Alors que le discours officiel est d'affirmer que tout est sous contrôle, des informations aussi discrètes qu'inquiétantes fuitent dans la presse russe. Comme nous l'avions écrit, le Covid et l'investissement massif dans le tout-numérique semblent jouer le rôle déstabilisateur pour le budget russe qu'avait joué la course aux armements pour la chute de l'Union soviétique. Le ministère des Finances russe veut lancer deux grandes réformes managériales de l'armée et du ministère de l'Intérieur pour faire des coupes sévères, et dans le personnel, et dans le financement. La justice est également dans l'angle d'attaque : contre la loi fédérale, et malgré la réforme constitutionnelle prévoyant un "Etat social", les salaires des magistrats ne doivent plus être indexés. Les réactions de ces structures essentielles de l'Etat sont extrêmement négatives. Donc, soit il y a des difficultés financières, ce qui serait assez logique après l'entrée globale dans l'ère du Covid, soit il n'y a pas de problèmes financiers et la décision est purement idéologique, néolibérale : réduire et désorganiser les ministères-clés de l'Etat.
Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog où nous allons tenter de décrypter l'actualité politique russe, donner la dimension de toute sa richesse et sa complexité. Sans clichés et sans partis pris. Sans vouloir plaire à tout le monde.
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jeudi 22 octobre 2020
jeudi 21 mars 2013
Rogozine et la réforme de l'armée
Voir: http://top.rbc.ru/politics/20/03/2013/850045.shtml
En février, le Président Poutine déclarait que certains pays cherchaient à remettre en cause l'équilibre stratégique actuellement en vigueur et soulignait les risques de la militarisation de l'Artique. Dans ce contexte, les forces armées russes doivent se réformer profondément d'ici les prochaines 3-5 années.
Le premier vice-Premier ministre, Rogozine, en charge de la question, a précisé la politique militaire de la Russie. Selon lui, dans le monde actuel, la capacité d'un pays à résoudre les problèmes politiques et économique dépend directement de sa puissace militaire, puisque des réflexes de guerre froide ont toujours leur place aujourd'hui. L'idée est celle d'une main de fer dans un gant de velours. La Russie doit ainsi être en mesure de démontrer sa volonté de tenir une place de choix dans le monde actuel.
Afin de répondre aux différents dangers potentiels qui concernent, d'une manière ou d'une autre, la Russie, il serait nécessaire d'augmenter le potentiel humain de 5 fois, ce qui est irréaliste. Mais, il est possible de réagir différemment en développant un armement moderne et compétitif.
Les soldats doivent être en mesure de réagir à toute attaque sans être pris au dépourvu et d'attaquer sans se mettre en danger.
Il semblerait que, enfin, la préservation de la vie des soldats deviennent une des priorités. Et cette annonce officielle est en soi une grande réforme. Seulement de cette manière, selon Rogozine, la Russie sera à même de relever les défits du 21e siècle, qui s'annonce être un siècle délicat.
mercredi 7 novembre 2012
Les leçons du renvoi du ministre de la défense Serdiukov: la voie de la normalisation
Voir: http://www.vedomosti.ru/opinion/news/5792011/putin_v_okruzhenii
http://www.gazeta.ru/comments/2012/11/06_e_4842373.shtml
http://www.gazeta.ru/comments/2012/11/06_e_4842373.shtml
A la suite des scandales financiers de corruption et de détournement de fond liés ces derniers temps au ministère de la défense et à la personne même de A. Serdiukov, V. Poutine a pris la décision de le renvoyer et, sur proposition de D. Medvedev (officiellement), de nommer O. Choïgu à sa place, qui n'est dès lors plus gouverneur de la région de Moscou.
La réaction est plutôt saine. Un ministre convaincu de corruption, dont l'activité est entâchée de scandales ne peut rester en place. C'est une décision normale, signe d'une bonne vitalité et de la vie politique - contre la logique des clans longtemps en place - et de la logique de l'intérêt d'Etat qui exige une utilisation sinon rationnelle du moins "légale" des fonds budgétaires attribués, surtout si l'on tient compte du fait que le budget de l'armée doit être augmenté afin de moderniser l'institution.
Et là, surprise, la presse libérale critique. Elle souligne que cette attitude n'était pas dans les habitudes de V. Poutine, ce qui est indéniable, et donc que cela montre les difficultés de son clan qui serait au bord de la crise (pour vedomosti). Conclusion surprenante que de qualifier de "crise" une décision allant dans le sens d'une normalisation des rapports politiques. Selon un autre quotidien libéral (gazeta.ru), les faits de corruption n'étaient pas si graves, les détournements de fond sont habituels, donc cela ne peut être le fondement du renvoi de A. Serdiukov. La raison ne peut non plus être dans le conflit permanent qu'il entretient avec les cadres de l'armée en raison de sa politique de réduction des effectifs, de réorganisation des structures, d'achats essentiellement d'armements étrangers au détriement d'une industrie militaire nationale qui a toujours été un élément stratégique pour un Etat souverain et indépendant, industrie qui a besoin du soutien de l'armée. Position largement défendue par la bulle ultra libérale. Mais le plus mausant est qu'ils soutiennent également qu'une telle politique n'aurait pu être menée sans l'avale du pouvoir. La contradiction est alors poussée à son maximum.
Cette position défendue par la presse libérale n'a, en soi même, rien d'anormal. Il existe différentes conceptions de la politique étatique, différentes voies pour la réaliser, ce qui se traduit par une presse diversifiée. Une presse qui soutient les décisions prises par la majorité politique, a priori. Une presse qui les dénigre, a priori. Schéma tout à fait normal, si l'on applique à la Russie les mêmes critères d'appréciation que pour les Etats politiquement développés. Il y a donc bien une presse d'opposition bien intégrée, qui n'est pas une presse objective mais partisane, ce qui est encore normal.
Autrement dit, un des grands enseignements du renvoi du ministre de la défense A. Serdiukov est le chemin pris vers une normalisation. Mais le chemin est long et les tentations sont grandes, espérons qu'il se poursuivra. Il est également souhaitable qu'une complexification des critères d'analyse du système russe entre dans les moeurs, afin d'en saisir réellement les subtilités et ne pas tomber dans les analyses idéologiques caricaturales qui ne font pas avancer le débat.
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