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mercredi 15 octobre 2025

Guerre en Ukraine : Trump et l'OTAN enchaînent les menaces contre la Russie


Dans leurs dernières déclarations, Trump et Rutte ne cessent d'enchaîner les menaces contre la Russie. Des missiles Tomahawk à la rhétorique guerrière, les Globalistes semblent se diriger de plus en plus sûrement vers une confrontation directe avec la Russie, qui elle tente encore de calmer leurs ardeurs. Même si ses tentatives sont, à l'inverse, prises pour de la faiblesse, ce qui les conforte dans leur position.

jeudi 4 janvier 2024

Bombardement otanien de Belgorod : quand la France devient un Etat, soutien du terrorisme


En quelques mois, la politique menée par ce Gouvernement français a réussi à faire ce que même Napoléon, en menant la guerre en Russie, n'a pas pu : provoquer un dégoût et un rejet de la France et des Français. Après l'attaque sanglante de Belgorod le 30 décembre, faisant plus d'une centaine de blessés et 24 morts, le ministère français des Affaires étrangères ose légitimer, ce qui constitue une violation ouverte du droit international humanitaire, et parle de "légitime défense". La France, s'est-elle rabaissée au point de devenir un vulgaire Etat soutenant le terrorisme ? C'est une honte pour notre pays, une insulte à notre histoire ! Ce Gouvernement trahit ouvertement l'intérêt national.

vendredi 26 mai 2023

Medevev : les Occidentaux, iront-ils jusqu'à la guerre nucléaire ?


L'emballement de l'aide militaire apportée à l'Ukraine par les pays de l'Axe atlantiste ne semble pas avoir de fin ... La question, qui logiquement se pose, est de savoir jusqu'où les globalistes sont prêts à aller. Pour l'instant, ils ne peuvent se battre directement, les populations n'iront pas mourir pour leurs intérêts en Ukraine. Mais auront-ils la folie de fournir des armes nucléaires à l'Ukraine, après lui avoir fourni des obus déjà enrichis à l'uranium? Medvedev les a mis en garde. Sont-ils seulement encore capables d'écouter ?

mercredi 15 juin 2022

Medvedev doute de l'existence de l'Ukraine comme pays d'ici deux ans


Kiev demande aux Etats-Unis de faire entrer plusieurs milliards de dollars de livraison de gaz dans le cadre du programme Lend-Lease, réanimé par Biden, qui a permis le contrôle de l'Europe après la Seconde Guerre mondiale. Dans son canal Telegram, qui a déjà surpris par la virulence de ses propos, Medvedev déclare douter de l'existence de l'Ukraine comme pays d'ici deux ans, quand il faudra payer. En effet, la question se pose.  

mercredi 17 juin 2020

Russie : Medvedev rappelle judicieusement les risques et les limites de la globalisation et du tout-numérique



Dmitri Medvedev, ancien Premier ministre russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie vient de sortir un article intéressant sur le thème de la coopération en matière de sécurité dans le cadre de la pandémie du coronavirus. L'intérêt de cet article réside principalement, pour le libéral patenté qu'il est, à mettre en garde contre les dérives liberticides du culte numérique qui accompagne le coronavirus et à rappeler que la coopération globale inévitable dans un monde global n'enlève en rien l'existence d'une concurrence entre les pays.

lundi 27 mars 2017

Navalny tente une "Révolution verte" en Russie: premier acte

Manifestation du 26 mars à St Pétersbourg


A. Navalny, l'icône occidentale portée depuis des années par l'Occident pour faire tomber ce qui est appelé "le régime de Poutine", vient de lancer, dans cette période pré-électorale en Russie, le début d'une Révolution en couleur, ici verte. Certes, la Russie n'est pas l'Ukraine, l'Etat n'est pas en faillite et le Président bénéficie d'un réel soutien populaire. Pour autant, ce mouvement n'est pas à prendre à la légère: ce sont les minorités qui font les révolutions, pas les majorités. Elles n'en ont pas besoin.

mercredi 10 août 2016

La préparation de l'affaire "Medvedev" et la question du choix politique

Résultat de recherche d'images pour "медведев"

Une campagne médiatique contre le Premier ministre russe D. Medvedev a été lancée début août. Il est vrai que l'intéressé est un habitué des petites phrases qu'il aurait mieux fallu éviter, comme chaque homme politique en compte à son actif. Mais tous ne bénéficient pas d'une campagne lancée par The Financial Times. Alors pourquoi? Ou ... Pour qui?

mercredi 30 décembre 2015

Le gourou néolibéral Koudrine serait-il de retour au Gouvernement russe?



Depuis début décembre, l'espace politico-médiatique russe frissonne autour de rumeurs diverses et variées prévoyant le retour de A. Koudrine, ex-ministre des finances (2000-2011) et grand gourou du néolibéralisme russe, aux commandes. En cette période d'instabilité économique et financière, cette personnalité est contestable, sur le plan politique. Mais A. Koudrine-2 est-il apte à ne s'occuper "que" de questions techniques? L'on peut en douter.

jeudi 5 février 2015

Quand V. Poutine recadre le Gouvernement

A. Dvorkovitch

Une épidémie sélective de grippe semble toucher le Gouvernement russe. Ainsi, le Premier ministre D. Medvedev et le sauveur de l'économie russe I. Shuvalov furent déclarés "malades" et donc absents de la réunion du conseil des ministres hier. Le Président V. Poutine a pris la direction des opérations le recadrage, ce qui n'est pas passé inaperçu.

jeudi 13 novembre 2014

Sanctions économiques: non le marché russe ne vous attendra pas


L'on entend souvent la ritournelle apaisante selon laquelle les sanctions sont temporaires. Une fois la crise passée tout redeviendra comme avant. Peu d'hommes d'affaires y croient, mais les politiques et leur entourage le répètent à chaque occasion, espérant peut être modifier la réalité. Le Premier Ministre russe D. Medvedev vient donc de jeter un pavé dans la mare: non le marché n'attendra pas le bon vouloir des décideurs occidentaux. Il leur faudra assumer leur décision. 

vendredi 17 janvier 2014

Primakov condamne la politique néolibérale du Gouvernement et souligne la crise des modèles

Voir: http://www.mk.ru/economics/article/2014/01/15/970710-sozidatelnoe-razrushenie-medvedeva.html
http://www.rg.ru/2014/01/13/primakov.html
http://vz.ru/politics/2014/1/15/668058.html

Le fait qu'il existe une rupture idéologique entre la présidence et le Gouvernement n'est pas une nouveauté. Beaucoup d'encre a déjà coulé sur le sujet. En revanche, ce qui surprend, c'est qu'une personnalité comme Primakov fasse devant des personnalités de haut rang comme par exemple V. Matvienko (présidente du Conseil de la Fédération), de telles critiques lors de sa conférence annuelle au Club Mercury, juste la veille de la grande messe néolibérale du Forum Gaïdar.

En substance, Primakov officialise la rupture idéologique de la gouvernance en Russie. D'une part, le clan Medvedev-Chuvalov-Dvarkovitch prônant et mettant envers et contre tout en oeuvre une politique néolibérale, qui entraîne une réduction de la place de l'Etat dans l'économie, le renforcement du bisness et l'autorégulation du marché, même dans les sphères sociales. Tout cela reprenant l'idée bien connue que la gestion étatique est inefficace, les oligarques ont donc besoin de plus d'espace pour que puisse s'épanouir d'elle-même l'économie russe, comme ce fut le cas dans les années 90, avec les conséquences que nous connaissons tous.

Plus concrètement, les néolibraux se fixent comme but l'horizon 2018 pour que l'Etat ne puisse contrôler plus d'un quart de l'économie. Par ailleurs, ils proposent de passer directement à la phase post-industrielle, sans passer par la case de réindustrialisation, pourtant nécessaire après la destruction industrielle du pays dans les années 90, ce qu'illustre parfaitement Skolkovo. Sans oublier une grande vague de privatisation qui doit toucher les entreprises publiques clées, comme Rosneft, des enreprises rentables qui doivent être getillement remises entre les mains de quelques oligarques. Bref, on prend les mêmes et on recommence. Les mêmes personnes n'ont pu générer de nouvelles idées. Juste encore un détail pour illustrer le besoin d'oxygène du bisness: 110 oligarques contrôlent 35% des actifs russes. Il serit peut urgent justement de s'y attaquer, pour que l'économie dans son ensemble et non son oligarchie puisse respirer.

Face à ce déferlement néolibérale, qui a déjà frappé la Russie à la chute de l'Union soviétique dans une euphorie, alors compréhensible, pour une économie de marché dérégulée, libérée de l'emprise de l'Etat, les contraintes intérieures et internationales devraient faire réfléchir. Ce que souligne Prmakov, en opposant le cours politique choisi par le Président Poutine, dont le retour n'avait pas été prévu par ses opposants néolibéraux, à la politique de Medvedev. 

Du côté présidentiel, avec par ailleurs le soutien d'une grande partie de l'élite et de la population, l'accent est mis sur la nécessité de réindustrialisation du pays, avec l'aide et l'impulsion de l'Etat. Une vision structurée de développement qui s'oppose à la destruction créatrice encore soutenue par Medvedev. Car, selon Primakov, à l'exemple des Etats Unis ou de l'Europe, où le rôle de l'Etat s'est renforcé sous l'effet de la crise afin de ne pas aboutir à un suicide économique collectif, l'Etat russe est le seul organe à même de lancer de grands projets d'ampleur nationale, qui auront pour effet de relancer l'économie intérieure du pays en ces temps difficile.

Et la présidence se trouve aujourd'hui dans la situation difficile, où il est nécessaire de réparer les erreurs stratégiques commises sous la présidence Medvedev, tout en incitant le Gouvernement à comprendre qu'en dehors de la pensée néolibérale, il existe d'autres modes de pensée. Concrètement, le Président va renforcer la régularité de sa présidence de la réunion du Conseil des ministres. Mais est-il toujours possible de trouver un compromis?

Car cette période trouble n'est pas prête de finir. Il ne s'agit pas que d'une crise financière ou économique circonstancielle, il s'agit d'une crise de modèle. Le modèle libérale, poussé à ses extrêmes, conduit à la chute des systèmes politico-économiques, comme l'avait fait en son temps le modèle soviétique. 

Notre conception extrême du libéralisme, jusqu'auboutiste, est particulièrement destructrice, que cela concerne l'économie, le social ou la politique. Le rejet a priori de l'Etat, le renforcement de structures para-étatiques, est un luxe que l'on peut se permettre avec modération en période de croissance, mais qui risque de coûter cher en période de crise. Et je ne parle pas que de la Russie.

jeudi 9 janvier 2014

Sur la qualité rédactionnelle des lois: l'exemple de l'aide juridictionnelle gratuite en Russie

Voir: http://www.rg.ru/2014/01/09/advokat-anons.html

Selon la législation russe en vigueur, toute personne ayant de faibles revenus a droit à un avocat aux frais de l'Etat, que ce soit au moment de l'enquête ou devant le tribunal. Cette belle avancée a toutefois risqué d'être compromise par l'adoption de la loi sur les marchés publics.
 
Dans le cadre de la législation concernant les contrats conclus par l'Etat, qui concernent les prestations commerciales, le législateur avait assimilé l'aide juridictionnelle. En effet, l'avocat se fait payer. Pour autant peut-on dire qu'il assure une prestation commerciale? Oui, c'est absurde. Mais c'est aussi très significatif de la mentalité des parlementaires et du Gouvernement à l'origine du texte.
 
Cela revenait à tuer dans l'oeuf le système de l'aide juridictionnelle. Car, avant de contacter un avocat, quel que soit le jour, quelle que soit l'heure, les forces de police ou les magistrats devaient lancer la procédure de marché public, avec appel d'offre etc. Oui, ça aussi c'est absurde.
 
Heureusement, les avocats ont réagis et ont mis le doigt sur le caractère ubuesque de la situation, qui fut très discrètement réglée.
 
Rappelons, en passant très vite, que D. Medvedev préside l'association des juristes de Russie ...

jeudi 7 novembre 2013

Poutine renverse le cours de la lutte contre la corruption "libéralisée" par Medvedev

Voir: http://izvestia.ru/news/560148

La conscience du rôle central de la lutte contre la corruption pour renforcer l'Etat de droit n'échappe à personne. Ce qui pose plus de difficultés, est le choix des moyens de lutte, car ici la vision politique entre en scène. Medvedev, partisan d'une libéralisation de la politique pénale, avait transcrit ses idées dans la lutte contre la corruption, dont l'inefficacité a été reconnue au plus haut niveau et dans les différentes structures concernées. La décision a finalement été prise de repenser en profondeur les mécanismes de lutte contre la corruption.
 
L'échec de la politique initiée par Medvedev s'appuie sur les résultats chiffrés de la lutte contre la corruption. Selon les données du ministère de l'intérieur, dans la première moitié de l'année 2012 ont été enregistrées 34049 affaires liées à la corruption et le chiffre a baissé pour la première moitié 2013 à 29501, ce qui n'est pas lié avec une baisse de l'activité de corruption. De plus, seulement 8% des personnes convaincus de corruption ont été condamnées à une peine privative de liberté, les autres, dans une logique de libéralisation, n'ont été condamnées qu'à une amende, qu'ils ne paient pas la plupart du temps en s'appuyant sur des vides législatifs.
 
Il semble donc important de modifier le cours de la lutte contre la corruption, celle-ci devant être systémique pour être efficace. Les personnes tentées doivent comprendre qu'elles ne resteront pas impunies. Un durcissement de la législation est ainsi en cours de préparation, revenant à une conception moins "libérale" du rôle de l'Etat. Il est par ailleurs nécessaire, afin d'en renforcer l'efficacité, de mieux répartir et préciser les compétences des différents organes intervenants, à tous les stades, notamment celui de l'enquête. Mais les moyens de la Procuratura, dont le rôle est celui de la surveillance de la légalité, doivent également être renforcés.
 
En dehors des moyens juridiques, il est également important de travailler l'image de l'Etat, pour sa détermination ne soit pas remise en question. Le fait que différents acteurs du processus commencent à s'exprimer dans les médias avant qu'une décision de justice ne soit prise ou même avant que l'affaire ne soit examinée par la justice donne une très mauvaise image dans la population. Et la raison en est simple. Les affaires complexes de corruption prennent du temps, pour que tous les faits soient établis et prouvés, que la liste des personnes concernées soit établie. Et lorsque les représentants du pouvoir s'expriment trop tôt, le temps de l'enquête donne l'impression d'une impunité, car le lendemain la personne soupçonnée n'est pas en prison. Et elle ne peut pas l'être. Car dans un état de droit il faut aussi respecter les règles. Il a alors été demandé de ne pas utiliser les affaires retentissantes pour se faire une opération de communication, mais plutôt de travailler à la réunion des preuves nécessaires.
 
Ainsi, la manière de travailler doit changer. Le principe de transparence, fondamental pour que la population soit au courant des actes et décisions des pouvoirs publics, s'arrête là où commence la publicité personnelle, la politisation des affaires pénales dans un but personnel. Autrement dit, le message est clair: faites moins de bruit et soyez plus efficace. A suivre ...

mardi 29 octobre 2013

Les dangers pour l'Académie des sciences se précisent et se confirment

Voir: http://www.kommersant.ru/doc/2330721
http://www.kommersant.ru/doc/2327614

D. Medvedev vient de signer les statuts de l'Agence fédérale qui va gérer les finances de l'Académie des sciences et dont dépendent les instituts de recherche. Tant la nomination de son directeur, que la disparition de certaines dispositions importantes ne présagent rien de bon pour l'avenir de cette institution historique.
 
L'Académie des sciences, fondée par Pierre le Grand, qui a traversé les révolutions, les guerres, les changements d'idéologie, semble difficilement survivre à la vision libérale concurrentielle tous azimuts qui envahie aussi la science en Russie.
 
Il faut être efficace. Donc, le Gouvernement créé une Agence qui va libérer du poids de la gestion les Académiciens, qui va déterminer quelles orientations doivent être financées, donc qui va déterminer ces mêmes orientations. Et, pour la diriger, un (très) jeune homme, financier, dynamique, qui a une bonne mémoire dit-on, un jeune homme qui semble très doué pour faire rapidement carrière est nommé. Il s'agit de Mikhail Kotiukov, vice-ministre des finances, 37 ans, qui n'a aucun expérience de la science. Il est porté par son mentor, l'ancien gouverneur de la région de Krasnoïarsk, qui l'a amené avec lui a Moscou lorsqu'il est entré au Gouvernement. Ce jeune homme ira loin, si le système de valeurs ne change pas, ne se rétablie pas. Donc celui qui ne connaît l'enseignement supérieur et la recherche que pour avoir été assis sur les bancs de la fac pourra diriger l'Agence qui va faire la pluie et le beau temps d'une institution qui marque l'histoire de toute la science russe.
 
Mais, la jeunesse et le manque d'expérience n'est pas forcément un signe d'incompétence. C'est vrai. Toutefois la peur de la confrontation avec les représentants du système en est un, de signe d'incompétence. Et ici l'on remarque la mystérieuse disparition dans les statuts de l'Agence des dispositions concernant le Conseil scientifique qui devait co-diriger cette fameuse Agence. Surprenant? Hélas, non pas vraiment. Il devait être composé à égalité de scientifiques nommés par le Président, par l'Académie des sciences, par l'assemblée générale de l'Académie et de chercheurs de l'Académie. Ce Conseil scientifique était alors considéré comme l'organe directeur principal de l'Agence. Dans la version définitive du texte signée par le Premier Ministre, il est simplement fait allusion a la possibilité de créer des organes consultatifs (experts, conseils ...). Et la composition sera prise en charge par le directeur de l'Agence. Un Conseil scientifique pourrait voir le jour, mais son statut sera discuté à part. Ce qui laisse que peu d'espoir pour la composition d'un organe indépendant et compétent.
 
Bref, l'Académie des sciences vient de perdre son indépendance de manière définitive. Elle est tombée entre les mains d'un jeune vice-ministre des finances de 37 ans qui ne la connait que par les chiffres. Et l'on peut s'interroger sur l'intérêt réel que peut présenter pour ce Gouvernement le développement de l'Académie des sciences. Beaucoup se sont déjà (et personnellement) investis dans le projet Skolkovo, devant sauver l'honneur de la Russie en matière d'innovation. Ils auraient pu beaucoup plus simplement relancer cette branche dans l'Académie, le projet eut été plus institutionnel, moins personnel et peut être moins fructueux, vus les scandales à répétition. Mais non, un autre choix a été fait. Et la réforme de l'Académie des sciences doit s'analyser au regard de ce facteur.  Les représentants de cette idéologie n'ont pas intérêt à aider l'Académie des sciences à se réformer pour renforcer son efficacité. Triste jour ...

lundi 30 septembre 2013

L'incohérence du discours "officiel" sur l'avenir de la Russie

Le discours sur l'avenir du pays produit par les dirigeants russes devient de plus en plus difficile à suivre, tant les contradictions essentielles se multipllient. S'agit-il de l'existence réelle de deux clans au pouvoir, pour être simpliste on dira le clan Medvedev et le clan Poutine, ou y aurait-il d'autres possibilités d'interprétation?

V. Poutine au Club Valdai parle de la Nation, de l'unité nationale, de la souveraineté de l'Etat russe et de ses implications. Quelques jours plus tard, D. Medvedev à Sotchi pour le Forum international sur l'investissement fait tout un discours sur la nécessité pour la Russie de tirer avantage de sa situation. Autrement dit, le chômage étant faible, il faut maintenant modifier radicalement la politique du pays pour relancer la concurrence. Il s'agit de ne plus avoir peur du chômage, donc de pouvoir se débarrasser de tous les emplois improductifs. Les gens doivent comprendre que les temps changent, ils vont devoir se reformer, changer d'entreprise, de lieu de travail, voire de région. Telles sont les nouvelles règles du jeu.

Deux discours antinomiques s'il en est. D'une part, la construction d'une Nation unie lorsque le système politique reste sous pression de contestations diverses et variées a besoin de s'appuyer sur un socle social uni, d'écarter tout risque de mouvements sociaux ou de crise sociale. Or, le "dégraissage" annoncé par Medvedev va entraîner une montée du chômage, en l'absence de réelles prestations sociales compensatoires, et provoque au mieux un risque de destabilistion psychologique, au pire une véritable crise sociale. Car les emplois visés ne sont pas ceux qui demandent d'avoir une haute qualification , donc les personnes visées vont avoir de sérieuses difficultés à retrouver un emploi, sans oublier que leur âge ne leur permettra pas forcément de se requalifier et que leur situation familiale (vues les dimensions de la Russie) peut bloquer leur mobilité géographique.

L'on peut se demander pourquoi Medvedev après le disours de Poutine qui redonnait espoir en une Russie forte, a ressenti le besoin d'écrire un article présentant ses vues dérégulatrices et d'appuyer un discours, salué par les milieux financiers, cassant l'effet produit antérieurement.

Il est possible d'envisager l'existence de deux clans qui s'affrontent au pouvoir. Dans ce cas, de toute manière, ni l'un ni l'autre ne se réalisera vraiment, car leurs forces s'annulent mutuellement. Mais est-ce la seule explication? Non.

Il est également possible d'imaginer que cette pluralité politique interne aux organes de pouvoir est voulue, elle serait une manière spécifique d'appréhender le pluralisme inhérent à tout système démocratique. Pour autant, il s'agirait alors d'une déformation du système démocratique qui en conséquence affaiblie le fonctionnement de l'Etat.

Mais il serait enfin possible de considérer cette approche d'un autre point de vue. Très souvent, et pas uniquement en Russie, la chute de l'Union soviétique a été expliquée comme étant la résultante de l'absence de réforme de l'économie. Autrement dit, il aurait fallu tout d'abord libéraliser l'économie et ensuite seulement libéraliser le politique pour ne pas perdre l'Union soviétique. Dans le même ordre d'idée, les défenseurs de cette argumentation s'appuient le modèle chinois. Pourtant, plusieurs critiques peuvent être opposées à cette vision du monde. La Russie d'aujourd'hui n'est, politiquement, comparable ni à l'Union soviétique, ni à la Chine. Son système politique est déjà ouvert, libéralisé, donc la critique existe et elle s'exprime ouvertement. Il ne s'agit pas d'un monolythe politique qui ouvre les vannes de l'argent étranger.

Or, il est fort possible que les dirigeants russes soient restés trop marqués par les erreurs de l'Union soviétique et qu'ils veulent appliquer aujourd'hui des recettes qui étaient valables, peut être, hier, mais qui en tout cas sont périmées et donc dangereuses dans le contexte actuel.

Quoi qu'il en soi, il est urgent de clarifier le discours politique. Au minimum pour renforcer l'efficacité de l'Etat. Sans oublier qu'à mener une politique portée également par les partis comme Iabloko, SPS ou autres mouvances libérales, les électeurs finiront en toute logique par voter pour les représentants de ces partis, aujourd'hui formellement dans l'opposition, en tout cas partis qui ne sont pas au pouvoir. 

mercredi 28 août 2013

Petit avertissement pour oligarque via la Biélorussie

Voir: http://izvestia.ru/news/556143

Cela faisait longtemps que l'on n'avait plus vue l'arrestation d'un oligarque russe. Du moins en Russie. Et pour des activités liées à leur business. Après l'affaire Khodorkovsky, le pouvoir a changé de tactique et un gant de velours a été délicatement posé sur la main de fer. A tel point que le lobbying de leurs intérêts s'est significativement renforcé, des modifications de la législation ont été prises dans leur intérêt, un ombudsman pour les entrepreneurs a été créé, des hommes d'affaires condamnés à des peines de prisons pour criminalité économique ont été graciés. Bref, le pouvoir et le business semblaient partis pour une longue lune de miel.
 
Mais le marché du potassium et les intérêts vitaux du voisin biélorusse viennent de faire dérailler la douce musique. Le directeur général de la compagnie russe Uralkali a été arrêté à l'aéroport de Minsk, où il s'apprêtait à rentrer à Moscou après une discussion peu fructueuse avec le Premier ministre biélorusse, sur invitation de celui-ci. Sachant qu'en dehors de V. Baumgertner, étaient également invités les partenaires-clés sur ce marché, à savoir le milliardaire S. Kerimov (actionnaire principal de Uralkali), A. Volochine (directeur du Conseil de direction de Uralkali depuis 2010 et président de l'Administration présidentielle nommé sous Eltsine en 1999 et reconduit sous Poutine mais libéré rapidement de ses fonctions en 2003), A. Dvorkovitch (conseiller du Président Medvedev, vice Premier ministre actuellement), le conflit aurait pu être beaucoup plus sensible. Et étrangement, la Russie ne réagit pas trop fortement, elle si prompte à défendre les intérêts de ses citoyens à l'étranger. Voyons peut être pourquoi.
 
En 2008, les oligarques russes mettent en place un système complexe devant les conduire à une situation de monopole sur le marché du potassium. Kerimov et ses partenaires ont commencé à acheter en masse les actions des entreprises russes du marché. L'opération réussie, ils se sont tournés vers leur voisin biélorusse. En effet, la Biélorussie n'a ni gaz, ni pétrole, mais de bonnes ressources en potassium. Le système de prise de contrôle qui avait si bien marché en Russie, ils ont voulu l'exporter en Biélorussie. Toutefois, Loukachenko résiste, c'est un secteur vital pour le budget. Il représente près de 30% des ressources.
 
La compagnie biélorusse de potassium avait été fondée en 2005. Loukachenko refuse de la remettre entre les mains des oligarques russes, mais un compromis est trouvé, et Uralkali devient un partenaire stratégique de la Biélorussie sur le marché. Et donc pour le budget de l'Etat. Finalement, 50% des actions passent entre les mains de Uralkali, 45% reste à la compagnie biélorusse et 5% à la compagnie publique biélorusse des chemins de fer. (Voir ici http://www.belpc.by/about/)
 
Mais cela ne suffit pas à Uralkali, les orligarques russes veulent le contrôle total du marché du potassium dans le nord de l'Europe et ce sans partage. Cette compagnie russo-biélorusse, BKK, avait obtenu le droit exclusif de vente du potassium produit dans la région. Or, début 2012, Loukachenko obtient des informations selon lesquelles leurs partenaires russes ont conclu secrètement des accords en violation de l'exclusivité, ce qui porte atteinte aux intérêts biélorusses. En décembre 2012, Loukachenko prend alors un oukase ouvrant à nouveau le marché, ce qui libère également les compagnies biélorusses. Que fait Uralkali? Ils préparent une sorte d'OPA sauvage.
 
Le premier acte est de faire chuter le marché. Ils ne recourrent plus à BKK pour la vente du potassium mais à une compagnie suisse, ils noient le marché et font chuter les prix, dont les prix des actions. Leur titre perd environ 20%. Afin de limiter leurs propres pertes, des fonds suisses, sous contrôle de Uralkali, commencent à racheter leurs actions. Leur pari est le suivant: leurs ressources financières est plus importante que celle des biélorusses, qui devront céder et vendre à bas prix leurs compagnies. Alors il sera possible de restabiliser le marché, totalement sous leur contrôle.
 
Toutefois, avec la crise qui touche durement la Biélorussie, Loukachenko ne l'entend pas de cette oreille. Une commission d'enquête est mise en place, dirigée par son fils Viktor, conseiller du président en matière de sécurité d'Etat, et les opération sont laissées aux bons soins du KGB. Finalement les preuves de malversation sont réunies. Maintenant, Loukachenko attend le bon moment. De toute façon, ces opérations ont fait perdre au budget environ 100 milliards de dollars, il doit réagir, l'enjeu est vital pour le pays.
 
Pour la fête des mineurs, le Premier ministre biélorusse invite tout ce beau monde. Un seul vient et en sortant d'un entretient vide avec le Premier ministre, il est arrêté en montant dans son avion, inculpé et mis en détention pour éviter qu'il ne quitte le pays.
 
Le message envoyé par Minsk aux oligarques russes est clair. Tout d'abord, il n'y a pas de régime préférenciel en fonction de la richesse, ils sont traités comme de simples citoyens. Ce dont ils ont perdu l'habitude. Ensuite, la liberté du commerce s'arrête là où commence l'intérêt vital de la nation. Et il semblerait que la Russie comprenne plutôt bien le message. Car quel est l'intérêt pour Moscou de ruiner son voisin et partenaire? Le business qui se sent à nouveau en toute impunité en Russie, notamment grâce à ses protections et partenaires placés parmis les dirigeants, vient de recevoir une giffle de taille. Quant à V. Baumgertner, il trouvera suffisamment de personnes pour le soutenir. Le clan Medvedev est déjà monté au créneau et I. Chuvalov, premier vice Premier ministre, a déjà condamné l'arrestation (Voir ici http://www.forbes.ru/news/243948-shuvalov-nazval-nedopustimym-zaderzhanie-v-belorussii-glavy-uralkaliya). Mais il se passera du temps avant qu'un oligarque veuille s'emparer de force des ressources biélorusses.

vendredi 9 août 2013

L'affaire des experts "Khodorkovsky" va-t-elle remonter jusqu'à Medvedev ou l'indépendance de la justice dans les faits

Voir dans la presse russe: http://tvrain.ru/articles/sledovateli_kopajut_pod_dmitrija_medvedeva_ego_pomoschnika_mogut_doprosit_po_delu_o_liberalizatsii_uk-349594/
http://www.vedomosti.ru/politics/news/15016551/sledstvie-vyyasnyaet-prichinu-gumanizacii
http://www.vedomosti.ru/opinion/news/15057771/delo-gumanizatorov

Sur l'historique de l'affaire des experts, ou comment des "groupes" d'expertise sur l'humanisation du droit pénal ont été mis en place et utilisés pour déréguler le droit pénal économique et servir les intérêts de M. Khodorkovsky, voir notre analyse publiée ici le 10 juin : http://russiepolitics.blogspot.fr/2013/06/khodorkovsky-le-conseil-des-droits-de.html

Revenons rapidement sur cette affaire. Donc, en utilisant des financements anglo-saxons, des groupes d'experts bien choisis ont été mis en place sous la direction technique de E. Novikova et la direction "intellectuelle" de T. Morshchakova. Une affaire lancée par le Comité d'enquête qui remonte jusqu'au Conseil des droits de l'homme, puisque de nombreux experts en font partie ou se sont retrouvés en situation de dépendance par rapport au président, M. Fedotov, de cette organe étatique de conseil auprès du Président russe.
Alors que jusqu'à présent il s'agissait de s'interroger sur l'indépendance de ces experts, l'enquête touche maintenant de hauts fonctionnaires et des députés de la Douma elle-même. En effet, déjà à l'époque, le Comité d'enquête avait été surpris de voir l'organisation de "rencontres" au sein de la Douma avec des représentants uniquement du système américain, pour, soi-disant, comprendre l'expérience étrangère.
Aujourd'hui un nom, peu connu du grand public, mais qui n'en est pas moins le cardinal gris des réformes pénales depuis l'ère Eltsine, un personnage hautement influent qui a traversé les présidences sans quitter le pouvoir, M. Paleev, est appelé par les enquêteurs pour son énorme travail sur "l'humanisation du droit pénal". L'appellation est jolie, pourtant les buts et les techniques de mise en oeuvre le sont moins. Il s'agissait par exemple de l'annulation de la possibilité d'utiliser la détention provisoire en cas d'infractions économiques commises par les hommes d'affaires. Mesure salutaire ou résultat d'un travail de lobbying bien organisé? A vous de décider. Donc l'humanisation en question s'est traduite par une augmentation de la dérégulation du droit pénal des affaires et la volonté de la dépénalisation pure et simple du droit des affaires, dans la logique bien connue selon laquelle l'existence d'une incrimination juridique entraîne l'existence de la réalisation de l'infraction. Pas de textes, pas de fautes, c'est un certain point de vue. Mais qui est M. Paleev?
Il s'occupe à l'administration présidentielle des réformes pénales, il s'en occupait déjà sous la présidence Medvedev. Dès le début de sa carrière, il est très proche des milieux ultra libéraux de l'époque Eltsine, son discours est alors plus radical. Il a pris sous son aile, par exemple, le nouveau Code de procédure pénale russe, qui avait été préparé sous les auspices américains et présenté par l'ambassadeur des Etats Unis à Moscou. Avec le temps, son discours se systémise, se tempère, ce qui lui permet de traverser les présidences et de s'adapter aux exigences tout en gardant son cap. Et son activité trouve toute sa mesure avec les réformes conduites sous la période Medvedev. Comme on le souligne au Ministère de l'intérieur, rien n'est adopté en la matière sans son accord.
Le problème qui se pose est très simple. Il influence les structures, les individus, il fait donc une sorte de lobbying à très haut niveau tout en étant intégré dans les structures de pouvoir. Donc, quand le Comité d'enquête s'intéresse non pas une figurine mise en place par le grand stratège Medvedev, mais à une personnalité de cette ampleur, le clan libéral grince des dents et s'inquiète. C'est tout un système d'influence, de lobbying caché, qui risque d'être mis en péril.
La réaction, nous la voyons dans l'article, d'une grande qualité idéologique faute d'être journalistique, publié aujourd'hui dans Vedomosti, quotidien mis en place en Russie par The Financial Times et The Wall Street Journal. Si l'on passe sur le traitement de l'information et la critique ulcérée de l'institution du Comité d'enquête (organe alors créé dans le but d'affaiblir la Procuratura ...), certains éléments sont également intéressants. L'affaire des experts est une affaire d'Etat et le Comité d'enquête s'intéresse à la période où Paleev dirigeait le groupe de travail sur la modernisation de la législation pénal, période lors de laquelle il travaillait directement avec le Président Medvedev. Donc... donc la question qui est sur toute les lèvres est de savoir si Medvedev sera lui aussi entendu, à titre de témoin évidemment, dans cette affaire. Car si cette enquête bénéficie de l'assentiement du pouvoir pour que les enquêteurs soient en mesure de travailler indépendamment de la fonction de la personne entendue, tous ignorent à ce jour jusqu'où porte leur mandat. Mais ce qui particulièrement intéressant est la verve avec laquel l'auteur de la publication dans ce journal rattache tout à l'affaire Khodorkovsky. Il n'a donc pas le moindre doute sur le fait que la modernisation de la législation pénale est liée aux intérêts de l'affaire Khodorkovsky. Pour lui c'est une évidence.
Certains, anonymement, estiment que cela va encore permettre d'affaiblir le clan Medvedev, qu'il s'agit d'une revanche des conservateurs. C'est une manière de voir, et surtout de présenter, les choses. Pourtant il est important de savoir si la législation est modifiée dans l'intérêt général, pour une réelle "modernisation" (même si le terme ne veut rien dire en soi), ou bien si la législation est adapté en fonction d'intérêts sectoriels défendus par un lobbying actif qui a pris racine dans le corps même de l'Etat, voire s'il s'agit de la défense d'intérêts encore plus précis touchant la personne de M. Khodorkovsky qui n'a pas ménagé ses efforts ces dernières années. Dans l'un de ces deux derniers cas, doit-il exister une impunité ? C'est cela aussi l'indépendance de la justice.

lundi 15 juillet 2013

Koudrine: le libéralisme contre la démocratie

Voir: http://komitetgi.ru/news/news/719/

Lors de la réunion du 11 juillet du Comité des intiatives citoyennes (Komitet grajdanskykh initsiativ), A. Koudrine a fait une déclaration très significative, et de sa position, et de la conception moderne de la vie politique.
 
En dressant le bilan de l'activité récente du Comité et en présentant les perspectives d'évolution, une ligne générale se dessine très clairement. La bulle libérale, en manque crucial de leader, se regroupe autour de Koudrine. Que cela concerne l'activité des ONG financées de l'étranger (et le rapport choc du procureur général démontrant l'ampleur du phénomène n'y change rien), le contrôle des élections (en récupérant l'activité de Golos) ou les questions touchant la réforme de la justice (justice administrative), la politique étatique de sécurité intérieure (réforme des forces de l'ordre), de la santé publique etc. Sur tous ces sujets, et sur bien d'autres encore, A. Koudrine prend la tête de ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui le milieu libéral, de que l'on pourrait appeler les milieux atlantistes (si le politiquement correct n'avait déjà remisé ce terme aux calanques de la conspirologie). Puisque dans tous ces domaines, c'est bien la conception outre-atlantique qui, matériellement, domine. Sans aucune conspirologie.
 
Mais puisque toutes ces tendances politiques sont dans la nature sociale, ce n'est pas le plus important. Ce qui, en revanche, est significatif et destructeur pour le système et étatique et démocratique c'est la manière dont cela se passe. Hors système étatique, puisque hors partis politiques. Donc hors contrôle de la société, autrement dit des électeurs. Donc hors démocratie.
 
En effet, tout ce discours pourrait être formulé en programme politique. Et même en très bon, techniquement, programme politique, puisqu'il touche tous les domaines sensibles de la vie du pays: l'économie et les investissements, la sécurité, la justice, l'immigration, la santé, etc.
 
Alors pourquoi n'en est-il pas ainsi? Pourquoi ne pas créer un parti politique avec ce programme et le défendre lors d'élections? Pourquoi priver les électeurs du droit de s'exprimer et de choisir le cours des réformes de leur pays?
 
Pour une très simple raison: jamais ils ne pourraient arriver au pouvoir, en Russie, suite à des élections libres. Leur marge de manoeuvre est alors très limitée. Comme le rappelait par ailleurs Goldman Sachs dans leur dernier rapport, prônant la fin des régimes démocratiques, leur durcissement, pour faire passer de force les idéaux nécessaires, les masses électorales ne sont pas favorables à des réformes ultralibérales destructurantes. Donc, soit il faut supprimer les élections comme mode d'accès au pouvoir, soit il faut supprimer la masse électorale permettant l'accès au pouvoir. La deuxième branche de l'alternative étant quand même encore trop extrême (pour l'instant la manipulation des représentations est suffisante), la première a été choisie.
 
Et c'est ainsi que l'on remarque que toutes les questions importantes pour la société se discutent et se préparent en dehors du système des partis et donc de la vie politique normale, par des "groupes d'experts" qui ne sont ni indépendants ni objectifs, mais là justement pour argumenter en un sens très précis et ne prendront jamais le risque de passer devant les électeurs.
 
Leur accès au pouvoir est loin d'être négligeable, pourtant ils ne seront jamais élus. Ils passent par des mécanismes d'influence, par des analyses de projets de loi, par des propositions de réformes, le tout soupoudré de lobbyisme.
 
L'important est que l'électeur n'ait rien à dire, car ils agissent quel que soit le courant politique en place. Que ce soit le libéralisme basique et inefficace de Medvedev ou le léger conservatisme de Poutine, aucune importance. Ils peuvent aussi bien être dans le Gouvernement de Medvedev pour entrer ensuite dans le Front populaire de Poutine. Les partis politiques ne sont alors que des marionnettes entre leurs mains.
 
C'est ça la crise démocratique. N'est-ce le cas que de la Russie?

mardi 2 juillet 2013

L'Académie des sciences en sursis

Voir: http://www.gazeta.ru/science/2013/07/01_a_5402737.shtml

Hier, une assemblée générale extraordinaire de l'Académie des sciences de Russie a, semble-t-il, permis de freiner l'opération d'appropriation lancée par Livanov, ministre de l'enseignement et de la recherche, qui ne s'attendait pas à la capacité de réaction d'une institution qu'il jugeait moribonde.
 
Tout le week end, les académiciens sont montés au créneau, notamment médiatique. Le message à faire passer est clair: si le gouvernement réforme l'Académie des sciences comme il entend le faire par le projet déposé, sans aucune consultation ni avec les organismes concernés, ni avec les organismes consultants sur les projets de loi, ce n'est pas une réforme, mais une mise à mort. Non seulement du système académique, mais également de la science en Russie. Telle est en substance l'idée de la résolution officielle.
 
Il faut souligner, quand même, que le Gouvernement a réussi l'exploit de faire l'unanimité contre lui, quelles que soient les tendances politiques. Même au seins des académiciens, certains ont refusé, si le projet prenait forme, d'entrer dans cette espèce d'association de chercheurs. Ce fut le cas de grands noms de la science russe, ayant une renommé mondiale, comme Valentin Roubakov ou Vladimir Zakharov. Parallèlement, certains instituts de l'Académie ont demandé au minimum la démission de Livanov, allant même jusqu'au départ du Gouvernement. Pour leur part, les communistes annonçaient la tentative de réunir le quorum permettant de lancer la procédure de mise en responsabilité du Gouvernement de la Douma.
 
Alors que l'assemblée plénière se tenait, le président de la Douma, S. Narychkine tentait déjà de calmer le jeu, sans faire perdre la face ni au ministre Livanov, ni au Gouvernement (puisque le projet est soutenu par Medvedev). Il a donc annoncé que le texte passerait en première lecture à la Douma le 3 juillet, demain, mais quant aux deux autres lectures, qui sont décisives, elles n'interviendront qu'après les vacances parlementaires, en automne. Entre temps, les académies seront consultées, il sera tenu compte du projet de réforme en cours de préparation par le nouveau président de l'Académie des sciences qui vient d'être élu, mais qui n'a pas encore été confirmé par le Président.
 
Pour sa part, ce nouveau président de l'Académie des sciences, V. Fortov, doit s'entretenir avec le Président V. Poutine et chercher une issue "pacifique" au conflit initié par Livanov, notamment par des discussions avec ce ministère.
 
Pour ne pas laisser retomber la pression, le syndicat des collaborateurs scientifiques organise des manifestations publiques. Ainsi, dans toutes les régions de Russie, doivent se tenir des réunions regroupant les collaborateurs scientifiques des académies. A Moscou, une réunion est prévue à 16h aujourd'hui en face du bâtiment du présidium de l'Académie des sciences. Par ailleurs des piquets doivent être régulièrement organisés. Ils commenceront dès demain  à 9h30 devant la Douma, où des fleurs seront individuellement déposées pour conjurer l'enterrement de la science. Comme cette "manifestation" n'a pas été convenue avec la mairie de Moscou, on verra comment elle se passera.
 
Dans tous les cas, l'Académie a gagné du temps. Avec un peu de chance et beaucoup d'énergie, cela permettra d'enterrer cette fois le projet de loi et de mener une réforme en douceur, mais en profondeur de la science en Russie.

vendredi 28 juin 2013

Corporate raid du Gouvernement sur le système de l'Académie des sciences de Russie

Voir: http://izvestia.ru/news/552742
http://www.tvc.ru/ShowNews.aspx?id=1b5ad18b-dea1-4136-b43d-a42d7ef62b65

L'histoire de l'Académie des sciences de Russie remonte à Pierre le Grand. Par oukase du 28 janvier (8 février) 1724, il créé l'Académie des sciences de St Petersbourg. C'est alors la première Académie scientifique russe fondée sur le modèle européen. En 1917, elle prend le nom d'Académie des sciences de Russie et après la révolution d'Octobre elle devient l'Académie des sciences de l'URSS. Elle a survécu à tous les régimes, à toutes les révolutions. Mais elle ne pourra pas survivre à l'ambition stérile du Gouvernement Medvedev, à leur pseudo-libéralisme infantile, à la vanité d'un ministre de la recherche et de l'enseignement, Livanov, lui-même touché par des scandales de détournements de fonds publics lorsqu'il fut recteur et dont l'enquête est en cours. Hier, Medvedev et Livanov triomphaient en annonçant la fin de l'Académie, cette institution d'un autre temps. Annonce faite juste après l'élection de son nouveau président (qui doit encore être confirmé par le Président Poutine), juste avant les vacances universitaires d'été, juste avant les vacances parlementaires, forçant les députés à adopter la loi dans l'urgence avant de partir.
 
C'est un raid du Gouvernement sur l'Aacadémie. Avant d'en chercher les raisons possibles et les implications politiques, voyons en quoi cela consiste.
 
Le système de l'Académie des sciences est composé de cinq établissements publics d'enseignement et de recherche, l'Académie des sciences, l'Académie de la médecine, l'Académie de l'agriculture (les Académie de l'ingénieurie de la construction et celle des arts ne seront pas touchées). Ces trois établissements publics vont être dissous et fondu, non pas sous le statut d'établissement public, mais sous une forme d'association publique. Actuellement, les membres se divisent en académiciens et en membres correspondants, qui eux sont beaucoup plus nombreux. Avec la réforme on ne compera que des académiciens, qui toucheront jusqu'à ce que mort s'en suivent 100 000 roubles par mois, mais en contre partie, il sera interdit de faire entrer de nouveaux membres pendant trois ans.
 
Ca, c'est la première manière de tuer le système. Par ces mécanismes, il est institué une espèce de Club veillissant pour immortels scientifiques. Dont la composition est figée, avant qu'elle ne perde tout intérêt. Pour comprendre l'ampleur du désastre, il faut savoir que, uniquement pour l'Académie des sciences, cela entraîne la mort lente de plus de 500 instituts de recherche, coupe la respiration à plus de 55 000 chercheurs (dont aujourd'hui 500 académiciens et 746 membres correspondants).
 
Le second coup est porté à l'autonomie de cette institution, autonomie qui n'avait même pas été remise en cause sous la période soviétique. Ce nouveau Club va devoir s'occuper uniquement de la science, donc il sera "déchargé" de tout ce qui concerne la gestion. Et le patrimoine en jeu est colossale, des bâtiments et des terrains extrêmement biens situés, trop bien peut être... Donc pour ne pas déranger ces pauvres professeurs Tournesol, une Agence rattachée soit directement au Gouvernement, soit au ministère de l'enseignement et de la recherche va être créée. Elle va gérer tout ce patrimoine, ainsi que la question du financement des recherches de cette Académie dépecée. Non seulement il s'agit d'une expropriation de facto, mais en plus ils n'auront plus la maîtrise de leur ordre du jour scientifique. Cela va passer entre les mains du Gouvernement. Double bénéfice pour celui-ci.
 
Mais d'où vient cet acharnement? Rappelons-nous que Livanov avait commencer à entrer en conflit avec l'Académie. Finalement, V. Poutine et des parlementaires avaient pris le parti de l'Académie et l'affaire en était restée là. L'élection du nouveau président de l'institution avait été organisée, avec beaucoup d'effervescence et de débats. Finalement, un homme plus jeune (vue la moyenne d'âge des académiciens) a été élu, avec la volonté de rajeunir l'institution, de la dynamiser, de la moderniser intelligemment. De l'intérieur, en profondeur et en douceur. Il n'en aura pas eu le temps. Pourquoi?
 
L'attaque contre l'enseignement devient un enjeu de pouvoir, qui dépasse les frontières. Il faut réformer, rénover, tout ce système continental qui semblerait défaillant au regard de critères qu'il ne maîtrise pas (raiting, listes des revues très localisées. etc). L'attaque par l'opposition politique n'a pas marché, il n'y a pas de soutien de la population. L'attaque par le judiciaire vient de tourner court avec la réforme annoncée. Il faut réagir. Reste la science. La science qui est la pierre angulaire du développement possible de toute société développée. La science qui fut de tout temps l'emblême de la Russie. Il faut la destabiliser avec la slogan de la modernisation, qui en soi-même ne signifie rien.
 
Politiquement, cela montre s'il en est encore besoin, une cristallisation du conflit entre les deux clans politiques réels en Russie, national contre mondialiste. National et non nationaliste, j'insiste. Mondialiste et non réformiste, puisque le clan national aussi réforme.
 
Et là on s'interroge sur le silence de V. Poutine. Il devrait destituer le Gouvernement pour mettre ses actes en conformité avec ses paroles. Mais en a-t-il la force? Et surtout en a-t-il la volonté? Oui, ce n'est pas le meilleur moment. Les élections de Moscou se préparent. La réforme de la justice est enfin en marche. Mais il ne peut continuer à jouer sur les deux tableaux. Il doit entrer en politique. Car, sinon, seulement deux explications sont possibles: 1) Malgrè ses discours, l'implication du bisness est trop forte dans les milieux de pouvoir pour qu'il puisse réagir. Mais dans ce cas ces grands discours sur le patriotisme économique doivent se compléter par des actes de patriotisme politique qui peuvent faire mal au porte-monnaie. Sinon, ce n'est que de l'hypocrisie. 2) Il est politiquement trop faible, soit objectivement, soit il n'en a finalement pas la carrure. Dans ces deux cas, de toute manière, un Président, surtout en temps de crises politiques décisives, n'a pas le droit d'être faible.
 
Son silence et son inaction, pour l'instant conduisent à se poser des questions qui ne présagent rien de bon pour l'avenir politique de la Russie.