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dimanche 3 septembre 2017

Réforme des conseils de thèse: MGU v. Douma? ou l'arrivée du Deep State



Alors que la Douma a adopté la loi prolongeant d'un an l'existence des Conseils de soutenance de thèse des Universités d'Etat de Moscou (MGU) et de Saint Pétersbourg, pause vitale pour ne pas bloquer le processus scientifique, en vue du transfert de ces compétences au sein des Universités, l'Université de Moscou rejette la loi adoptée et obtient du ministère la suppression immédiate de tous les Conseils restants. Quel est le but d'une telle démarche? Pourquoi l'un des deux pricipal sujet de cette loi part en opposition directe avec la politique nationale, confirmée par les députés, juste après la signature par le Président du texte de loi? Un tel niveau d'absurdité montre que l'enjeu est ailleurs. Le fameux Deep State ne serait-il pas sorti de l'ombre en Russie aussi?

jeudi 6 juin 2013

Medvedev veut créer des doctorats spécifiques pour les hauts fonctionnaires et les bisness man

Voir: http://izvestia.ru/news/551548

Afin de lutter contre l'inflation des thèses soutenues par les hauts fonctionnaires et les bisness man, Medvedev a demandé de préparer avant le 1er  octobre un projet déterminant les conditions d'introduction d'un doctorat d'administration public pour les fonctionnaires et un doctorat d'administration économique pour les bisness man. Parallèlement, le délai lors duquel il sera possible d'attaquer une thèse pour plagiat pourrait être fixé à 10 ans. Ces propositions ne font pas l'unanimité.
 
Il est unanimement reconnu que le niveau scientifique des thèses soutenues a fortement baissé ces dernières années, sous l'effet de mode pour les fonctionnaires et les bisness man d'ajouter un joli diplôme sur leur mur. Mais les propositions de Medvedev sont-elles une solution?
 
Pour partie, oui, dans la mesure où elles permettent de réorienter ces individus vers leur spécialité et de libérer l'espace scientifique des parasites qui s'y engouffrent. Pourtant, quelques questions se posent, qui risquent de fortement limiter l'effectivité de ces possibles mesures.
 
Tout d'abord, ces personnes, très loin de la science, veulent justement un titre scientifique. En général, ils n'ont ni le temps ni la volonté de s'y atteler, mais ils ont les moyens de se procurer le texte prêt à soutenir. Leur motivation n'est pas la recherche et il y a peu de chances qu'ils s'y attèlent dans une spécialité prête pour eux. Ils n'en ont ni le temps, ni toujours les moyens intellectuels. D'autant plus qu'alors, ils ne seront pas reconnu comme "scientifiques".
 
De plus, se posent les conditions d'obtention des diplômes d'administration publique. S'il s'agit de leur apport à l'amélioration de la gouvernance, pour des raisons objectives de difficultés d'évaluation et des raisons évidentes hiérarchiques, chaque haut fonctionnaire se verra reconnaître ce titre. Comme une médaille supplémentaire. Ce qui ne présentera, ni pour lui, ni aux yeux de tous, aucune valeur. Il ne pourra de cette manière se distinguer de la "masse" de ses collègues. Si ce titre est nécessaire pour l'obtention de certaines fonctions dans la fonction publique, cela va faire grincer des dents et n'enlève rien au risque et à la tentation de la corruption.
 
Si la question doit évidemment être régulée par le droit, sa dimension dépasse largement la sphère juridique. Elle touche la question sensible de la mentalité très particulière de ces fonctionnaires qui ont besoin de prouver, de se prouver, de prouver aux autres une valeur qu'ils n'ont pas toujours. Cela démontre l'existence d'un problème central: la fonction publique n'est pas suffisamment valorisée. Et c'est peut être par là qu'il faudrait commencer. Tout en renforçant en parallèle la rigueur d'appréciation des thèses soutenues et à soutenir, sans tenir compte du "grade" ou de la fonction du candidat. En mettant un terme à cette complaisance, qui conduit à prononcer trop souvent cette excuse: ce n'est pas grave, de toute manière il ne va pas s'occuper de la science après. Et si justement cela était grave?
 

jeudi 4 avril 2013

Astakhov / Parkhomenko: au-delà du plagiat, des méthodes de combat

Voir: http://kommersant.ru/doc/2162181?fp=11
http://dissernet.org/index.php/DISSERNET.ORG:Ast2006

Le journaliste d'opposition Parkhomenko accuse l'Ombudsman fédéral pour les enfants, Pavel Astakhov, de plagiat pour sa deuxième thèse de doctorat, équivalent de l'ancien doctorat d'Etat. L'Ombusdman se défend d'une telle accusation. Selon lui, sa deuxième thèse a été conçue comme la continuation de la première, d'où la reprise de certains éléments. L'argumentation est faible, rien à dire.
 
Mais, la question n'est pas là. La valeur scientifique de la thèse de P. Astakhov n'intéresse personne, pour la simple et bonne raison qu'il n'exerce pas d'activité scientifique. La question est politique.
 
Car c'est seulement mantenant que l'Ombudsman se prononce contre l'adoption internationale, contre notamment l'adoption par des ressortissants américains, qu'il critique le manque de transparance et de coopération avec la Russie en cas de problème, que l'opposition s'intéresse à sa thèse.
 
Et son texte est passé à travers les griffes d'un programme anti-plagiat (voir le lien sur dissernet) permettant de faire ressortir les sources en ligne. Pourtant, tous ces programmes anti-plagiat ne peuvent être utilisés de manière brut. Il faut voir et analyser sur chaque page de texte où sont les citations dans le texte, quelles sont les notes de bas de page etc. Sans cela, les résultats fournis n'ont aucune valeur. Mais ce travail n'a pas été fait et seuls les résultats bruts ont été annoncés avec pompe.
 
Ce qui attire l'attention, c'est la manière dont l'opposition utilise les méthodes qu'elle reproche au pouvoir, à savoir d'attaquer de manière sélective, en se fondant sur les slogans de grande moralité, mais avec des desseins politiques précis. C'est exactement ce que fait l'opposition ici.
 
Personne ne s'intéresse à la thèse de l'Ombudsman. Mais tout à coup, elle est ressortie.Il faut lutter contre les falsifications, pour l'amélioration de la science? Là n'est pas le but. Il faut utiliser toutes les armes disponibles pour discréditer, sans s'arrêter sur les détails. Comme l'écrivait Jean-Paul Sartre dans Les Mouches, Pas de détails! Surtout pas de détails. Une victoire racontée en détails, on ne sait plus ce qui la différencie d'une défaite!
 
Il ne s'agit donc pas d'analyser les détails de la thèse, mais de faire passer le message que les personnes en place ne sont pas fiables, en gros et en général. Bref, Dieu reconnaîtra les siens.

mercredi 20 février 2013

Plagiat, corruption et scandales politiques

Voir: http://www.newizv.ru/lenta/2013-02-18/177870-ponomarev-prosit-lishit-zhirinovskogo-deputatskoj-neprikosnovennosti.html
http://expert.ru/2013/02/18/gosudarstvo-vyichislit-plagiatorov/?n=2299
http://lenta.ru/news/2013/02/14/shamhalov/

Le plagiat est un sport national en Russie. En partant des étudiants, qui vont jusqu'à récuperer sur internet des devoirs déjà rédigés, qui ne correspondent pas au sujet, jusqu'aux doctorants qui, heureusement dans une moindre mesure, recourent au plagiat pour rédiger leur thèse. Et cette tendance concerne surtout les sciences sociales, comme le droit, l'histoire ou la philosophie.
 
La prise de consience de ce problème majeur par les structures étatiques a permis de lever le voile sur les activités commerciales du président du Conseil d'attestation des thèses, F. Chamkhalov, arrêté le 5 février (au début de la vague), pour avoir escroquer plus de 1 milliard de roubles à la banque du commerce extérieur sous forme d'un prêt à la construction, non remboursé, pour une construction non réalisée. Mais selon les déclarations officielles, son arrestation n'est pas liée à ses activité dans le Conseil.
 
Suite à cela, le Conseil lance une grande opération de vérification des thèses et, dans la foulée, a déjà retiré leur titre scientifique, à plus d'une dizaine de personne. Le Gouvernement lance un programme pour la surveillance du plagiat sur internet.
 
Et comme il est bien vu de soutenir une thèse, sans avoir du tout l'intention de poursuivre une carrière universitaire ou dans la recherche, le scandale touche la Douma. Les députés peuvent souvent s'enorgueillir d'un titre scientifique, mais les conditions dans lesquelles ils l'ont obtenu sont souvent douteuses ... Et le nombre des députés incriminés ne fait qu'augmenter.
 
Dans ce grand nettoyage de printemps, la sensation vient de l'accusation portée par I. Ponomarev contre V. Jirinovsky, et accessoirement, son fils. En ce qui concerne ce cas précis,  il s'agit du style de la thèse, qui n'est pas suffisamment scientifique et des scandales de corruption qui ont entouré la soutenance en 1998. Suite à quoi, Ponomarev, demande, si les accusations sont confirmées, que Jirinovsky perde son mandat de député. Les attaques individuelles portées contre des personnes qui ont soutenus leurs thèses il y a bien des années de cela et n'exercent aucune activité scientifque n'aura de sens - mis à part le combat personnel (ou disons le combat pour la justice) - que si l'on peut enfin en tirer des règles générales pour réformer le système.
 
Dans quels cas un individu est-il en droit de présenter une thèse à la soutenance? Quels sont les critères à mettre en place, en tirant les leçons des erreurs passées, pour que la soutenance de thèse ne soit pas un élément de communication politique ou commerciale, mais l'élément d'une carrière consacrée à la recherche? Sans l'affirmation claire de ce but, la guerre qui se met en place ne servira qu'à assouvir les vengeances personnelles de part et d'autre. Et finalement ne bénéficiera pas à l'aopposition.

vendredi 1 février 2013

Du côté décoratif des thèses en Russie

Voir: http://www.newsru.ru/russia/01feb2013/mpgu2.html

La place qu'une thèse tient dans la société russe est très différente de celle qu'elle occupe en France ou en Allemagne par exemple. C'est, en Russie, un élément de prestige, tant pour les fonctionnaires, les militaires ou les hommes d'affaires. Leur carrière va même en dépendre. Mais, pourtant, rares sont ceux qui prennent le temps de l'écrire.
 
Les conseils de soutenance des thèses, en Russie, à la différence de la France, sont des organes stables auprès des Universités, qui fonctionnent en regroupant certaines spécialités. Même si elle est informelle, une hiérarchie existe entre eux, parfaitement connue de tous, comme il est parfaitement connu de tous que certains ne sont pas regardant ni sur la qualité, sur le pliagiat des thèses présentées. L'auteur - officiel - et l'enveloppe qui l'accompagne pour dédommager la perte de temps qu'inflige la soutenance étant des arguments autrement plus convaincants.
 
Il est donc amusant de voir, tout à coup, le ministère de l'enseignement et de la recherche se réveiller à propos du Conseil de soutenance de l'Institut pédagogique d'Etat de Moscou, qui laisserait passer le pliagat, son directeur fièrement présentant sa démission, de grandes discussions autour de la disqualifications des certaines docteurs, etc.
 
Tout cela est très hypocrite. Car tout le système est orienté pour faciliter cette pratique dégradant la science. Un procureur, un haut fonctionnaire, a-t-il physiquement le temps non seulement d'écrire une thèse, mais d'y réfléchir, de conduire une étude, de mener une recherche? Non, bien sûr, mais il a des secrétaires et des amis. Or, s'il veut monter en grade, l'obtention d'un grade scientifique accélère la carrière. Et la Russie est remplie de gens qui se moquent de la science comme de leur première couche culotte, mais accrochent leur diplôme sur le mur, interviewés par des journalistes veulent donner plus de poids à leur position en ponctuant leur discours par "car je suis un vrai scientifique".
 
C'est dégradant pour la science, qui n'est perçue que comme un hobby, et financée en retour à cette mesure. C'est dégradant pour les Universités qui ne sont vues que comme des machines permettant à ces gens et à leurs enfants de n'y pas perdre trop de temps pour pouvoir enfin s'occuper de choses sérieuses, en tout cas d'autres choses. C'est dégradant pour les scientifiques, les vrais, ils existent et on a du coup tendance à les oublier, qui patissent de cette image et doivent tant bien que mal nager à contre courant.
 
Les milieux universitaires en Russie doivent absolument se reconstituer en corps. En corps qui ne soit pas au service de fonctionnaires qui leur font l'honneur de passer soutenir un document qu'ils n'ont jamais lu, en contre partie, dans le meilleur des cas, d'une augmentation de financement budgétaire. Lorsque l'on se comporte en valet, on est traité en valet. Comment est-il possible de prendre la science au sérieux quand n'importe qui peut soutenir n'importe quoi?