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mardi 17 mai 2016

Le problème idéologique des "oukases de mai"

Путину не удалось узнать, как выполняются его

Lors de sa dernière élection, le Président Poutine a adopté, en mai 2012, 4 oukases, concernant les domaines sociaux et économiques. La question - récurrente - de leur exécution revient à l'ordre du jour. Au bout de 4 ans, un bilan intermédiaire est possible. Malgré la crise économique, de grandes avancées ont été réalisées, mais il reste un problème qui sera difficilement surmontable. Ces oukases entraînent la vision d'un Etat interventionniste dans une époque où il est de bon ton de le voir minimal.


Ces "oukases de mai" sont devenus une sorte de marque de fabrique de cette présidence. Les buts à atteindre sont plus qu'ambitieux. Prenons quelques exemples: mise en place de 25 millions d'emplois industriels hautement qualifiés pour 2020; augmenter le volume d'investissement dans la production intérieure d'au moins 25% pour 2015 et 27% pour 2018; mise en place de plans d'investissement pour la modernisation des villes; d'ici 2018 augmenter les salaire réels de 1,4/1,5 fois; augmentation des salaires des différents fonctionnaires (écoles, hôpitaux ...) et indexation en fonction du salaire moyen dans la région; mise en place d'un quotat spécial de places de travail pour les invalides; augmentation des retraites en fonction du minimum vital - 2,5 à 3 fois; baisse du taux de mortalité des femmes enceintes; allongement moyen de la vie; accès à la maternelle; facilité pour créer une entreprise etc.

Formellement, plus de 80% des éléments furent exécutés. Et c'est vrai que dans la vie courante, de sérieuses améliorations ont eu lieu. Notamment la facilité pour inscrire les enfants en maternelle, l'augmentation des salaires des enseignants et des médecins, l'accueil dans les administrations, les service de "fenêtre unique" qui permettent de regrouper dans un seul bâtiment plusieurs services adminsitratifs, évitant ainsi aux administrés de se promener dans toute la ville.

Mais deux problèmes bloquent l'exécution totale de ces oukases.

Le problème du financement

Les régions et le Gouvernement n'évaluent pas de la même manière le coût de ces oukases. Et il est quelque peu surprenant de voir, au bout de 4 ans, la question être enfin posée Le ministère des finances estimait leur coût à 700 milliards de roubles, les régions à 2,8 trillions de roubles. La présidente de la Cour des comptes estime qu'il faut mettre ne place une grille d'évalation commune, pour voir s'ils sont réalisables. Mieux vaut tard que jamais.

En raison de la crise financière, les salaires et les retraites n'ont pu être augmentés comme prévu. Par exemple, en ce qui concerne les retraites, le coefficient par rapport au minimum vital était de 1,6 en 2015 et pour l'instant de 1,56 en 2016.

De nombreuses régions sont déficitaires et la réalisation des oukases leur pose des difficultés. Elles peuvent parfois emprunter, mais leur budget reste dans le rouge. Par ailleurs, toujours en raison de l'absence de grille commune d'évaluation, elles estiment être sous-financées. Ainsi, selon le rapport de la Cour des comptes, le manque de financement est de 15 à 30% selon les branches. 

Les agences de raiting sont les plus critiques quant à l'exécution des "oukases de mai". Il semblerait que l'endettement des régions, suite à l'exécution du bloc social des oukases,  aurait augmenté de 15% en 2015.

Mais ces agences sont-elles objectives?

Le problème idéologique

Car, plus qu'un problème financier, la question de la réalisation des "oukases de mai" est avant toute chose idéologique. Et justement, le positionnement des agences de notation comme Fitch raittings ou Standards and Poor's est clair: il ne faut pas exécuter ces oukases au risque de plonger le pays dans une crise irréversible.

Et pour cause. Ces agences, diverses et variée, sorties tout droit des principes de dérégulation et de désétatisation, ne peuvent soutenir une politique nationale fondée sur une vision interventionniste de l'état, développant une politique traditionnelle, à savoir tout à la fois libérale mais ayant une dimension sociale. Et la dimension sociale est d'autant plus nécessaire que la crise économique risque d'entraîner une crise sociale et que l'état doit aider à relancer l'économie et la production intérieure. Or, tout cela ne peut se faire justement sans une intervention de l'état.

Ici, la position défendue par le le Président Poutine, qui va à l'encontre des récriminations de certains ministres en appelant aux difficultés techniques pour ne pas exécuter ces obligations, ce bloc socio-économique du Gouvernement, reste inchangée.

Pourtant, certains aspects ne pourront pas être exécutés, sinon formellement. Deux exemples.

Tout d'abord, la question du professionnalisme et de son évaluation

La ministre de la santé, pour répondre à la nécessité d'une meilleure répartition sur tout le territoire russe des spécialistes de santé, avance la mise aux normes internationales du système russe de santé et d'évaluation des médecins. Ainsi, ceux-ci seront testés pour savoir s'ils sont aptes à une réaction situative rapide. Certes. Elle doit être rapide, lorsque l'on voit, grâce à l'informatisation totale du système de rendez-vous chez les pédiatres, que celui-ci dispose de 10 minutes porte ouverte-sortie pour soigner votre enfant. Est-ce que cela a augmenté la qualité des soins? Non.

Dans le domaine de l'enseignement. Les enseignants à l'école sont evalués sur différents critères et de cela va dépendre en partie leur salaire. Ce qui permet de voir arriver dans votre boîte mail des incitations à participer à tous les concours imaginables et stupides, car ainsi leur activité est augmentée et leur salaire aussi. Le fait que d'un point de vue pédagogique, la banalisation du concours soit néfaste pour l'enfant, qui ne sera pas apte à faire la différence entre obtenir un bout de papier à tous les coups gagnants et la participation à un véritable concours, est devenu secondaire.

Ensuite, le fond doit primer la technique

Ici aussi, l'exemple de l'école est éloquent. Alors que chacun s'interroge sur les dangers des réseaux sociaux pour les enfants (tout en lui mettant une tablette dans les mains alors qu'il ne sait pas encore lire), les enfants de 9 ans ont la chance, à l'école, d'avoir un cours d'informatique ... pour savoir comment utiliser internet, chercher des sites et des informations sur les moteurs de recherches. Cela leur permettra, par ailleurs, de poursuivre, ce qui est devenu une autre tradition néfaste chez les étudiants et élèves: le copier-coller. Il faut dire qu'ils y sont incités dès l'école, lorsque le maître ou la maîtresse, leur donne des "projets" à réaliser. C'est-à-dre à trouver des informations nécessaires, qui ne sont pas dans leurs manuels, sur un thème comme "L'économie de Moscou" - toujours pour un enfant de 9 ans...

Il serait certainement mieux, afin de réaliser les oukases de mai, notamment en ce qui concerne la qualité de l'enseignement, de revenir sur la qualité des manuels et les matières enseignées aux enfants. Car, sans même compter sur le fait qu'il est impossible de trouver une information quelconque dans les manuels scolaires - l'enfant devant s'éveiller à la connaissance qui semble-t-il lui est innée - certaines matières ne contiennent aucun enseignement particulier, mais simplement un ensemble de faits juxtaposés. Vous passez ainsi, dans le cours "Le monde qui nous entoure", pour un enfant de 9 ans, de la constitution du budget de l'état, aux panneaux indicateurs sur les routes sans oublier le Bénélux. Sans aucun lien entre les éléments, donnant ainsi à l'enfant une vision fragmentée justement du monde qui l'entoure et réduit sa capacité à le saisir.

Mais il est vrai que, là aussi, nous ne pouvons nous passer d'idéologie. Car destructurer la formation et la connaissance est une grande mode, le tout sous couvert de modernisation des connaissances. L'on sera toutefois surpris de voir que les grandes écoles, notamment anglaises qui sont tellement à la mode, gardent et développent leur bibliothèque, gardent des méthodes justement traditionnelles. Le savoir n'a pas à être moderne, il doit être acquis. 

Nous sommes donc face à la mise en place d'un enseignement à deux vitesses: le savoir pour une élite et pour les autres il reste l'imitation par le modernisme.

Ces éléments des oukases de mai, l'amélioration de l'enseignement et de la médecine, ne peuvent passer uniquement par l'informatisation et les trainning. Ils demandent une implication idéologique, dont ce bloc gouvernemental semble faire quelque peu défaut.

Comme le disait le Président Poutine, il ne suffit pas de les exécuter formellement, ça on sait le faire, il faut que les gens sentent réellement la différence, l'amélioration.

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