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mercredi 5 octobre 2016

Nomination de Kirienko à l'Administration présidentielle et l'avènement du Cheval de Troie

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Sergueï Kirienko, le fameux Premier-ministre express de Eltsine qui a tenu un peu plus d'un mois, le temps de la mise en défaut de paiement de la Russie en août 1998, est nommé au poste de premier vice-président de l'Administration présidentielle. La presse d'opposition exulte, il est censé préparer la campagne présidentielle à venir et incarner l'intégration de toutes les forces politiques. Sans oublier ses liens très particuliers avec les Clinton ...


Par oukase, ce 5 octobre, le Président V. Poutine vient de nommer, à la place de Volodine qui prend le perchoir de la Douma, S. Kirienko. Il sera en charge à l'Administration présidentielle de la politique intérieure. De nombreux bruits avaient circulé à ce sujet dans la presse, mais il semblait tellement décalé de revenir à cet individu des années 90 au regard des exigences de la situation géolopolitique actuelle, qu'il était difficile de les prendre au sérieux (voir notre article à ce sujet).

Selon le journal d'affaires Vedomosti, Kirienko a une étiquette "libéral" en raison de ses liens avec le parti SPS et ses positions politiques, mais son activité à la tête de l'entreprise publique Rosatom en fait un individu "loyal" au Président. Il est intéressant que Vedomosti oppose les libéraux et la présidence, comme deux entités incompatibles.

Pourtant, aujourd'hui, lors du discours présidentiel à la Douma à l'occasion de la séance officielle d'ouverture de la 7e législature, le Président russe a fortement insisté sur la nécessité de la concorde sociale, du dialogue et de la coopération entre toutes les forces politiques.

Certes le dialogue est important, mais les électeurs ont clairement exprimé leur position, qui ne soutient pas les partis libéraux et leur rhétorique. La "concorde sociale" passe avant tout par le respect de la voix populaire, même si elle ne correspond pas à une certaine vision pointilliste du paysage politique. Quant à la "coopération", évidemment indispensable, elle part du principe que chacun reste à sa place: les partis majoritaires ayant le pouvoir de décision qui leur a été conféré par vote, l'opposition proposant des alternatives et les partis non représentés ... doivent travailler avec l'électorat pour accéder à la représentation aux prochaines élections. Donner à chacun un poids variable pour instaurer une sorte "d'équilibre" serait une violation des résultats électoraux.

Rappelons que Kirienko est l'ami politique de tous les opposants qui ont fait moins de 1% aux dernières élections. 

Et pour cause, la nomination de Kirienko remplit de joie l'opposition. Il suffit de lire l'article publié dans Gazeta.ru. La nomination d'une personnalité si fortement étiquetée "libérale" montre la volonté d'associer, malgré les résultats électoraux, ce clan à l'exercice du pouvoir. Et en période pré-électorale, en ce qui concerne les présidentielles, c'est leur remettre entre les mains le soin d'organiser cette campagne. Kirienko est un libéral, mais aussi sa conduite est assez "autonome" et orienté vers le Président. Un peu comme les frères Kovalchuk ... proches du Président, grenouillant à merveille dans les milieux d'affaires et ayant des prétentions scientifiques. Ces résidus parasitaires du régime.

Mais Kirienko, c'est aussi: 1- le clan Surkov et 2 - les liens avec le clan Clinton.

V. Volodine, qui a quitté ce poste pour la Douma, avait des relations tendues avec ces Kovalchuk. Pour le clan Surkov, ça ne pose pas de problèmes et Kirienko s'entend à merveille avec eux. Ainsi, si Surkov n'a pu revenir à ce poste après sa gestion très particulière des relations avec l'opposition de rue (entre soutien financier et tentatives de manipulation échouées avec les résultats que l'on sait lors du dernier cycle électoral et Bolotnaya), il y a placé ses pions. Et avec Kirienko devrait arriver une équipe. Dont certains ont déjà travaillé sous Surkov. Il s'agit donc du renforcement non seulement du clan dit "libéral", mais surtout du clan Surkov.

Sur le plan international, l'on notera les liens entre Kirienko et les Etats Unis, et plus particulièrement avec les Clinton mari et femme. Ce qui, pour la presse d'opposition, est présenté comme un plus, surtout dans ces temps particuliers. En effet, le New York Times avait révélé, il y a une bonne année, la manière dont Rosatom avait garanti son accès au marché américain de l'uranium et racheté par étape une compagnie, tout en versant entre 2009 et 2013 la coquette somme de 2,35 millions $ à la Fondation Clinton, sommes qui n'ont pas été déclarées. Par ailleurs, dès que la Rosatom avait annoncé sa volonté d'acheter la société Uranium One, Bill Clinton fut convié à faire une conférence à Moscou, pour laquelle il fut rémunéré 500 000 $.

Cette nomination tombe en effet à pic. Mais pour qui? De qui Kirienko est-il le Cheval de Troie?

D'un autre côté, il est tout à fait possible de considérer que les hommes des années 90 sont des personnalités d'avenir, que la gestion du dernier cycle électoral qui a conduit des centaines de milliers de personnes dans les rues est le summum de la démocratie contemporaine, que le clan Clinton sera le meilleur partenaire de la Russie. Une certaine vision "ukrainienne" de la situation.

C'est tout à fait possible. C'est simplement un autre choix. Absolument incompatible avec la prétention de la Russie à défendre un monde multipolaire. Mais ce peut aussi être son choix.


5 commentaires:

  1. Oui, tout cela est mystérieux. Peut-être encore et toujours la main de Surkov, l'inaltérable.

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  2. Je trouve cet article passionnant.
    Peut-être que V.Poutine préfère avoir les hommes dangereux près de lui, pour les avoir à l'oeil, plutôt que loin de lui, en train de fomenter je ne sais quoi?
    C'est un homme politique remarquable, il n'y en a pas beaucoup dans le monde aujourd'hui, mais très déroutant, difficile à comprendre, notamment dans le choix de ses proches collaborateurs. Choisir comme premier vice président Kirienko, ami des Clinton, alors qu'Hillary fait une campagne calomnieuse contre lui et qu'il avait nettement montré sa préférence pour Trump, les bras m'en tombent.

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  3. Keep your friends close ?? But keep your enemies closer ??

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  4. @Ray Ogoraek - En langage populaire ; peut-être V Poutine préfère-t-il l'avoir en face que dans le dos?

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  5. A mon avis, le président Poutine ne choisit pas cet homme pour ses talents, mais pour ses contacts avec Clinton. Il se prépare à une victoire d'Hillary (il envisage toutes les options) et veut auprès de lui un homme qui a des contacts avec elle. Cette nomination vise à préparer les jours difficiles qui s'annoncent entre les USA et la Russie.

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