckerberg a donc réalisé une excellente opération de comm et un investissement sur l'avenir.
 
Selon certains analystes, il serait venu en Russie débaucher de bon programmeurs russes, opération qui ressemblerait à celle opérée par Microsoft en 1998 et la rencontre avec Medvedev légitimerait l'évacuation de cerveaux vers les Etats Unis. Quel est l'intérêt de la Russie en cela, certainement l'ancien président et actuel premier ministre doit avoir son idée, mais elle doit être assez difficile à formuler.
 
En tout cas l'énorme coup de pub réalisé, avec l'appui du pouvoir, est surprenant. Hier soir, en plus de la rencontre médiatisée avec le premier ministre, M. Zuckerberg était invité d'honneur sur le plateau du "21h" de Pervyi Kanal, ensuite en grande discussion à 23h30 avec Urgand dans son grand show du soir, faisant suite à des invités très politiquement marqué ces derniers temps (Prokhorov, Tchubaïs).
 
Dans l'ensemble, on assite à une sorte de crise politique existencielle. Dans le contexte du départ de l'USAID, de radio Liberté, des projets de lois sur le régime des ONG financées de l'étranger, de la trahison d'Etat, des rapports démontrant le rôle des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter dans - sinon la provocation - au moins l'organisation des mouvements radicaux de contestation du pouvoir dans les dernières révolutions, que vient faire la rencontre de Medvedev et Zuckerberg? Pourquoi un tel soutien médiatique? C'est illogique dans une lecture linéaire de la politique russe.
 
Cela ne pourrait prendre un sens que dans le cas d'une lecture conflictuelle de la politique russe. Autrement dit, dans le cas de la reconnaissance de deux clans qui se radicalisent et commencent à se combattre. Le problème est que ces clans ne correspondent pas à des partis politiques différents qui pourraient se concurrencer lors des tournois électoraux. La carte politique ne correspond plus à la carte partisane. Et là réside le plus grand danger pour la stabilité de l'Etat en Russie. Car le combat politique est inévitable, mais il est caché et ne se révèle que lors de l'effondrement du mirage qui l'entoure.

lundi 11 juin 2012

Varfolomeev: quand la haine du régime se transforme en haine du pays

Quand la Russie gagne son premier match de foot contre la République tchèque 4-1, tout le pays est en liesse. C'est un exploit, les supporters investissent les rues de Moscou et du pays et manifestent leur joie dans la bonne humeur générale.

Le sport a souvent été considéré comme un élément fédérateur de la nation. C'est l'équipe nationale qui gagne. Elle joue et gagne au nom du pays et non pas au nom du régime. La politique politicienne n'a pas sa place, les gens se regroupent autour de leur équipe, indépendamment de leurs tendances politiques.

Tous ... presque. Les journalistes des Echos de Moscou, reconnus pour leur libéralisme combatif, font encore parler d'eux. Vladimir Varfolomeev, premier vice-rédacteur en chef des Echos de Moscou, revient sous les feux des projecteurs. Dans son live journal, il écrit : "Ce n'est pas l'équipe de Russie. C'est l'équipe de Poutine, que l'on devrait avoir honte de supporter. Sur les pelouses du stades, ces joueurs ne méritent que des sifflements."

Ce post aurait été écrit le 8 février (voir http://varfolomeev.livejournal.com/648047.html?page=3), il n'aurait donc rien à voir avec l'Euro 2012, mais avec la campagne électorale présidentielle, dans laquelle de nombreux joueurs de foot ont apporté leur soutien à V. Poutine. Pourtant, il apparaît dans la blogosphère justement après la victoire de l'équipe nationale russe (voir http://station.ru/community/blogs/aa2012/archive/2012/06/09/431323.aspx). Quant à Varfolomeev, à la fin de son post, il remercie simplement ses lecteurs de l'avoir fait remonter dans le top des posts après la victoire russe.

Choquant? oui. Et ce, quel que soit le moment où il a été acrit, car de toute manière après la victoire de l'équipe nationale, il ne reste que du dénigrement. On pourrait croire que ce n'est qu'une réaction solitaire d'un libéral égaré. Que nenni. La deuxième place des grands mères à l'Eurovision: réaction des libéraux de grani.ru - ce ne sont pas nos grands mères, alors quelle histoire, elle ne sont pas assez russes? Ou trop? Victoire de l'équipe de hockey? et alors quelle importance.

La haine des libéraux envers le pouvoir en place, personnalisé à leurs yeux par V. Poutine se transforme en haine du pays, par le reniement de son existence nationale, de tout mouvement populaire positif qui pourrait donner corps à la nation. La Russie ne doit être que celle, protestataire, qui manifeste dans la rue. L'autre Russie, celle des plus de 50% d'électeurs qui ont voté Poutine aux présidentielles (selon Golos - association d'opposition de contrôle des élections, plus de la moitié des russes ont voté Poutine), celle des supporters de l'équipe de foot, des supporters des grands mères - plutôt rigolotes - ne peuvent être représentatifs ... ne doivent pas exister ?

La haine du pouvoir par les libéraux s'est transformée en haine nationale et populaire. Sentiment bien éloigné de l'idéal libéral.