Quand CNN, la très politiquement correcte, la fidèle chienne de son maître, diffuse un sujet mettant en lumière l'implication de la CIA dans l'opération de l'été dernier ayant conduit la Biélorussie à interpeller une trentaine de mercenaires russes, faussement (mais volontairement) accusés par l'Ukraine de vouloir déstabiliser le pays avant les élections, tout notre petit monde est en émoi. Mais pourquoi CNN reprend-il la "propagande" russe s'inquiète l'Ukraine ? Bientôt nous pourrons peut-être même entendre CNN accusé d'être un agent russe ... Tout se perd ma bonne dame ! Et pendant ce temps-là, personne ne s'interroge sur l'opération visant à enlever une trentaine de citoyens étrangers sur un territoire étranger ... A la guerre comme à la guerre.
Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog où nous allons tenter de décrypter l'actualité politique russe, donner la dimension de toute sa richesse et sa complexité. Sans clichés et sans partis pris. Sans vouloir plaire à tout le monde.
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jeudi 9 septembre 2021
vendredi 27 janvier 2017
jeudi 4 septembre 2014
Les Mistrals de la République
Un être vous manque et tout est dépeuplé! Et l'on veut nous faire croire que cette pauvre femme épleurée, tellement douce et sentimentale, a écrit dans le plus grand secret un livre, qu'elle lance comme une opération spéciale, imprimé en Allemagne, qui fait trembler ce qui reste de l'Elysée.
Car, la sortie du livre de révélations intimes de V. Trierweiler sort à point nommé pour affaiblir le Président le plus faible que la 5e République ait connu. Alors que la France s'obstinait à vouloir livrer ses Mistrals à la Russie, dans le même moment, la sortie du Livre est annoncée juste avant le sommet de l'OTAN, où la question ukrainienne sera centrale, et F. Hollande annonce "suspendre" l'exécution du contrat avec la Russie.
Quelle orchestration! L'on ne peut qu'être ébloui par une telle maîtrise du temps ... et de la faiblesse humaine. Pour continuer dans les séries d'évènements aléatoires qui tombent à pic, B. Obama vient de féliciter F. Hollande d'avoir pris une telle décision et de faire preuve d'autant de sagesse.
Mais comme la France n'est pas une République bananière, comme le Président est la clée de voûte des institutions et non une marionnette désarticulée, ceci n'est qu'une fable. La France a donc raison de refuser d'exécuter un contrat pour soutenir la politique américaine d'affaiblissement de l'Europe, d'éloignement des alliés traditionnels que sont les pays d'Europe de l'Ouest et la Russie. La France a raison de se mettre en situation de devoir payer une amende conséquente pour non exécution de ses obligations contractuelles et plomber par la même sa réputation à l'international. La France a raison de prendre le risque de mettre volontairement des gens au chômage et de porter atteinte à l'économie nationale.
La France, et son Président, ont raison, car lorsque l'on a choisi un chef, il faut obéir et non pas faire semblant de tenter de jouer sur les deux tableaux. Le chef n'est pas content, il a élevé la voix, le message est passé, tout est rentré dans l'ordre.
Vive la France! Vive la République!
vendredi 4 juillet 2014
L'Ukraine ouvre 49% du système de transport du gaz aux Etats Unis et à l'UE
Il n'y a rien à dire, l'Ukraine paie ses dettes. Comme elle doit être financée de l'étranger, que la Russie a arrêté de la sponsoriser, il faut bien trouver une compensation pour ses amis et partenaires: eux, à l'inverse des russes, ne tiennent pas compte d'une histoire européenne commune, ce ne sont pas des peuples frères, non ce sont des partenaires. Donc ils ne feronts rien gratuitement. Et l'Ukraine propose aux Etats Unis et à l'UE de prendre 49% du capital du transport de gaz.
mercredi 11 juin 2014
Chronique de C. Voos: Pourquoi le « reset » USA-Russie annoncé par Obama à l’été 2009 n’a-t-il jamais été envisagé sérieusement ou Brzezinski en héritage ?
Exclusion du G8, sanctions, isolement de la Russie par l’Occident, relance
de l’OTAN en Europe,… le tout sur fond de crise en Ukraine et son corollaire,
« le pivot russe » vers la Chine concrétisé par l’accord gazier signé
à Shanghai en mai dernier.
Dans le Monde Diplomatique (abonnés) du mois de mai, un long article (1) de
Jean Radvanyi dresse le cadre global du conflit actuel : la pression
atlantiste contre la Russie pour qu’elle ne déborde pas de ses frontières :
« En proposant en 2008 à l’Ukraine et à la Géorgie d’entrer dans
l’OTAN, ou en négociant avec Kiev, fin 2013, un accord d’association avec
l’Union européenne, les dirigeants américains ou européens contribuaient au
refoulement des intérêts de la Russie sur ses propres frontières, et ils en
étaient parfaitement conscients. Une partie des dirigeants américains rejoints
par ceux d’Etats européens comme la Pologne ou la Suède, n’ont jamais abandonné
la stratégie énoncée en son temps par Zbigniew Brzezinski ».
Qu’en penser ? La bonne vieille doctrine de l’Américain Zbigniew
Brzezinski serait-elle toujours à l’œuvre au sein des élites américaines ?
En 1991, la Russie renonçait à son modèle communiste et se ralliait au
modèle américain.
A priori, les Etats-Unis n’avaient plus à considérer la Russie comme une
ennemie et l’OTAN, alliance défensive contre l’URSS, n’avait plus de raison
d’être.
Pourtant, « l’euphorie » engendrée par la « Fin de l’histoire »
fut de toute évidence de courte
durée !
Dès 1996, l’OTAN intervenait en Bosnie en faveur des Bosno-Croates et des
Bosno-Musulmans, contre les Bosno-Serbes, soutenus par la Serbie, alliée
traditionnelle de Moscou.
A l’époque, Russie n’a même pas été consultée, l’état de son armée la
faisant passer comme quantité négligeable.
Ensuite, en 1999, l’OTAN bombardait Belgrade sans le moindre mandat de
l’ONU.
L’élargissement de l’OTAN aux pays de l’ex-Europe de l’Est et de l’ex-URSS
était décidé !
L’affrontement entre Washington et Moscou, que l’on nous présentait comme
une lutte entre le capitalisme et le communisme, n’avait donc pas cessé. Le
conflit subsistait alors que son objet avait disparu … ?
So what ? Comment expliquer
cette anomalie ?
Dans un ouvrage publié en 1997, Le Grand échiquier (2), le politicien
américain d’origine polonaise, Zbigniew Brezinski élabore une véritable
doctrine dont le fondement est que l’Eurasie est au centre du monde, et donc
que « quiconque la contrôle,
contrôle la planète ».
L’autre point clef est que l’Eurasie est le seul continent sur lequel
« un rival potentiel des Etats-Unis peut apparaître ».
L’ouvrage passe alors au crible les pays potentiellement concurrents :
- Le
Royaume-Uni, l’Allemagne et la France y sont décrits comme étant à peu près sous contrôle, « leurs
ambitions appartenant au passé » (sic !), tant qu’ils restent intégrés dans le
« système euro-atlantique » (UE et OTAN), ils ne représentent guère de danger.
- Le Japon
et l’Inde sont jugés trop périphériques.
- Reste la
Chine, auquel il ne consacre que quelques pages, ce qui prête à sourire puisqu’elle apparaît maintenant comme la
rivale la plus probable.
- Et
enfin, la Russie sur laquelle il focalise toute son attention.
Elle est spatialement en situation de former un Empire, il faut donc
trouver tous les moyens pour l’en empêcher :
- Il faut faire entrer dans le « système euro-atlantique » tous les pays de l’ex-URSS, à savoir les Pays Baltes, l’Ukraine et les pays du Caucase. La solidité du « système euro-atlantique » reposant sur le lien structurel qui doit exister entre ses deux piliers, l’UE et l’OTAN : tout élargissement de l’un doit suivre ou précéder celui de l’autre. C’est d’ailleurs bien ce qui a été fait en 2004, en 2007 (Roumanie, Bulgarie), en 2013 (Croatie). En regardant la carte de l’UE de la revue géopolitique de Pierre Verluise (3), on peut comprendre que lorsqu’on se sent visé en Russie par une politique d’encerclement, il ne s’agit pas seulement de paranoïa.
-
Parallèlement,
les Etats-Unis doivent « garantir et renforcer le pluralisme
géopolitique dans l’espace post-soviétique » c'est-à-dire
contrecarrer tout retour d’influence de Moscou dans les pays indépendants
appartenant à cet espace et ce quel qu’en soit le prix, quitte à avoir de moins bons
rapports avec la Russie. Les révolutions de couleur sont passées par
là !
-
La clef
de voute de cette politique est d’empêcher à tout prix le rapprochement
entre l’Ukraine et la Russie car parmi tous les Etats issus de l’URSS,
seule l’Ukraine dispose d’un poids économique et démographique suffisant
pour augmenter significativement la puissance de la seule Russie.
- Enfin
une petite touche sur l’UE : Brzezinski écrit sans détour que son
élargissement à toute l’Europe et à la Turquie sert les intérêts à long
terme de Washington, le très grand nombre de membres étant pour les Etats-Unis
la garantie que jamais l’UE ne pourra devenir une entité politique et donc
une autre rivale potentielle en Eurasie !
Pendant la guerre froide, Washington ne combattait pas Moscou seulement
parce qu’elle était le centre du communisme mondial. Celui-ci disparu,
Washington se doit de continuer à combattre Moscou ; qu’elle se soit
convertie ou pas au capitalisme et à la démocratie n’y change rien.
La doctrine Brzezinski n’a jamais été officiellement déclarée politique
d’Etat par Washington, mais il suffit d’en énoncer les grandes lignes, comme
nous venons de le faire, pour s’en persuader. L’Ukraine est en effet le pivot
de cette doctrine. La couper de Moscou est l’assurance que la Russie ne puisse jamais
reconstituer une puissance.
C’est également ce que dit en substance, l’article (3) tout récent de
Charlotte Bezamat et Pierre Verluise du
7 juin : « Il s’agit de gagner
l’après- guerre froide, et de sortir les anciens Etats communistes de la zone
d’influence russe » et d’en conclure que quelque soit le régime ou la
personnalité du Président russe en place à Moscou, présent et avenir, la Russie
sera considérée comme une ennemie, au mieux une concurrente, par Washington.
Articles et livre cités :
(2) Brzezinski Zbigniew, Le Grand Echiquier, Paris, Hachette, 1997, 273 p.
Sur le même sujet : http://geopolitique-cecri.org/2014/04/10/commentary-paper-n12-le-projet-poutine/
jeudi 8 mai 2014
Russie / OSCE: comment comprendre la diplomatie de V. Poutine à propos de l'Ukraine?
Voir: http://el-murid.livejournal.com/1782949.html
http://www.gazeta.ru/politics/2014/05/08_a_6022297.shtml
http://pavel-shipilin.livejournal.com/273750.html
http://censor.net.ua/news/284373/yatsenyuk_udivlen_obsujdeniem_ukrainskogo_voprosa_v_moskve_dorojnaya_karta_kotoruyu_peredal_mid_suschestvenno
http://www.gazeta.ru/politics/video/putin_prizval_otlozhit_referendum_na_yugo-vostoke_ukrainy.shtml

Pavel Gubarev, Gouverneur populaire libéré hier
http://www.gazeta.ru/politics/2014/05/08_a_6022297.shtml
http://pavel-shipilin.livejournal.com/273750.html
http://censor.net.ua/news/284373/yatsenyuk_udivlen_obsujdeniem_ukrainskogo_voprosa_v_moskve_dorojnaya_karta_kotoruyu_peredal_mid_suschestvenno
http://www.gazeta.ru/politics/video/putin_prizval_otlozhit_referendum_na_yugo-vostoke_ukrainy.shtml
Pavel Gubarev, Gouverneur populaire libéré hier
Hier, à Moscou, a eu lieu une rencontre entre le président de l'OSCE Didier Burkhalter et V. Poutine à propos de la crise en Ukraine. A la suite de cet échange, V. Poutine a demandé au Sud-Est ukrainien de reporter pour l'instant le référendum d'autodétermination, qui doit avoir lieu le 11 mai, pour donner une chance à la négociation politique à l'intérieur du pays, entre toutes les parties. Evidemment, certaines conditions furent posées, toujours les mêmes, concernant le désarmement des milices privées, la fins des opérations militaires contre la population, l'organisation de tables rondes avec les représentants du Sud-est, la libération de tous les prisonniers politiques. Dans ce cas, si toutes ces conditions sont réunies, la Russie envisage alors la possibilité de reconnaître la validité des élections présidentielles du 25 mai.
Inutile de dire que la surprise fut générale. En début d'après-midi, la libération du gouverneur populaire Pavel Gubarev est annoncée et provoque une réaction de liesse populaire dans la région, surtout avant le référendum du 11 mai devant déterminer du statut des régions de Lugansk et Donetsk. Enfin un vrai leader pour la région. Et le soir, V. Poutine leur demande de suspendre l'organisation du référendum.
Le moment est-il bien choisi? Oui et non.
Non, car après le massacre de Odessa, pour beaucoup d'habitants de l'Est, l'Ukraine est restée dans les ruines de l'immeuble des syndicats. D'autant plus que l'horreur est pire que ce que l'on pensait. Comme le confirme aussi le Procureur général ukrainien, ce qui s'est passé est une action planifiée et organisée à l'avance par de hautes personnalités de Kiev et avec la participation active des forces de polices locales. Ainsi, des extrémistes sont entrés dans le bâtiment avant que la foule ne vienne s'y réfugier, ils ont préparé les lieux, déjà tué et violé, bloqué certains accès et déposé des produits inflammables. Quand la foule est entrée, le feu a été mis de manière à bloquer la sortie principale et le "nettoyage" a été fait dans les étages. Ce qui prouve cette version, confirmée également par l'examen des lieux par les experts de l'OSCE, est le fait que les corps ne soient que partiellement brûlés, que d'autres soient en position de viol (il y en a même eu un enregistrement diffusé sur Youtube), etc. Plus de détails ici sur la préparation de l'opération: http://el-murid.livejournal.com/1774760.html
Et pour l'analyse des corps: http://m.livejournal.com/read/user/frallik/781599
Par ailleurs, comme le confirme les personnes relâchées par la police sur demande de la Procuratura, et comme le confirme le Procureur général, une partie des gens furent gazés avant d'être achevés une balle dans la tête, et enfin localement brûlés pour en partie détruire des preuves potentielles, sans oublier que la liste des disparus qui ne fait qu'augmenter et que le nombre réel de personnes ayant péris dans ce massacre peut atteindre 200 personnes. 200 être humains, plus la centaine de morts lors de Maïdan, plus les civils tués et blessés par les opérations militaires, plus les militaires tués et blessés. Tout ça pour finalement destructurer totalement le pays, mettre des oligarques dans les régions et faire élire le candidat-oligarque américain Poroshenko? Cela en vaut-il réellement la peine? Surtout que derrière, Timochenko promet une troisième révolution si elle n'est pas élue.
Difficile de vivre ensemble avec tout cela. C'est pourquoi aussi la réaction de V. Poutine a pu surprendre. Quand parallèlement, les forces armées intensifient leurs attaques contre les forces d'autodéfense, mais également contre la population civile, où des dizaines de civiles ont trouvé la mort ces trois derniers jours.
Mais c'est peut être pour cela qu'il est urgent de s'asseoir à la même table. Qu'il faut trouver une porte de sortie. Ce que semblent avoir compris certains parenaires européens et certains individus à Kiev.
L'autre paramètre rendant la proposition russe actuelle, est la question du gaz. L'Ukraine ne paie pas et ne paie rien. Si elle continue encore deux mois, les réserves de gaz en Ukraine seront trop faibles pour qu'elle puisse assurer le transit et l'Europe risque de se retrouver en difficulté cet hiver, sans même parler des entreprises.
Pour autant, la situation a beaucoup d'inconnues. Tout d'abord, les réactions à Kiev sont diversifiées. Le Premier ministre Iatséniouk est particulièrement en colère: il a été totalement contourné, non seulement par la Russie, mais surtout par l'OSCE. Et hier soir, il déclarait qu'il ne comprenait pas pourquoi l'OSCE et la Russie, sans la participation des Etats Unis et de l'UE et évidemment de l'Ukraine elle-même, ont pu prendre une décision concernant l'Ukraine. D'autant plus qu'avec ses conseillers (américains) ils avaient préparé et envoyé une autre feuille de route, qui est très sensiblement différente de celle-ci. Le ministre des affaires étrangères déclare, pour sa part, qu'il faut discuter avec les représentants de l'Est, tout le monde est fatigué de cette guerre. Le Président par intérim et chef du Parlement Tourchinov, lui, ne veut pas en entendre parler.
D'autre part, hier, que ce soit le coordinateur du mouvement de O. Tsarev ou des groupes d'autodéfense, tout le monde a déclaré que la décision de reporter ou non le référendum appartient à la population elle-même. La décision sera prise aujourd'hui. Pour l'instant, Donetsk a déjà décidé d'organiser le referendum.
Bref, une certaine dissenssion se fait au sein du pouvoir en Ukraine, mais également au sein des "partenaires" de la Russie. Diviser pour mieux règner, il semblerait que la Russie ait joué cette carte, qui du même coup enlève tout son sens aux sanctions économiques. Jouant dans le même temps les pays européens contre l'UE et les Etats Unis. Les intérêts américains reposent sur la rupture entre l'Europe et la Russie pour un meilleur contrôle de la région et ce contrôle passe par le contrôle énergétique. Mais l'UE n'est pas un Etat et les Etats ont un instinct de survie qui vient de leur nature politique, nature qui fait défaut à l'UE et la rend plus facilement manipulable.
L'Allemagne en tête, suivie de nombreux Etats européens, félicitent le Président russe. Les marchés sont repartis à la hausse. Les Etats Unis sont hésitants.
Toutefois, le revers de la médaille est l'impression plus que mitigée que va laisser dans le Sud-est cette position. Donetsk va déjà organiser le référendum, et la population peut se sentir trahie. D'autant plus qu'à Mariupol, par exemple, la tension monte à nouveau aujourd'hui. Il y a même eu utilisation de gaz.
Donc comment interpréter cette diplomatie russe?
Mieux vaut une mauvaise paix que n'importe quelle guerre? Peut être. Mais le moment de la paix est important, il aurait mieux fallu attendre trois jours.
De toute manière il faut sortir du conflit qui commence à coûter cher et le clan "libéral" russe est revenu en force. Vendre les populations du Sud-est contre des points sur les marchés internationaux?
Il est évidemment que les conditions ne seront pas réunis et le référendum aura quand même lieu. Mais la Russie ne pourra plus être accusée de faire dégénérer la situation.
Attendons pour voir, déjà, ce qui se passera dimanche.
mercredi 30 avril 2014
Effets "pervers" des sanctions américaines: l'accélération de la modernisation du système russe
Voir: http://izvestia.ru/news/570132
http://www.rg.ru/2014/04/29/spisok.html
http://www.rg.ru/2014/04/29/spisok.html
Toute action entraîne réaction, cette expression bien connue est ici particulièrement à sa place. Les sanctions américaines, les nouvelles évidemment, mais prises dans leur ensemble également, produisent pour leurs auteurs un effet pervers:
- elles permettent à la Russie de se décider à prendre des décisions qu'elle repoussait n'étant pas prioritaires,
- elles permettent la consolidation des élites et le développement de l'esprit du service d'Etat qui leur manquait tant,
- elles permettent de donner un sens au combat pour le rapatriement des actifs, qui de fait ne peut plus être taxé de sursaut soviétisant,
- elles permettent enfin de couler les fondations de la Nation.
Quoi qu'il puisse en paraître, ces affirmations ne sont pas exagérées. La puissance du discours condamnant la Russie ne se mesure pas à l'aune des décibelles, de la gesticulation des orateurs ni du rang des personnes visées, mais en analysant leur efficacité. Or, l'efficacité est, rappelons-le, le rapport entre les mesures prises et le but à atteindre: les mesures permettent-elles d'atteindre le but fixé?
Pour pouvoir y répondre, il faudrait pouvoir clairement identifier le but: la régulation du conflit en Ukraine? l'annulation du referendum sur la Crimée? le soutient au gouvernement putshiste de Kiev? Les buts ne sont pas très clairement identifiés, mais globalement ceux-ci sont avancés. Et ils ne correspondent en rien aux mesures prises.
En effet, que voyons nous en résultat immédiat des sanctions:
- la Russie a enfin pris la décision de développer son propre système de paiement indépendamment des systèmes américains Visa ou Master Card, peut être en partenariat avec la Chine dans un premier temps;
- les élites politiques commencent enfin à parler du service d'Etat, ce dont il ne fut quasiment jamais question ces dernières années, mettant ainsi en place les prémisces d'une culture publique;
- le business rapatrie ses avoirs en masse, et chose étonnante, même les bourses ont réagi à l'augmentation suite à l'annonce des dernières sanctions;
- la baisse du rouble permet de rendre la production russe attractive à l'exportation;
- le discours politique fondé sur la Nation russe, au-delà des différences ethniques, prend de plus en plus de poids, dans le débat public.
Donc, la pression qui est censée être exercée sur la Russie pour la faire fléchir et l'inciter à revoir par la force sa position quant à l'Ukraine, peut être déclarer le parti Svoboda comme le parangon de la démocratie, cette démocratie tellement vivante que nous avons (heureusement) oubliée en Europe, cette pression est improductive quant à la pression intérieure russe et contre productive quant à la politique intérieure ukrainienne. Puisque non seulement aucune amélioration n'a eu lieu en Ukraine, mais le soutien inconditionnel et aveugle qui lui est accordé, doublé d'une condamnation inconditionnelle et tout aussi aveugle de la Russie, pousse le régime de Kiev vers le suicide politique et la perte de l'Ukraine. Car cette politique répressive internationale est fondée sur le transfert total de la responsabilité de ce qui se passe en Ukraine vers la Russie et la négation totale de la responsabilité des puissances occidentales et du gouvernement révolutionnaire en place à l'origine de ces évènements.
Et si l'on s'attache plus précisément aux dernières sanctions américaines, prises contre 7 personnes physiques et 17 entreprises privées à capital mixte, il est difficile de ne pas s'interroger sur leur orientation: elles touchent les domaines stratégiques de l'économie russe d'une part et d'autre part les personnalités politiques qui dérangent.
Sur le deuxième point, peu de remarques à faire. Dans les bacs à sable, les enfants se disputent, se détestent, à la vie à la mort. Le niveau des sanctions américaines sur ce point est comparable, tout au moins au niveau de la qualité de l'argumentation. Interdire de séjour des personnes comme le premier vice-président de l'Administration présidentielle V. Volodine, le vice premier-ministre D. Kozak, le président du comité de la Douma pour les relations internationales A. Pushkov etc n'a strictement aucun sens s'il s'agit de développer le dialogue pour trouver une issue de sortie de crise. Donc il devient légitime de se demander si le but réel, lui, ne serait pas tout autre. Pour cela, il faut jeter un oeil sur l'autre partie des sanctions.
Il est alors intéressant de noter la présence de I. Setchine (Rosneft) à la tête de la plus importante entreprise russe d'hydrocarbures. On soulignera la réaction immédiate de BP: cela ne changera rien à notre partenariat. Alors à quoi bon la sanction? Finalement beaucoup de bruits pour rien? Cela concerne aussi, par exemple, S. Tchemezov (Rostekh) dirigeant la compagnie à la pointe de la technologie. Cela tombe bien, quand même. Ces deux domaines sont également important pour l'économie américaine. Si ces sanctions pouvaient au passage affaiblir la position de la Russie dans ces secteurs, l'économie américaine ne s'en porterait pas plus mal.
D'où une petite question, mais n'étant pas économiste je ne peux pas y répondre: le choix de ces sanctions a-t-il pour but de réellement "sanctionner" la Russie pour toutes les atrocités qui lui sont imputées, ou n'est-ce pas plutôt un moyen de servir les intérêts de certains lobbys américains sous couvert de justice universelle?
lundi 28 avril 2014
Y a-t-il un lien entre le Traité transatlantique et les sanctions contre la Russie?
Voir: http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/04/25/31002-20140425ARTFIG00296-traite-transatlantique-le-dessous-des-cartes-par-jean-michel-quatrepoint.php
http://itar-tass.com/politika/1149616
http://itar-tass.com/politika/1149616
Aujourd'hui, le Conseil de l'Union européenne composé des 28 représentants des pays membres de l'UE va se prononcer sur de nouvelles sanctions à l'égard de la Russie. Et cela tombe très bien pour les Etats Unis, qui en sont à l'origine.
Il s'agit toujours du deuxième stade, qui dure, qui dure, le troisième faisant quand même trop peur: l'Europe n'est pas encore tout à fait prête à se suicider économiquement, politiquement et socialement pour les beaux yeux de notre "partenaire" outre Atlantique. Donc, en attendant un véritable embargo économique sur la Russie qui permettrait de définitivement destabiliser l'économie européenne, la liste des personnes infréquentables va être élargie et toucher ce business qui a l'outrecuidance de ne pas condamner la dictature poutinienne et d'être encore en Russie. Plus concrètement, on verra dans la journée à quel point les cartes s'ouvrent sur la dépendance énergétique européenne.
Les mesures ont été bien préparées et le suspens est intenable de savoir si le Conseil de l'UE, organes politique et indépendant, va les adopter ou pas ces sanctions. Mais avant la décision finale, n'oublions pas la mise en scène démocratique légitimant a posteriori le processus: les débats, les discussions, les applaudissements et enfin le vote. Camarades, la victoire est proche! Oups...
Ainsi, l'Europe continue à se distancier d'avec la Russie. Cette Russie qui ne cesse de continuer le dialogue. Et oui, les russes sont tenaces et les américains commencent à perdre patience. Il faut absolument couper l'Europe de la Russie pour qu'elle soit totalement sous domination américaine: vive le gaz de schiste! En attendant, si l'été est proche, il faudra bien passer l'hiver et se chauffer. Donc, l'Allemagne discute avec la Russie sur la question ukrainienne, enfin sur la question du transit du gaz par l'Ukraine, dont l'UE est dépendante et ils devraient se réunir. Mais après cette conversation téléphonique, elle prend bien la peine de condamner la position russe en Ukraine, au cas où. C'était la semaine dernière. En fin de semain, Kerry s'énerve, Obama s'énerve, les secrétaires de presses affirment et assurent la responsabilité de la Russie et pour preuve, regardez internet. Même les journalistes américains s'étonnent lors de la conférence de presse à la Maison Blanche. Question d'un journaliste: et les services de renseignement américains qui peuvent surveiller n'importe qui et n'importe quoi n'ont pas d'informations autres que celles venant d'internet ou du Gouvernement ukrainien, qui est partie prenante donc pas objectif? Comment pouvez-vous donc affirmer que la Russie est responsable de ce qui se passe dans l'Est? Réponse officielle: On en est sûr. Point. Et pas d'autres arguments. Bref, pas de dates pour la réunion UE/Ukraine/ Russie sur la question du gaz: il faut attendre l'autorisation.
En attendant on prend des mesures contre la Russie, c'est non seulement autorisé mais demandé. Et les négociations du Traité transatlantique avancent merveilleusement. Les Etats Unis ont besoin d'une Europe faible, ils l'ont aidé à s'élargir jusqu'à la nausée, ils l'aident à couper les ponts avec la Russie, ôtant ainsi à l'UE toute chance de pouvoir prétendre à être une puissance au moins régionale, voire entrer en concurrence avec les USA. Mais pourquoi l'Europe suit-elle?
Parce que l'Europe, à l'intérieur, est sous domination allemande et l'Allemagne voit un intérêt à ce traité pour le développement de son industrie en dehors de l'UE moribonde, avec le renforcement de la dérégulation, l'affaiblissement des normes sociales qui lui coûtent trop cher et la possibilité d'entrer sur le marché américain voire asiatique. C'est la position particulièrement bien argumentée de l'économiste J.-M. Quatrepoint. Donc, menée par l'Allemagne, aujourd'hui largement américanophile, l'UE s'éloigne de son seul véritable allié dans la région, la Russie.
Et tous les efforts des Etats Unis, à chaque fois à l'origine de sanctions, qui les touchent beaucoup moins, visent à faire comprendre également à la Russie qu'elle a perdue l'Europe, ce qui l'affaiblirait également en retour, car se tourner uniquement vers l'Orient ne permettrait pas de compenser les pertes, non seulement économiques, mais surtout en terme d'image.
Donc le combat continue. Et pendant ce temps-là, en Ukraine ...
vendredi 18 avril 2014
De Poutine à Lavrov: l'inconnue est le prix de la victoire
Voir: http://www.gazeta.ru/politics/2014/04/17_a_5996289.shtml
http://izvestia.ru/news/569452
http://russian.rt.com/article/28230

J. Kerry et S. Lavrov hier à Genève
http://izvestia.ru/news/569452
http://russian.rt.com/article/28230

J. Kerry et S. Lavrov hier à Genève
Hier, deux évènements qui n'en font qu'un: la conférence de presse de V. Poutine ou sa discussion avec la "population" et la conférence de presse du ministre russe des affaires étrangères S. Lavrov. L'un à Moscou, l'autre à Genève. Les deux sur l'Ukraine officiellement, les deux sur la sortie du rapport de force entre la Russie et les Etats Unis.
Prenons dans l'ordre. Du général au particulier. La conférence de presse de V. Poutine s'est produite dans un format très particulier, elle ressemblait plus à un débat avec l'élite, qu'avec la population. La tension était palpable, l'ambiance très lourde et la gestuelle présidentielle le confirmait - notamment le gratouillage perpétuel de la main gauche. Quels secrets contenait-elle cette main pour y porter autant d'attention?
Le centre de toutes les attentions était la Crimée et l'Ukraine, les questions sociales et économiques furent traitées également à travers ce prisme. La phrase marquante a été prononcée par l'opposante I. Khakamada , figure politique des années 90: "Vous êtes le vainqueur". Au fait, juste à ce moment-là, il y a eu une interruption de la diffusion de Russia Today aux Etats Unis. Peu importe. Toute la presse russe, même libérale, même d'opposition, le reconnaît, l'affirme, et reprend son souffle.
Car tout au long de la conférence presse le même refrain est chanté: Nous sommes gentils, nous sommes ouverts, nous sommes européens, il faut nous aimer. Donc, les libéraux respirent, ils ne retournent pas en Union Soviétique. Plus sérieusement, il est vrai que le conflit ukrainien a provoqué des réactions nationalistes en Russie, qui pouvait conduire à une rupture sociale. La volonté de pénaliser les journalistes, la volonté de renforcer la haute trahison, ce clown de Jirinovsky paradant en militaire à la Douma. Toutes les tentatives de certains députés de radicaliser et fermer la liberté d'expression heureusement furent très largement désavouées et ne purent passer. Mais l'ambiance, le ton était donné. Le patriotisme combattant, et d'ailleurs jusque là gagnant. Mais toute chose a une fin et le patriotisme pour être profond et sincère n'est pas obligatoirement combattant. La Crimée et Sébastopole sont redevenus russes. L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe joue à la provocation avec la Russie, la délégation russe envisage la possibilité d'en sortir définitivement. Hier, V. Poutine a mis en terme à ces poussées dangereuses de repli sur soi.
Premièrement, il faut savoir s'arrêter. La Crimée était russe, elle l'a voulue unanimement, elle est rentrée à la maison. Mais l'Ukraine de l'Est est ukrainienne et le scénario ne se renouvellera pas, les circonstances sont trop différentes. Donc les va t'en guerre doivent se calmer et reprendre contact avec la réalité: la Russie ne veut pas récupérer l'Est de l'Ukraine, elle a besoin d'une zone tampon avec l'OTAN, elle a besoin d'une Ukraine dont tous les territoires ne soient pas anti-russes.
Deuxièmement, la Russie ne doit pas sortir des organismes internationaux, elle doit continuer le dialogue puisqu'elle est un acteur important sur la scène internationale. Même si la mode est la stigmatisation de la Russie, que ce soit au Conseil de l'Europe ou à l'UE. Pour la première fois, V. Poutine souligne l'impuissance des chefs d'Etats européens soumis à Bruxelles et à ses fonctionnaires, qui eux sont soumis à la volonté et aux intérêts du Département d'Etat. Autrement dit, l'Europe n'est pas l'UE, il faut faire avec, car il existe au sein de ces Etats des courants différents qui ne sont pas pour une vision néolibérale du monde et de la politique. La Russie a sa place comme symbole des valeurs traditionnelles dans une gouvernance moderne.
Bref, un discours de vainqueur? Peut être. Un discours de mise au point en tout cas. Surtout avec les élites nationales, un discours de réconciliation nationale. Maintenant il faut consolider, construire, affermir et aller de l'avant. Tous ensemble. C'est pourquoi les opposants à la réunification furent invités à s'exprimer, tout comme les médias critiques. Même quelques mots gentils à l'égard de la chaîne Dojd. Bref, on est une grande famille. L'euphorie de la première victoire est passée.
La main est tendue, c'est incontestable, mais sera-t-elle vraiment saisie? Qu'est-ce qui va changer pour que d'un coup d'un seul, quelque chose change à l'intérieur? Pour que l'élite d'opposition devienne constructivement critique?
Voici la première main tendue sur la scène intérieure. Une autre main a été tendue sur la scène internationale, à Genève. La Russie accepte les négociations avec des représentants des Etats Unis, de l'UE et de l'Ukaine, qui pourtant est venue sans aucun membre de l'Est dans ses rangs. Un accord étrange est conclu:
- Renforcer le discours pacifique intérieure en Ukraine entre les différentes parties au conflit. Magnifique, mais pourquoi alors n'étaient-elles pas représentées et pourquoi la Russie qui insistait à ce point sur cet aspect ne l'a pas souligné?
- Déposer les armes. Superbe! Mais cela risque de ne concerner que l'Est qui se défend contre l'armée, les forces spéciales et les unités du Secteur droit. Car si le Secteur droit n'est pas désarmé, si l'armée ne rentre pas dans ses baraques, autant demander aux gens de se suicider. Bref, qui va commencer?
- Rendre les bâtiments occupés à leurs "propriétaires" légitimes. Evidemment! Cela ne concernera à nouveau plus que l'Est (à moins de réellement remettre en cause la légitimité du régime autoproclamé de Kiev avec la légitimité du peuple de Maïdan), qui doit donc reconnaître légitime l'arrestation de ses leaders, quitter la place sans aucune garantie.
- En contre partie il doit y avoir une amnestie générale, sauf pour les personnes ayant commis des crimes graves. Aurait-on oublier que les militaires qui ont refusé de tirer sont qualifiés de traitre? Que les gens qui ont pris les bâtiments sont qualifiés de terroristes? Est-ce une reddition que la Russie vient de signer? Car comment interpréter ces dispositions, quand on sait que les anciens Berkut hospitalisés à Kiev ne sont ni nourris ni soignés?
- Il faut nettoyer les rues et les places. On attend de voir à Maïdan :)
- Et le tout doit être majestueusement garanti par l'OSCE dont on connaît l'efficacité, surtout en période de conflit. Ses membres sont plus doués pour financer des programmes visant à influencer les politiques intérieures, à user de soft power pour soutenir l'opposition et écrire de magnifiques projets de loi ou de Constitution, qu'à régler des conflits ouverts.
Bref, à quoi ressemble cet accord? Dans le meilleur des cas, à rien, car il est inapplicable. Dans le pire des cas, la Russie a négocié l'Est contre la Crimée. Dans tous les cas, c'est de la real politik. J. Kerry se souvient certes des droits des populations russophones, mais il ajoute également que si rien n'est fait rapidement, de nouvelles sanctions contre la Russie seront prononcées. A ce sujet, il se souvient de la population - russe de Russie - qui ne doit pas souffrir de ces sanctions, mais, bon, rien de personnel, c'est le jeu.
Et n'oublions pas la mise en scène. La tribune américaine devant les drapeaux, les autres délagations autour de la table, en gentils petits écoliers. C'est la guerre de la communication, certes, mais comme d'habitude, celle-ci la Russie l'a perdue.
Car voici aussi ce que l'on peut retenir de cette étrange journée d'hier:
- Poutine reconnait la présence des hommes en verts/soldats russes en Crimée et l'opposition de s'engouffrer dans la brèche en disant que du coup on ne peut plus rien croire de ce que V. Poutine raconte.
- En refusant de sortir des organismes internationaux, V. Poutine veut insister sur l'ancrage fondamentalement européen de la Russie, dont l'Occident pense-t-il ne peut faire l'impasse.
- En discutant à Genève avec les représentants de l'Ukraine, sans les représentants de l'Est, c'est une reconnaissance de facto du gouvernement en place.
- Quand J. Kerry dit refuser de traiter de la question de la Crimée, c'est une reconnaissance de facto du rattachement de la république à la Russie.
Victoire, oui la Crimée est russe. Mais tout cela ressemble à un jeu de dupes, chacun veut garder la face et fixer un avantage. Toute victoire a un prix et le sentiment est que c'est justement ce prix qui est entrain de se négocier.
mardi 18 mars 2014
Les sanctions américaines et européennes contre la Russie: de l'impasse au suicide ?
Voir: http://www.bbc.co.uk/russian/russia/2014/03/140317_sanctions_russia_reax.shtml
http://www.rbc.ru/rbcfreenews/20140318015609.shtml
http://ria.ru/world/20140317/999747282.html

Les Etats Unis, puis l'UE, ont adopté des sanctions contre la Russie suite au référendum qui s'est tenu en Crimée dimanche 16 mars lors duquel les habitants ont massivement choisi de rejoindre la Fédération de Russie.
Il ne s'agit pas pour autant de sanctions économiques dans le sens classique du terme, mais plutôt de mesures de rétorsion personnelles à l'encontre de quelques personnalités russes et ukrainiennes qui ne plaisent pas ou plus aux Etats Unis et donc à l'UE. Une liste de 21 personnes pour l'UE (dont 11 pour les USA) à l'échelle des relations entre ces pays devient presque une affaire de famille. Ces personnes voient leurs actifs à l'étranger gelés et ne pourront obtenir de visa. Cela concerne, pour la liste américaine, V. Surkov, V. Yanukovych, S. Glaziev, D. Rogozine, V. Matvienko, L. Slutsky, A. Klichas, E. Mizoulina, S. Aksionov, V. Konstantinov et V. Medvedtchuk. La liste européenne a rajouté des députés et des membres de la flotte en mer noire.
La formulation américaine est amusante, car il ne s'agit pas du referendum en lui-même, mais des personnes responsables de l'introduction des troupes en Crimée. Donc, les Etats Unis restent bien dans leur rôle de défenseur des agressés - les habitants de Crimée - contre les agresseurs - les russes. Il serait en effet plus difficile de s'appuyer sur le référendum pour légitimer ces sanctions, puisque le taux de participation dépasse les 85% et presque 97% des habitants - donc pas que les russes ethniques, mais aussi les tatares, les ukrainiens etc - se sont prononcés pour l'entrée dans la Fédération de Russie. Sans oublier le mouvement de liesse populaire qui a suivi les premiers résultats. Difficile de continuer à affirmer qu'ils ont voté avec une arme pointée sur la tête.
Donc, il s'agit bien de châtier ceux qui ont oser permettre la réalisation de l'occupation militaire de la Crimée par la Russie (non, non, on ne parle pas des troupes à Sébastopol) et qui ont terrorisé la population dans une situation difficile et honteusement profité de sa faiblesse. Mais dans ce cas, par exemple, quel est le rapport avec Mizoulina? Elle a envoyé les troupes? Non, elle a soutenu la loi contre la propagande homosexuelle chez les mineurs. Tant qu'à faire, on peut ratisser large. Ou bien encore avec Andrey Klichas, qui dirige le comité du Conseil de la Fédération pour la législation consitutionnelle, il ne s'occupe pas de l'armée, mais de la loi. Donc oui, il travaille sur les aspects juridiques du rattachement de la Crimée et de Sébastopol à la Russie suite au référendum, à la déclaration d'indépendance et à la demande officielle des autorités locales d'entrer dans la Fédération de Russie. Mais puisque les sanctions ne sont pas liées au référendum directement, mais aux troupes militaires russes, quel est le rapport? Au fait, quelqu'un a pu dire quelles troupes occupent le territoire?
Sur le fond des sanctions. Il y a peu, la Russie a adopté une loi conduisant les députés et fonctionnaires russes à ne pas avoir d'actifs à l'étranger. Cela pour garantir leur indépendance. A l'époque, je trouvais la mesure un peu sévère, car je ne pensais pas que de nos jours il soit possible de tomber dans une situation qui n'existait même pas du temps de la guerre froide. Mais je me suis trompée. Donc, l'effet réel de ces sanctions est limité, seul un des membres russes de la liste a un appartement en Europe. Et Rogozine se moquait sur Twitter en demandant s'ils avaient pensé à ceux qui n'avaient ni biens ni comptes en banque à l'étranger ou bien si cela ne leur avait même pas traversé l'esprit.
Toutefois, ces sanctions ne serait que le premier pas. D'autres, plus générales seraient à venir. Mais là, les choses se compliquent. Aux Etats Unis, la Chambre de commerce rappelle qu'elle ne veut pas que les entreprises soient impliquées dans la politique. En Europe, les pays baltes, fortement dépendant de la Russie sur le plan des exportations, demandent à l'UE de compenser les pertes économiques occasionnées aux Etats membres en cas de sanctions économiques. Mais l'UE n'en a pas les moyens, c'est une évidence. La Pologne rappelle aussi que des sanctions contre la Russie vont fortement toucher l'Europe, mais l'UE aura-t-elle le choix? Question intéressante ... L'Europe a-t-elle envie d'un suicide économique qui entraînera un suicide politique? L'Ukraine en vaut-elle la peine? Pourtant, la question est juste: a-t-elle le choix? Et la réponse ne dépend pas vraiment de Moscou.
Donc pour l'instant, les sanctions restent surtout formelles. Pour le reste, il s'agira d'un rapport de forcem entre les "partenaires" occidentaux, autrement dit entre le business qui est unanimement contre et le politique qui est pour quand le peuple n'est pas franchement favorable. Sur le plan politique, tout va dépendre de la volonté des Etats Unis, mais la politique américaine dépend aussi fortement du business. A suivre ...
lundi 29 avril 2013
Pour revenir sur le financement étranger des ONG, approche comparée et enjeux de géopolitique contemporaine
Depuis la vague de vérifications des financements des ONG russes, la communauté internationale et la communauté des activistes russes est en plein émoi. On ne reviendra pas sur l'agence américaine FARA qui soumet à un enregistrement spécifique les ONG travaillant sur le territoire américain exerçant une activité "politique" financée par l'étranger et qualifiées d'agent étranger. C'est connu. Dans le rapport semestriel pour 2012, on y trouve, par exemple, le bureau du tourisme des Bahamas dont le but est la promotion du tourisme par la participation à des expositions, des conférences ou séminaires (Voir http://www.fara.gov/reports/SAR_JUNE_2012.pdf p. 24). Comment qualifier leur activité de politique?
En fait, le problème vient de là, la qualification d'une activité de politique. Prenons le cas du soutien de l'Etat français à la Palestine par l'intermédiaire d'ONG y travaillant. Le NGO-Monitor, organisme de sureillance des ONG (projet, selon le site, visant à dénoncer le tournant anti-américain de la France de la Ve République et la remise en cause des liens très particuliers noués avec Israel), dans un rapport initialement publié en anglais, condamne l'activité de l'Etat français en Palestine. Sous couvert de financement d'ONG travaillant dans le domaine des droits de l'homme ou de l'humanitaire, comme le Secours catholique ou Médecins du Monde, la France est accusée de former les esprits contre Israel et sa politique dans la région. (Voir http://www.objectif-info.com/index.php?id=746)
Donc l'ingérance d'un Etat étranger dans les affaires politiques d'un autre pays est condamnable et condamnée, peu importe que cela passe par une ingérence directe ou par l'instrumentalisation des ONG. Mais comme le premier moyen d'action est dépassé, le second est devenu le fer de lance de la géopolitique. Il ne s'agit même pas d'une critique, mais d'un fait. Chacun défend ses intérêts et à l'époque ou les intérêts de tout Etat dépassent largement le cadre de ses frontières, il serait naïf de croire qu'il ne cherche pas à créer un contexte politique favorable dans les pays où ses intérêts sont en jeu.
Donc la Russie défend ses intérêts. Les Etats Unis également, c'est de bonne guerre. Il est regrettable que dans cette histoire ce soient les droits de l'homme qui soient pris en otage, qu'ils aient été instrumentalisés pour finalement petit à petit se discréditer. Mais c'est un autre débat. Et les réactions sont irrationnelles.
Juste un exemple. Résidant en Russie depuis 10 ans, j'ai été contactée sur Facebook par un jeune homme (dont je ne divulguerai pas le nom), qui travaille dans l'association Memorial. Voici l'échange traduit en français:
Lui: Je voudrais vous poser une question, êtes vous française?
Moi: Oui, pourquoi?
Lui: Il y a une idée intéressante. Hier, la procuratura a dit au comptable de l'association Memorial de la région des Komis que s'ils touchaient encore une fois un financement de l'étranger, ils devraient s'enregistrer comme agent étranger. Voici l'idée. Et si l'on touche une somme de 10 euros, on sera quand même obligé?
Moi: Et pourquoi ne pas vous enregistrer, c'est difficile?
Lui: Premièrement, oui, c'est difficile. Deuxièmement, c'est comme devoir porter l'étoile de David dans l'Allemagne nazie. Troisièmement, nous n'avons pas d'activité politique.
La question est donc idéologique. Le refus, quelle que soit la procédure (qui n'interdit pas l'activité), est un refus de principe. Et quand la procuratura veut simplement prévenir, et ne pas tout de suite aller au bout de la procédure comme avec l'association Golos, le but est de ridiculiser l'institution. La somme envisagée est volontairement minime. Soit la procuratura ne réagit pas et elle sera montrée du doigt comme inefficace. Soit elle réagit et elle sera montrée du doigt comme un organe répressif digne des nazis. C'est l'impasse. Et la mauvaise foi. Juste une question de défenses des intérêts nationaux croisés.
vendredi 14 décembre 2012
La guerre des Listes et le piège de la guerre froide
Voir: http://izvestia.ru/news/541528
En annonçant l'adoption prochaine de la Liste Magnitsky, le Congrès américain a ouvert la boîte de Pandorre: l'hostilité politique peut être formalisée par un acte juridique.
Dans la suite logique, la Douma prépare l'adoption d'une réponse adéquate. Comme l'a souligné V. Poutine, la réaction de la Douma est normale, il faut réagir, et en ce sens elle est en droit de préparer un projet de loi. Mais la réponse doit rester adéquate et ne pas sortir des limites.
Or, non contents de prévoir une interdiction du territoire pour les citoyens américains portant atteinte aus droits de ressortissants russes, les députés de la Douma ont proposé de ne pas se limiter aux Etats Unis: la Russie a beaucoup d'ennemis qui veulent sa destruction, il faut interdire à tous l'entrée sur le territoire.
Cela vise évidemment la Géorgie, dont le responsable à l'assemblée géorgienne des questions de sécurité est accusé par le Comité d'enquête non seulement de financer l'opposition russe, mais de la téléguider pour détruire le régime, comme semble l'illuster une vidéo diffusée sur YouTube il y a quelques temps et sur Life News ce 13 décembre. Ainsi, l'étranger proche de la Russie pourrait être touché.
Si la Douma fait ce pas, il y a de fortes chances qu'elle tombe dans un piège. Relancer le discours de la Russie assiégée par ses ennemis est contre-productif, d'autant plus que sur le plan de l'efficacité, le développement de l'Union eurasienne est bien parti pour modifier l'équilibre des forces dans la région en faveur de la Russie. Ce qui explique d'ailleurs l'énervement de H. Clinton sur la question.
Sur un plan plus technique, la guerre froide était marquée par une idéologisation très forte du droit, dans les deux clans. L'utilisation politique du droit est une habitude (le droit étant un instrument au service d'une politique), mais la dénaturation d'actes juridiques en actes politiques est une déformation dangereuse, qui porte atteinte à l'efficacité d'ensemble de l'arsenal juridique.
Bref, le piège est ouvert. Il a touché exactement le point sensible, le point faible, la phobie de l'encerclement. Il est à espérer que la Russie ne s'enfermera pas seule, fournissant ainsi une arme de taille à ses concurrents.
mercredi 22 février 2012
Les promesses électorales de V. Poutine: 8% du PIB pour 2012
Сколько стоит Путин
Зарубежные экономисты оценили предвыборные обещания Владимира Путина
Зарубежные экономисты оценили предвыборные обещания Владимира Путина
Des experts étrangers ont chiffré les promesses électorales de V. Poutine. Il s'agit en gros d'une augmentation budgétaire de 4,8 trillions de roubles, soit 8% du PIB de 2012. Pour financer ces dépenses, la Russie a besoin d'un cours moyen du pétrole à 130$ le baril, soit 11% de plus que le prix prévu par le budget.
Seulement en ce qui concerne l'armée, il est prévu de dépenser 23 trillions de roubles, bien que le pouvoir précise qu"il ne s'agit pas d'une militarisation du budget. Ces fonds doivent être affectés à divers secteurs, comme les forces nucléaires, la défense aérienne et spatiale, le renseignement, les communications, les avions sans pilotes, etc.
En matière sociale, il est promis une augmentation des pensions de retraite sans recul de l'âge de la retraite, une augmentation des salaires moyens dans la fonction publique, augmentation des bourses et autres qui correspondent à 1,5% du PIB.
Sans oublier l'ambitieux programme de relance de l'activité économique "Les 100 pas", ayant pour but de faire passer la Russie de la 120e à la 20e place du classement Doing Business de la Banque mondiale. Sans être chiffré, il doit faciliter l'obtention des documents adinistratifs en réduisant la bureaucratie, la simplification de la comptabilité, la création d'un Ombudsman pour les entrepreneurs, l'harmonisation de la législation avec les standards européens, etc.
Selon les analyses de Capital Economics, les promesses peuvent être tenues avec un prix du baril à 130%. En 2012, le budget se base sur un prix du baril à 117% et en 2008 il se basait sur un prix du baril à 55%. Parallèlement, les trois budgets à venir sont prévus déficitaires: 876,6 milliard de roubles en 2012, environ 1 trillion de roubles en 2013 et 491 milliards de roubles en 2014.
Mais pour l'instant la dette publique de la Russie n'est pas très élevée, environ 10% du PIB, ce qui laisse une marge de manoeuvre au Gouvernement.
L'augmentation des dépenses publiques provoque des critiques de la part de certains experts, rappelant que sous A. Koudrine il y avait une certaine discipline budgétaire, qui ne semble plus être la règle.
D'autres rappellent que l'augmentation des dépenses dans certains secteurs risque de se financer par la réduction des dépenses dans d'autres secteurs. Mais pour l'instant il est difficile de dire lesquels.
Il est vrai que la politique budgétaire russe tranche avec ce qui se passe en Europe aujourd'hui, avec les diktats des instances monétaires et financières européennes et internationales. Pourtant où est le problème?
La Russie a besoin de moderniser ses équippements, de relancer son économie et de soutenir la fonction publique. Il est nécessaire de faire progresser le niveau de vie de ses citoyens.
Ce qui est prévu ici.
Ce qui va à l'encontre des politiques budgétaires européennes et américaines. Mais les résultats dans ces pays sont-ils à ce point enviables qu'il faille défendre à tout prix leur extension à tous les pays?
Les populations seraient plus sceptiques que leurs gouvernants dans la réponse.
Si la Russie a les moyens de sa politique, elle a peut être une porte de sortie pour éviter le cercle vicieux qui est en train d'étouffer l'Europe.
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