Voir: http://izvestia.ru/news/564649
http://www.svoboda.org/content/article/25243821.html
http://www.svoboda.org/content/article/25243821.html
Le blocus de la ville de Leningrad a duré du 8 septembre 1941 jusqu'au 27 janvier 1944. 1 200 000 morts, essentiellement de faim et de froid. Mais Leningrad, pendant la guerre, était devenu un symbole. Il fallait se battre au nom de ces gens qui résistaient envers et contre tout. Hitler voulait faire tomber Leningrad à n'importe quel prix, car la ville était symbolique, la raser de la carte, elle et ses habitants. La mémoire de cet acte héroïque, manifestement d'un autre temps, est resté gravé dans la mémoire collective. C'est en tout cas ce que l'on pouvait penser. Jusqu'à maintenant. Mais les temps changent, les mentalités aussi et les héros ne sont plus ceux qui se battent et meurent pour un idéal, mais ceux qui vivent à n'importe quel prix. Ils estiment à ce point le prix de leur vie, que celle-ci n'en a plus aucun. Illustration.
A la veille de la date anniversaire de cette libération, la chaîne de télévision Dojd lance un sondage, dans lequel on voit apparaître cette question: Aurait-il fallu donner Léningrad pour protéger des milliers de vie humaine?
La réaction est surprenante. Les réactions sont violentes, comment peut-on poser une telle question? C'est choquant. Et pas uniquement pour les vieux communistes, mais pour une partie de la population qui a vu un des membres de sa famille mourir dans le blocus, au nom de la lutte contre le nazisme, au nom de la liberté, au nom de la dignité humaine.
Sous le feu nourri des critiques, la chaîne retire la question et s'excuse. Pourtant ... pourtant... Avant que la question ne soit retirée, 54% de l'auditoire libérale de Dojd estimait qu'il aurait fallu abandonner la ville aux nazis.
Et la formulation de la question et la réponse apportée par une frange de la population fut un choc pour la société russe, qui y voit l'abandon de sa consience collective, un manque de respect face aux actes héroïques de cette génération qui a tout donné pour lutter contre le nazisme.
Le parti communiste a saisi la Procuratura pour qu'elle contrôle au regard de l'extrémisme les auteurs de la question et la chaîne de télévision, cette tentative de "détournement" de l'histoire n'étant pas la première.
Pourtant, Dojd trouve des soutiens dans certains milieux libéraux, représentés notamment par ceux de la radio Svoboda (Radio Liberty), qui estiment que si la formulation de la question est maladroite, il est non seulement possible, mais nécessaire de la poser.
Alors vous me permettrez, dans ce cas, de poser une autre question, devenant par là même tout aussi nécessaire. Si la question se pose pour 1,2 millions de personnes, comment ne pas la poser pour 25 millions de personnes. Autrement dit: l'URSS n'aurait-elle pas mieux fait de livrer les juifs aux allemands et de ne pas se battre? Elle aurait ainsi épargné la vie à 25 millions de personnes. Et pourquoi prendre des risques pour libérer les camps? Vraiment, la question doit être posée.
Comment? Comment? C'est extrémiste? Non, c'est absurde. Comme la question concernant le blocus de Leningrad. Mais c'est surtout pitoyable. Cela nous renvoie à une nouvelle conception de la valeur de la vie. La vie n'a pas de valeur en fonction de ce que l'on en fait, elle est en soi importante, sans rien en faire. Il suffit de manger, dormir, boire et se reproduire. L'important étant de prendre du plaisir. Encore du plasir. Et toujours plus de plaisir. Jusqu'à en être saturé. Jusqu'à en devenir cynique. Jusqu'à ce que la vie n'ait plus aucune valeur.
Les héros modernes ne peuplent plus les cimetières, ils sont bien au chaud devant internet. C'est en tout cas ce que d'aucuns aimeraient faire passer pour la norme, le culte du caniche.