La Cour des comptes européenne vient de rendre un rapport spécial sur l'aide de l'UE en faveur de l'Ukraine. Et le constat est sec et sans appel: c'est un échec total, tant sur la manière dont l'aide a été apportée, que sur les effets produits puisque la conclusion est "malgré le nouvel élan donné aux réformes depuis 2014, les résultats obtenus à ce jour restent fragiles. Les résultats des mesures de lutte contre la
corruption ne sont pas encore visibles.". L'Ukraine est un trou sans fond géré par des clans oligarchiques maniant la corruption en guise de politique d'Etat.
Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog où nous allons tenter de décrypter l'actualité politique russe, donner la dimension de toute sa richesse et sa complexité. Sans clichés et sans partis pris. Sans vouloir plaire à tout le monde.
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mercredi 7 décembre 2016
vendredi 27 mars 2015
Ukraine: Poroshenko propose à Iaroch d'entrer au ministère de la défense
La question du jour est: que faire des bataillons privés qui sont sur le front ukrainien? Petit détail, ils ne veulent pas être soumis aux ordres de la hiérarchie militaire, autrement dit de P. Poroshenko. Donc, ce que tu ne peux forcer, tu peux l'acheter ...
mercredi 25 mars 2015
Départ de Kolomoïsky: fin ou début de l'histoire?
Hier, le président ukrainien P. Poroshenko a signé l'oukase démettant I. Kolomoïsky de ses fonctions, plus exactement Kolomoïsky en aurait fait lui-même la demande, le Président aurait donc accepté et officialisé sa démission. Les apparences sont sauves. Pour autant, la situation politique intérieure n'est pas évidente.
mardi 24 mars 2015
Défaite de Kolomoïsky contre Poroshenko
Depuis jeudi, la crise intérieure en Ukraine entre Kolomoïsky et Poroshenko dévoile les véritables enjeux du conflit: l'argent. Poroshenko a besoin de récupérer le contrôle sur les entreprises à capital mixte qui sont entre les mains des oligarques et ne paient pas de dividendes au budget. Une double action a été mise en place: législative pour juridiquement reprendre le contrôle de la direction des sociétés et par la force pour reprendre le contrôle des armes, dans le sens direct du terme. Kolomoïsky a perdu ce combat, ce qui montre que les Etats Unis ne misent pas sur lui, il se retrouve isolé et doit maintenant limiter les pertes. Voyons plus en détails ce roman-feuilleton autour de l'entreprise Ukranafta.
vendredi 10 octobre 2014
Russie: Le budget doit-il compenser les pertes des oligarques à l'étranger en raison des sanctions économiques?
La Douma a adopté en première lecture ce que l'on appelle la Loi Rotenberg. Il s'agit de mécanismes permettant aux hommes d'affaires russes de recevoir une aide de l'Etat quand leurs actifs à l'étranger sont touchés par une décision de justice d'une juridiction étrangère. Cette aide "spéciale" devant compenser les inconvénients des sanctions économiques est fortement discutée à l'intérieur du pays. Mais partout, la paix sociale a un prix
vendredi 19 septembre 2014
Le "Davos pour l'Ukraine" ou Oligarques de tous les pays unissez-vous!
Ce dimanche 14 septembre, 16 personnes représentant le grand business, venus des Etats Unis, d'Allemagne, de Russie et d'Ukraine ont répondu à l'invitation du fondateur du sommet de Davos, à une réunion "privée" pour une sortie de crise de l'Ukraine.
Jusque là, tout va bien. En effet, le business ayant le plus à perdre, les hommes d'affaires sont les premiers intéressés à voir la fin de la crise en Ukraine et pour être totalement honnête, la fin des sanctions. Car, en lisant le plan pour l'Ukraine, qui est sortie de la tête de ces personnes, il est évident qu'ils se moquent totalement des intérêts des gens qui risquent leur vie. Ils s'en moquent presque autant que des intérêts de la Russie - ce qui vaut également pour les représentants russes. Ce qu'ils veulent, c'est revenir à la situation antérieure, la Pax Americana, à n'importe quel prix. En fait pourquoi pas au prix de la Crimée s'il le faut, car rien n'est plus important que le business. Et la question s'est posée.
Simplement parce que les oligarques ont plus de points communs entre eux qu'avec leur propre peuple. Oligarques de tous les pays unissez-vous!
lundi 26 mai 2014
Point sur les élections en Ukraine: une porte sur la normalisation ou un Maïdan-3 en perspective?
Le processus électoral est, dans la conception moderne de la gouvernance, la clef de voûte des institutions démocratiques. Pour autant, sous un aspect lisse et d'une simplicité enfantine, ce processus est extrêmement complexe, car il s'étend dans le temps pour toucher des aspects et des moments aussi divers que l'enregistrement des candidatures, la liberté d'expression des candidats, la liberté de réunion avec les électeurs, la transparence des opérations de vote et du décompte ...
Et vue la situation en Ukraine, la guerre civile engagée dans l'Est du pays par le "Gouvernement" temporaire autoproclamé, son déficit non seulement de légalité mais également de légitimité après les massacres d'Odessa, de Kramatorsk, après l'attaque des populations civiles et des quartiers d'habitation par les forces armées et paramilitaires, après tout ce sang versé de part et d'autres, ces élections sont tout autant nécessaires et urgentes que prématurées.
Elles sont nécessaires et urgentes car il faut mettre un terme à la radicalisation du pouvoir.
Dans le flou de Maïdan, les pires cauchemards politiques ont pris forme. Les hommes de main jouent à la politique sans même s'intéresser aux règles, les armes circulent et s'amplifient, les armées privées se montent et jouent à la guerre, les institutions sont discréditées par l'incompétence de leurs occupants, des slogans pseudo-patriotiques éclatent dans les rues. Et personne ne s'occupe de la reconstruction du pays. Il faut terrasser l'Est, où les méchants pro-russes, voire russes, se sont cachés et reprochent au pouvoir de n'être ni légitime, ni légale, d'être extrémiste en voulant les exterminer, d'être destructeur en conduisant le pays à la faillite. Il faut faire taire ces voix et toute la politique ukrainienne est pour l'instant construite autour de cela. Avec les résultats que l'on connait.
Il faut y mettre un terme. Et seules des élections le permettent. Car, lors du processus électoral, les candidats extrémistes ne peuvent être élus démocratiquement, surtout quand d'autres candidats bénéficient du soutien, entre autre logistique, d'éléments très compétents en la matière. Et ainsi, ni vu ni connu, les oligarques reprennent le pouvoir et l'on va enfin pouvoir s'occuper sérieusement de la répartition des richesses. Une sorte de retour sur investissement. Yanukovych est parti, vive Poroshenko! Et pour cela, il a fallu Maïdan, il a fallu détruire le pays, remettre en cause son intégrité territoriale, mettre son économie à genoux. Bravo! L'on a ainsi pu changer de cercle d'oligarques. Tout va changer pour la population.
Et les derniers résultats montrent ce mouvement. Sur les 21 candidats restant en course, après que certains gêneurs, qui auraient pu présenter un danger, aient vu leur maison brûlée, se soient fait tabassés, leur QG incendié, etc, pour qu'enfin ils comprennent la nécessité de faire profile bas, donc sur les 21 candidats restant, évidemment l'oligarque Poroshenko est en tête avec 54% des voix, suivi de Timoshenko avec 13%, puis du populiste radical Liachko à 8%, du député Gritsenko à 5%, du député Tiguipko à 5% et du représentant du parti des régions Dobkine à 3%. Donc tout va bien, tout rentre dans l'ordre, comme le montrent les chiffres du décompte à 30%.
Pourtant, ces élections sont en même temps prématurées.
Lors de sa conférence de presse à la fin du Forum économique international à St Pétersbourg, V. Poutine a tenté de l'expliquer à la représentante de l'Agence France Presse qui, drapée dans sa supériorité, n'a manifestement rien compris. La subtilité était trop importante pour elle. En effet, V. Poutine a distingué deux plans d'analyse en ce qui concerne les élections présidentielles ukrainiennes. Sur le plan de la légalité, elles sont illégales: le Président en exercice, formellement Yanukovych, n'est pas mort, n'a pas fait l'objet d'une procédure de destitution et n'a pas renoncé au pouvoir. Donc l'organisation de nouvelles élections contrevient à la Constitution en vigueur en Ukraine, que, pour l'instant, personne n'a encore annulé. Pour autant, sur le plan de la légitimité, il faut respecter la volonté exprimée par le peuple ukrainien, lors d'élections démocratiquement organisées. Donc, des élections illégales, mais qui peuvent être légitimes. Si leur illégalité est un fait acquis, leur légitimité est envisageable.
La légitimité dépend en partie du taux de participation et de l'appréciation des observateurs internationaux. Ici, la situation est sous contrôle. Le taux de participation est de 59,16% et les observateurs ont été bien sélectionnés. Rappelons que les observateurs russes n'ont pas été autorisés, ce qui n'a manifestement dérangé personne. En revanche, sur les 282 observateurs officiels venant de 19 pays, on en compte déjà 61 de Pologne et 38 des Etats Unis. Bref, il n'en reste pas beaucoup pour les 17 autres pays et ceux-là sont particulièrement favorables à voir dans les élections ukrainiennes un processus transparent et démocratique, sans violations signifcatives, qui fondera un avenir radieux.
Alors pourquoi les considérer comme prématurées?
Tout d'abord, en raison de la guerre civile dans l'Est du pays, elle n'ont pu être organisées uniformément sur tout le territoire. Dans les régions de Lugansk et Donetsk, 21 des 34 arrondissements électoraux n'ont pas ouverts de bureaux de vote. Se pose alors la question de la représentation de la volonté populaire dans son intégralité. Il aurait mieux fallu mettre d'abord un terme aux opérations militaires contre les populations et ensuite leur permettre de s'exprimer. On ne fait pas voter les gens sous la menace. Mais voulait-on réellement qu'ils s'expriment?
Ensuite, les candidats annoncent tous la grande réforme constitutionnelle. Alors quid ensuite de ce tout nouveau Président si fraîchement élu? Sera-t-il une figure de transition ou concentrera-t-il les pouvoirs? Et quels seront ces pouvoirs? Autrement dit, la population a voté pour un individu et non pour un Président, car personne ne sait quels seront ses pouvoirs dans les mois à venir, ni quelle politique il mènera. Bien sûr, immédiatement, le traité d'association économique avec l'UE sera signé, comme l'affirme Iatsénuk, mais il faut être naïf, cynique ou stupide pour penser que cela changera quelque chose à la situation actuelle en Ukraine. En tout cas de manière positive.
Enfin, beaucoup de clans ne sont pas intéressés à la pacification de la situation et à l'élection de Poroshenko. Il faudra bien un jour nettoyer la place Maïdan et ceux qui l'occupent aujourd'hui sont totalement désocialisés. Ils ne rendront pas aussi facilement leurs armes et leur semblant de statut social pour retourner faire les trois huit dans une usine quelconque, vendre des patates sur le marché ou simplement s'inscrire au chômage. De "combattant" de la liberté, ils ne veulent pas redevenir lambda. Il y a aussi les groupes organisés qui viennent enfin de trouver leur heure de gloire. Hier soir, ainsi, aux infos sur Pervyi Kanal, tout à coup la présentatrice annonce que des infos contradictoires circulent sur les résultats des élections. Alors que tous donnent Poroshenko gagnant, une chaîne ukrainienne lance d'autres résultats et annoncerait la victoire de Iaroch, le chef de Secteur droit. Cette information n'a pas été reprise ailleurs, sauf pour dire que c'est un fake (voir sur slon.ru). Mais à bon entendeur, salut. Sans oublier aussi la réaction possible de Timoshenko, qui n'est en rien intéressée par la victoire de Poroshenko, signifiant, pour elle, la fin de sa carrière politique et une croix sur ses ambitions présidentielles. Et des ambitions, elle en a.
Donc ces élections, pour l'instant, ne règlent pas grand chose, elles ouvrent une porte. Mais personne ne sait ce qui se trouve derrière. Soit enfin une politique raisonnable de pacification intérieure et de reconstruction, soit une crise dont l'Europe et la Russie se passeraient bien.
mercredi 28 août 2013
Petit avertissement pour oligarque via la Biélorussie
Voir: http://izvestia.ru/news/556143
Cela faisait longtemps que l'on n'avait plus vue l'arrestation d'un oligarque russe. Du moins en Russie. Et pour des activités liées à leur business. Après l'affaire Khodorkovsky, le pouvoir a changé de tactique et un gant de velours a été délicatement posé sur la main de fer. A tel point que le lobbying de leurs intérêts s'est significativement renforcé, des modifications de la législation ont été prises dans leur intérêt, un ombudsman pour les entrepreneurs a été créé, des hommes d'affaires condamnés à des peines de prisons pour criminalité économique ont été graciés. Bref, le pouvoir et le business semblaient partis pour une longue lune de miel.
Mais le marché du potassium et les intérêts vitaux du voisin biélorusse viennent de faire dérailler la douce musique. Le directeur général de la compagnie russe Uralkali a été arrêté à l'aéroport de Minsk, où il s'apprêtait à rentrer à Moscou après une discussion peu fructueuse avec le Premier ministre biélorusse, sur invitation de celui-ci. Sachant qu'en dehors de V. Baumgertner, étaient également invités les partenaires-clés sur ce marché, à savoir le milliardaire S. Kerimov (actionnaire principal de Uralkali), A. Volochine (directeur du Conseil de direction de Uralkali depuis 2010 et président de l'Administration présidentielle nommé sous Eltsine en 1999 et reconduit sous Poutine mais libéré rapidement de ses fonctions en 2003), A. Dvorkovitch (conseiller du Président Medvedev, vice Premier ministre actuellement), le conflit aurait pu être beaucoup plus sensible. Et étrangement, la Russie ne réagit pas trop fortement, elle si prompte à défendre les intérêts de ses citoyens à l'étranger. Voyons peut être pourquoi.
En 2008, les oligarques russes mettent en place un système complexe devant les conduire à une situation de monopole sur le marché du potassium. Kerimov et ses partenaires ont commencé à acheter en masse les actions des entreprises russes du marché. L'opération réussie, ils se sont tournés vers leur voisin biélorusse. En effet, la Biélorussie n'a ni gaz, ni pétrole, mais de bonnes ressources en potassium. Le système de prise de contrôle qui avait si bien marché en Russie, ils ont voulu l'exporter en Biélorussie. Toutefois, Loukachenko résiste, c'est un secteur vital pour le budget. Il représente près de 30% des ressources.
La compagnie biélorusse de potassium avait été fondée en 2005. Loukachenko refuse de la remettre entre les mains des oligarques russes, mais un compromis est trouvé, et Uralkali devient un partenaire stratégique de la Biélorussie sur le marché. Et donc pour le budget de l'Etat. Finalement, 50% des actions passent entre les mains de Uralkali, 45% reste à la compagnie biélorusse et 5% à la compagnie publique biélorusse des chemins de fer. (Voir ici http://www.belpc.by/about/)
Mais cela ne suffit pas à Uralkali, les orligarques russes veulent le contrôle total du marché du potassium dans le nord de l'Europe et ce sans partage. Cette compagnie russo-biélorusse, BKK, avait obtenu le droit exclusif de vente du potassium produit dans la région. Or, début 2012, Loukachenko obtient des informations selon lesquelles leurs partenaires russes ont conclu secrètement des accords en violation de l'exclusivité, ce qui porte atteinte aux intérêts biélorusses. En décembre 2012, Loukachenko prend alors un oukase ouvrant à nouveau le marché, ce qui libère également les compagnies biélorusses. Que fait Uralkali? Ils préparent une sorte d'OPA sauvage.
Le premier acte est de faire chuter le marché. Ils ne recourrent plus à BKK pour la vente du potassium mais à une compagnie suisse, ils noient le marché et font chuter les prix, dont les prix des actions. Leur titre perd environ 20%. Afin de limiter leurs propres pertes, des fonds suisses, sous contrôle de Uralkali, commencent à racheter leurs actions. Leur pari est le suivant: leurs ressources financières est plus importante que celle des biélorusses, qui devront céder et vendre à bas prix leurs compagnies. Alors il sera possible de restabiliser le marché, totalement sous leur contrôle.
Toutefois, avec la crise qui touche durement la Biélorussie, Loukachenko ne l'entend pas de cette oreille. Une commission d'enquête est mise en place, dirigée par son fils Viktor, conseiller du président en matière de sécurité d'Etat, et les opération sont laissées aux bons soins du KGB. Finalement les preuves de malversation sont réunies. Maintenant, Loukachenko attend le bon moment. De toute façon, ces opérations ont fait perdre au budget environ 100 milliards de dollars, il doit réagir, l'enjeu est vital pour le pays.
Pour la fête des mineurs, le Premier ministre biélorusse invite tout ce beau monde. Un seul vient et en sortant d'un entretient vide avec le Premier ministre, il est arrêté en montant dans son avion, inculpé et mis en détention pour éviter qu'il ne quitte le pays.
Le message envoyé par Minsk aux oligarques russes est clair. Tout d'abord, il n'y a pas de régime préférenciel en fonction de la richesse, ils sont traités comme de simples citoyens. Ce dont ils ont perdu l'habitude. Ensuite, la liberté du commerce s'arrête là où commence l'intérêt vital de la nation. Et il semblerait que la Russie comprenne plutôt bien le message. Car quel est l'intérêt pour Moscou de ruiner son voisin et partenaire? Le business qui se sent à nouveau en toute impunité en Russie, notamment grâce à ses protections et partenaires placés parmis les dirigeants, vient de recevoir une giffle de taille. Quant à V. Baumgertner, il trouvera suffisamment de personnes pour le soutenir. Le clan Medvedev est déjà monté au créneau et I. Chuvalov, premier vice Premier ministre, a déjà condamné l'arrestation (Voir ici http://www.forbes.ru/news/243948-shuvalov-nazval-nedopustimym-zaderzhanie-v-belorussii-glavy-uralkaliya). Mais il se passera du temps avant qu'un oligarque veuille s'emparer de force des ressources biélorusses.
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