Même si les élections présidentielles françaises ne présentent, en tant que tel, aucun intérêt politique, les résultats étant connus d'avance et aucun enjeu politique réel n'en découlant, il est intéressant de voir l'évolution de ce qui est censé être une opposition, et encore plus une opposition se présentant ou étant présentée comme radicale, sur le sujet de la campagne : le conflit en Ukraine. L'intérêt de ce sujet est d'illustrer la capacité, ou non, des candidats à défendre une vision française de la géopolitique. Eric Zemmour, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont tous pris leurs distances de la Russie et surtout de Poutine. Aucune alternative idéologique n'était donc réellement existante, l'alignement atlantiste dans les faits, au-delà des diatribes d'hier, est là. L'intérêt de la France attendra encore ...
Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog où nous allons tenter de décrypter l'actualité politique russe, donner la dimension de toute sa richesse et sa complexité. Sans clichés et sans partis pris. Sans vouloir plaire à tout le monde.
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jeudi 7 avril 2022
mardi 24 avril 2012
Le parti de Prokhorov pourrait ne pas exister
Lors de sa campagne électorale pour les présidentielles, Mikhail Prokhorov avait annoncé la création prochaine d'un parti politique, d'un parti qui serait différent de tout ce qui existe aujourd'hui en Russie, d'un parti qui révolutionnerait le paysage politique russe. Sa démarche est en effet à ce point non-traditionnelle, qu'elle risque de ne déboucher ... sur rien. Mis à part des réseaux sociaux.
Aujourd'hui, les groupes se forment sur internet, ses supporters anonymes ne comprennent pas ce qui se passe. Pourquoi les promesses faites lors de la campagne ne sont pas tenues. Une pétition lui a été adressée. Les gens ne comprennent pas son mode de fonctionnement.
Pourquoi la constitution du parti est à ce point tenue secrète? Les négociations se font dans les couloirs, personne ne sait qui est pressenti pour le diriger, etc.
Des critiques quant à l'organisation se font sentir. Même si l'efficacité des observateurs affiliés à Prokhorov a été de toute part soulignée, de nombreux dysfonctionnements se sont révélés lors de la campagne: dissiculté à trouver son représentant dans les régions, distanciation des comités recevant les électeurs avec le bureau de campagne ... Maintenant que du temps est passé, ils veulent des réponses: qui fait partie du comité d'experts? Quels sont les résultats des analyses faites sur les infractions lors des élections? Quelles sont les futures mesures prévues? S'il n'y en a pas pourquoi?
Pour sa part, Prokhorov, comme à son habitude, reste très calme. Un parti est une structure complexe à mettre en oeuvre et il faut du temps. Toutes les personnes qui doivent en faire partie, qui y ont leur place ... la trouveront . Mais peut être s'agira-t-il d'un mouvement et non d'un parti.
Beaucoup de formulations. Rien de concret. Il continue à se drapper dans ses certitudes. Mais pour l'instant, il ne sait toujours pas s'adapter aux demandes de ses potentiels électeurs, ni répondre aux critiques qui lui sont formulées.
Cette attitude porte préjudice à ses fonctions politiques et peuvent conduire à l'échec de la création d'un parti libéral. La politique est un métier à part entière et comme tout, ça s'apprend.
mardi 20 mars 2012
Le coût de la campagne présidentielle
На что потратились кандидаты в президенты
Основной статьей расходов стало телевидение; интернет по-прежнему игнорируют
Основной статьей расходов стало телевидение; интернет по-прежнему игнорируют
Voir également: http://www.gazeta.ru/politics/2012/03/19_a_4097317.shtml
Après les élections, les candidats ont 30 jours pour présenter leurs comptes de campagne à la Commission centrale électorale. Pour l'instant, seule l'équipe de V. Poutine a présenté ses comptes, les autres affirment le faire dans les jours qui viennent. Mais pour tous, le plus gros budget a été la télévision et le plus faible internet.
En ce qui concerne la campagne de V. Poutine, le montant déclaré est de 399 millions de roubles (le maximum autorisé étant de 400 millions de roubles). 50% des dépenses ont été affectées aux frais de télévisions. La responsable des questions financières souligne le prix extrêmement élevé sur les chaînes fédérales, environ 1 million de rouble pour 30 secondes d'antenne. Le deuxième poste de budet de campagne, 30% soit environ 120 millions de roubles, était affecté à la propagande politique (banderoles, brochures, etc.). En ce qui concerne la presse écrite, il n'y a pas eu de frais de campagne pour cela. Ils ont utilisé les espaces gratuits prévus dans la presse nationale et régionale pour la campagne des candidats ... pour le reste l'activité de V. Poutine/Premier ministre était largement couverte par les journalistes. Ils ont par ailleurs fait de la publicité sur des sites comme mail.ru ou yandex et sur les réseaux sociaux. Le troisième poste de dépense, 12% soit environ 50 millions de roubles, était consacré à l'organisation de meeting et diverses rencontres avec les observateurs, les représentants du parti, les électeurs ... Enfin, plus de 20 millions de roubles sont partis pour la location de locaux de campagne sur Novyi arbat, le téléphone, l'internet ...
En ce qui concerne les autres candidats, les données définitives ne sont pas encore accessibles.
L'équipe de Mironov est sur le point de présenter ses comptes de campagne. Leur budget serait d'environ 137 millions, dont plus de 100 millions pour la télévision et environ 20 millions de roubles pour les brochures et autres produits du même genre. Ils déclarent également environ 1 million de rouble pour l'organisation de meeting.
Jirinovsky n'a pas non plus de poste de dépense pour la propagande sur internet, mais ils ont utilisé les comptes privés de leurs membres pour faire passer leur message, ce qui est gratuit. Pour lui aussi, le plus gros poste de dépense est la télévision, près de 50% des 250 millions de roubles de dépense totale.
Pour Ziouganov, sur les 246 millions de roubles de dépense, 80% ont été affectées à la télévision, la presse, la radio et les tracts.
Pour l'instant les documents de Prokhorov ne sont pas encore prêts.
jeudi 23 février 2012
La préparation des élections bat son plein ... en faveur du pouvoir
Les contours de ce que le pouvoir appelle des élections propres et honnêtes se précisent, sur différents fronts.
Tout d'abord, la nouvelle manifestation pro-Poutine, qui se déroule en ce moment, regroupe près de 130 000 personnes, selon les forces de l'ordre (voir ici) et le stade Lujniki est plein à craquer. Juste un résultat de technologie politique? On peut en douter. Si une grande partie de la population veut que le système change, cette même majorité n'a pas forcément confiance en l'opposition, telle qu'elle est aujourd'hui présentée, pour le faire. Elle a peur de perdre ce qu'elle a réussi à gagner en matière sociale et en qualité de vie. Tout le monde n'a pas forcément envie de faire de la politique. En général, les gens veulent simplement vivre leur vie, tranquillement, comme ils l'entendent. Ce qui est aussi leur droit. Pour cela, la figure de Poutine semble rassurante: au mons, ils savent à quoi s'en tenir.
Mais un autre évènement contrebalance la "tranquillité" apparente de cette période pré-électorale. Pour des raisons techniques - qui oserait en douter ? - Ru-Center a bloqué l'accès au site du centre Gelix (Геликс), qui s'occupe de monitoring électoral. Comme cela fut le cas à l'encontre de Golos lors des élections parlementaires de décembre. Cette fois-ci, il s'agirait d'un défaut de paiement du domaine du site. Mais selon le directeur de Gelix, il lui a été simplement impossible de le faire, puisque son accès pour le paiement a été bloqué. (Pour plus de détails, voir ici en russe)
Il est évident que l'approche des élections cristallise les positions et le combat se durcie. Du côté de l'opposition, dimanche, les manifestants doivent se donner la main sur une artère qui fait le tour du centre de Moscou pour symboliquement l'entourer.
mercredi 18 janvier 2012
Tchaïka rend son rapport sur le déroulement de la campagne électorale de décembre
Генпрокуратура подвела итоги выборов в Госдуму
Около 100 лиц привлечено к административной ответственности
Около 100 лиц привлечено к административной ответственности
Le Procureur général, Y. Tchaïka, a présenté à D. Medvedev son rapport intermédiaire sur l'activité de la Procuratura lors des élections de décembre. Il s'agit d'environ 3000 infractions à la législation électorale, 6 enquêtes pour responsabilité pénale et environ 100 personnes soumises à la responsabilité administrative.
Les infractions commises concernent essentiellement la composition des commissions électorales (dans les républiques d'Altaï, de Tyva, d'Ossétie du Nord, dans les Oblast de Novossibirsk, de Omsk, de Krasnoïarsk, etc.) et la détermination des endroits pour la publicité des partis (dans les républiques du Bachkortostan, de l'Altaï, de Bouriatie, de Mordovie, dans les Oblast de Novossibirsk, Léningrad, etc.).
Lors de la campagne électorale, près de 2000 recours ont été porté devant les organes des forces de l'ordre pour la violation de la législation électorale. Actuellement, près de 300 recours pour falsification des bulletins, des autorisations de voter dans une autre circonscription et autres violations des droits électoraux sont en cours de vérification.
Les procureurs se sont adressés aux organes d'enquête en ce qui concerne la responsabilité pénale dans six affaires. Dans deux des cas, une affaire pénale est déjà ouverte: pour tentative d'achat d'électeurs (dans l'Oblast de Léningrad) et pour préparation, conservation et transport illégal d'autorisation de vote dans une autre circonscription (dans l'Oblast de Moscou).
On rappellera que lors de la campagne électorale, le ministère de l'intérieur et le Comité qu'enquête ont déjà établi 2091 infractions administratives et ont été ouvertes 53 affaires pénales.
Certains experts estiment que les rapports de la Procuratura et des autres organes d'enquête sont purement formels, ils ne font pas la lumière sur la manière réelle dont se sont passées les élections.
Il est peu vraissemblable que ce rapport puisse contribuer à calmer la situation. Mais il est toujours bénéfique que le système puisse enquêter sur lui-même et corriger de lui-même les erreurs. Ceci permettrait de renforcer sa légitimité et donc son effectivité.
vendredi 25 novembre 2011
Poutine: la victoire d'Edinaya Rossiya est nécessaire pour sauver le pays
Или будет кризис
Путин объяснил фракции «Единой России», почему нельзя проигрывать http://www.gazeta.ru/politics/elections2011/2011/11/24_a_3847590.shtml
Путин объяснил фракции «Единой России», почему нельзя проигрывать http://www.gazeta.ru/politics/elections2011/2011/11/24_a_3847590.shtml
Lors de sa rencontre de jeudi avec la direction du parti Edinaya Rossiya, V. Poutine a déclaré que si Edinaya Rossiya n'obtient pas une majorité suffisante au Parlement, une crise sérieuse et similaire à ce qui se passe en ce moment en Europe attend la Russie. Il attend donc du Parti qu'il obtienne le nombre de mandats nécessaires.
En effet, pour V. Poutine, la Russie a pu sortir rapidement de la crise grâce à la majorité parlementaire, contrairement aux pays d'Europe où l'opposition parlementaire est trop forte.
La faiblesse de l'opposition russe a permis de limiter les discussions au sein de l'institution parlementaire, de prendre rapidement les décisions et d'adopter sans trop de discussions les textes nécessaires au prélable établis par le Gouvernement. Et cela n'a été possible que parce que le Parlement n'est contrôlé que par un seul Parti.
B. Gryzlov, président de la Douma, rappelle qu'ainsi il a été possible d'adopter 1608 textes de loi, soit 500 de plus que lors de la précédente législature. Ce qui n'aurait pas été possible dans une autre conjoncture politique.
La Russie a donc pu éviter de s'engager dans une économie spéculative, de prendre de mauvaises décisions ou simplement de ne pouvoir réagir à la situation, comme cela a été le cas en Europe, où les Etats vivent à crédit et non en fonction de leur revenu.
L'opposition critique évidemment cette position, rappelant que toutes les décisions ont été loin d'apporter un bénéfice pour le pays et qu'en Russie aussi l'économie est dans une large mesure spéculative. Ajoutant que si la dette publique a été baissée à 10% du PIB, elle est en train de remonter.
Ce discours est un dangereux mélange de populisme, d'autosatisfaction et de mauvaise foi.
Tout d'abord, la quantité des lois adoptées est loin de garantir leur qualité, il suffit pour cela de voir le nombre de modifications - et leur rythme - qui sont adoptées aux textes en vigueur.
Ensuite, la présence de l'opposition permet justement le débat, ce qui est l'essence d'une institution représentative comme le Parlement, à la différence de la logique gouvernementale. Si le Gouvernement doit effectivement représenter la politique du parti vaiqueur, le Parlement doit représenter la pluralité des courants politiques de la société afin de pouvoir réellement défendre ses intérêts. Ce qui n'est pas le cas en situation de monopole artificiel.
Enfin, la majorité parlementaire ne garantie pas de faire les bons choix politiques, elle permet simplement de les adopter plus facilement, quelle que soit la position du reste de la société. Ce qui dangereux à terme. La crise en Europe ne peut donc en aucun cas être attribuée à l'existence d'une opposition parlementaire. Etablir un lien entre la composition formelle du Parlement et la résolution de la crise est une absurdité totale.
jeudi 13 octobre 2011
Coût prévu de la campagne électorale pour Edinaya Rossiya: environ 3 milliards de roubles
Полмиллиарда «Единой России»
Партия власти планирует потратить на предвыборную кампанию в 2011 году на четверть больше, чем в 2007-м
Партия власти планирует потратить на предвыборную кампанию в 2011 году на четверть больше, чем в 2007-м
La campagne 2011 coûtera à Edinaya Rossiya plus cher qu'en 2007. Rien qu'au niveau fédéral, le budget prévu est de 500 millions de roubles, ce qui dépasse de 25% le budget des précédentes élections. Toutefois cette estimation est sous-estimée, car à ce prix il est impossible de financer l'ensemble de la campagne électorale.
La part fédérale du financement est prévue pour les bandes annonces à la télévision et à la radio. Les tarifs à la télévision pour la période pré-électorale allant du 5 novembre au 2 décembre pour une bande de 30 secondes en prime time va de 1,21 millions de roubles sur Rossiya-1 à 1, 38 millions de roubles sur Pervyi kanal. Lors de la dernière semaine avant les élections, les tarifs vont encore augmenter de 8 à 10% selon les chaînes. Autrement dit, en prime time le budget annoncé permet simplement de financer environ 400 bandes annonces.
Selon la législation, le fond de campagne fédérale, par parti, est limité à 700 millions de roubles. Mais les partis peuvent également ouvrir des comptes dans chaque région. Le montant autorisé va alors dépendre du nombre d'électeurs dans la région. Concrètement, cela va de 15 millions à 55 millions de roubles par région.
Le budget légal maximal d'Edinaya Rossiya est alors de 3 milliards 370 millions de roubles. Dans la réalité, bien sûr, une somme inférieure sera dépensée. En 2007, par exemple, en plus du budget fédéral, les régions ont financé la campagne à hauteur de 800 millions de roubles. Ce qui a permis de chiffrer le montant total de la campagne à 1milliard 200 millions de roubles. Edinaya Rossiya affirme aujourd'hui que la campagne actuelle lui coûtera plus cher, surtout en raison de la hausse des prix dans tous les secteurs. Mais ils ont pour l'instant des difficultés à chiffrer le budget global.
Edinaya Rossiya a 2 sources de financement. Le budget étatique finance le parti en raison de sa représentation au Parlement à hauteur de 900 millions de roubles par an. Le montant dépend du nombre de voix attribuées au parti: 20 roubles par voix. En 2007, Edinaya Rossiya a obtenu 44 714 241 voix. La seconde source de financement vient du privé, des entreprises essentiellement.
Les sociétés de consultants politiques estiment que Edinaya Rossiya peut effectivement faire des économies par rapports aux autres partis politiques, dans la mesure où elle peut utiliser de très grandes "ressources administratives" dont l'effet est plus que direct sur les résultats électoraux. Quelques exemples. En Tchouvachi, des employés municipaux chargés de l'entretien des routes sont sortis faire leur travail en portant une veste avec le slogan "Edinaya Rossiya" sur le dos. Et cela aux frais de la commune et non du parti. A Mourmansk, sur demande d'Edinaya Rossiya une entreprise de publicité a retiré du marché des emplacements publicitaires bien situés et déjà octroyés à une entreprise de téléphonie, pour les revendre à un tarif "social" pour la campagne du parti.
La campagne de 2011 ne va en rien innover par rapport à la précedente, les mécanismes sont déjà bien rodés. Les ressources vont déterminer les élections plus que les voix des électeurs. Comme précédemment. Edinaya Rossiya ne fait que repousser la question de sa légitimité, question à laquelle le parti sera un jour confronté.
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