Le narratif russe dans cette guerre, qui se déroule en Ukraine contre elle par les forces de l'OTAN, OTAN structure dirigée par les Etats-Unis comme vient de le déclarer Rutte, est non seulement inefficace, mais finit par porter atteinte aux intérêts du pays. Peut-être pas de toutes les élites russes, mais de la Russie, c'est à n'en pas douter. Au minimum, car ce narratif, reprenant dans les grandes lignes le narratif atlantiste, prive le discours politico-médiatique russe de sa fonction de dissuasion et met le pays en situation de faiblesse politique face à ses ennemis.
Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog où nous allons tenter de décrypter l'actualité politique russe, donner la dimension de toute sa richesse et sa complexité. Sans clichés et sans partis pris. Sans vouloir plaire à tout le monde.
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mardi 8 avril 2025
vendredi 2 mars 2018
Discours de V. Poutine devant le Parlement russe: de la révolution technologique à la révolution nucléaire
Hier, 1er mars 2018, le Président russe V. Poutine a fait un discours très remarqué dans la presse étrangère devant le Parlement russe, réuni pour l'occasion au complet, avec le Gouvernement et des personnalités de la société civile. Ce discours programme de près de deux heures était adressé à deux publics: national en présentant le virage économique que doit prendre le pays ces prochaines années, et extérieur en cette période particulièrement conflictuelle. Révolution technologique accompagnée d'une révolution nucléaire. Voyant la réaction de la presse internationale, la mise au point a fonctionné. La Russie s'est à nouveau imposée comme acteur majeur de l'équilibre stratégique mondial, équilibre qu'elle annonce avoir rétabli.
jeudi 1 décembre 2016
La Russie selon Poutine: un Etat souverain, libéral respectant les valeurs européennes traditionnelles
Le discours du Président russe devant l'Assemblée fédérale a fait passer, cette année, un message très clair: personne ne remet en cause le cours libéral de la politique économique du pays, pour autant la Russie a une histoire, des traditions et des intérêts auxquels il n'est pas acceptable de porter atteinte. La dominante fut l'unité nationale, la justice sociale et le développement économique.
jeudi 14 janvier 2016
Quand Obama a quelques difficultés avec la politique internationale
Le Président américain sortant, B. Obama, a fait son dernier discours sur l'état de l'Union devant le Congrès. Si la presse française est, bien évidemment, en admiration devant "la classe américaine" - je cite Télérama - certains aspects de son discours, passés ici sous silence, soulèvent quelques interrogations sur son degrè de compréhension de la situation internationale.
mardi 29 septembre 2015
La nouvelle stratégie internationale russe révélée à l'ONU
L'Assemblée générale de l'ONU n' a pas permis de grandes révélations. Les relations entre les Etats Unis et la Russie sont tendues, mais "ouvertes au dialogue". C'est connu. L'Ukraine fait la claque pour son maître et les pays européens suient le mouvement de leur clan, Hollande répétant que, en Syrie, Bachar Al-Assad étant un élément du problème ne peut faire partie de la solution. Rien ne change, mais les cartes sont plus claires. Notamment en ce qui concerne la stratégie internationale de la Russie, qui déconcerte ces derniers temps. Un pas en avant, deux pas en arrière. Pour le Donbass, l'Ukraine. Et c'est annoncé pour la Syrie. La Russie ne cherche pas à gagner le combat, elle empêche son adversaire de gagner.
vendredi 30 mai 2014
Comment la doctrine militaire américaine conforte le conflit en Ukraine ou jouons au pocker menteur
Lors de son discours à l'Académie militaire de West Point, le Président Obama a indiqué assez clairement sa position, celle des Etats Unis, en matière d'interventionisme et de défense de ses intérêts stratégiques: la fin justifie les moyens.
Sur la scène internationale, les Etats Unis doivent toujours être le leader qui entraîne les autres avec lui. Pour autant, lorsque les intérêts fondamentaux des Etats Unis sont en jeu, ils peuvent intervenir seuls, voire militairement si cela est nécessaire et même si l'opinion internationale est importante, rien n'est supérieur à la défense des intérêts américains, des ressortissants à l'étranger et des intérêts économiques des Etats Unis. Mais que l'on se rassure, les Etats Unis ont les moyens qui lui permettent de former l'opinion publique et d'influer sur les autres pays, lui permettant donc d'obtenir leur soutien. La conclusion logique ne se fait pas attendre: ces moyens ont permis d'isoler la Russie en amenant les pays européens et le G7 a soutenir la politique de sanctions économiques, politique donc bien prise dans l'intérêt exclusif des Etats Unis, comme le sous-entend le Président, et qui n'a rien à voir avec l'Ukraine, mais avec le non-alignement de la Russie.
Le manque de tact d'un tel discours est effarant et a été relevé dans la presse américaine, mais parfois de manière étonnante. Celle-ci y a vu un discours contre productif, qui a surtout réussi à énerver plusieurs des alliés des Etats Unis, allant de Singapour à la France. Il est vrai qu'annoncer aussi directement que la politique américaine repose sur la manipulation des autres puissances pour les amener à servir et défendre les intérêts des Etats Unis, il fallait oser le faire. Et savoir que de toute manière, à part quelques montées de salives, il n'y aura aucune conséquence. Ensuite, ce qui est surprenant, c'est la critique presqu'uniforme reprochant au Président de trop se lier les mains en matière d'interventionnisme. Bref, pourquoi se réduire à se point les possibilités d'intervention unilatérale? Pourquoi ne pouvoir intervenir unilatéralement si des intérêts supérieurs, qui n'engagent pas forcément les intérêts vitaux des américains, sont en jeu? Bref, se pourrait-il que l'Amérique n'aille plus de part le monde défendre la démocratie les armes à la main? Choking! Enfin, la dernière grande critique concerne le style du discours. Un discours général, sans rien de concret alors qu'il s'adresse a des militaires. Par exemple, il ne parle plus du renouvellement des relations entre la Russie et les Etats Unis, mais de la nécessité de brider, voire de dompter, la Russie et la Chine qui se conduisent de manière de plus en plus agressive, mais sans pour autant dire comment y parvenir. Traduction: le Russie et la Chine ne se plient plus aux règles du jeu en se mettant à servir leurs intérêts propres, ce qui en fait des concurrents dangereux à détruire. Mais par quels moyens, la question reste ouverte.
Dans ce contexte, l'Ukraine est une opportunité à ne pas lâcher. Et il faut remettre de l'huile sur le feu régulièrement, sans trop se salir les mains. Et les déclarations plus que surprenantes de la porte-parole du Département d'Etat, J. Psaki, qui ne sait pas, ne veut pas avoir, ne comprend pas, reprend uniquement les sources officielles ukrainiennes ont un sens alors: en donnant carte blanche au pouvoir ukrainien actuel, en refusant a piori toute investigation objective, tout autant que la condamnation des violences contre les populations civiles, qui se réfugient maintenant dans les sous-sols, les Etats Unis poussent le pouvoir ukrainien, qui se croit tout permis, à commettre l'irréparable, à mettre en place un chaos qu'il ne peut gérer seul ... et que les Etats Unis vont aider à entretenir et contenir, dans l'espoir de pousser en même temps la Russie à la faute. Dans tous les cas, en contrôlant la zone ukrainienne, les Etats Unis contrôlent le transit du gaz russe vers l'Europe. Joli coup, non? Et dans ce cas, peu importent les frontières de l'Ukraine, seul compte le trajet d'acheminement, les entreprises qui le contrôlent, le point de sortie etc. De ce côté là, tout ne se passe pas trop mal. Les personnes sont placées. Donc le conflit peut continuer.
La doctrine est très simple: on est les leader, on le reste, on détruit ce qui dérange et ne s'aligne pas. Comme l'argent c'est le pouvoir, l'énergie - c'est le pouvoir. On va la contrôler. Et de cette manière, on va isoler la Russie, en contrôlant sa frontière énergétique avec l'UE, avant que ses accords avec la Chine ne soient efficaces. C'est un coup de pcsker menteur, mais parfois ça peut marcher. L'inconnu restant le seuil critique d'alignement des pays européens.
jeudi 26 septembre 2013
Le prochain discours de V. Poutine au Parlement doit consacrer l'unité nationale
Voir: http://izvestia.ru/news/557652
Mi décembre, V. Poutine doit faire son discours annuel devant le Parlement russe. Le texte du discours est encore en discussion à l'Administration présidentielle et doit passer devant le Front populaire, mais les grandes lignes en sont déjà connues.
L'enjeu essentiel de la Russie aujourd'hui est l'instauration de l'idée nationale, de l'unité nationale, face à la diversité ethnique. Autrement dit, il s'agit de sortir du discours de la Russie multi-ethnique, pour s'appuyer sur une Russie Etat-Nation, dont le peuple appartient à différentes ethnies. A l'heure du renforcement des tensions ethniques, l'avènement d'une Russie-Nation est fondamentale. Tout à la fois pour ancrer l'idée d'une appartenance unique au-delà de la diversité, pour ancrer de cette manière le pacte politique qui unit la population d'un pays. Mais encore, la nation est le seul concept en Europe qui permette de justifier et légitimer les frontières. Comme l'histoire russe a déjà largement démontré le danger des revendications nationales, la reconnaissance de la Nation russe doit permettre d'écarter ce risque, en permettant les changements politiques, les changements de politique indépendamment de l'intégrité territoriale.
De l'idée de Nation, découle différents concepts. Tout d'abord la souveraineté. Et en liant souveraineté et nation, le Président veut réellement développer un discours sur l'Etat-Nation en Russie, ce qui est une révolution des paradigmes. Le patriotisme, compris dès lors comme le respect et la défense de son pays, qui est sa patrie, figure affective de la nation politique. Et cela entraîne également certains mécanismes et comportements. La lutte contre la corruption, celle-ci ne coïncidant pas très bien avec le patriotisme. La normalisation de l'opposition, à savoir l'intégration dans le système politique de l'opposition non-systémique pour qu'elle puisse participer au développement de l'Etat. Sans oublier les mesures sociales qui doivent permettre de soutenir les couches sociales qui en ont besoin.
L'affirmation d'une Russie unie et souveraine dans un monde globalisé et développant des liens inféodant devient réellement la voie russe, troisième voie, conjugant intégration et indépendance.
vendredi 20 septembre 2013
Poutine réaffirme la souveraineté russe devant le Club Valdai: émergence d'une nouvelle gouvernance
Voir: http://www.youtube.com/watch?v=XZSG7dpDz5o
Lors de son discours devant les membres du Club Valdai et ensuite lors des réponses aux questions, le Président Poutine a non seulement réaffirmé la souveraineté russe, mais a voulu montrer la relativité de l'idéal démocratique.
Beaucoup de questions ont été traitées dans ce discours, nous en retiendrons une. Que signifie la souveraineté aujourd'hui?
En rappelant que la Russie est un Etat souverain dans un monde globalisé, V. Poutine a directement lancé une pique aux Etats européens, qu'il a qualifié, sans les nommer, d'Etats ayant abandonné leur souveraineté au profit de l'alignement atlantiste. Ce que, par exemple, la position de la France sur le dossier syrien démontre s'il en était encore besoin.
Car l'enjeu de nos Etats modernes est bien ici: trouver un juste milieu entre la mondialisation et la défense des intérêts nationaux, entre l'intégration et la confrontration. Qu'il s'agisse de la vie politique ou du développement économique, tout Etat est pris dans un maillage de plus en plus intense d'accords et d'obligations, qui peuvent mettre à mal la défense de ses intérêts nationaux. Car il sera le seul à vouloir et pouvoir défendre les intérêts de ses citoyens, aucun autre Etat ne le fera à sa place. Il ne sert à rien de critiquer les Etats Unis, la Russie ou même l'Allemagne, ils jouent leur jeu dans un monde globalisé. Ils remplissent leur mission, la mission pour laquelle un Etat est nécessaire.
La mise en place de ce nouveau mode de gouvernance en Russie a quelque peu destabilisé ses partenaires, européens ou américains, car la Russie est sortie du clivage classique de la soumission des années 90 ou de la confrontation soviétique. Si elle s'oppose, comme que le dossier syrien, elle propose une solution de sortie de crise. Si elle prévient quant à l'intégration de l'Ukraine dans l'UE, elle explique rationnellement sa position: la protection de son marché intérieur. Quand Snowden demande l'asile politiquz, elle ne saute pas sur l'occasion pour mettre à mal les Etats Unis, mais elle prévient, au contraire, qu'elle ne soutiendra pas une activité politique contre les Etats Unis, elle ne le recrute pas. Autrement dit, la Russie a changé les règles du jeu. Et le discours de ses opposants s'en trouve décalé.
Si la transition juridique a pris fin au début des années 2000 avec le fonctionnement régulier des institutions étatiques, la transition politique vient de s'effacer au profit d'une gouvernance rationnelle et forte, respectueuse du droit internationale et des intérêts intérieurs du pays.
Et ce nouveau modèle de gouvernance internationale n'a été possible qu'avec la fin du complexe de manque de démocratie. Il ne s'agit pas d'affirmer que tous les problèmes intérieurs de fonctionnement de l'Etat ont été réglés, mais de s'attacher rationnellement à leur résolution. Il s'agit également d'affirmer une hiérarchie de valeurs qui soit propre à la Russie, comme Etat souverain. Il s'agit également de regarder ces problèmes comme en partie inhérents au système démocratique, comme en partie hérités du passé propre de la Russie, sans remettre en cause les valeurs propres au pays. Dans tout système démocratique, la minorité doit reconnaître le pouvoir de la majorité, l'opposition russe doit s'y plier si elle veut réellement défendre l'idée démocratique. Il sera alors possible de sortir du clivage entre opposition systémique et non systémique: l'opposition fait partie du système, elle lui donne son équilibre, quand elle accepte les règles du jeu. Autrement dit, une distinction très forte a été formulée: on ne touche pas aux valeurs, mais l'on modernise les mécanismes.
Par ailleurs, il n'existe pas dans les faits de système idéal. La démocratie est un but qu'il n'est pas possible d'atteindre. Mais il doit y avoir un consens social, tout à la fois sur l'état des choses et sur les moyens d'améliorer le système. Sans toutefois tomber dans l'excès ou fanatisme, qui ne pourraient que détruire le système.
Autrement dit, si à l'époque le discours de Munich de V. Poutine avait positionné la Russie dans un nouveau tournant, ce discours-ci vient d'affirmer le retour de la Russie comme un des acteurs-clés, et sûr de lui, tant au niveau international qu'en matière de politique intérieure.
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