L'ACTUALITE RUSSE EN FRANCAIS MISE AU POINT PAR RUSSIE POLITICS SUR Facebook ET Twitter!

samedi 17 août 2013

La leçon de Y. Isinbayeva: le seul problème en Russie est la lutte contre la propagande homosexuelle

Chers lecteurs,

Je suis désolée de vous tirer de vos vacances bien méritées, mais l'information est de taille. En effet, lors des mondiaux d'athlétisme, une excellente nouvelle est apparue, je ne peux pas la taire. Accordez moi donc quelques minutes.
 
Vous avez tous, certainement, suivi l'emballement médiatique suite à la déclaration de Yelena Isinbayeva, se prononçant non pas contre l'homosexualité comme pratique individuelle, mais contre la propagande, soutenant en ce sens la loi récemment adoptée qui ne criminalise pas l'homosexualité, mais interdit la propagande à ce sujet. Elle rappelle par ailleurs la nécessité de respecter les lois du pays dans lequel vous vous trouvez. (voir l'article sur CNN, le maître à penser de nos médias http://edition.cnn.com/2013/08/15/sport/world-championships/?hpt=hp_bn2)
 
Cela semble être une aberration pour le "Monde libre". Mais c'est également une très bonne nouvelle. Ce Monde libre ne trouve donc plus rien d'autre à reprocher à la Russie que de refuser la propagande homosexuelle.
 
En effet, après les décisions de la CEDH, il est difficile de continuer de parler de la politisation du procès Khodorkovsky, personnage qu'il n'a pas été possible d'ériger en icône malgrè les milliards investis. D'autant plus que le fondement illégal de ses actions a été établi.
 
En effet, les excès de Femen, les scandales autours de l'incompétence des avocats de Pussy Riot, ont fait retomber la vague des punkettes manipulées, qui n'ont pu obtenir un véritable soutien dans la population.
 
En effet, l'opposition politique, de plus en plus radicale, a démontré sa capacité à organiser des manifestations, à les décrédibiliser en les monnayant, mais n'a toujours pas produit de programme politique alternatif, confondant encore à ce jour activisme et politique.
 
Alors que reste-t-il? La propagande homosexuelle. Et qu'importe qu'à l'époque soviétique on reprochait à l'Union soviétique de faire de la propagande et qu'auourd'hui on reproche à la Russie de ne pas faire de propagande. A chacun sa logique. Le problème n'est donc pas la propagande, manifestement acceptée en Occident, mais son objet.
 
Il reste donc la propagande homosexuelle, car c'est ce qu'il reste au Monde, autrefois, libre. La propagande comme mode de conditionnement des masses. La focalisation sur l'homosexualité non pas pour que chacun puisse vivre librement, cela intéresse peu. Non pas pour que tous puissent vivre en harmonie, cela n'intéresse absolument pas. Mais pour casser le carcan de ce qui est considéré comme des valeurs classiques. Bouhhh, quelle horreur. Rien que d'écrire ces mots, le clavier tremble et se révolte.
 
Comme notre société, qui se met à trembler et se révolte quand une jeune femme exemplaire et au sommet de sa gloire déclare qu'il ne s'agit pas d'une valeur universelle. Autrement dit que la propagande homosexuelle n'est pas une valeur fondatrice pour la société russe. Et le monde tremble. Car l'est-elle ou peut-elle l'être pour d'autres pays?
 
La reconnaissance, la légalisation de toute propagande va à l'encontre des valeurs de tolérance prônées, à une autre époque, notamment, par la France. Car faire de la propagande conduit à manipuler le système de valeurs, à stigmatiser les façons de penser, à provoquer des rejets. On coupe ainsi artificiellement les populations. Diviser pour mieux régner.
 
Et la réaction de Yelena Isinbayeva pose en filigrane toute une série de questions dont les réponses font peur:
 
La propagande homosexuelle sert-elle les intérêts de la communauté visée ou d'autres intérêts qui manipulent cette communauté?
Il est évident que ce ne sont pas les intérêts des homosexuels qui sont en cause. Les sondages montrent que les gens, en Russie, tolèrent de moins en moins les homosexuels à mesure que cette propagande s'intensifie. Donc l'intérêt est ailleurs. Il est politique: mettre en place une ligne de rupture dans une société moderne mais défendant des valeurs classiques - et après 70 ans de communisme, ne vous inquiétez pas pour le rôle des femmes dans la société.
 
Que cache la stigmatisation de la Russie sur la question de la propagande homosexuelle?
Tout d'abord que les autres tentatives n'ont pas fonctionnées.
Ensuite, quelle que soit l'évolution et la normalisation du pays, la Russie ne peut être un ami sur la scène géopolitique. Le rideau de fer est plus nécessaire à "l'Occident" qu'à la Russie.
Enfin, et le plus important, la Russie se développe sur une ligne idéologique alternative par rapport à celle choisie par l'Occident, ce qui pose problème, car si une alternative existe, il existe un choix. Or, le système politique occidental contemporain ne peut supporter l'alternative. Toute alternative est considérée a priori comme anti-démocratique et donc rejetée. Et sous ce terme aujourd'hui dévoyé on a introduit une connotation idéologique très forte. Il ne s'agit plus de la défense des mécanismes démocratiques permettant aux peuples d'exprimer leur choix, mais la défense des mécanismes idéologiques qui ont permis de remplacer imperceptiblement le souverain. Le peuple doit être d'accord, car il ne doit pas avoir le choix. Et pour cela la propagande doit fonctionner à plein régime.
 
Les JO promettent d'être très mouvementés et pleins de provocations...
 
 

jeudi 15 août 2013

Modification du Code civil russe, business et "propriété familiale"

Voir: http://izvestia.ru/news/555456

Les députés ont proposé une modification intéressante du Code civil russe en discussion, qui pourrait être analysée dès la rentrée parlementaire. Il s'agit officiellement d'introduire le concept de "propriété familiale". Mais en fait de famille, il s'agit simplement d'un contournement de la loi ... par la loi. Décryptage.

Il est proposé de donner la possibilité de faire glisser dans la propriété familiale les biens fonciers, immobiliers, les automobiles, les biens mobiliers de grande valeur. De cette manière, ils ne pourront pas faire l'objet de saisie en cas de banqueroute. Et c'est bien là tout l'intérêt. Car en réalité, il ne s'agit pas de protéger un enfant.

Quel est l'intérêt pour une famille de la classe moyenne? Aucun. Ces biens, par exemple, ne peuvent servir de caution en cas de crédit. Or, la classe moyenne a besoin de crédits pour acheter un appartement ou une voiture. Donc à qui cela va-t-il servir? Au business. Ce qui, par ailleurs, est clairement affiché par ses défenseurs. Et déjà il faut réfléchir à aménager cette disposition. Ces "biens familiaux" ne peuvent être vendus, il faut donc prévoir des aménagements pour qu'ils puissent l'être dans certains cas. Ces "biens familiaux" doivent servir aux enfants, mais les enfants ne sont pas toujours les plus aptes à reprendre le business familial, donc il faut également envisager la possibilité qu'un tiers puisse bénéficier de la "proproété familiale".

Il faut protéger le business de l'Etat, donc du droit, puisque l'Etat a le monopole de la création juridique, de la violence légitime (la confiscation par exemple).

Que va-t-il se passer alors? Un business man, pour contourner les conséquences liées à la banqueroute ou les risques de confiscations en cas d'infraction pénale, va intégrer dans sa propriété familiale sa maison, ses terres, ses voitures de luxe, les bijoux de sa femme, ses tableaux et autres. Quoi qu'il se passe, ces biens ne pourront être saisis. Il contourne bien ainsi la loi prévoyant la confiscation des biens comme sanction en droit pénal économique. Sanction contre laquelle le lobby du business se bat sans relâche. 

Par ailleurs, comme il ne s'agit en fait pas de famille, que tout le monde s'en moque, il faut garder en même temps la souplesse nécessaire au business, sans les risques qui lui sont inhérents. Donc si le fiston montre des aptitudes, cet homme d'affaires pourra avoir la fièreté de transmettre son entreprise à son fils, sinon il doit pouvoir la revendre à un tiers, bien qu'il s'agisse d'une "propriété familiale". 

Mais au fait, qu'est-ce qui l'empêche de transmettre son business à son fils aujourd'hui? Rien. Qu'est-ce qui l'empêche de le revendre? Rien. Donc, le but est bien ailleurs. On en revient à la volonté d'une impunité juridique totale du business.

Le but de cette proposition est donc bien d'isoler le business de la sphère de puissance étatique, d'en faire une zone de non droit, dans laquelle seuls les rapports de force corporatifs auront lieu d'être. Autrement dit, il s'agit d'un grand bon ... vers le féodalisme où le corporatisme était roi.

Sans oublier que ce concept de "propriété familliale" destructure le concept même de propriété. La famille n'a pas en tant que telle de capacié juridique, elle n'est pas une personne juridique. Donc elle va cacher la véritable personne juridique qui va garder au nom de cette fiction ses prérogatives sur les biens concernés. Ainsi, le lien entre personne juridique, capacité juridique et propriété est rompu.

Espèrons que les députés ne voteront pas ce texte, malgrè la pression incroyable du lobby des affaires.

vendredi 9 août 2013

L'affaire des experts "Khodorkovsky" va-t-elle remonter jusqu'à Medvedev ou l'indépendance de la justice dans les faits

Voir dans la presse russe: http://tvrain.ru/articles/sledovateli_kopajut_pod_dmitrija_medvedeva_ego_pomoschnika_mogut_doprosit_po_delu_o_liberalizatsii_uk-349594/
http://www.vedomosti.ru/politics/news/15016551/sledstvie-vyyasnyaet-prichinu-gumanizacii
http://www.vedomosti.ru/opinion/news/15057771/delo-gumanizatorov

Sur l'historique de l'affaire des experts, ou comment des "groupes" d'expertise sur l'humanisation du droit pénal ont été mis en place et utilisés pour déréguler le droit pénal économique et servir les intérêts de M. Khodorkovsky, voir notre analyse publiée ici le 10 juin : http://russiepolitics.blogspot.fr/2013/06/khodorkovsky-le-conseil-des-droits-de.html

Revenons rapidement sur cette affaire. Donc, en utilisant des financements anglo-saxons, des groupes d'experts bien choisis ont été mis en place sous la direction technique de E. Novikova et la direction "intellectuelle" de T. Morshchakova. Une affaire lancée par le Comité d'enquête qui remonte jusqu'au Conseil des droits de l'homme, puisque de nombreux experts en font partie ou se sont retrouvés en situation de dépendance par rapport au président, M. Fedotov, de cette organe étatique de conseil auprès du Président russe.
Alors que jusqu'à présent il s'agissait de s'interroger sur l'indépendance de ces experts, l'enquête touche maintenant de hauts fonctionnaires et des députés de la Douma elle-même. En effet, déjà à l'époque, le Comité d'enquête avait été surpris de voir l'organisation de "rencontres" au sein de la Douma avec des représentants uniquement du système américain, pour, soi-disant, comprendre l'expérience étrangère.
Aujourd'hui un nom, peu connu du grand public, mais qui n'en est pas moins le cardinal gris des réformes pénales depuis l'ère Eltsine, un personnage hautement influent qui a traversé les présidences sans quitter le pouvoir, M. Paleev, est appelé par les enquêteurs pour son énorme travail sur "l'humanisation du droit pénal". L'appellation est jolie, pourtant les buts et les techniques de mise en oeuvre le sont moins. Il s'agissait par exemple de l'annulation de la possibilité d'utiliser la détention provisoire en cas d'infractions économiques commises par les hommes d'affaires. Mesure salutaire ou résultat d'un travail de lobbying bien organisé? A vous de décider. Donc l'humanisation en question s'est traduite par une augmentation de la dérégulation du droit pénal des affaires et la volonté de la dépénalisation pure et simple du droit des affaires, dans la logique bien connue selon laquelle l'existence d'une incrimination juridique entraîne l'existence de la réalisation de l'infraction. Pas de textes, pas de fautes, c'est un certain point de vue. Mais qui est M. Paleev?
Il s'occupe à l'administration présidentielle des réformes pénales, il s'en occupait déjà sous la présidence Medvedev. Dès le début de sa carrière, il est très proche des milieux ultra libéraux de l'époque Eltsine, son discours est alors plus radical. Il a pris sous son aile, par exemple, le nouveau Code de procédure pénale russe, qui avait été préparé sous les auspices américains et présenté par l'ambassadeur des Etats Unis à Moscou. Avec le temps, son discours se systémise, se tempère, ce qui lui permet de traverser les présidences et de s'adapter aux exigences tout en gardant son cap. Et son activité trouve toute sa mesure avec les réformes conduites sous la période Medvedev. Comme on le souligne au Ministère de l'intérieur, rien n'est adopté en la matière sans son accord.
Le problème qui se pose est très simple. Il influence les structures, les individus, il fait donc une sorte de lobbying à très haut niveau tout en étant intégré dans les structures de pouvoir. Donc, quand le Comité d'enquête s'intéresse non pas une figurine mise en place par le grand stratège Medvedev, mais à une personnalité de cette ampleur, le clan libéral grince des dents et s'inquiète. C'est tout un système d'influence, de lobbying caché, qui risque d'être mis en péril.
La réaction, nous la voyons dans l'article, d'une grande qualité idéologique faute d'être journalistique, publié aujourd'hui dans Vedomosti, quotidien mis en place en Russie par The Financial Times et The Wall Street Journal. Si l'on passe sur le traitement de l'information et la critique ulcérée de l'institution du Comité d'enquête (organe alors créé dans le but d'affaiblir la Procuratura ...), certains éléments sont également intéressants. L'affaire des experts est une affaire d'Etat et le Comité d'enquête s'intéresse à la période où Paleev dirigeait le groupe de travail sur la modernisation de la législation pénal, période lors de laquelle il travaillait directement avec le Président Medvedev. Donc... donc la question qui est sur toute les lèvres est de savoir si Medvedev sera lui aussi entendu, à titre de témoin évidemment, dans cette affaire. Car si cette enquête bénéficie de l'assentiement du pouvoir pour que les enquêteurs soient en mesure de travailler indépendamment de la fonction de la personne entendue, tous ignorent à ce jour jusqu'où porte leur mandat. Mais ce qui particulièrement intéressant est la verve avec laquel l'auteur de la publication dans ce journal rattache tout à l'affaire Khodorkovsky. Il n'a donc pas le moindre doute sur le fait que la modernisation de la législation pénale est liée aux intérêts de l'affaire Khodorkovsky. Pour lui c'est une évidence.
Certains, anonymement, estiment que cela va encore permettre d'affaiblir le clan Medvedev, qu'il s'agit d'une revanche des conservateurs. C'est une manière de voir, et surtout de présenter, les choses. Pourtant il est important de savoir si la législation est modifiée dans l'intérêt général, pour une réelle "modernisation" (même si le terme ne veut rien dire en soi), ou bien si la législation est adapté en fonction d'intérêts sectoriels défendus par un lobbying actif qui a pris racine dans le corps même de l'Etat, voire s'il s'agit de la défense d'intérêts encore plus précis touchant la personne de M. Khodorkovsky qui n'a pas ménagé ses efforts ces dernières années. Dans l'un de ces deux derniers cas, doit-il exister une impunité ? C'est cela aussi l'indépendance de la justice.

vendredi 2 août 2013

En Russie, le problème tient plus de l'élite que du peuple

Voir: http://izvestia.ru/news/554748

Quand vous assistez à des tables rondes dont les participants sont des "libéraux", comme il est convenu de les appeler, même si pour cela le concept est dévoyé, vous entendez souvent cette affirmation: Mais le peuple russe n'est pas près pour la démocratie!

Si l'on se permet de ne pas éviter les rappels historiques, ô combien intéressants, avec l'évolution des assemblées populaires qui a commencé au Xe siècle, les vetche (вече), l'histoire de grandes villes comme Novgorod la grande, Belgorod ou autres, on risquerait de découvrir des racines démocratiques, des mécanismes profondément démocratiques, tant de décision que de contre pouvoir dans une Russie féodale loin, très loin des stéréotypes actuels.

Si l'on discute avec les gens, ceux de la rue, lorsque les enfants sont en train de jouer et que les parents s'ennuient, donc discutent, on se rend compte qu'ils sont plus que près pour la démocratie, qu'ils la veulent. Mais... Et j'insiste, Mais, ils ne l'associent pas avec le chaos des années 90, lorsque ces mêmes libéraux d'aujourd'hui étaient au pouvoir. Ils prennent très au sérieux leur devoir életoral, regarde attentivement ce que les candidats peuvent apporter pour résoudre ce qui les inquiètent: la médecine, les relations avec les administrations diverses et variées, l'accès aux maternelles, le programme des écoles, comment entrer à l'université et obtenir un diplôme qui permette à leurs enfants de travailler. Donc, oui, les gesticulations sur les places publiques, les "occupy import", et autres grandes messes d'une partie minoritaire, mais bruyante, de la population ne les intéressent pas. Ils ne le prennent pas au sérieux. Surtout après y avoir goûté et avoir compris quels en sont les buts.

Peut-on pour autant affirmer que "les russes", en tout cas "ces russes", ne sont pas prêts pour la démocratie? Pour certains auteurs et "penseurs autoproclamés", oui: ces russes constituent une sorte de masse grise informe. L'entretient de deux représentants de cette caste, les écrivains Akounine et Chichkine, dans la revue Aficha en est une démonstration.

Il est vrai que ces deux auteurs ont des points communs. L'un écrit essentiellement des romans policiers, l'autre de la prose. Mais surtout, l'un vit en France et l'autre en Suisse. Et la haine du régime s'est transformée chez eux en haine du pays, qu'ils appellent la patrie monstrueuse.

Leur analyse, d'une finesse politique sans pareil, vaut le détour. Donc, si les russes n'ont jamais eu de sentiment de fièreté, c'est parce que tout a été importé, la liberté, la république, le parlement etc. Un petit cours d'histoire du droit (russe) leur ferait certainement du bien. Historiquement, les institutions russes se sont développées en parallèle avec ce qui se développait dans d'autres pays européens.

Ensuite, le peuple russe n'existerait pas, ce serait une sorte de corps, un corps sans âme, donc en fait un cadavre, comme le souligne justement l'auteur de cet article dans Izvestia, Gleb Kouznetsov. A côté de cette masse informe, donc, il y aurait deux groupes ceux, qui ont pour héros Tchékhov ou Pasternak et les autres, qui glorifient Ivan le Terrible, Staline et maintenant Poutine. Donc, les premiers sont les gentils libéraux qui veulent réformer le pays pour le bien. Les seconds sont les méchants qui cassent les réformes faites par les premiers. - Combien de russes regrettent les grandes réformes économiques des années 90 où ils ne percevaient pas de salaires, où l'insécurité était partout présente, où l'Etat ne finançaient plus les services publics de base? Aucun? Ils ne comprennent donc pas ce qu'est le libéralisme ... A moins qu'il ne s'agisse pas de libéralisme en fait ... 

Quand les gentils, cette "aristocratie libérale", revient au pouvoir, que font-ils? Ils prennent aux méchants pour redonner aux gentils... Non, ce n'est pas une plaisanterie. Comme le souligne, G. Kouznetsov, leur schéma n'est pas très original: arrestation, confiscation, redistribution. Voici le libéralisme que prônent ces grands penseurs libéraux.

En guise de conclusion, rappelons avec l'auteur de cet article, que chacun peut trouver ce qu'il cherche dans l'histoire de n'importe quel pays. En Europe, vous trouverez et l'Etat de droit et Vichy, et les droits de l'homme et les violences policières, et l'accès à l'administration et la corruption. Chacun trouve ce qu'il cherche. Et cela n'a strictement aucune signification.

En revanche, ce que vous trouverez de moins en moins en Europe c'est la liberté de la presse, la liberté de parole, l'aternative politique réelle, le consensus social et la fièreté nationale. Vous y trouverez de plus en plus de politiquement correct, de schéma de pensée qui évitent de penser, de non dits et de non droit. Est-ce ce libéralisme que veut la Russie?

vendredi 26 juillet 2013

Affaire Khodorkovsky / Lebedev: justice médiatique contre CEDH?

Voir: http://hudoc.echr.coe.int/sites/fra-press/pages/search.aspx?i=003-4445688-5349938
http://www.gazeta.ru/comments/2013/07/25_e_5510061.shtml
http://www.newsru.com/russia/25jul2013/recall.html
http://www.ng.ru/news/438627.html

La CEDH vient, sans grande surprise, de rendre son verdict concernant le premier procès pénal contre M. Khodorkovsky et P. Lebedev. Elle confirme le caractère non politique du procès, ce qu'elle avait déjà affirmé dans sa décision du 31 mai 2011, sur le fond les accusations sont justement fondées, autrement dit il y a bien eu violation de la législation pénale et fiscale et le procès fut équitable. En revanche, le secret de la correspondance entre les avocats et leurs clients a été illégitimement violé, il y a eu atteinte à la vie familiale et le transfert de l'obligation de réparation de l'impôt de la personne morale vers les personnes physiques ne semble pas suffisamment justifié en droit interne.

Que signifie cette décision? 

Tout d'abord, sur le fond, il n'y a pas de raisons de remettre en cause la culpabillité de M. Khodorkovsky et de P. Lebedev. Sous couvert de schéma de réduction d'impôt, il y a bien eu évasion fiscale à grande échelle par le recours à des sociétés fictives, qui permettaient ensuite le retour des fonds sans qu'ils ne soient imposables. Pour cela, ils n'ont pas transmis toutes les informations nécessaires aux services fiscaux. Le recours contre eux par l'Etat russe est donc fondé en droit, et il n'y a pas eu de violation significative du principe du droit à un procès équitable permettant de remmettre en cause leur culpabilité.

Le deuxième grand apport de cet arrêt est la contestation des fondements politiques. Ce procès n'est pas un procès politique, ce n'est pas le retour aux procès staliniens, n'en déplaise aux défendeurs de Yukos. La Cour rappelle que cette opinion est défendue par des hommes politiques, par des ONG étrangères et des structures internationales, c'est une position, mais une position pour laquelle aucune preuve tangible n'a pu être apportée.

Troisième grand apport, la procédure est équitable, le juge n'a pas pris parti, les avocats ont pu organiser la défense de leurs clients.

Alors, que reste-t-il ? Oui, il y a eu des violations. Notamment en ce qui concerne le traitement des avocats et leur correspondance. Ici, la formulation est surprenante, puisque des avocats "hautement qualifiés" ont été fouillés et il leur a été demandé de transmettre leur correspondance. Cela veut-il dire que des avocats moins qualifiés auraient eu le droit d'être fouillé dans les mêmes circonstances? Surprenant ... Egalement le fait que les inculpés aient été dans les espaces clos lors du procès dans la salle d'audience donne une image de culpabilité avant le jugement et est, en soi dégradant. 

On peut s'interroger en revanche sur le bien fondé de la reconnaissance par la CEDH de la violation du droit à la vie familliale. Le fait d'avoir été envoyé dans des centres de détention éloignés de Moscou les empêche d'avoir une vie familliale normale et il est reproché à l'administration pénitentiaire de ne pas les avoir incarcérés plus près de Moscou, comme la législation en prévoit la possibilité. La Cour souligne même qu'il est difficilement concevable que tous les établissements pénitentiaires dans la région soient à ce point surchargés qu'ils ne puissent accueillir deux détenus de plus. Dans la mesure où l'on parle constamment de la surpopulation carcérale, l'argument de prisons vides autour de Moscou fait sourire, au minimum la Cour aurait pu se renseigner. Par ailleurs, pourquoi libérer des places pour MM. Khodorkovsky et Lebedev et pas pour un anonyme? Doit-il y avoir des traitements de faveur ou bien chaque détenu a un droit égal à la vie de famille? Pour y remédier, il ne reste qu'une seule solution, l'administration pénitentiaire ne pouvant satisfaire chacun: remplir Moscou et la région de prisons, les entreprises pourront aller travailler au bien du pays dans le Nord ou en Sibérie, où il y a beaucoup d'espace vide.

L'autre violation concerne les experts de la défense. Le problème est quand même plus général et concerne la détermination du domaine de l'expertise. En regardant la décision, on voit des spécialistes du droit de l'entreprise ou de droit fiscal. Mais le juge doit-il accepter a priori toute expertise? Non, évidemment. Une expertise, en théorie, est une analyse portant explication sur des aspects factuels de l'affaire. Il ne peut s'agir d'un cours de droit, pour l'appréciation des aspects juridiques de l'affaire il y a justement le juge. Il est vrai que les frontières se brouillent dans la pratique, pourtant il est important de les restaurer.

Il serait possible de continuer longtemps encore sur cette décision, mais l'essentiel est clair. Ils sont coupables des faits pour lesquels ils ont été condamné par la justice russe lors d'un procès qui ne viole pas le droit à un procès équitable. Et c'est alors que la machine médiatique libérale pro-Khodorkovsky s'emballe.

Moins d'une heure après le jugement, un message étonnant est envoyé à différentes personnalités françaises par Boris Durande, dirigeant actuellement la comm de Khodorkovsky en France: 

"Si l'on peut regretter que les juges aient pris tout leur temps (les faits remontent à 2004-2005) au point que ce jugement intervienne après l'expiration de la totalité de la sentence liée à ce premier procès (8 ans), les avocats de Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev n'en demandent pas moins la libération immédiate de leurs clients compte tenu de la gravité des infractions constatées par la CEDH.

Lire leur déclaration ci-dessous. Une analyse plus détaillée du jugement, qui fait 206 pages, sera disponible dans la journée.

Bien à vous,

Boris Durande
Stratecom PR"

Pour information Boris Durande qui est aujourd'hui le porte parole de M. Khodorkovsky en France, était avant cela étroitement lié au gouvernement français et à l'Union europénne. Sur son profile, il indique ceci: 
  • "Directeur associé chez Euro RSCG C&O / Porte-parole chez Ministère de l'Economie et des Finances / Responsable de la communication sur l'Euro en France chez Commission Europeenne". Cela aussi est intéressant ... puisqu'il était alors porte-parole de Fabius, dans le Gouvernement de Jospin, Fabius qui est aujourd'hui ministre des affaires étrangères.

Et là le décalage entre la guerre médiatique et la décision de justice devient ahurissant. Face à une reconnaissance de culpabilité par la justice, les avocats et le groupe Khodorkovsky demandent la libération immédiate. Mais ce n'est pas tout. Le Press center Khodorkovsky en Russie lance une attaque contre le service de presse de la CEDH, qui est contraint de modifier la présentation de la décision. Alors, immédiatement, des journaux comme NewsRu, Nezavisimaya gazeta et autres titrent que la CEDH modifie son communiqué de presse, certains vont même jusqu'à affirmer la reconnaissance du caractère politique du procès. Tout cela n'est qu'une opération de communication, mais qui va lire l'intégralité du jugement ou même les 10 pages du communiqué de presse?

D'une manière générale, la presse libérale russe attaque la faiblesse de la CEDH, sa décision politique, le cadeau qu'elle a fait à V. Poutine (mais oui, encore lui). Ils insistent non pas sur le fond, la reconnaissance de culpabilité et le procès équitable, mais sur des détails de l'affaire. Certains avançaient même que le ministère de la justice russe pourrait demander la révision du procès pour appliquer la décision. Absurde, car la condamnation est légitime. Mais peu importe, il ne faut surtout pas aller au fond, il faut destabiliser.

Ainsi la justice des médias tend à se substituer à la justice des tribunaux, en modifiant l'interprétation de la décision par un remplacement du discours dominant.



jeudi 25 juillet 2013

SOS machines à écrire!!!

Voir: http://www.kommersant.ru/doc/2224614

Et oui, 35° à l'ombre, sans ombre, oblige à l'humour, question de survie. Et le journal russe, pourtant très sérieux, Kommersant Vlast, n'en manque pas en reprenant un article du Daily Telegraph de Londres. L'on se croirait dans un mauvais roman d'espionnage.
 
Le mois dernier apparaît l'information selon laquelle le Kremlin, suite aux différentes fuites et surveillances internationales, décide de faire un bond dans le temps pour revenir à l'âge des machines à écrire pour ses correspondances internes secrètes. A en croire le Daily Telegraph, il semblerait que cette époque soit assez proche de l'Age de pierre, en tout cas de celle de l'inefficacité.
 
Et d'annoncer les problèmes techniques liés aux nombreuses coquilles qui peuvent modifier le sens d'un texte, voire le rendre totalement incompréhensible. Mais le problème est-il réellement là?
 
On peut sérieusement en douter. Sortir de l'informatique ferme la porte à la facilité du vol de données. Certes il est toujours possible de trouver quelqu'un qui va photographier les documents, mais ... il faut le trouver. Cela demande une organisation différente, plus complexe. Et ici réside certainement le fond du problème. Alors l'on voit émerger "nombre d'experts du renseignement", des professeurs de journalisme, etc pour expliquer à quel point ce n'est pas faisable et qu'il s'agit en fin de compte "d'une mauvaise idée". Point.
 
Il est vraiment très gentil de la part des services britanniques, qui avaient tellement bien assuré la maintenance informatique lors des derniers G8 et G20, de s'inquiéter de la sécurité et de l'efficacité des services russes. Ne doutons pas que l'Administration présidentielle russe en prendra bonne note.

mardi 23 juillet 2013

Chambre sociale russe: salaire, indépendance et exemple français

Voir: http://izvestia.ru/news/554134
http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_%C3%A9conomique,_social_et_environnemental#R.C3.A9mun.C3.A9rations_et_indemnit.C3.A9s

La question de la rémunération des membres de la Chambre sociale russe a été lancée par certains de ses membres, puisque à ce jour ils ne reçoivent que des indemnités de déplacement. Pourtant l'idée ne fait pas l'unanimité, la peur de la perte d'indépendance est avancée.

Composée aujourd'hui de 126 membres (avec un maximum de 166 membres), la Chambre sociale est un organe consultatif auprès du Gouvernement russe. Cet organe se veut indépendant, tant au regard de sa composition, que de l'absence de rémunération budgétaire de ses membres. Selon les nouvelles dispositions législatives, les membres sont pour moitié nommés par les Chambres régionales, pour un quart par vote sur internet et pour un quart par le Président russe.

Lors de sa création elle a très souvent été comparée au Conseil économique, social et environnemental français, puisqu'elle intervient pour rendre des expertises sur les projets de loi et peut indiquer des réformes souhaitables. Cette Chambre sociale est principalement composée de représentants de la société civile, ce qui en Russie renvoie non pas aux syndicats ou organisations professionnelles, mais aux ONG. Et ici, nous voyons poindre deux différences fondamentales avec le système français, à savoir la composition et la rémunération. Voyons ce qu'il en est pour la France.

Le CESE est composé de 233 membres qui se répartissent en 9 sections thématiques et en 18 groupes. Ils sont nommés soit par les organismes syndicaux ou professionnels, soit par décret en conseil des ministres (pris sur rapport du Premier ministre), soit par décret ministériel. Cette première diffrence tient essentiellement à la diffrence de structuration des sociétés russes et françaises. Si en France, les syndicats et organisations professionnelles sont bien sructurées et suffisamment développées, ce n'est pas le cas en Russie, où le relais est pris par les ONG, avec tout les aléas que cela peut comporter. Cet aspect joue également sur la différence concernant le mode de nomination. L'excessif besoin de transparence en Russie conduit à des modalités de vote assez étranges, comme le vote par internet. Et l'expérience du Conseil des droits de l'homme auprès du Président, qui a également eu recours à ces modalités, a démontré toutes les difficultés de sa mise en oeuvre.

La seconde principale différence organisationnelle est la rémunération. Alors que les membres de la Chambre sociale travaillent bénévolement, et dans l'ensemble y tiennent, ce n'est pas le cas de leurs collègues français. Voici quelques chiffres pour 2012. Le budget du CESE fait partie du budget de la mission Conseil et contrôle de l'Etat, qui finance également le Conseil d'Etat et la Cour des comptes. Pour 2012, 37 473 575 euros étaient ouverts à ce titre. La rémunération mensuelle des membres dépend de leur hiérarche dans l'institution. Le président du CESE perçoit 7 535,52 euros, les présidents de groupe perçoivent chacun 5 651,90 euros, les membres 3 786,76 euros et les personnalités 956,69 euros. Sans compter les 145 fonctionnaires qui y travaillent à temps plein et les 17 agents contractuels spcialisés, le budget annuel du CESE s'élève à 991 584,80 euros. Ce qui est plutôt conséquent. Sans oublier les nombreuses critiques venant de tous bords politiques soulignant un coût élevé pour un résultat contestable.

Et c'est justement ce dont a peur l'administration présidentielle russe, de devoir financer tous les conseils existant en Russie (et ils sont nombreux). Elle s'y est donc farouchement opposée, arguant elle aussi de l'indépendance. Pourtant, peut-on réellement affirmer que l'indépendance tienne seulement au financement? C'est à en douter. Ce facteur n'est certes pas négligeable, mais il faut également considérer le fait que la Chambre sociale n'est pas un organe de la société civile, elle est un organe public composé de membres de la société civile, ce qui est différent. Et ils exercent une activité qu'ils prennent sur leur temps de travail. N'y aurait-il pas également un fondement à rémunération? Pour éviter un emballement budgétaire à financer tous ces Conseils ou autres structures consultatives dont les compétences se recoupent parfois, ce pourrait être l'occasion d'y faire un peu le ménage. La légitimité de l'Etat n'est pas proportionnelle au nombre de conseils "sociaux" consultatifs qu'il met en place.