L'après Poutine devient l'interrogation majeure en politique intérieure russe et chacun y va de son idée de réforme de la Constitution, qui risque d'être un peu lourde pour les épaules du prochain Président. Certes, d'ici 2024, il y a encore du temps. Mais il passe vite et un vent tournant, insistant et insidieux passe sur les institutions publiques. En Russie comme dans l'espace post-soviétique, le système des partis politiques est très faible, mais ici le pouvoir présidentiel est réel, alors que la plupart des autres pays de la zone, sous la dictée des organismes internationaux et des experts étrangers, ont mis en place des systèmes parlementaires. Cela ne veut pas pour autant dire que personne ne tente d'utiliser cette période d'hésitation pour transformer l'Etat russe, gonflant le culte de la personnalité pour pouvoir finalement affirmer que sans ce Chef d'Etat concret, la présidence ne pourra gouverner, il faut donc passer les manettes au Parlement. Une dangereuse tentation, notamment soutenue par l'incontournable Koudrine, aujourd'hui à la tête de la Cour des comptes, qui a la constance, quel que soit le poste qu'il occupe, de systématiquement traduire en russe les recommandations atlantistes.
Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog où nous allons tenter de décrypter l'actualité politique russe, donner la dimension de toute sa richesse et sa complexité. Sans clichés et sans partis pris. Sans vouloir plaire à tout le monde.
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mardi 14 janvier 2020
jeudi 1 décembre 2016
La Russie selon Poutine: un Etat souverain, libéral respectant les valeurs européennes traditionnelles
Le discours du Président russe devant l'Assemblée fédérale a fait passer, cette année, un message très clair: personne ne remet en cause le cours libéral de la politique économique du pays, pour autant la Russie a une histoire, des traditions et des intérêts auxquels il n'est pas acceptable de porter atteinte. La dominante fut l'unité nationale, la justice sociale et le développement économique.
vendredi 13 décembre 2013
Message du Président au Parlement russe: un espace de stabilité au milieu de la tempête
Voir: http://izvestia.ru/news/562416
Hier, le Président Poutine a adressé son message annuel aux membres des Chambres hautes et basses du Parlement, réunis à cette occasion, avec le Gouvernement. En ces temps troublés, d'aucuns attendaient du sensationnel, ils ont trouvé un homme d'Etat.
Il est possible de lire un peu partout que la Russie est isolée ou s'isole, qu'elle est rétrograde, ne suit pas les mouvements, bonds et rebonds de la société internationale, ne s'aligne pas ... et ne se résigne pas. Non, ça ont ne le lit pas.
En effet, contre le mariage homosexuel, elle prône la famille traditionnelle. Contre l'adoption internationale, elle renforce l'adoption nationale. Contre l'uniformisation culturelle, elle avance un particularisme historique. Contre les démocratisations à coup de révolution, de sang et de chaire humaine qui laissent les pays exsanguent, elle prône l'évolution.
Et du coup elle est accusée. Accusée d'homophobie étatique. Accusée d'ostracisme. Accusée d'autoritarisme. C'est une manière de présenter les choses. mais il y en a d'autres.
On peut aussi dire que la Russie cherche un compromis entre modernité et tradition, un compromis qui respecte l'héritage national, dans sa complexité et sa richesse, tout en s'ouvrant sur le monde extérieur. Mais s'ouvrir sur le monde extérieur n'implique pas un suivisme aveugle. Moderniser ne veut pas dire se couler dans un moule unique creusé en dehors de ses frontières. Moderniser n'est pas un but en soi. Le but de l'Etat est de renforcer l'efficacité de ses mécanismes de gestion du pays dont il a la charge, d'y garantir la stabilité, de protéger la volonté de la majorité en tenant compte des aspirations de la minorité. Nous sommes dès lors très loin des diktats qui conduisent au renoncement. Car comment respecter l'autre si l'on ne se respecte plus soi-même?
Dans ce contexte politiquement, socialement et économiquement perturbé, certains attendaient du Président qu'il annonce une réforme profonde de la Constitution ou la dissolution de la Douma. Dans ce contexte justement, le rôle d'un Président, garant des institutions, est de défendre une conception constructive et positive de l'évolution du pays. Il ne s'agit plus de se prononcer "contre", mais d'avancer des étapes techniques, concrètes, pour réaliser les buts affichés.
Autrement dit, l'heure n'est plus aux déclarations idéologiques, l'heure est à la réalisation du consenssus national, l'heure est pragmatique. Renforcement de l'enseignement par le retour aux rédactions, afin de faire réfléchir et écrire les élèves. Renforcement de l'armée par une meilleure formation des soldats, une formation qui tienne compte des nouveaux enjeux, plus technologiques, et la modernisation de l'équippement. Renforcement de l'économie nationale par le blocage de l'accès aux off-shores pour les compagnies russes: soient elles rapatrient leurs actifs, soient elles ne peuvent plus participer aux programmes d'Etat. Retour sur la médecine aussi, les salaires etc.
D'une manière générale, pas de réformes populistes, mais des évolutions. La Constitution peut être amendée, pour être corrigée, améliorée, mais pas de révisions fondamentales en vue. Le contrôle exercé par la société doit être organisé pour que les ONG participent, pour que la société civile nationale soit écoutée, car c'est elle qui a droit de parole.
Bref, tout un ensemble de mesures concrètes que le Gouvernement et le Parlement devront mettre en oeuvre. Tout un ensemble de mesures très loin des grands discours patriotiques. Le ton est donné: la Russie n'est pas isolée, la Russie défend une vision du monde qui est présente également dans les populations d'autres pays, même si elle ne l'est plus dans leurs gouvernements.
Et cette position non seulement déplait, mais elle dérange. L'exemple de l'Ukraine en est une belle illustration. Si l'on y voit se promener, haranguer les foules, distribuer du pain et des vêtements, des représentants de l'Union européenne et du Département d'Etat américain, si les autorités politiques de ce bloc uni affirment leur soutien inconditionnel au peuple ukrainien, à celui qui veut l'entrée dans l'UE en tout cas, appellent le Président ukrainien à suivre cette partie de ce peuple, c'est la Russie qui est coupable. Elle exerce des pressions sur l'Ukraine et bloque son évolution démocratique, c'est-à-dire son accès au paradis européen, ce qui peut entraîner des sanctions et contre le Président ukrainien et contre la Russie. La logique du raisonnement est incontestable.
En dehors de nous, point de Salut. Pourtant la Russie tient le cap. Mais dans le temps, il ne suffit pas d'un homme à la barre, l'équipage doit être solide.
jeudi 26 septembre 2013
Le prochain discours de V. Poutine au Parlement doit consacrer l'unité nationale
Voir: http://izvestia.ru/news/557652
Mi décembre, V. Poutine doit faire son discours annuel devant le Parlement russe. Le texte du discours est encore en discussion à l'Administration présidentielle et doit passer devant le Front populaire, mais les grandes lignes en sont déjà connues.
L'enjeu essentiel de la Russie aujourd'hui est l'instauration de l'idée nationale, de l'unité nationale, face à la diversité ethnique. Autrement dit, il s'agit de sortir du discours de la Russie multi-ethnique, pour s'appuyer sur une Russie Etat-Nation, dont le peuple appartient à différentes ethnies. A l'heure du renforcement des tensions ethniques, l'avènement d'une Russie-Nation est fondamentale. Tout à la fois pour ancrer l'idée d'une appartenance unique au-delà de la diversité, pour ancrer de cette manière le pacte politique qui unit la population d'un pays. Mais encore, la nation est le seul concept en Europe qui permette de justifier et légitimer les frontières. Comme l'histoire russe a déjà largement démontré le danger des revendications nationales, la reconnaissance de la Nation russe doit permettre d'écarter ce risque, en permettant les changements politiques, les changements de politique indépendamment de l'intégrité territoriale.
De l'idée de Nation, découle différents concepts. Tout d'abord la souveraineté. Et en liant souveraineté et nation, le Président veut réellement développer un discours sur l'Etat-Nation en Russie, ce qui est une révolution des paradigmes. Le patriotisme, compris dès lors comme le respect et la défense de son pays, qui est sa patrie, figure affective de la nation politique. Et cela entraîne également certains mécanismes et comportements. La lutte contre la corruption, celle-ci ne coïncidant pas très bien avec le patriotisme. La normalisation de l'opposition, à savoir l'intégration dans le système politique de l'opposition non-systémique pour qu'elle puisse participer au développement de l'Etat. Sans oublier les mesures sociales qui doivent permettre de soutenir les couches sociales qui en ont besoin.
L'affirmation d'une Russie unie et souveraine dans un monde globalisé et développant des liens inféodant devient réellement la voie russe, troisième voie, conjugant intégration et indépendance.
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