Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog où nous allons tenter de décrypter l'actualité politique russe, donner la dimension de toute sa richesse et sa complexité. Sans clichés et sans partis pris. Sans vouloir plaire à tout le monde.
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mercredi 3 mai 2017
mardi 27 décembre 2016
Tu 154: L'incompréhensible crash de l'avion militaire russe à Sotchi
Noel, cette année, a été endeuillée par un tragique évènement: le crash d'un avion militaire russe à Sotchi, avec à son bord 9 journalistes, le Choeur Alexandrov et l'humanitaire Docteur Liza, se rendant en Syrie pour soutenir les militaires russes et apporter des médicaments pour les civils. A un peu plus de 5h du matin, après 7 minutes de vol, il s'écrase dans les eaux côtières. 92 personnes, 92 morts.
Il est difficile de traduire l'émotion qui s'est emparée de la société russe. Le Choeur Alexandrov est un symbole, une force, depuis sa première prestation en 1928. Il a accompagné les hommes au front lors de la Seconde guerre mondiale, a été présent sur tous les lieux de conflits, se produit dans le monde entier. Churchill, en 1945, disait de lui qu'il était l'arme chantante de l'Union soviétique.
Elizabeth Glinka est née à Moscou d'une famille de militaire et de médecin. Elle fait sa médecine, épouse un avocat belge d'origine russe, Glinka, et part aux Etats Unis avec lui en 1986, où elle va se spécialiser dans les soins paliatifs. Elle participe à la création de la première unité de soins paliatifs à Moscou, ensuite part avec son époux deux ans à Kiev à la fin des années 90, travaillant dans des projets américains liés au domaine médical. En 2007, à Moscou, elle va fonder sa Fondation financée par le parti Russie Juste, entrera dans l'activisme politique un instant avec la Ligue des électeurs qui doit surveiller les élections dans la foulée de Bolotnaya. Toutefois, si elle est profondément ancrée, de part son parcours, dans le clan de d'opposition libérale, elle ne prend pas de position politique particulière et s'en éloigne petit à petit. A partir de 2014, même si son discours ne change pas, elle va s'investir pour aider les enfants du Donbass victimes des bombardements ukrainiens, puis prolonge son action en Syrie. Des centaines d'enfants lui doivent la vie.
En coulant au fond de la mer, cet avion a emporté avec lui des symboles vivants, forts, qu'il sera impossible de remplacer prochainement.
Mais que s'est-il passé? Ici, la communication cahotique laisse à désirer. Les services répètent comme une incantation qu'il ne s'agit pas d'un acte terroriste. Une véritable incantation. Et aucune version n'est totalement plausible.
mercredi 13 mai 2015
Le cadeau empoisonné de J. Kerry à V. Poutine
J. Kerry et S. Lavrov
La visite éclair, et pour le moins chaleureuse, de J. Kerry, secrétaire d'Etat américain à Sotchi, après l'ambiance délétère de la visite de A. Merkel, oblige à tirer quelques conclusions. Tout d'abord, ces deux visites consécutives sont à analyser à la lumière l'une de l'autre, éclairant tout autant la répartition des rôles à l'intérieur du clan euro-américain que la domination sans partage des Etats Unis sur l'Europe, domination clairement assumée en public. Ensuite, l'évolution du discours semble réorienter les centres d'intérêts à court et moyen terme de la politique américaine vers le Moyen Orient, laissant l'Ukraine plus dans l'ombre. Enfin, si la Russie sait parfaitement réagir et se redresser lorsqu'il y a péril, généralement elle commet des fautes lorsque la situation se détend. Autrement dit, combien pourrait coûter à la Russie le changement (temporaire) d'humeur des Etats Unis, sachant que le Président est sortant.
lundi 30 septembre 2013
L'incohérence du discours "officiel" sur l'avenir de la Russie
Le discours sur l'avenir du pays produit par les dirigeants russes devient de plus en plus difficile à suivre, tant les contradictions essentielles se multipllient. S'agit-il de l'existence réelle de deux clans au pouvoir, pour être simpliste on dira le clan Medvedev et le clan Poutine, ou y aurait-il d'autres possibilités d'interprétation?
V. Poutine au Club Valdai parle de la Nation, de l'unité nationale, de la souveraineté de l'Etat russe et de ses implications. Quelques jours plus tard, D. Medvedev à Sotchi pour le Forum international sur l'investissement fait tout un discours sur la nécessité pour la Russie de tirer avantage de sa situation. Autrement dit, le chômage étant faible, il faut maintenant modifier radicalement la politique du pays pour relancer la concurrence. Il s'agit de ne plus avoir peur du chômage, donc de pouvoir se débarrasser de tous les emplois improductifs. Les gens doivent comprendre que les temps changent, ils vont devoir se reformer, changer d'entreprise, de lieu de travail, voire de région. Telles sont les nouvelles règles du jeu.
Deux discours antinomiques s'il en est. D'une part, la construction d'une Nation unie lorsque le système politique reste sous pression de contestations diverses et variées a besoin de s'appuyer sur un socle social uni, d'écarter tout risque de mouvements sociaux ou de crise sociale. Or, le "dégraissage" annoncé par Medvedev va entraîner une montée du chômage, en l'absence de réelles prestations sociales compensatoires, et provoque au mieux un risque de destabilistion psychologique, au pire une véritable crise sociale. Car les emplois visés ne sont pas ceux qui demandent d'avoir une haute qualification , donc les personnes visées vont avoir de sérieuses difficultés à retrouver un emploi, sans oublier que leur âge ne leur permettra pas forcément de se requalifier et que leur situation familiale (vues les dimensions de la Russie) peut bloquer leur mobilité géographique.
L'on peut se demander pourquoi Medvedev après le disours de Poutine qui redonnait espoir en une Russie forte, a ressenti le besoin d'écrire un article présentant ses vues dérégulatrices et d'appuyer un discours, salué par les milieux financiers, cassant l'effet produit antérieurement.
Il est possible d'envisager l'existence de deux clans qui s'affrontent au pouvoir. Dans ce cas, de toute manière, ni l'un ni l'autre ne se réalisera vraiment, car leurs forces s'annulent mutuellement. Mais est-ce la seule explication? Non.
Il est également possible d'imaginer que cette pluralité politique interne aux organes de pouvoir est voulue, elle serait une manière spécifique d'appréhender le pluralisme inhérent à tout système démocratique. Pour autant, il s'agirait alors d'une déformation du système démocratique qui en conséquence affaiblie le fonctionnement de l'Etat.
Mais il serait enfin possible de considérer cette approche d'un autre point de vue. Très souvent, et pas uniquement en Russie, la chute de l'Union soviétique a été expliquée comme étant la résultante de l'absence de réforme de l'économie. Autrement dit, il aurait fallu tout d'abord libéraliser l'économie et ensuite seulement libéraliser le politique pour ne pas perdre l'Union soviétique. Dans le même ordre d'idée, les défenseurs de cette argumentation s'appuient le modèle chinois. Pourtant, plusieurs critiques peuvent être opposées à cette vision du monde. La Russie d'aujourd'hui n'est, politiquement, comparable ni à l'Union soviétique, ni à la Chine. Son système politique est déjà ouvert, libéralisé, donc la critique existe et elle s'exprime ouvertement. Il ne s'agit pas d'un monolythe politique qui ouvre les vannes de l'argent étranger.
Or, il est fort possible que les dirigeants russes soient restés trop marqués par les erreurs de l'Union soviétique et qu'ils veulent appliquer aujourd'hui des recettes qui étaient valables, peut être, hier, mais qui en tout cas sont périmées et donc dangereuses dans le contexte actuel.
Quoi qu'il en soi, il est urgent de clarifier le discours politique. Au minimum pour renforcer l'efficacité de l'Etat. Sans oublier qu'à mener une politique portée également par les partis comme Iabloko, SPS ou autres mouvances libérales, les électeurs finiront en toute logique par voter pour les représentants de ces partis, aujourd'hui formellement dans l'opposition, en tout cas partis qui ne sont pas au pouvoir.
mercredi 29 août 2012
Jeux olympiques de Sotchi: première médaille d'or ...pour les détournements de fonds publics
Voir: http://izvestia.ru/news/533192
La Cour des comptes vient de rendre un rapport alarmant sur le financement de la construction de l'infrastructure des jeux olympiques de Sotchi. Les plus gros crédits ont été attribués à des sociétés qui appartiennent à d'autres sociétés ... situées à Chypre, sans garanties propres. La Cour souligne l'existence d'un risque financier trop élevé concernant les prêts attribués par la banque étatique du commerce extérieur, mais le risque de toute manière a été entièrement transféré à l'Etat.
Le rapport affirme que les crédits les plus importants débloqués par la banque étatique du commerce extérieur (une entreprise publique, mais selon le droit russe, qui ressort entièrement du droit privé bien que fonctionnant sur fonds publics et bénéficiant de fonctions de contrôle dans son domaine) l'ont été à des sociétés de projets, dont le lien juridique entre le demandeur et le bénéficiare des fonds attribués n'est pas établi juridiquement. Evidemment, puisque ce sont des sociétés anonymes établies pour la plupart à Chypre. Les risques de non remboursements sont donc très élevés.
Il s'agit, par exemple, de la compagnie pour le développement des villes de montagne "Rosa Khutor", affiliée aux structures de V. Potanine. Or la totalité des actions de la compagnie appartiennent à la société "Sport invest", qui est dirigée par les fonds d'investissement situés à Chypre, Belfund Investments Limited et Interros International Investments Limited. Ils doivent contruire les hôtels sur le site olympique, les pistes de sky, le parc de snow board, les bases d'entrainement, etc. Il s'agit du plus important emprunteur, à hauteur de 50 milliards de roubles.
Autre exemple, celui du deuxième plus important demandeur de crédit, "RogSibAla", lié aux structures de O. Deripaska et qui doit essentiellement construire le village olympique. La banque lui avait accordé un crédit initial de 18 milliards de roubles, qui vient d'être augmenté à 22 milliards. Cette asociété appartient à la société "Imeretinskaya riviera", qui appartient elle-même à la société anonyme "Spitzmar Limited", située à Chypre.
Le plus surprenant est que la Cour n'ait pu avoir accès aux documents juridiques établissant le lien entre ces compagnies de projets et les entreprises qui vont concrètement construire les infrastructures du site olympique. Il n'y a donc aucune garantie de la bonne utilisation des fonds, ni de leur remboursement. Et intenter une action en justice contre des compagnies offshores coûte très cher, dure entre 3 et 5 ans, sans garantie de remboursement, puisque ces compagnies ne sont responsables que sur leurs biens propres, qui sont évidemment quasi inexistants.
La Cour des comptes a donc reproché à la banque de continuer à financer des entreprises, sans garanties, en totale violation de ses règles internes. La banque étatique, pour se justifier, se fonde sur des directives urgentes du Gouvernement, mais elle fut dans l'incapacité de présenter ces directives à la Cour des comptes.
Par ailleurs, la Cour des comptes demande des explications concernant l'externalisation des fonctions de contrôle attribuées à la banque. Celle-ci, en effet, a conclu un accord tripartite avec les bénéficiares des crédits et une société privée, qui aura en charge le contrôle de la dépense des fonds attribués. La Cour ne voit pas la nécessité d'une telle démarche, puisque la banque bénéficie des moyens et techniques et en personnels suffisant pour remplir ses fonctions de contrôle. Elle voit dans ce schéma, un schéma de corruption.
Bref, dans l'ensemble, la banque étatique du commerce extérieur entend débloquer plus de 150 milliards de roubles de prêts à des compagnies dont les capacités (et la volonté) de remboursement sont incertaines. Toutefois, il n'est pas nécessaire de s'inquiéter pour l'avenir de la banque, ses pertes sont compensées aux frais du budget. Le 2 avril 2012, le Gouvernement a pris un décret selon lequel les pertes de la banque concernant les prêts attribués pour la construction des infrastrutures pour les jeux olympiques de Sotchi seront intégralement compensées par des fonds publics. Et, à ce jour, si l'on se base sur la note d'information envoyée par la banque au ministère des finances et de l'économie, les pertes sont estimées à hauteur de ... 92 milliards de roubles! Sur 150 milliards envisagés, avec une telle gestion, la banque a la chance d'être couverte par l'Etat! Les contribuables ont eux moins de chances ...
Voici en tout cas un fructueux schéma de détournement de fonds publics! Cette banque, sans aucun doute, peut obtenir la première médaille d'or de ces jeux!
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