L'ACTUALITE RUSSE EN FRANCAIS MISE AU POINT PAR RUSSIE POLITICS SUR Facebook ET Twitter!

jeudi 15 mai 2014

La crise en Ukraine pose la question de la possibilité d'existence d'une politique russe autonome

 
Стену Цоя перенесут в интернет
 
Alors que Kiev annonce la phase finale de l'opération antiterroriste, la défense de Donetsk annonce la formation du premier bataillon de libération de la république indépendante. Kiev annonce la mise en oeuvre rapide de la phase finale, Donetsk donne 24 heures à Kiev pour retirer les forces armées "d'occupation" du territoire de la jeune république indépendante. Il pourrait donc rester 24 heures avant le début d'une guerre civile encore plus meurtrière.
 
Pendant ce temps, la Russie se tait, et quand elle parle, on aurait préféré qu'elle se taise. Du bout des mots, de manière informelle, la Russie reconnaît que le référendum a eu lieu et qu'une décision populaire a été formulée. Pour autant, elle ne reconnaît pas l'autonomie des deux jeunes républiques. Même si elle la soutient mais sans l'affirmer. L'on pourrait presque penser que tout le sens de la politique russe en ce moment réside dans le  non dit.
 
Jusqu'au moment où le Gouvernement, et derrière lui des députés, estime que finalement seulement des élections présidentielles permettraient de sortir de la crise, que oui ce serait bien si les régions de l'Est organisaient également les élections et au fait en ce qui concerne le gaz on peut toujours négocier si vous nous payer au moins un petit dollar, ou le promettait, allez faites un effort, on ne peut pas être plus gentil que cela - on est déjà à la frontière du ridicule.
 
Donc, d'un côté, les forces de Donetsk sont prêtes à libérer leur région de la présence militaire ukrainienne. D'un autre côté, la Russie leur demande d'organiser des élections présidentielles dans lesquelles les candidats de l'Est furent largement dissuadés de participer.
 
Quelle est la politique de la Russie? Elle n'en a pas. En tout cas à long terme, elle n'en a plus sur le sujet. Elle a des impératifs à court terme et des conflits intérieurs.
 
Les impératifs à court terme sont simples:
- valider la Crimée comme un fait acquis : la Russie l'a gagnée, c'est tout ce qu'elle voulait, le reste l'intéresse peu et elle ne sait pas encore sortir d'une crise.
- faire payer le gaz de n'importe quelle manière - et semblerait-il presque à n'importe quel prix pour ne pas devoir réagir brusquement - toujours la peur de perdre la face et le pré-paiement semble faire encore plus peur à la Russie qu'à l'Ukraine.
- ne pas tomber sous le coup d'une nouvelle guerre froide économique, le prochain stade des sanctions, car la Russie et les russes en général (pas seulement l'élite) ont pris l'habitude de bien vivre, de voyager et ne veulent pas y renoncer.
 
Les conflits intérieurs sont tout aussi simples:
- Le mythe de la domination sans partage du conservatisme est avant tout un mythe. Un combat acharné, et bien plus violent que dans nos sociétés qui ont rendues les armes, a lieu entre les tenants de deux groupes: les libéraux atlantistes/mondialistes, les libéraux nationaux. Les uns veulent une politique de destructuration et de désengagement de l'Etat au profit de formes mondialisées de gouvernance, les seconds veulent garder l'Etat comme institution de gestion des affaires publiques.
- Il n'y a pas de conflit entre les tenants d'un retour au soviétisme et des libéraux modernisateurs. Plus personne ne veut sérieusement revenir au mode de gestion soviétique. Mais dans le langage courant, afin de destabiliser le discours nationale, les tenants de la gouvernance étatique sont caractérisés comme soviétisant et passéistes, pour sortir cette modalité de gouvernance du champ du possible et de l'acceptable. Et cela ne concerne pas que la Russie, mais dans la plupart des pays d'Europe les partis politiques ne correspondent plus au partage idéologique de la population, ni au positionnement des questions, puisqu'aucun parti ne pourra dire qu'il est atlantiste et donc que son but n'est pas la défense des intérêts de la population nationale, même si cette politique sera menée par la suite sous un autre nom : le libéralisme.
 
Donc, cette étrange situation autour de l'Ukraine semble traduire le conflit intérieur qui a lieu en Russie entre ces deux forces, quasiment égales. D'une manière assez inattendue, l'évolution de la crise en Russie pourra peut être enfin mettre fin à la cohabitation de fait au sommet de l'Etat russe en faisant finalement émerger un clan. Bien que V. Poutine affirme être le Président de tous les russes, de toutes tendances etc. Refusant donc lui aussi d'assumer un véritable choix de société.
 
Un jour la Russie devra comprendre qu'elle doit le faire ce choix, ne serait-ce que pour garder un équilibre institutionnel. Soit elle se positionne comme modèle alternatif, comme certains l'affirment et l'espèrent, soit elle est intégrée dans le concert des nations et dans l'économie internationale sans conflit.
 
Or, la Russie n'est pas prête à faire ce choix, car elle n'a manifestement pas la force intérieure (politique ou intellectuelle) suffisante pour se poser réellement en modèle alternatif complet, pas seulement concernant le mariage homosexuel ou la femme à barbe, mais en créant un modèle théorique alternatif mêlant valeurs et gouvernance. Pour autant, cette volonté est suffisamment forte pour ne pas pouvoir dire qu'elle y a renoncé. D'où, semble-t-il, le flou de sa politique qui oblige même à poser la question de son existence réelle ou d'une (par ailleurs très bonne) gestion de l'évènement.
 
 
 

mercredi 14 mai 2014

De réelles sanctions contre la Russie dépendent des accords énergétiques avec la Chine ou la question de l'intérêt légitime des Etats Unis

Voir: http://el-murid.livejournal.com/
http://www.gazeta.ru/politics/2014/05/13_a_6028881.shtml
http://www.gazeta.ru/politics/2014/05/13_a_6028581.shtml
http://www.gazeta.ru/business/2014/05/13/6029645.shtml

Хантер (слева) и Джозеф Байдены
Biden père et fils défendent leurs intérêts en Ukraine
De nouvelles sanctions ont été prises contre la Russie car les régions de Lugansk et de Donetsk, en Ukraine, ont organisé un référendum sur leur autodétermination, référendum que la Russie leur avait officiellement demandé de reporter pour donner une chance au dialogue nationale.
Toutefois, suite aux crimes commis par le pouvoir ukrainien actuel à Odessa et à Mariupole, les population de l'Est ne veulent plus être soumises à un pouvoir qui les considèrent en gros et en général comme terroristes.
Elles ont donc organisé un référendum et Moscou, ou plus précisément le régime sanglant de V. Poutine, est responsable. Logique. Donc il faut le sanctionner. Logique. En ce qui concerne les morts et les disparus par centaines, dommage. Ce ne sont manifestement que des dégâts collatéraux d'une guerre énergétique venue définitivement dévoyer l'idée de démocratie et d'autonomie de l'Europe, même de cette Veille Europe surannée qui fait rêver. Au fait de quoi la Russie est-elle responsable? Principalement de sa souveraineté et de sa puissance énergétique.
Donc, sortons du rêve. Deux réalités sur lesquelles il est possible aujourd'hui de s'appuyer pour analyser ce qui se passe autour de l'Ukraine. Comme nous l'avons répété à plusieurs reprises, l'Ukraine n'est qu'une occasion pour un conflit plus général. Géopolitique, certes, mais comme la puissance passe par l'argent, les racines énergétiques apparaissent de plus en plus clairement.
Très discrètement, la compagnie Burisma, qui est leader du marché éneregétique en Ukraine, vient de faire entrer Hunter Biden dans le Conseil de direction de l'entreprise. Mais si, c'est bien lui, le fils. Le fils de Joe Biden, vice-président des Etats Unis. Mais tout est normal, les intérêts du business en général, et du fils du vice-président en partiuclier, ne vont pas du tout interférer sur les décisions qui seront prises par un Etat démocratique. Parce qu'il faut se demander où est la cause et où est la conséquence? Toujours est-il que ce conflit d'intérêt flagrant fait tomber le masque démocratique de ce conflit.
Si les Etats Unis poussent les pays européens  dans un combat violent visant à séparer hermétiquement la Russie de l'Ukraine et la Russie de l'UE, c'est pour garantir et faire prospérer les intérêts américains en matière énergétique. Le gaz de schiste c'est mignon, mais pas exportable avant 2020 minimum. En attendant, il y a de l'argent à faire.
Donc l'UE, transformée en drône politico-économique, remplit son rôle et les pays totalement soumis aux Etats Unis, comme la France par exemple, déclarent que les véritables sanctions économiques, qui toucheront notamment  les domaines de l'énergie ou de la défense, seront prises si les élections présidentielles ne se déroulent pas normalement.
Et la Russie en sera évidemment responsable. Bref, la décision de prendre de véritables sanctions semble, elle, avoir été prise. Reste à trouver l'occasion de les prononcer. Or, la Russie n'a pas envoyé ses troupes à Odessa après le massacre, elle n'a pas réagit non plus à Mariupole, elle n'a pas officiellement reconnu les républiques de Donetsk et Lugansk, elle n'a pas répondu à leur demande prématurée d'entrer dans la Fédération de Russie. Bref, la Russie ne donne pas l'occasion de prononcer les sanctions la tête haute.
Il risque de falloir les prononcer la tête basse et le regard fuyant. Pour cela, deux dates.
Le 20 mai, le Président russe sera en Chine pour conclure des contrats divers et variés, notamment en matière énergétique. Si cela est le cas, peu importe les apparences, les intérêts vitaux des Etats Unis seront touchés, l'UE devra agir. Oui, l'UE en première ligne.
Le 25 mai, les élections présidentielles auront lieu en Ukraine, quand tout le territoire ne veut pas les organiser, quand les candidats d'opposition se sont fait agresser pour retirer leur candidature, quand il risque d'être dans l'intérêt international de les faire échouer. Pour que la Russie soit responsable et que l'on puisse prononcer ces merveilleuses sanctions qui doivent remodeler le rapport de force économique global. Sans oublier que les voisins, gentils européens, de l'Ukraine commencent à avoir les dents qui poussent. Par exemple, la Hongrie affirme ses intérêts légitimes sur le bassin des carpates en Ukraine et demande la double nationalité pour les hongrois de souche ainsi que l'autonomie de la région.
Autrement dit, si l'Ukraine continue sa politique, elle conduira au démentèlement du pays, ce qui semble être le but des dirigeants actuels, et l'intérêt de leur sponsor principal.
En ce qui concerne l'UE, il est triste de constater qu'elle n'est pas en meilleur état que l'Ukraine, au moins du point de vue moral ou éthique. Comment sommes-nous passés de Cassin et Delors à Ashton et Fabius ?

lundi 12 mai 2014

Référendum de Donetsk et Lugansk: de l'Ukraine à Novorossia?

Voir: http://izvestia.ru/news/570617
http://itar-tass.com/politika/1179030
http://www.kommersant.ru/doc/2468725



Malgrè les déclarations de V. Poutine, Président du pays censé destabiliser l'Ukraine et donc soutenir les mouvements indépendantistes, demadant le déplacement du référendum, malgrè les menaces intérieures de Kiev sur la responsabilité des organisateurs de ce référedum, les régions de Dontesk et de Lugansk ont choisi l'indépendance. Pour autant, le sort de ces nouvelles républiques indépendantes n'est pas évident.
Evidemment, Bruxelles et Washington ne reconnaissent ni la légitimité du référendum, ni les résultats. Evidemment, le Président par interim de l'Ukraine, qui n'a jamais été élu rappelons-le et est arrivé au pouvoir par la force et par la rue, qualifie ce référendum de farce de propagande qui n'aura aucunes conséquences juridiques, si ce n'est la responsabilité pénale de ses organisateurs. Quant à la Russie, elle garde le silence, son Président V. Poutine se prononcera après l'annonce des résultats officiels.
Pourtant la population de ces toutes jeunes républiques autonomes de Donetsk et de Lugansk s'est déplacée en masse. Le taux de participation dans la région de Donetsk est de 74,87%, ce qui fait environ 2,24 millions de votants. 89,07% se sont prononcés en faveur de la déclaration d'indépendance de la région de Donetsk et 10,19% contre (0,74% de bulletins nuls). Dans la région de Lugansk, le taux de participation est de 81%, soit environ 1,3 million de votants et 95,98% se sont prononcés pour l'indépendance de la région de Lugansk. Cette réussite fut une grande surprise pour les médias, mêmes occidentaux, qui en parlent. Maintenant, que faire?
Après la Crimée et Sébastopole, la politique radicale et discriminatoire menée par les nouvelles autorités de Kiev viennent de faire perdre à l'Ukraine encore deux régions. Mais plus que cela, c'est bien l'avenir de l'Ukraine elle-même qui est en jeu. Et le pouvoir en place peut voir son assise vaciller. Pour exemple, le magnat de la métallurgie ukrainienne, Rinat Akhmetov, bien placé au niveau mondial, par l'intermédaire de la compagnie Metinvest, commence à faire pression sur Kiev pour qu'il change sa politique avant d'avoir provoqué l'explosion de toute l'Ukraine. Pourtant, ce magnat était un des sponsors de Maïdan. Mais, le mouvement qui devait aboutir à un changement d'élites et d'oligarques n'avait pas prévu la perte des territoires, surtout quand une grande partie de ses actifs en Ukraine se trouve justement dans le Sud-est.
Si le sort de l'Ukraine devient inquiétant, car toute insécurité aux portes de l'UE risque d'entraîner une opération de sauvetage en urgence, dont les pays européens n'ont ni les moyens ni la volonté en ce moment, sans même parler des politiques d'austérité que la population ukrainienne devra endurer pour payer son "rêve européen". Le sort de ces nouvelles républiques est également incertain. L'idée avait été lancée de (re)créer la République de Novorossia. Mais, dans les frontières de ces deux régions, le territoire sera difficilement viable de manière autonome et la Russie, à la différence de la situation avec la Crimée et Sébastopole, ne semble pas se dépêcher de récupérer de nouveaux arrivants. Quant à l'organisation de référemdum dans d'autres régions, ce n'est pas évident. Donc, il faudra bien construire l'indépendance, sans la reconnaissance internationale, donc sans aide internationale. Quant à l'entrée de cette toute jeune république dans l'Union douanière, elle ne sera pas automatique: le Kazakhstan ne saute pas de joie à l'idée de reconnaître ce nouveau sujet de droit international. Quant à la formule des "états associés" comme avec la Biélorussie, celle-ci devra donner son accord ou bien faudra-t-il lancer une nouvelle formule de partenariat intégré. Et reste encore en suspend la question de la Transnistrie, où Rogozine se trouvait il y a quelques jours, ce que toute la communauté internationale et l'OTAN n'ont pas manqué de savoir. Depuis longtemps ce territoire veut rentrer en Russie, depuis tout aussi longtemps, la Russie traîne la patte. La reconstitution d'une République Novorussia ne serait-elle pas une porte de sortie?
Quant aux sanctions économiques? Les Etats Unis et l'UE ont déjà montré, chacun, leurs intérêts et leurs limites. La construction d'une nouvelle République indépendante, zone tampon entre la Russie et l'OTAN, n'y changera strictement rien, car le fondement des sanctions économiques est bien ailleurs.

vendredi 9 mai 2014

L'espoir du 9 mai

En ce jour de victoire contre le fascisme, à Mariupole, en Ukraine, la Garde Nationale a tiré sur la foule qui s'était réunie pour célébrer la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. On compte des morts et des blessés. Tous des civils. Alors que tous ensemble avaient gagnés, russes, ukrainiens, tous les peuples de l'URSS, tous les alliés, tous ensemble. En un autre siècle, le 20e, le siècle de la barbarie dit-on.
 
Aujourd'hui la division règne, elle n'a pas apporté le pouvoir, elle a apporté le chaos. De nouveau l'extrêmisme n'est plus banni, il peut être acceptable, il peut être pardonné, expliqué, justifié. Peut être n'était-il pas si terrible que ça finalement. Combien de millions de morts? A un ou deux millions près, quelle différence.
 
Pour les familles de ces millions qui ont souffert du fascisme, pour les familles de ceux qui en souffrent maintenant, l'espoir est une fleur robuste, mais qu'il faut entretenir chaque jour, comme le souvenir.
 
 
Extrait d'un poême de A. Blok (traduction française de J. David)
 
Partout, la nuit ... Ah! les comprendre,
Ses lointains frôleurs, ses proches échos,
Ses virtualités, attendre
Ce cheval d'espoir qui bat des sabots ...
 
La route sous la lune, blanche,
S'emplit, semble-t-il, d'un long bruit de pas.
Quelle est cette ombre qui se penche,
S'éteint au-delà des buttes, là-bas?
 
Plus rien ... Mais une rumeur vole,
Et par la lune qui tremble taché,
Un bruyant cheval caracole,
Et l'on surprend un sifflement léger ...
 
Le son est loin encore, et sourd,
Le coeur lentement en soi se martèle ...
O, d'où vient-il ce bruit de coups?
La voix qu'on entend, d'où sortira-t-elle?
 
Mais le bruit s'approche, distinct,
Et c'est un cheval tout blanc, le voici,
Et je sais alors qui se tient
Muet, sur la selle vide, et sourit.
 
Partout, la  nuit ... Ah! les comprendre,
Ses lointains frôleurs, ses proches échos,
Ses virtualités, attendre
Ce cheval d'espoir qui bat des sabots ...
 
 

jeudi 8 mai 2014

Russie / OSCE: comment comprendre la diplomatie de V. Poutine à propos de l'Ukraine?

Voir: http://el-murid.livejournal.com/1782949.html
http://www.gazeta.ru/politics/2014/05/08_a_6022297.shtml
http://pavel-shipilin.livejournal.com/273750.html
http://censor.net.ua/news/284373/yatsenyuk_udivlen_obsujdeniem_ukrainskogo_voprosa_v_moskve_dorojnaya_karta_kotoruyu_peredal_mid_suschestvenno
http://www.gazeta.ru/politics/video/putin_prizval_otlozhit_referendum_na_yugo-vostoke_ukrainy.shtml


Pavel Gubarev, Gouverneur populaire libéré hier


Hier, à Moscou, a eu lieu une rencontre entre le président de l'OSCE Didier Burkhalter et V. Poutine à propos de la crise en Ukraine. A la suite de cet échange, V. Poutine a demandé au Sud-Est ukrainien de reporter pour l'instant le référendum d'autodétermination, qui doit avoir lieu le 11 mai, pour donner une chance à la négociation politique à l'intérieur du pays, entre toutes les parties. Evidemment, certaines conditions furent posées, toujours les mêmes, concernant le désarmement des milices privées, la fins des opérations militaires contre la population, l'organisation de tables rondes avec les représentants du Sud-est, la libération de tous les prisonniers politiques. Dans ce cas, si toutes ces conditions sont réunies, la Russie envisage alors la possibilité de reconnaître la validité des élections présidentielles du 25 mai.
Inutile de dire que la surprise fut générale. En début d'après-midi, la libération du gouverneur populaire Pavel Gubarev est annoncée et provoque une réaction de liesse populaire dans la région, surtout avant le référendum du 11 mai devant déterminer du statut des régions de Lugansk et Donetsk. Enfin un vrai leader pour la région. Et le soir, V. Poutine leur demande de suspendre l'organisation du référendum.
Le moment est-il bien choisi? Oui et non.
Non, car après le massacre de Odessa, pour beaucoup d'habitants de l'Est, l'Ukraine est restée dans les ruines de l'immeuble des syndicats. D'autant plus que l'horreur est pire que ce que l'on pensait. Comme le confirme aussi le Procureur général ukrainien, ce qui s'est passé est une action planifiée et organisée à l'avance par de hautes personnalités de Kiev et avec la participation active des forces de polices locales. Ainsi, des extrémistes sont entrés dans le bâtiment avant que la foule ne vienne s'y réfugier, ils ont préparé les lieux, déjà tué et violé, bloqué certains accès et déposé des produits inflammables. Quand la foule est entrée, le feu a été mis de manière à bloquer la sortie principale et le "nettoyage" a été fait dans les étages. Ce qui prouve cette version, confirmée également par l'examen des lieux par les experts de l'OSCE, est le fait que les corps ne soient que partiellement brûlés, que d'autres soient en position de viol (il y en a même eu un enregistrement diffusé sur Youtube), etc. Plus de détails ici sur la préparation de l'opération: http://el-murid.livejournal.com/1774760.html
Par ailleurs, comme le confirme les personnes relâchées par la police sur demande de la Procuratura, et comme le confirme le Procureur général, une partie des gens furent gazés avant d'être achevés une balle dans la tête, et enfin localement brûlés pour en partie détruire des preuves potentielles, sans oublier que la liste des disparus qui ne fait qu'augmenter et que le nombre réel de personnes ayant péris dans ce massacre peut atteindre 200 personnes. 200 être humains, plus la centaine de morts lors de Maïdan, plus les civils tués et blessés par les opérations militaires, plus les militaires tués et blessés. Tout ça pour finalement destructurer totalement le pays, mettre des oligarques dans les régions et faire élire le candidat-oligarque américain Poroshenko? Cela en vaut-il réellement la peine? Surtout que derrière, Timochenko promet une troisième révolution si elle n'est pas élue.
Difficile de vivre ensemble avec tout cela. C'est pourquoi aussi la réaction de V. Poutine a pu surprendre. Quand parallèlement, les forces armées intensifient leurs attaques contre les forces d'autodéfense, mais également contre la population civile, où des dizaines de civiles ont trouvé la mort ces trois derniers jours.
Mais c'est peut être pour cela qu'il est urgent de s'asseoir à la même table. Qu'il faut trouver une porte de sortie. Ce que semblent avoir compris certains parenaires européens et certains individus à Kiev.
L'autre paramètre rendant la proposition russe actuelle, est la question du gaz. L'Ukraine ne paie pas et ne paie rien. Si elle continue encore deux mois, les réserves de gaz en Ukraine seront trop faibles pour qu'elle puisse assurer le transit et l'Europe risque de se retrouver en difficulté cet hiver, sans même parler des entreprises.
Pour autant, la situation a beaucoup d'inconnues. Tout d'abord, les réactions à Kiev sont diversifiées. Le Premier ministre Iatséniouk est particulièrement en colère: il a été totalement contourné, non seulement par la Russie, mais surtout par l'OSCE. Et hier soir, il déclarait qu'il ne comprenait pas pourquoi l'OSCE et la Russie, sans la participation des Etats Unis et de l'UE et évidemment de l'Ukraine elle-même, ont pu prendre une décision concernant l'Ukraine. D'autant plus qu'avec ses conseillers (américains) ils avaient préparé et envoyé une autre feuille de route, qui est très sensiblement différente de celle-ci. Le ministre des affaires étrangères déclare, pour sa part, qu'il faut discuter avec les représentants de l'Est, tout le monde est fatigué de cette guerre. Le Président par intérim et chef du Parlement Tourchinov, lui, ne veut pas en entendre parler.
D'autre part, hier, que ce soit le coordinateur du mouvement de O. Tsarev ou des groupes d'autodéfense, tout le monde a déclaré que la décision de reporter ou non le référendum appartient à la population elle-même. La décision sera prise aujourd'hui. Pour l'instant, Donetsk a déjà décidé d'organiser le referendum.
Bref, une certaine dissenssion se fait au sein du pouvoir en Ukraine, mais également au sein des "partenaires" de la Russie. Diviser pour mieux règner, il semblerait que la Russie ait joué cette carte, qui du même coup enlève tout son sens aux sanctions économiques. Jouant dans le même temps les pays européens contre l'UE et les Etats Unis. Les intérêts américains reposent sur la rupture entre l'Europe et la Russie pour un meilleur contrôle de la région et ce contrôle passe par le contrôle énergétique. Mais l'UE n'est pas un Etat et les Etats ont un instinct de survie qui vient de leur nature politique, nature qui fait défaut à l'UE et la rend plus facilement manipulable.
L'Allemagne en tête, suivie de nombreux Etats européens, félicitent le Président russe. Les marchés sont repartis à la hausse. Les Etats Unis sont hésitants.
Toutefois, le revers de la médaille est l'impression plus que mitigée que va laisser dans le Sud-est cette position. Donetsk va déjà organiser le référendum, et la population peut se sentir trahie. D'autant plus qu'à Mariupol, par exemple, la tension monte à nouveau aujourd'hui. Il y a même eu utilisation de gaz.
Donc comment interpréter cette diplomatie russe?
Mieux vaut une mauvaise paix que n'importe quelle guerre? Peut être. Mais le moment de la paix est important, il aurait mieux fallu attendre trois jours.
De toute manière il faut sortir du conflit qui commence à coûter cher et le clan "libéral" russe est revenu en force. Vendre les populations du Sud-est contre des points sur les marchés internationaux?
Il est évidemment que les conditions ne seront pas réunis et le référendum aura quand même lieu. Mais la Russie ne pourra plus être accusée de faire dégénérer la situation.
Attendons pour voir, déjà, ce qui se passera dimanche.

mardi 6 mai 2014

La Chine et la Russie vont construire ensemble le pont de Crimée

Voir: http://kommersant.ru/doc/2464879

Переход через Керченский пролив обойдется в $1,5-3 млрд

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La Russie vient de marquer un point important dans le combat stratégique qui se déroule en marge du conflit en Ukraine. En associant la Chine à la construction du pont qui doit relier la Crimée à la Russie "continentale", la Russie vient de réussir un doublé.
 
Tout d'abord, elle relativise sérieusement l'efficacité des sanctions économiques, la peur qu'elles sont censées provoquer auprès des partenaires de la Russie. Car le projet, s'il n'est pas encore finalisé, peut monter la coopération entre les entrprises russes et chinoises à 3 milliards de dollars.
 
Ensuite, sur un plan strictement politique, la Russie vient d'avoir de facto un allié de choix et de poids dans le processus de reconnaissance de la Crimée.
 
Le projet pourrait être finalisé pour fin mai, lors de la visite de V. Poutine en Chine. Par ailleurs, rien n'exclue de renforcer la coopération avec la Chine pour d'autres projets en Crimée.
 
Bref, malgré ou grâce aux sanctions, la coopération entre la Russie et la Chine non seulement se renforce, mais encore s'accélère. Ce qui renforce largement le poids de la Russie dans ses rapports aux Etats Unis et à l'UE, puisque de cette manière, par la diversification de ses partenaires, elle renforce son autonomie.

lundi 5 mai 2014

Odessa: la ligne rouge pour Iatséniouk

Voir: http://itar-tass.com/krizis-na-ukraine
http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/1165712
http://izvestia.ru/news/570285
http://itar-tass.com/mezhdunarodnaya-panorama/1165539
http://ontimer.livejournal.com/27218.html




Après le massacre d'Odessa, lors duquel les membres de Secteur droit et des combattants de Maïdan ont fait brûler vifs, dans l'Immeuble du syndicat le QG, des partisans d'un référendum sur la fédéralisation de l'Ukraine, la question des responsabilités est cruciale. Elle permet aux uns de faire semblant de gouverner, elle donne aux autres l'illusion d'être au-dessus des combats. Pourtant, une ligne politique a peut être été tracée.
Si ces évènements ont autant choqué, c'est par leur caractère inique, bestial, la négation même de toute humanité. Faire brûler des gens dans un immeuble, tirer sur ceux qui veulent en sortir, bloquer les portes, compter ceux qui se jettent dans le vide, bloquer l'arrivée des secours et des pompiers. Le tout sous le regard vide des forces de l'ordre. Ensuite, entrer dans le bâtiment, compter les morts comme on compte les points dans un jeu vidéo, prendre des objets comme on brandit des trophées. C'est inhumain. Cela rappelle les exactions nazies lors de la seconde guerre mondiale, lorsque des villages ont vu leur population brûlée vive dans les églises.
Autres temps, autres moeurs? Non, c'est ici, c'est maintenant et c'est à nouveau en Europe. Et à nouveau les instances européennes et internationales sont incompétantes, aveugles. Elles soutiennent au nom d'intérêts très particuliers un régime qui se retourne contre son peuple. Elles salissent le nom de démocratie, elles dénaturent les droits de l'homme. Elles collaborent aux exactions d'un régime qui a perdu tout lien avec la réalité. Comme les dirigeants européens dans leur grande majorité l'avaient fait avant, ils le refont aujourd'hui. Toujours cette faiblesse, toujours cette hypocrisie.
La seule différence entre ces deux époques est l'ampleur de la vague médiatique. Même si les médias officiels peuvent limiter l'impact des informations dérangeantes, ils ne peuvent totalement les taire. Les sources sont diversifiées, il n'est plus possible de dire: je ne savais pas. Et il est délicat de dire: je ne veux pas savoir.
Donc il faut trouver un responsable. Très vite. Comme à son habitude, Iatséniouk fait un discours dans lequel il essaie d'avoir un peu de prestance, pour cela il fait de grandes pauses théâtrales presque entre chaque mot. Il faut bien faire comprendre que ce qu'il dit est important. Donc, ce qui a été commis est un crime contre l'Ukraine. Bravo! Il se souvient qu'à Odessa habitent également des ukrainiens. Et, bien sûr, la Procuratura doit trouver les liens avec la Russie qui est responsable de cette provocation.
Pendant ce temps, le Los Angeles Times affirme que l'incendie a pris spontanément, des sources en France affirment que l'origine de l'incendie est inconnue. Il vaut mieux dans ce cas ne pas montrer les coktails molotovs préparés par ces charmantes jeunes ukrainiennes, blondes, les yeux bleux - ou même bruns, ne soyons pas racistes - le sourire au lèvre. Il ne faut pas montrer les membres de Secteur droit les lancer sur bâtiment qui alors prend feu. Il ne faut pas montrer la foule déchaînée tirer sur la façade. Il ne faut pas montrer cette foule frapper les hommes à terre. Seulement les images passent quand même. Donc l'affirmation de Iatséniuk ne tient pas.
Et premier miracle dans cette guerre civile qui s'évertue à n'en pas porter le nom, les Etats Unis désavouent leur marionnette. Le pauvre Iatséniouk, il avait tant essayer de se comporter en homme d'Etat, mais ce n'est pas donné aux marionnettes. L'ambassadeur des Etats Unis en Ukraine affirme officiellement que le Département d'Etat ne détient aucune preuve permettant d'impliquer la Russie d'une manière ou d'une autre dans les tragiques évènements qui ont eu lieu à Odessa le 2 mai.
Il faut donc s'adapter et relâcher une grande partie des personnes arrêtées à la suite du massacre. Car, ceux qui furent arrêtés ne sont pas ceux qui ont lancés les coktails molotovs, ne sont pas ceux qui ont tiré sur les gens qui voulaient sortir du bâtiment, ce ne sont pas ceux qui ont battu les blessés à terre. Ce sont les partisans du fédéralisme qui ont, semble-t-il, du seul fait de leur existence, perturbé l'ordre public. Il ont en plus eu l'outrecuidance de survire aux flammes, aux tirs et aux coups. C'est indécent.
En effet, 172 personnes avaient été arrêtées juste après les évènements, après une rapide enquête il en reste finalement 127, contre lesquels une affaire est ouverte. La population d'Odessa se regroupe devant les bâtiments des forces de l'ordre, demande leur libération, la démission du maire de la ville, etc. Finalement, 67 partisans du fédéralisme sont libérés sur ordre de la Procuratura.
Qui va être responsable? Le chef de la police de la région d'Odessa est démis de ses fonctions et des policiers sont inculpés, car ils n'ont pu maintenir l'ordre dans la ville. En réaction à la libération des victimes, les membres de Secteur droit s'en prennent à la police de la région. Pour les calmer, le nouveau chef de la police, leur dit qu'il était sur Maïdan lui aussi (c'est donc un gage d'objectivité, en tout cas un critère de recrutement) et qu'il va reprendre toute cette affaire en main, ils peuvent être rassurés.
De nombreuses questions se posent, à l'intérieur, comme à l'extérieur.
En ce qui concerne le comportement de la police lors du massacre d'Odessa, pourquoi la police n'a rien fait? Elle laisse passer dans la rue des membres de Secteur droit avec une arme visible à la main (voir photo en haut de l'article). Elle semble également, au début des évènements, regouper des membres de la police en civil, avec un bandeau rouge au bras, ces membres à bandeau rouge feront partie des tireurs ensuite, pour quoi faire? Leur donner les consignes? Dans ce cas, la police est partie prenante au massacre. Cela pourrait-il s'expliquer par le fait que des éléments extrémistes furent enrôlés ces derniers temps pour compléter les effectifs, et faire le sale travail?
Vous voyez ici un policier en uniforme bien entouré de bandeaux rouges.
Donc, à l'intérieur, Iatséniouk a le choix entre reconnaître son impossibilité à contrôler le pays, les organes publics et l'Etat, soit à admettre son implication et dire que l'arrestation et le massacre des opposants est le fondement de sa politique d'Etat. D'Etat démocratique, européen. Soutenu et financé par l'Europe, les Etats Unis, le FMI, etc.
C'est évidemment impossible. Donc, la police locale est responsable. Et les russes. Heureusement qu'ils sont là, sinon il suffit de les inventer.
Seulement l'argument russe ne passe pas, même aux Etats Unis. Il n'a vraiment ici aucun sens. Et pour la première fois, alors que jusqu'à présent les américains avaient tout couvert, justifié, expliqué, ou simplement avaient gardé un pieux silence, le Département d'Etat, par la voix de son ambassadeur en Ukraine dit non. Les russes n'y sont pour rien. Il faut une enquête objective. C. Ashton aussi, au nom de l'UE, trouve la couleuvre un peu grosse, et demande une enquête. Afin de satisfaire les attentes innatendues de justice de ses partenaires, la Russie prépare une requête devant la Cour européenne des droits de l'homme contre les exactions commises par l'Ukraine à Odessa.
Autrement dit, il semblerait que le pouvoir actuel en Ukraine ait franchi une ligne, soit en ordonnant, soit en laissant faire, soit en ne pouvant empêcher, ce massacre, ligne au-delà de laquelle les Etats occidentaux ne peuvent soutenir et protéger le régime en place. Qui devient trop ouvertement criminel. Pour autant, il y a peu de chance que cela ait des conséquences directes pour ce régime, s'il ne réitère pas cette "erreur stratégique", pour employer un terme on ne peut plus cynique vues les circonstances, mais qui à mon sens traduit bien le point de vue des "partenaires" de la Russie sur ce "dossier".