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vendredi 19 septembre 2014

Le "Davos pour l'Ukraine" ou Oligarques de tous les pays unissez-vous!

Основатель Давосского экономического форума Клаус Шваб

Ce dimanche 14 septembre, 16 personnes représentant le grand business, venus des Etats Unis, d'Allemagne, de Russie et d'Ukraine ont répondu à l'invitation du fondateur du sommet de Davos, à une réunion "privée" pour une sortie de crise de l'Ukraine.
 
Jusque là, tout va bien. En effet, le business ayant le plus à perdre, les hommes d'affaires sont les premiers intéressés à voir la fin de la crise en Ukraine et pour être totalement honnête, la fin des sanctions. Car, en lisant le plan pour l'Ukraine, qui est sortie de la tête de ces personnes, il est évident qu'ils se moquent totalement des intérêts des gens qui risquent leur vie. Ils s'en moquent presque autant que des intérêts de la Russie - ce qui vaut également pour les représentants russes. Ce qu'ils veulent, c'est revenir à la situation antérieure, la Pax Americana, à n'importe quel prix. En fait pourquoi pas au prix de la Crimée s'il le faut, car rien n'est plus important que le business. Et la question s'est posée.
 
Simplement parce que les oligarques ont plus de points communs entre eux qu'avec leur propre peuple. Oligarques de tous les pays unissez-vous!

Davos comptait, dimanche dernier, des personnalités intéressantes: en plus du fondateur du Forum, on notera Philipp Rösler, ancien ministre de l'économie allemand, qui est le directeur en charge du Forum;  pour l'Allemagne, les dirigeants de Siemens et de BASF; pour la Russie, les dirigeants de Rosnano (Chubais), de Sberbank (Gref), de VTB (Kostine) et de Severstaly (Mordachov); pour les Etats Unis, étaient présents PepsiCo, Alcoa et Ernst and Young. Côté européen, on notera la présence du président de la Banque européenne d'investissement. En ce qui concerne l'Ukraine, on ne peut passer à côté de la présence du gouverneur E. Taruta, présenté comme gouverneur de la région de Donetsk. C'est justement avec cet individu que des soupçons de négociations secrètes avaient été révélées, négociations qui auraient conduites à écarter I. Strelkov et affaiblir politiquement Novorossia. Il y avait également le milliardaire V. Pintchuk, les dirigeants de Horizon Capital, de EastOne Group et de KM Core.
 
Toutes ces personnes ont adopté une résolution, un plan du business pour sortir de la crise. Vous trouverez ici ce document en anglais.  Pour l'essentiel, ils se prononcent pour la réalisation des accords de Minsk. Pour cela, ils demandent la sécurisation totale du Donbass, la normalisation du discours et de prendre les mesures nécessaires pour éviter l'escalade future des sanctions. Arrêtons nous ici un instant, car le meilleur est encore à venir. En traduction: il faut abandonner le Donbass, c'est une région ukrainienne, peu importe la volonté de la population - cette population-là n'entre pas dans les intérêts stratégiques de la Russie. Et d'une manière générale, le business international ne va pas se battre pour les droits des gens, ça coûterait trop cher. Soit, c'est possible, simplement il aurait fallu agir autrement dès le départ pour, au minimum, éviter l'escalade du conflit et des victimes. Mais en lisant la suite on comprend à quel point ce "détail" humain est négligeable pour le grand business international. Car sous couvert de respect du droit international, ils appellent à la protection de la souveraineté ukrainienne, ce qui pourrait aller jusqu'au retour de la Crimée en Ukraine - sans que cela ne soit évidemment précisé. Et pour finir en beauté, évidemment la neutralité de l'Ukraine est souhaitable, certes, il faut y travailler, mais si elle veut entrer dans un bloc, c'est son droit.
 
Le document a été signé également par Chubaïs, la tête de file du clan libéral russe. Mais il a refusé de faire des commentaires à ce sujet.
 
En résumé, ce plan de paix est un renoncement total de la Russie, sur tous les plans. Il faut laisser les populations du Donbass se faire massacrer, il faut garantir la sécurité de l'Ukraine (plus concrètement de qui?), il est même envisageable de rendre la Crimée. A ce prix donc, une réelle désescalade des sanctions est envisageable. Maintenant le prix est posé. La Russie doit rentrer dans le rang et baisser la tête. Car les grands dirigeants, qui ne sont pas les Chefs d'Etat, ont enfin précisé le tarif et les règles du jeu. Et l'on ne touche pas à la prééminence du Business.
 
Etrangement, ou peut être pas, cette rencontre et la décision qui en a suivie n'ont pas été trop médiatisées, ni en Russie, ni alleurs. Pourtant, l'équilibre des forces intérieures russes semble à nouveau pencher en faveur des "libéraux". Et l'hésitation à répondre aux sanctions, autrement qu'en paroles, est un signe.
 
La déclaration de V. Poutine lors de la dernière réunion du Conseil d'Etat le souligne. En substance, le but de la Russie est de renforcer son système économique et toutes les mesures qu'elle prendra iront en ce sens. Ce qui est plus significatif était l'insistance avec laquelle le Président russe affirme que, si pour l'Occident il y a des choses plus importantes que l'équilibre économique, c'est leur affaire.
 
Cette phrase est soit malencontreuse, soit dangereuse. Car comment la Russie peut-elle justifier les sanctions qu'elle a adoptées, autrement dit comment peut-elle demander au nom de principes politiques à la population et aux petites entreprises de faire un effort, si le plus important est "l'équilibre économique"? Il fallait, dans ce cas, refuser d'intégrer la Crimée, il fallait laisser les gens mourir dans le Donbass, il n'est alors pas nécessaire d'envoyer un convoi humanitaire à Lugansk, envoyez-le à Kiev. Bref, il faut faire un choix, s'il n'est pas déjà fait, mais il va être délicat à formuler.
 
Car normaliser le discours veut-il dire aller jusqu'à nier l'existence des crimes de guerre alors que Amnesty International commence à se réveiller? Garantir la souveraineté ukrainienne veut-il dire rendre la Crimée ou juste abandonner les gens qui se battaient pour défendre leur droit à la culture russe? Comment, sans se discréditer, les "libéraux" imaginent-ils expliquer à la population, notamment russe, que finalement le pouvoir ukrainien est légitime, qu'il n'est pas si mal que ça, qu'il n'est plus du tout extrême, qu'il devient même très fréquentable et que donc, on tourne la page et on peut passer à autre chose. Quand on aura à nouveau besoin de vous on vous appellera, en attendez laissez-nous maintenant régler nos petites affaires.
 
Ca ne se passe pas comme ça. Et si les libéraux russes veulent régler la sortie de crise d'une manière aussi vulgaire, comme la réunion de Davos, après les accords de Minsk, le font craindre, ils courent à la catastrophe. Et la Russie va vers une nouvelle crise intérieure.
 
Il est vrai que le business "occidental" a intérêt à voir le marché russe se réouvrir. Quelques exemples. La compagnie américaine Alcoa (usines métallurgiques) a un chiffre d'affaire de 23 milliards de dollars en Russie. La Russie est le 2e marché de PepsiCo. Leur intérêt est évident. Mais l'intérêt de la Russie est-il de renoncer, juste comme ça? Pourquoi ne peut-elle pas défendre sa position? Elle le peut, mais ce n'est pas dans l'intérêt du gros business russe, dont le poids est considérable également dans les processus de prise de décision.
 
En d'autres termes, la collision des intérêts étatiques-nationaux et commerciaux-mondialisés vient d'être officialisée à Davos.

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