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mercredi 27 mai 2020

Le Centre fragilisé : un ancien gouverneur russe conteste en justice l'oukase présidentiel de janvier le démettant de ses fonctions

Ignatiev, gouverneur, obligeant l'officier à sauter pour attraper la clé


Le pouvoir est une question de conventions plus que de règles formelles. Au-delà des droits et obligations prescrits par les textes, la pratique fixe dans chaque pays les frontières du possible, les manières de faire et détermine les interdits. En Russie, même si le gouverneur de la région est en général élu au suffrage universel, le Président garde la prérogative, établie par la législation, de le démettre de ses fonctions, dans certains cas et selon une certaine procédure. Aucun gouverneur, sous la présidence Poutine, n'a jamais porté plainte en justice contre l'oukase présidentiel le démettant de ses fonctions. Jusqu'à aujourd'hui. L'ancien gouverneur de Tchouvachie, Mikhail Ignatiev, pour avoir  eu publiquement un comportement indigne a été démis de ses fonctions en janvier sur le fondement de la perte de confiance. Maintenant, il a déposé un recours devant la Cour suprême. Donc c'est possible, à nouveau, comme à l'époque de Boris Eltsine. Maintenant, c'est possible, 4 mois plus tard, pas à l'époque. Ce qui, quelles que soient les suites judiciaires, souligne un affaiblissement du pouvoir central, signe extrêmement dangereux dans un pays comme la Russie, où la gouvernance est non seulement centralisée , mais aussi personnalisée.

vendredi 23 septembre 2016

Russie: Le virage de la politique intérieure

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Dépuis cet été, avec le départ du chef de l'Administration présidentielle S. Ivanov, la politique russe prend un virage. Sans pour autant revenir sur cette diversité qui la caractérise, elle se reconcentre autour d'un axe idéologique plus lisible. Ce qui provoque l'ire de l'opposition radicale, dite "libérale" et "pro-occidentale", dans le sens "maïdanien" du terme.

vendredi 10 juillet 2015

Russie: les limites de la politique du compromis

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Rostislav Ishchenko, ancien analyste еt conseiller ukrainien réfugié en Russie où il écrit maintenant pour l'agence d'information RIA Novosti, vient de sortir un article plus que surprenant. Analysant la politique russe, sur fond de conflit en Ukraine, il tire l'étrange conclusion que la politique du patriotisme aujourd'hui en Russie produirait le Maïdan d'hier à Kiev. Son argumentation est fort intéressante, même si cela sent l'article de commande. Une certaine manipulation intellectuelle, parfois naïve, fait sourire et est révélatrice du malaise d'une partie de la population russe qui se sent libérale, comprend qu'elle ne peut pas ne pas aimer son pays (l'on n'est plus dans les années 90), mais qui ne partage pas la politique menée qui tend à compliquer son quotidien et génère une haine viscérale pour les patriotes, dont I. Strelkov est devenu pour eux l'homme à abattre. Alors ils se cherchent des explications alambiquées et des excuses crédibles. Voyons un peu le texte avant de l'analyser.

lundi 4 mai 2015

Donetsk à nouveau sous le feu, question de symbole

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Alors que le cessez-le-feu est formellement toujours en cours, alors que dans le monde les gens fête le 1er mai, l'armée ukrainienne a, depuis deux jours, intensifié l'attaque de Donetsk. Presque une trentaine d'immeubles touchés, uniquement des immeubles d'habitation, non pas des bâtiments stratégiques, une école etc. Le chiffre des personnes touchées est encore difficile à déterminé, mais une bonne dizaine, dont des civils. Cette guerre qui continue sans vouloir en porter le nom n'est que la face visible de l'iceberg géopolitique qui fait tanguer le monde.

jeudi 30 avril 2015

Cette France américaine qui se renie et nous détruit

Sélection Young Leaders 2014
Sélection des Young leaders français 2014

Président de la République et ministres de droite ou de gauche issus des programmes franco-américains, franc-maçonnerie dans les rang de l'Assemblée et du Gouvernement qui défend "sa" conception républicaine, d'autant plus fortement que la "mondialisation républicaine" se trouve, par hasard et par accident ralentie ... On se croirait dans un mauvais film d'espionnage. L'on est simplement dans la France moderne et contemporaine. Cette France qui n'est plus française, qui en a même semble-t-il honte, comme d'un parent pauvre que l'on veut cacher. Et l'on comprend beaucoup mieux pourquoi la politique menée par les élites, de droite comme de gauche, ne défend pas les intérêts de notre pays. 

vendredi 20 juin 2014

Poroshenko v. Yatséniuk ou projet « Ukraine » v. South Stream ?


Олег Ляшко
O. Liachko, député populiste


Il y a deux manières de considérer la situation en Ukraine aujourd’hui. La première consiste à reconnaître l’existence d’une politique intérieure, dans le sens où les acteurs de ce système prennent des décisions autonomes, même s’ils sont également soumis à des pressions extérieures. La seconde consiste à considérer que la politique ukrainienne est aujourd’hui quasi-inexistante, encore moins existante que la politique européenne, car les décisions importantes sont prises ailleurs et le niveau de pression exercé outre-atlantique sur les acteurs ne leur laisse qu’une marge de manoeuvre très réduite, qui n’aura que peu d’incidence sur la poursuite des évènements. Dans le premier cas, nous sommes dans un questionnement de type Poroshenko v. Yatseniuk, dans le second on se reporte plutôt à la confrontation du projet « Ukraine » contre le projet « South Stream ».



jeudi 15 mai 2014

La crise en Ukraine pose la question de la possibilité d'existence d'une politique russe autonome

 
Стену Цоя перенесут в интернет
 
Alors que Kiev annonce la phase finale de l'opération antiterroriste, la défense de Donetsk annonce la formation du premier bataillon de libération de la république indépendante. Kiev annonce la mise en oeuvre rapide de la phase finale, Donetsk donne 24 heures à Kiev pour retirer les forces armées "d'occupation" du territoire de la jeune république indépendante. Il pourrait donc rester 24 heures avant le début d'une guerre civile encore plus meurtrière.
 
Pendant ce temps, la Russie se tait, et quand elle parle, on aurait préféré qu'elle se taise. Du bout des mots, de manière informelle, la Russie reconnaît que le référendum a eu lieu et qu'une décision populaire a été formulée. Pour autant, elle ne reconnaît pas l'autonomie des deux jeunes républiques. Même si elle la soutient mais sans l'affirmer. L'on pourrait presque penser que tout le sens de la politique russe en ce moment réside dans le  non dit.
 
Jusqu'au moment où le Gouvernement, et derrière lui des députés, estime que finalement seulement des élections présidentielles permettraient de sortir de la crise, que oui ce serait bien si les régions de l'Est organisaient également les élections et au fait en ce qui concerne le gaz on peut toujours négocier si vous nous payer au moins un petit dollar, ou le promettait, allez faites un effort, on ne peut pas être plus gentil que cela - on est déjà à la frontière du ridicule.
 
Donc, d'un côté, les forces de Donetsk sont prêtes à libérer leur région de la présence militaire ukrainienne. D'un autre côté, la Russie leur demande d'organiser des élections présidentielles dans lesquelles les candidats de l'Est furent largement dissuadés de participer.
 
Quelle est la politique de la Russie? Elle n'en a pas. En tout cas à long terme, elle n'en a plus sur le sujet. Elle a des impératifs à court terme et des conflits intérieurs.
 
Les impératifs à court terme sont simples:
- valider la Crimée comme un fait acquis : la Russie l'a gagnée, c'est tout ce qu'elle voulait, le reste l'intéresse peu et elle ne sait pas encore sortir d'une crise.
- faire payer le gaz de n'importe quelle manière - et semblerait-il presque à n'importe quel prix pour ne pas devoir réagir brusquement - toujours la peur de perdre la face et le pré-paiement semble faire encore plus peur à la Russie qu'à l'Ukraine.
- ne pas tomber sous le coup d'une nouvelle guerre froide économique, le prochain stade des sanctions, car la Russie et les russes en général (pas seulement l'élite) ont pris l'habitude de bien vivre, de voyager et ne veulent pas y renoncer.
 
Les conflits intérieurs sont tout aussi simples:
- Le mythe de la domination sans partage du conservatisme est avant tout un mythe. Un combat acharné, et bien plus violent que dans nos sociétés qui ont rendues les armes, a lieu entre les tenants de deux groupes: les libéraux atlantistes/mondialistes, les libéraux nationaux. Les uns veulent une politique de destructuration et de désengagement de l'Etat au profit de formes mondialisées de gouvernance, les seconds veulent garder l'Etat comme institution de gestion des affaires publiques.
- Il n'y a pas de conflit entre les tenants d'un retour au soviétisme et des libéraux modernisateurs. Plus personne ne veut sérieusement revenir au mode de gestion soviétique. Mais dans le langage courant, afin de destabiliser le discours nationale, les tenants de la gouvernance étatique sont caractérisés comme soviétisant et passéistes, pour sortir cette modalité de gouvernance du champ du possible et de l'acceptable. Et cela ne concerne pas que la Russie, mais dans la plupart des pays d'Europe les partis politiques ne correspondent plus au partage idéologique de la population, ni au positionnement des questions, puisqu'aucun parti ne pourra dire qu'il est atlantiste et donc que son but n'est pas la défense des intérêts de la population nationale, même si cette politique sera menée par la suite sous un autre nom : le libéralisme.
 
Donc, cette étrange situation autour de l'Ukraine semble traduire le conflit intérieur qui a lieu en Russie entre ces deux forces, quasiment égales. D'une manière assez inattendue, l'évolution de la crise en Russie pourra peut être enfin mettre fin à la cohabitation de fait au sommet de l'Etat russe en faisant finalement émerger un clan. Bien que V. Poutine affirme être le Président de tous les russes, de toutes tendances etc. Refusant donc lui aussi d'assumer un véritable choix de société.
 
Un jour la Russie devra comprendre qu'elle doit le faire ce choix, ne serait-ce que pour garder un équilibre institutionnel. Soit elle se positionne comme modèle alternatif, comme certains l'affirment et l'espèrent, soit elle est intégrée dans le concert des nations et dans l'économie internationale sans conflit.
 
Or, la Russie n'est pas prête à faire ce choix, car elle n'a manifestement pas la force intérieure (politique ou intellectuelle) suffisante pour se poser réellement en modèle alternatif complet, pas seulement concernant le mariage homosexuel ou la femme à barbe, mais en créant un modèle théorique alternatif mêlant valeurs et gouvernance. Pour autant, cette volonté est suffisamment forte pour ne pas pouvoir dire qu'elle y a renoncé. D'où, semble-t-il, le flou de sa politique qui oblige même à poser la question de son existence réelle ou d'une (par ailleurs très bonne) gestion de l'évènement.
 
 
 

mercredi 16 avril 2014

Repenser notre système de gouvernance: la démocratie ne se mondialise pas

Au-delà des mécanismes de mise en oeuvre, l'Idée de notre modèle de gouvernance repose sur le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, seul moyen de légitimer l'existence de structures déléguées qui vont gouverner un espace donné.
 
Ce modèle, comme d'autres avant lui, repose sur l'acceptation du mythe de la participation décisionnelle du peuple, une abstraction pourtant bien réelle, lorsqu'elle prend corps dans la rue. Tant que son accord est en gros et en général obtenu, tant qu'il ne se manifeste qu'à intervalles réguliers et prévus dans les urnes, son existence reste très abstraite pour la classe dirigeante, qui, par là même, tend à en oublier toute la substance.
 
Car le "peuple", c'est-à-dire les gens, vos voisins et leurs voisins, ceux que vous connaissez, ceux que vous imaginez et ceux qui ne vous intéressent pas, restent à s'occuper de leurs affaires, qui n'ont rien à voir avec la politique, lorsque globalement la politique menée satisfait ou ne dérange pas la majorité. Dans ce cas, la démocratie fonctionne, car la population ne fait pas de politique. C'est un des paradoxes de notre système.
 
Mais ce système ne peut fonctionner que dans le cadre d'espaces restreints. Un Etat. Les gens doivent avoir ce sentiment d'appartenance à un groupe, ce qui participe à leur processus d'identification et renforce en retour le groupe lui-même, construisant des liens spécifiques avec le temps, ce que l'on appelle l'histoire d'un peuple, sa culture, bref ce qui constitue la Nation, ce concept ô combien décrié. Pourtant, seul concept qui permette de légitimer avec certitude dans le temps un Etat dans ses frontières. Seul concept qui permette de légitimer la force, l'indépendance donc la souveraineté d'un Etat.
 
A partir de là, il est important de soulever certaines questions.
 
1. Pourquoi la démocratie ne peut-elle fonctionner que dans le cadre d'une structure limitée?
Comme nous l'avons rappelé, pour qu'il y ait démocratie, il faut réunir plusieurs aspects, sans prétendre à l'exhaustivité: que le pouvoir détenu par les dirigeants soit le pendant d'une responsabilité politique de ces mêmes dirigeants, que cette responsabilité politique soit exprimée par la population lors de processus électoraux directs, que les dirigeants garantissent le pacte social qui retrace les aspirations et les valeurs de la majorité et non de la minorité. Plus la structure est grande et plus les liens entre pouvoir et responsabilité seront distendus, plus la détermination du pacte social sera obtenue par un nombre grandissant de compromis qui lui feront perdre toute clarté, plus les échelons de pouvoir seront nombreux et donc le lien entre la population et les dirigeants abstrait. C'est tout l'enjeu de l'Etat-Nation, cet anachronisme dans un monde en perpétuelle recherche de post-modernisme.
 
2. Pourquoi la démocratie ne s'exporte pas?
Si ce modèle démocratique de gouvernance n'est pas qu'un ensemble formel de mécanismes, une sorte de recette de cuisine, mais comporte également des valeurs, il ne peut être que le résultat d'une évolution spécifique à chaque société, à chaque Etat. Il est possible d'exporter des mécanismes, mais il est impossible de garantir leur réception réelle dans le système de destination. Sans même parler de leur effectivité et des risques d'affaiblir en fait le système de réception dans son ensemble. Ainsi, l'exception américaine, son expansionnisme juridique et politique est en soi un non sens. Il est un non sens si le but est réellement d'exporter la démocratie, en revanche il ne l'est pas du tout s'il n'agit d'élargir la zone de domination, le droit et la politique générale déterminant l'appartenance. Sans oublier qu'un Etat est destabilisé par les importations politiques massives, il ne les digère pas. Il peut alors être très gentillement qualifié d'Etat en transition, état qui peut durer longtemps, très longtemps, et tout ce temps il se trouve mis sous "tutelle". Mais ces processus d'élargissement de puissance sous label "démocratie" ne peuvent fonctionner qu'avec l'assentiment généralisé de la communauté internationale et la discréditation des "non-alignés", car non seulement la concurrence ne peut être acceptée, et elle doit alors être présentée comme une volonté de remise en cause du modèle démocratique, mais le voile ne peut être levé sans porter atteinte aux intérêts réels en jeu. C'est le paradoxe des Etats Unis.
 
3. Pourquoi le développement de structures décisionnelles supra-nationales entraîne-t-elle obligatoirement un déficit démocratique?
Si chacun est maître en sa maison, il faut avoir une très forte légitimité pour gouverner dans la maison d'un autre, d'un voisin ou même d'un cousin très éloigné, ou bien jouer au pompier-pyromane. Or, le système des organismes surpa-nationaux tire sa légitimité de celle de ses membres, donc des Etats qui le composent, ils l'aspirent et s'en nourrissent. Pour autant, le renforcement de leur position, de leurs compétences et  autorité passe par l'affaiblissement des Etats qui les composent: la souveraineté nationale reste un frein insupportable à la gouvernance internationale. A terme, il faut trouver cet équilibre précaire entre l'affaiblissement des composantes qui permettra le renforcement de la structure, sans conduire à son affaiblissement corrélatif. Car à ce moment, la structure doit alors développer des mécanismes propres de légitimation, entrant donc en conflit avec ses composantes. Ce qui ne lui sera favorable que si celles-ci sont suffisamment affaiblies, mais encore assez "vivantes" pour signer leur reddition. C'est le paradoxe de l'UE.
 
Notre modèle de gouvernance aujourd'hui repose donc sur la cumulation de tous ces paradoxes et difficultés, nage en eaux troubles au milieu de montagnes d'hypocrisie et s'éloigne de plus en plus dangereusement des aspirations des populations. Les réponses apportées consistent le plus souvent en une politique d'austérité qui réduit l'Etat au minimum ne lui permettant plus de jouer son rôle à l'intérieur de ses frontières, les populations sont acculées à des baisses de revenus et à une insécurité réelle quant à l'avenir, les voix qui s'élèvent sont discréditées. Et les Etats ne peuvent plus faire autrement que discréditer ces voix qui s'élèvent à l'intérieur, car sinon tout le chateau de cartes s'écroule. Ils devraient montrer qu'ils ne décident plus de leur politique intérieure, mais que la détermination des politiques nationales se fait à l'intérieure de structures qui ne sont pas confrontées à la responsabilité politique devant les population qu'elles gouvernent réellement, que ces mêmes structures dépendent également d'acteurs internationaux qui les dépasse et vont influencer leur choix (voir par exemple la montée bien à propos des agences de notation ces dernières années, qui retranscrivent sur le plan financier le bon ton politique). Il faudrait également reconnaître que tout Etat n'a plus le droit à son indépendance et à sa souverainté, seulement certains ayant le privilège de la défense de ses intérêts nationaux, essentiellement les Etats Unis en fait. Donc, il ne peut y avoir de place pour la Russie.
 
Et si l'on analyse la situation ukrainienne à travers ce paradigme, on comprend mieux ce qui se passe. L'Ukraine a fait le choix de la non existence politique propre. Fut un temps où elle s'en remettait à la Russie, elle s'en est ensuite remise à l'UE - sans grande efficacité - donc elle est sous gouvernance américaine. Elle doit donc faire taire les voix qui s'y opposent, elle n'a pas le choix: les politiciens ukrainiens ne vont pas affirmer, comme leurs homologues européens par ailleurs, qu'ils ne vont pas défendre les intérêts de leur pays, qu'ils vont même aller à leur encontre. L'UE ne peut que soutenir les nouveaux gouvernants européens, car elle s'est tournée vers les Etats Unis, sa capacité décisionnelle est au plus bas et ses Etats membres sont au bord de la perte de souveraineté sans qu'un mécanisme de remplacement n'ait été mis en place. Elle est donc pied et poing liée. Or les Etats Unis ne peuvent laisser la Russie terminer ce conflit sur une victoire. On ne peut s'arrêter sur la Crimée, ils ont besoin d'une victoire à n'importe quel prix. D'autant plus que l'Ukraine est loin et que même en cas d'explosion ce sera à l'UE d'assumer à ses frontières et qu'au passage cela permet de faire jouer des sanctions économiques qui affaibliront le marché européen en retour, ce qui tomber bien au moment du grans traité transatlantique, pour complètement se défaire d'un autre risque de concurrence.
 
Bref, l'Ukraine est au contre de toutes les attentions car les masques ne peuvent tomber sans emporter avec eux l'échec et l'illusion de notre modèle actuel de gouvernance.
 
 
 
 
 

vendredi 17 janvier 2014

Primakov condamne la politique néolibérale du Gouvernement et souligne la crise des modèles

Voir: http://www.mk.ru/economics/article/2014/01/15/970710-sozidatelnoe-razrushenie-medvedeva.html
http://www.rg.ru/2014/01/13/primakov.html
http://vz.ru/politics/2014/1/15/668058.html

Le fait qu'il existe une rupture idéologique entre la présidence et le Gouvernement n'est pas une nouveauté. Beaucoup d'encre a déjà coulé sur le sujet. En revanche, ce qui surprend, c'est qu'une personnalité comme Primakov fasse devant des personnalités de haut rang comme par exemple V. Matvienko (présidente du Conseil de la Fédération), de telles critiques lors de sa conférence annuelle au Club Mercury, juste la veille de la grande messe néolibérale du Forum Gaïdar.

En substance, Primakov officialise la rupture idéologique de la gouvernance en Russie. D'une part, le clan Medvedev-Chuvalov-Dvarkovitch prônant et mettant envers et contre tout en oeuvre une politique néolibérale, qui entraîne une réduction de la place de l'Etat dans l'économie, le renforcement du bisness et l'autorégulation du marché, même dans les sphères sociales. Tout cela reprenant l'idée bien connue que la gestion étatique est inefficace, les oligarques ont donc besoin de plus d'espace pour que puisse s'épanouir d'elle-même l'économie russe, comme ce fut le cas dans les années 90, avec les conséquences que nous connaissons tous.

Plus concrètement, les néolibraux se fixent comme but l'horizon 2018 pour que l'Etat ne puisse contrôler plus d'un quart de l'économie. Par ailleurs, ils proposent de passer directement à la phase post-industrielle, sans passer par la case de réindustrialisation, pourtant nécessaire après la destruction industrielle du pays dans les années 90, ce qu'illustre parfaitement Skolkovo. Sans oublier une grande vague de privatisation qui doit toucher les entreprises publiques clées, comme Rosneft, des enreprises rentables qui doivent être getillement remises entre les mains de quelques oligarques. Bref, on prend les mêmes et on recommence. Les mêmes personnes n'ont pu générer de nouvelles idées. Juste encore un détail pour illustrer le besoin d'oxygène du bisness: 110 oligarques contrôlent 35% des actifs russes. Il serit peut urgent justement de s'y attaquer, pour que l'économie dans son ensemble et non son oligarchie puisse respirer.

Face à ce déferlement néolibérale, qui a déjà frappé la Russie à la chute de l'Union soviétique dans une euphorie, alors compréhensible, pour une économie de marché dérégulée, libérée de l'emprise de l'Etat, les contraintes intérieures et internationales devraient faire réfléchir. Ce que souligne Prmakov, en opposant le cours politique choisi par le Président Poutine, dont le retour n'avait pas été prévu par ses opposants néolibéraux, à la politique de Medvedev. 

Du côté présidentiel, avec par ailleurs le soutien d'une grande partie de l'élite et de la population, l'accent est mis sur la nécessité de réindustrialisation du pays, avec l'aide et l'impulsion de l'Etat. Une vision structurée de développement qui s'oppose à la destruction créatrice encore soutenue par Medvedev. Car, selon Primakov, à l'exemple des Etats Unis ou de l'Europe, où le rôle de l'Etat s'est renforcé sous l'effet de la crise afin de ne pas aboutir à un suicide économique collectif, l'Etat russe est le seul organe à même de lancer de grands projets d'ampleur nationale, qui auront pour effet de relancer l'économie intérieure du pays en ces temps difficile.

Et la présidence se trouve aujourd'hui dans la situation difficile, où il est nécessaire de réparer les erreurs stratégiques commises sous la présidence Medvedev, tout en incitant le Gouvernement à comprendre qu'en dehors de la pensée néolibérale, il existe d'autres modes de pensée. Concrètement, le Président va renforcer la régularité de sa présidence de la réunion du Conseil des ministres. Mais est-il toujours possible de trouver un compromis?

Car cette période trouble n'est pas prête de finir. Il ne s'agit pas que d'une crise financière ou économique circonstancielle, il s'agit d'une crise de modèle. Le modèle libérale, poussé à ses extrêmes, conduit à la chute des systèmes politico-économiques, comme l'avait fait en son temps le modèle soviétique. 

Notre conception extrême du libéralisme, jusqu'auboutiste, est particulièrement destructrice, que cela concerne l'économie, le social ou la politique. Le rejet a priori de l'Etat, le renforcement de structures para-étatiques, est un luxe que l'on peut se permettre avec modération en période de croissance, mais qui risque de coûter cher en période de crise. Et je ne parle pas que de la Russie.

vendredi 20 septembre 2013

Poutine réaffirme la souveraineté russe devant le Club Valdai: émergence d'une nouvelle gouvernance

Voir: http://www.youtube.com/watch?v=XZSG7dpDz5o

Lors de son discours devant les membres du Club Valdai et ensuite lors des réponses aux questions, le Président Poutine a non seulement réaffirmé la souveraineté russe, mais a voulu montrer la relativité de l'idéal démocratique.
 
Beaucoup de questions ont été traitées dans ce discours, nous en retiendrons une. Que signifie la souveraineté aujourd'hui?
 
En rappelant que la Russie est un Etat souverain dans un monde globalisé, V. Poutine a directement lancé une pique aux Etats européens, qu'il a qualifié, sans les nommer, d'Etats ayant abandonné leur souveraineté au profit de l'alignement atlantiste. Ce que, par exemple, la position de la France sur le dossier syrien démontre s'il en était encore besoin.
 
Car l'enjeu de nos Etats modernes est bien ici: trouver un juste milieu entre la mondialisation et la défense des intérêts nationaux, entre l'intégration et la confrontration. Qu'il s'agisse de la vie politique ou du développement économique, tout Etat est pris dans un maillage de plus en plus intense d'accords et d'obligations, qui peuvent mettre à mal la défense de ses intérêts nationaux. Car il sera le seul à vouloir et pouvoir défendre les intérêts de ses citoyens, aucun autre Etat ne le fera à sa place. Il ne sert à rien de critiquer les Etats Unis, la Russie ou même l'Allemagne, ils jouent leur jeu dans un monde globalisé. Ils remplissent leur mission, la mission pour laquelle un Etat est nécessaire.
 
La mise en place de ce nouveau mode de gouvernance en Russie a quelque peu destabilisé ses partenaires, européens ou américains, car la Russie est sortie du clivage classique de la soumission des années 90 ou de la confrontation soviétique. Si elle s'oppose, comme que le dossier syrien, elle propose une solution de sortie de crise. Si elle prévient quant à l'intégration de l'Ukraine dans l'UE, elle explique rationnellement sa position: la protection de son marché intérieur. Quand Snowden demande l'asile politiquz, elle ne saute pas sur l'occasion pour mettre à mal les Etats Unis, mais elle prévient, au contraire, qu'elle ne soutiendra pas une activité politique contre les Etats Unis, elle ne le recrute pas. Autrement dit, la Russie a changé les règles du jeu. Et le discours de ses opposants s'en trouve décalé.
 
Si la transition juridique a pris fin au début des années 2000 avec le fonctionnement régulier des institutions étatiques, la transition politique vient de s'effacer au profit d'une gouvernance rationnelle et forte, respectueuse du droit internationale et des intérêts intérieurs du pays.
 
Et ce nouveau modèle de gouvernance internationale n'a été possible qu'avec la fin du complexe de manque de démocratie. Il ne s'agit pas d'affirmer que tous les problèmes intérieurs de fonctionnement de l'Etat ont été réglés, mais de s'attacher rationnellement à leur résolution. Il s'agit également d'affirmer une hiérarchie de valeurs qui soit propre à la Russie, comme Etat souverain. Il s'agit également de regarder ces problèmes comme en partie inhérents au système démocratique, comme en partie hérités du passé propre de la Russie, sans remettre en cause les valeurs propres au pays. Dans tout système démocratique, la minorité doit reconnaître le pouvoir de la majorité, l'opposition russe doit s'y plier si elle veut réellement défendre l'idée démocratique. Il sera alors possible de sortir du clivage entre opposition systémique et non systémique: l'opposition fait partie du système, elle lui donne son équilibre, quand elle accepte les règles du jeu. Autrement dit, une distinction très forte a été formulée: on ne touche pas aux valeurs, mais l'on modernise les mécanismes.
 
Par ailleurs, il n'existe pas dans les faits de système idéal. La démocratie est un but qu'il n'est pas possible d'atteindre. Mais il doit y avoir un consens social, tout à la fois sur l'état des choses et sur les moyens d'améliorer le système. Sans toutefois tomber dans l'excès ou fanatisme, qui ne pourraient que détruire le système.
 
Autrement dit, si à l'époque le discours de Munich de V. Poutine avait positionné la Russie dans un nouveau tournant, ce discours-ci vient d'affirmer le retour de la Russie comme un des acteurs-clés, et sûr de lui, tant au niveau international qu'en matière de politique intérieure.
 
 

mardi 11 juin 2013

Le philosophe Alain au service de Markine sur le rôle de la société civile en Russie

Voir: http://www.kasparov.ru/material.php?id=51B5BB80A2E0D

Hier, lors d'une conférence de presse, le porte parole du Comité d'enquête, V. Markine, s'est exprimé sur le rôle destructeur pour l'ordre juridique des défenseurs des droits de l'homme en Russie. Ses propos n'ont pas manqué de provoquer une nouvelle vague médiatique. Pourtant ...

L'actualité des textes de certains auteurs nous démontre, s'il en est encore besoin, à quel point les problèmes et les interrogations se répètent, quels que soient les décors. Transférons nous dans le décors de la Russie d'aujourd'hui.
 
Une grande part de la population se moque éperduement des revendications de la société civile, elle est la société et a d'autres problèmes plus urgent à régler et d'autres plaisirs à combler tant qu'il est possible de le faire.
Une minorité est active, sectorisée, elle compose la société civile, qui selon les questions traitées, oublient le système dans son ensemble pour se concentrer sur la résolution de son problème en particulier. C'est tout à fait normal, c'est son rôle.
 
Jusqu'à il y a encore peu, cela ne posait pas de difficultés particulières, les modes de gouvernance modernes ayant permis de trouver un équilibre par la notion de contre pouvoir. La société civile, par l'influence qu'elle exerce, sans pouvoir être toutefois clairement identifiée, en est devenue un.
 
Mais la balance s'écroule quand de contre pouvoir, elle veut devenir pouvoir. Comme l'écrivait  le philosophe Alain, pacifiste et grand défenseur de la démocratie au début du 20e siècle, dans son ouvrage Propos sur le pouvoir:
 
"Vouloir que la société soit le Dieu, c'est une idée de sauvage. La société n'est qu'un moyen. Mais il est vrai aussi qu'elle se donne comme une fin, dès qu'on le lui permet. C'est tyrannie."
 
Evaluons maintenant, à l'aune de ce paradigme, les propos de V. Markine, qui souligne l'ambiguïté du rôle des défenseurs des droits de l'homme, monopolisant en Russie l'espace de la société civile (médiatisée). Selon lui, les défenseurs des droits de l'homme ont, paradoxalement, un effet destructeur sur l'ordre juridique, qu'ils sont prêts à déstabiliser pour assurer la primauté de leur cause. En ce sens, ils oublient que dans le concept d'état de droit, "droit " est accolé à "état". Cette sortie médiatique a fait hurler, justement, les représentants de la société civile.
 
Markine a soulevé toute l'ambiguïté du jeu politique, présente dans n'importe quel système. A savoir que l'équilibre d'un système institutionnel, l'Etat en l'ocurrence, repose sur la confrontation équilibrée de deux forces contraires qui ensemble gouvernent: la force de la Loi (qui appartient à l'Etat, et rappelons-le, selon Bourdieu a le monopole de la violence légitime) et la force de l'opinion (qui appartient à la société civile en tentant de construire l'opinion de la société). C'est exactement ce que le philosophe Alain présente comme problème politique impénétrable:
 
"Les problèmes politiques sont presques impénétrables. La force gouverne. L'opinion gouverne. Auguste Comte a compris ces deux axiomes; il les tient devant son regard. Il n'est pas de constitution au monde qui limite la force gouvernante par quelque autre force."
 
D'où l'impasse lorsque la confrontation est ouverte, car le Droit a atteint ses limites. L'impasse qui s'achemine vers le rêve révolutionnaire. Car le but de la révolution est alors de faire passer la minorité au pouvoir. C'est pourquoi Markine, restant dans une rhétorique classique, explique ce qu'il considère comme des dérives de la société civile par la volonté de préparer un mouvement révolutionnaire. Car en fait, il reste dans une logique institutionnelle, étatiste.
 
Or, on peut se poser la question autrement. La logique n'a-t-elle pas changer? N'y a-t-il pas, en réalité, la constitution d'une logique de gouvernance qui prétend faire l'impasse sur l'Etat sans pour autant relever ni de l'anarchie, ni du nihilisme? Et la préparation se fait en trois temps: 1- démontrer l'inefficacité de l'Etat en tant que tel à régler les problèmes de société (déligitimation); 2- développer des organismes "privés" qui prennent de facto en charge certaines activités sociales traditionnelles de l'Etat (transfert de légitimité); 3- la révolution a eu lieu, sans modification de texte, par un renversement des rôles (transfert de pouvoir réel). Si tel est le cas, le problème est beaucoup plus profond que ne semble l'apprécier M. Markine.