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lundi 23 septembre 2024

Billet russe : après la tentative de retour du FMI, le tour de Pozner


La file d'attente pour le retour des enfants prodiges commence à s'allonger dangereusement. Nous avions parlé de la tentative du FMI d'opérer un retour en beauté, finalement avorté. Le présentateur libéral bien connu pour son amour de l'Occident et ses critiques hautaines pour la Russie, Vladimir Pozner, fait un retour étonnant sur la Première chaîne russe. La stratégie du refoulement est manifestement remise au goût du jour. Toutefois, si certaines élites sont toujours prêtes à jouer ce jeu, le peuple n'est plus le même.

jeudi 17 janvier 2013

Les députés s'emparent de l'affaire Pozner

Voir: http://top.rbc.ru/society/16/01/2013/840669.shtml

Suite aux déclarations de Pozner, journaliste politique à la télévision, qui ont choqué en raison de la teneur de ses propos envers la Douma (jeu de mot entre Douma d'Etat et Dura-idiote d'Etat), une vague d'attaque médiatique et politique a pris forme.
 
Que chacun exprime son opinion est normal, mais là, la Douma s'en mèle et force le processus, la vengeance. Non contente d'une condamnation politique, elle se lancer sur le terrain juridique. Alors elle veut savoir combien gagne réellement Pozner sur la chaîne Pervyi Kanal, s'il n'est pas plus payé que ses collègues 100% russes.
 
Pour obtenir cette information, les députés ont besoin d'obtenir tout d'abord un vote à la majorité. Ce qu'ils n'ont pu obtenir une première fois. Alors, ils remettent le couvert, et comme par magie, l'obtiennent la deuxième fois et même largement, avec 236 voix pour et 39 voix contre.
 
Cette vague entre dans le cadre du projet de loi visant à interdir aux journalistes ayant une nationalité étrangère et discréditant la Russie de travailler dans les médias publics. Mais quel est le rapport entre le salaire d'un journaliste et la possibilité d'appréciation de son travail? S'il est mauvais, de toute manière il est toujours trop payé et s'il est bon il mérite d'être bien payé. Et en ce qui concerne le projet de loi: est-il vraiment nécessaire? Une chaîne ne peut-elle sans une loi garder ou non un journaliste en appréciant la qualité de son travail? Et comment et qui va apprécier ce qui constitue la "discréditation"? Toute critique risque de devenir de la discréditation, alors que la critique est nécessaire à l'Etat. Cela semble être un projet de loi non seulement inutile, mais dangereux pour la qualité du métier de journaliste.

jeudi 27 décembre 2012

L'affaire Pozner: tentation de censure ou mauvais goût?

Voir: http://www.kommersant.ru/doc/2100406

Tout d'abord, il y a eu des rumeurs sur le départ précipité de Pozner, journaliste animateur d'une émission politique, hésitant entre complaisance et critique plutôt timorée somme toute. Ce journaliste, de nationalité russe, française et américaine, ayant vécu dans ces trois pas, cosmopolite par excellence serait allé trop loin en critiquant l'adoption de la loi réponse à la Liste Mgnitsky.
 
Les députés de toutes fractions s'énervent, s'en prennent à ses paroles, à son lapsus sur ce parlement d'un autre pays, en appellent au patriotisme bon ton. Le préviennent du prochain dpôt d'un projet de loi ayant pour but d'interdir l'accès aux chaînes publiques nationales aux journalistes étrangers ou financés par l'étranger critiquant la Russie. Ici la Douma hésite entre la censure facile et le mauvais goût tout simplement.
 
Et l'on en revient au rôle du journaliste. Un journaliste a -t-il le droit de donner librement son opinion ou doit-il présenter objectivement une information? Et l'objectivité est-elle possible?
 
L'émission présentée par Pozner est une émission politiqe engagée, raisonnablement critique. On pourrait presque dire du journalisme d'opinion. On peut partager  ses prises de position ou pas, là n'est pas le problème. Toute opinion a le droit d'exister et le plus grand danger du journalisme est l'autocensure. Ce type de projet de loi tend à renforcer l'autocensure, ce qui est suicidaire, non seulement pour la professsion, mais également pour le pouvoir.
 
Le journaliste est le meilleur allié de l'équilibre des pouvoirs, le représentant principal du contre pouvoir. Il est cet enfant qui se doit de dire que le roi est nu. Si le journaliste ne peut le dire, plus personne n'osera. Cela n'implique pas qu'il ait raison dans ses opinions, ce ne sont que des opinions. Mais il a non seulement le droit d'exprimer son opnion, il en a surtout le devoir. Et si une loi doit être adoptée, elle doit garatir le pluralisme d'opinion.
 
Et il est trop facile d'en appeler au patriotisme, de demander à un individu de choisir son clan, de rappeler que ses nombreuses nationalités lui permettront de toute manière de trouver du travail ailleurs. Mais la question est de savoir, pourquoi ailleurs? Pour certains, le patriotisme passe par la critique, lorsqu'elle est constructive. Ce patriotisme au rabais ressort plus du mavais goût que de la censure.

lundi 26 novembre 2012

Medvedev / Rogozine: l'alternative présidentielle ou changement de Premier ministre?

Voir: http://ria.ru/politics/20121126/912190321.html
http://www.1tv.ru/sprojects_edition/si5756/fi19583
http://www.gazeta.ru/politics/2012/11/26_a_4867973.shtml

Après les rumeurs répétées - et démenties - sur la santé de V. Poutine, avec la lutte qui s'intensifie contre la corruption systémique, avec la volonté de "nationaliser" les élites du pays, après l'échec politique de D. Medvedev, avec l'absence d'alternative proposée par l'opposition actuelle, l'avenir des présidentielles semble se cristalliser autour de deux hommes, de deux courants: Rogozine et la vision d'une reconstruction nationale contre Medvedev et l'ultralibéralisme.
 
Les rumeurs sur la santé de V. Poutine avaient défrayées les médias libéraux: le Président vieilli, il n'est pas éternel et la question de l'avenir de la Russie avait refait surface. Rumeurs démenties par le porte-parole de la présidence, V. Poutine s'est juste fait mal en faisant du sport, rien de grave. Mais la question n'est pas là. Qu'il soit malade ou en bonne santé, il n'est pas éternel et la question de son remplacement se posera de toute manière. Lui-même ne s'envisage pas éternellement au pouvoir.
 
Des plaisanteries fusaient alors sur le retour de Medvedev, ce qu'il vient d'affirmer envisager. Si l'on traduit ses déclarations à la presse française, le message est clair. Il a accepté le poste de Premier Ministre en espérant revenir à la présidence, comme l'a fait V. Poutine: une fois que l'on a goûté au pouvoir, il est difficile de s'en défaire ... Et il reprend ses grandes diatribes libérales, explique sa politique sur Twitter, la réexplique sur Facebook. Il rappelle aussi l'affaire Khodorkovky, se posant en grand défenseur de la libération des deux principaux protagonistes de l'affaire Yukos. Mais D. Medvedev/ Premier Ministre a dû oublié que D. Medvedev/Président, alors que sur demande, une dizaine de grands juristes russes lui avaient expliqué par écrit qu'il pouvait gracier Khodorkovky sans que celui-ci n'en formule la demande, que la législation est ainsi construite, qu'il s'agit d'un pouvoir propre du Président dans tous les pays et de tout temps - puisque cela vient des pouvoirs du Monarque à l'époque dans tous les pays - il a affirmé ne pas être d'accord avec eux et n'a pas eu le courage politique de mettre en oeuvre ses grandes déclarations. Donc la grande réforme qu'il a pu mettre en place jusqu'au bout, et sur laquelle il n'est n'est pas revenu puisqu'elle est réussie, est l'annulation du changement d'heure. Grande réforme! Bon, je plaisante ...
 
Cet homme envisage donc son retour politique. Cet interview apparaît sur gazeta.ru le lendemain du jour où Rogozine occupe l'espace médiatique, sur NTV et surtout sur Pervyi Kanal, avec¨Pozner. Rogozine y développe un discours, s'appuyant sur des faits, démontrant l'importance d'une lutte systémique contre la corruption, notamment dans l'industrie militaire où le financement est renforcé. La nécessité de relancer l'industrie nationale pour ne pas mettre la Russie en situation de dépendance par le recours à l'achat d'armement aux autres pays (politique alors défendue par Serdiukov). Il insiste aussi sur la nécessité d'un discours constructif de l'opposition, qui doit travailler pour son pays. Et là en effet est le rôle de l'opposition: critiquer les choix politiques et proposer une alternative. L'on peut se demander quelle est la position de l'opposition sur la réforme des retraites par exemple. Mais il n'y a pas encore de réponse. Ce qui bloque la possibilité de créer un électorat: les gens ne sachant pas quelle politique serait mise en oeuvre.
 
Aux questions répétées de Pozner sur ses intentions présidentielles, Rogozine tient une position ferme: il est au Gouvernement, s'occupe de ses affaires et n'a pas pour l'instant d'ambitions présidentielles. Pourtant, pourtant ... Le combat des clans politiques semble se durcir et la position de Medvedev est particulièrement flottante. Son départ du Gouvernement a souvent été évoqué, mais n'est resté que parole. La montée politique de Rogozine, personnalité largement plus forte de Medvedev à beaucoup de point de vue, semble se poser en alternative réaliste pour, dans un premier temps, un poste de Premier ministre.
 
Les conséquences n'en seraient que positives. Tout d'abord, en situation de fait majoritaire normal, le Président et le Gouvernement doivent avoir la même ligne politique. Ensuite, cela permettrait d'officialiser politiquement l'existence des deux clans. Medvedev aurait alors la possibilité de réellement être à la tête d'un parti libéral qui pourrait s'opposer dans l'arène politique au clan Poutine/Rogozine. Et les électeurs pourraient faire un choix réel. Mais Medvedev en a-t-il le courage politique? Poutine pourra-t-il enfin mettre un terme à l'existence des clans informels et ainsi réellement normaliser la vie politique?
 
La suite au prochain épisode ...