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lundi 14 juillet 2014

Escalade du conflit à la frontière russo-ukrainienne: que faire?

Ces derniers jours, le conflit armé qui fait rage en Ukraine a une furieuse tendance à déborder sur le territoire russe. Tir de mortiers, roquettes, bombes. Et finalement un mort, un civil, qui s'occupait de son jardin quand l'explosion a eu lieu. Les négociations diplomatiques sont inefficaces, une réponse militaire n'est pas envisageable pour le moment, que reste-t-il comme solution quand vous ne voulez pas entrer en guerre, mais que vos adversaires font tout pour vous y pousser?

Le 13 juillet, vers 5h du matin, après une intensification du conflit à la frontière russo-ukrainienne, plusieurs explosions ont eu lieu, à nouveau, en territoire russe, dans l'Oblast de Rostov. On compte un mort et deux blessés. Un homme qui était dans son jardin est mort et deux femmes, dont une de 82 ans, sont blessées. L'Ukraine ne reconnaît pas son implication dans les incidents. 
Toutefois, cela fait suite à de nombreux cas similaires. Par exemple, la veille, des tirs ajustés depuis l'Ukraine ont volontairement visé un groupe de garde-frontière russe. La Russie a du répondre et le feu a cessé. L'Ukraine dément également. Sans oublier les journalistes russes de 5e Kanal attaqués dans ce coin aussi, sans compter les groupes de réfugiés pris pour cible lorsqu'ils passent la frontière, etc, etc.
Cette fois-ci le MAE russe annonce que la réponse sera forte. Jusque là, le ministère russe des affaires étrangères envoyait régulièrement des notes diplomatiques de protestation. Sans effet véritable, sauf celui, par ailleurs non négligeable, de fixer les faits. Mais dans les notes aussi le ton monte.
Mais que peut encore faire la Russie? C'est la question récurrente qui monte comme un tourbillon ces dernières 24 heures. Il existe, bien sûr plusieurs, réponses possibles, et pourtant peu réalistes. Mettre en place une zone tampon démilitarisée de 20 à 50 km. Mais pour cela il faut l'accord de l'Ukraine, sinon la mesure n'a aucun sens et consiste simplement à donner une marge de manoeuvre encore plus large à Kiev. Par ailleurs sans cet accord, aucune patrouille de surveillance ne serait possible sans être considérée comme un acte d'agression de la Russie envers l'Ukraine. Tel est également le cas de la fermeture de l'espace aérien au-dessus de la zone de conflit. Sans accord de l'Ukraine, c'est un acte d'agression, et l'accord est impossible à obtenir puisque l'armée ukrainienne survole la zone jour et nuit pour bombarder les villes et leurs habitants.
Une intervention militaire directe est bien entendue, pour l'instant écartée, car cela consisterait en un acte d'agression envers un Etat souverain, l'Ukraine. Rappelons que personne, sauf l'Ossétie du Sud, n'a reconnu les Républiques populaires de Lugansk et Donetsk, ni même la Russie. Donc, même si ces républiques demandent à la Russie d'introduire des forces d'interposition, ici sans mandat de l'ONU, l'introduction de ces forces, soit d'interposition mais tout de même armées, sera considérée comme un acte de déclaration de guerre. Et la Russie pourra être montrée comme coupable et responsable de tout ce qui se passe en Ukraine, et l'OTAN pourra agir, les Etats Unis auront les mains libres, et Poroshenko et ses stratèges seront lavés des crimes de guerre commis etc etc etc.
Pour autant faut-il ne rien faire? Certainement pas. Le temps joue contre la Russie. La population russophone part ou est tuée, elle sera remplacée par une population russophobe et "OTANphile", les chaînes russes sont interdites et la propagande de guerre se propage largement, le russe deviendra rapidement une langue étrangère oubliée. Il est dangereux de penser que le temps pourra apaiser l'hystérie collective qui s'est emparée de l'Ukraine. Les gens ont été manipulé et aucun pas en arrière ne sera plus possible. Quant à l'espoir que l'Ukraine tombera économiquement et donc politiquement, c'est un mythe. Evidemment l'Ukraine est économiquement exsangue, elle est et sera maintenue sous perfusion. L'Irak est-il un pays viable? Non, mais il ne tombe pas. Tant que l'Ukraine sera nécessaire dans le jeu, elle tiendra et sera tenue. Elle ne tombera pas d'elle-même, sauf quand les perfusions cesseront et elle n'en deviendra pas pour autant pro-russe. Car, s'il faut trouver un responsable, il est toujours plus facile de le trouver ailleurs que chez soi ou en soi.
Il est donc important pour la Russie, comme elle l'a compris, de jouer sur plusieurs fronts en même temps.
  1. En terme d'image, ne pas devenir l'agresseur. Donc aucune intervention militaire n'est prévue pour l'instant. Toutefois, la patience commence à arriver à son terme et des voix montent pour poser la possibilité d'une frappe ciblée, très ciblée, sur les attaquants ukrainiens, comme le font les Etats Unis, comme le fait Israel, lorsqu'ils sont attaqués. Le problème est que Kiev dément toute responsabilité et la Russie n'est pas Israel ni les Etats Unis, donc aura-t-elle "le droit" de le faire ou bien le prendra-t-elle? Car, dans la pratique, il est évident que tous les Etats n'ont pas les mêmes droits.
  2. Sur le plan diplomatique, la Russie continue d'agir par l'intermédiaire des organes internationaux, sans résultats mais rien de concret n'est attendu de leur part. Le Président Poutine discute avec les leaders européens, l'Italie faiblie, l'Allemagne se durcit, la France ... essaie de jouer sur les deux tableaux et vend quand même ses Mistrals tout en condamnant la Russie. Au fait, il y a des bruits selon lesquels Merkel quitterait le pouvoir, elle dément, mais pourquoi ces bruits? L'Allemagne ne serait-elle plus assez docile, à ne pas prendre des sanctions qui destabiliseraient son business, à aller négocier directement et fructueusement en Chine? C'est dangereux, car sans l'Allemagne l'UE n'est plus rien et sans l'UE les Etats Unis auront du mal à contrôler l'Europe.
  3. Sur le plan économique, la construction de South Stream est fondamentale, car elle rend le projet Ukraine beaucoup moins rentable pour les Etats Unis et elle renforce la stabilité énergétique de l'Europe. Mais au détriement du gaz de schiste américain, qui ne présente alors pour l'Europe strictement aucun intérêt.
  4. Enfin, même si Novorossia semble très loin d'une existence réelle, sont espace étant particulièrement réduit, deux remarques. Il est évident que l'armée ukrainienne est dopée par des injections étrangères. Pour qu'il y ait égalité des armes et égalité des chances, sans dopage également étranger, Novorossia n'a aucun chance d'existence. Et la politique en cours par Kiev est celle de la terre brûlée. Il faut tout détruire, les infrastructures, les immeubles, raser les villages et faire fuir la population. Pourquoi? Comme l'a dit Baïden, le vice-Président américain lors de son dernier entretien avec Poroshenko avant-hier, les Etats Unis enverront des moyens sur place pour tout reconstruire. Ce qui sert leurs intérêts politiques, puisqu'ils se mettent sur le terrain pour une longue période à la frontière russe, et économiques car ce sont de nouveaux contrats pour les entreprises américaines, que l'on fera payer par l'aide internationale. De cette manière, l'Ukraine dans sa totalité peut être anti-russe, et non seulement l'Ukraine occidentale, comme cela était le cas jusqu'à présent.
Mais le combat se renforce. Depuis plusieurs jours, l'armée ukrainienne tente de prendre d'assaut les villes de Lugansk et Donetsk, elles sont continuellement bombardées, les populations commencent à fuir, comme ce fut le cas pour Slaviansk. Pourtant, les combattants ne baissent pas les bras, ils n'ont pas de marge de recul cette fois. Il est difficile, dans ce contexte, de pousser plus loin l'analyse, car de nouveaux facteurs, et économiques, et géopolitiques, et militaires apparaissent chaque jour. En tout, cas une chose est sûre: ce ne sont pas les discussions entre la Russie et les pays européens qui permettront de rétablir la paix en Ukraine. Pour que des négociations soient efficaces, elles doivent se faire avec les forces qui décident et ici ce sont les forces américaines. Seulement, ces forces ont entièrement intérêts à l'escalade du conflit, qui de toute manière ne touche pas leur territoire, ce que l'on voit par le résultat des "consultations" données aux dirigeants ukrainiens. La fermeté de la Russie et les hésitations de certains pays de l'UE permettront-ils de bloquer la diffusion du conflit sur le continent européen?


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