L'ACTUALITE RUSSE EN FRANCAIS MISE AU POINT PAR RUSSIE POLITICS SUR Facebook ET Twitter!

mercredi 11 juin 2014

Chronique de C. Voos: Pourquoi le « reset » USA-Russie annoncé par Obama à l’été 2009 n’a-t-il jamais été envisagé sérieusement ou Brzezinski en héritage ?




Exclusion du G8, sanctions, isolement de la Russie par l’Occident, relance de l’OTAN en Europe,… le tout sur fond de crise en Ukraine et son corollaire, « le pivot russe » vers la Chine concrétisé par l’accord gazier signé à Shanghai en mai dernier.

Dans le Monde Diplomatique (abonnés) du mois de mai, un long article (1) de Jean Radvanyi dresse le cadre global du conflit actuel : la pression atlantiste contre la Russie pour qu’elle ne déborde pas de ses frontières :

«  En proposant en 2008 à l’Ukraine et à la Géorgie d’entrer dans l’OTAN, ou en négociant avec Kiev, fin 2013, un accord d’association avec l’Union européenne, les dirigeants américains ou européens contribuaient au refoulement des intérêts de la Russie sur ses propres frontières, et ils en étaient parfaitement conscients. Une partie des dirigeants américains rejoints par ceux d’Etats européens comme la Pologne ou la Suède, n’ont jamais abandonné la stratégie énoncée en son temps par Zbigniew Brzezinski ».

Qu’en penser ? La bonne vieille doctrine de l’Américain Zbigniew Brzezinski serait-elle toujours à l’œuvre au sein des élites américaines ?

En 1991, la Russie renonçait à son modèle communiste et se ralliait au modèle américain.

A priori, les Etats-Unis n’avaient plus à considérer la Russie comme une ennemie et l’OTAN, alliance défensive contre l’URSS, n’avait plus de raison d’être.

Pourtant, « l’euphorie » engendrée par la « Fin de l’histoire » fut  de toute évidence de courte durée !

Dès 1996, l’OTAN intervenait en Bosnie en faveur des Bosno-Croates et des Bosno-Musulmans, contre les Bosno-Serbes, soutenus par la Serbie, alliée traditionnelle de Moscou.

A l’époque, Russie n’a même pas été consultée, l’état de son armée la faisant passer comme quantité négligeable.

Ensuite, en 1999, l’OTAN bombardait Belgrade sans le moindre mandat de l’ONU.

L’élargissement de l’OTAN aux pays de l’ex-Europe de l’Est et de l’ex-URSS était décidé !

L’affrontement entre Washington et Moscou, que l’on nous présentait comme une lutte entre le capitalisme et le communisme, n’avait donc pas cessé. Le conflit subsistait alors que son objet avait disparu  … ?

So what ?  Comment expliquer cette anomalie ?

Dans un ouvrage publié en 1997, Le Grand échiquier (2), le politicien américain d’origine polonaise, Zbigniew Brezinski élabore une véritable doctrine dont le fondement est que l’Eurasie est au centre du monde, et donc que  « quiconque la contrôle, contrôle la planète ».

L’autre point clef est que l’Eurasie est le seul continent sur lequel « un rival potentiel des Etats-Unis peut apparaître ».

L’ouvrage passe alors au crible les pays potentiellement concurrents :

  • Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France y sont décrits comme étant  à peu près sous contrôle, « leurs ambitions appartenant au passé » (sic !),  tant qu’ils restent intégrés dans le « système euro-atlantique » (UE et OTAN), ils  ne représentent guère de danger.
  • Le Japon et l’Inde sont jugés trop périphériques.
  • Reste la Chine, auquel il ne consacre que quelques pages, ce qui prête à sourire  puisqu’elle apparaît maintenant comme la rivale la plus probable.
  • Et enfin, la Russie sur laquelle il focalise toute son attention.
Par sa taille et par sa position géographique, la Russie est présentée comme la seule menace latente pour l’hégémonie américaine.

Elle est spatialement en situation de former un Empire, il faut donc trouver tous les moyens pour l’en empêcher :

  • Il faut faire entrer dans le « système euro-atlantique » tous les pays de l’ex-URSS, à savoir les Pays Baltes, l’Ukraine et les pays du Caucase. La solidité du « système euro-atlantique » reposant sur le lien structurel qui doit exister entre ses deux piliers, l’UE et l’OTAN : tout élargissement de l’un doit suivre ou précéder celui de l’autre. C’est d’ailleurs bien ce qui a été fait en 2004, en 2007 (Roumanie, Bulgarie), en 2013 (Croatie). En regardant la carte de l’UE de la revue géopolitique de Pierre Verluise (3), on peut comprendre que lorsqu’on se sent visé en Russie par une politique d’encerclement, il ne s’agit pas seulement de paranoïa.
 
  • Parallèlement, les Etats-Unis doivent « garantir et renforcer le pluralisme géopolitique dans l’espace post-soviétique » c'est-à-dire contrecarrer tout retour d’influence de Moscou dans les pays indépendants appartenant à cet espace et ce quel qu’en soit  le prix, quitte à avoir de moins bons rapports avec la Russie. Les révolutions de couleur sont passées par là !
  • La clef de voute de cette politique est d’empêcher à tout prix le rapprochement entre l’Ukraine et la Russie car parmi tous les Etats issus de l’URSS, seule l’Ukraine dispose d’un poids économique et démographique suffisant pour augmenter significativement la puissance de la seule Russie.

  • Enfin une petite touche sur l’UE : Brzezinski écrit sans détour que son élargissement à toute l’Europe et à la Turquie sert les intérêts à long terme de Washington, le très grand nombre de membres étant pour les Etats-Unis la garantie que jamais l’UE ne pourra devenir une entité politique et donc une autre rivale potentielle en Eurasie !
L’analyse de Brzezinski éclaire le contexte de l’après-guerre froide.

Pendant la guerre froide, Washington ne combattait pas Moscou seulement parce qu’elle était le centre du communisme mondial. Celui-ci disparu, Washington se doit de continuer à combattre Moscou ; qu’elle se soit convertie ou pas au capitalisme et à la démocratie n’y change rien.

La doctrine Brzezinski n’a jamais été officiellement déclarée politique d’Etat par Washington, mais il suffit d’en énoncer les grandes lignes, comme nous venons de le faire, pour s’en persuader. L’Ukraine est en effet le pivot de cette doctrine. La couper de Moscou est l’assurance que la Russie ne puisse jamais reconstituer une puissance.

C’est également ce que dit en substance, l’article (3) tout récent de Charlotte Bezamat et Pierre Verluise  du 7 juin : « Il s’agit  de gagner l’après- guerre froide, et de sortir les anciens Etats communistes de la zone d’influence russe » et d’en conclure que quelque soit le régime ou la personnalité du Président russe en place à Moscou, présent et avenir, la Russie sera considérée comme une ennemie, au mieux une concurrente, par Washington.

Articles et livre cités :


(2) Brzezinski Zbigniew, Le Grand Echiquier, Paris, Hachette, 1997, 273 p.




 

Le pourquoi du scandale de l'AFP: les mensonges obligés sur Slaviansk contre les crimes de guerre

Depuis hier, beaucoup s'étonnent du niveau de l'information propagée par l'AFP à propos de la guerre en Ukraine. Y a-t-il réellement volonté de désinformation ou est-ce une regrettable erreur? Montrer les bombardements de la ville de Slaviansk et affirmer que cela est le fait des séparatistes ressort au minimum de l'incompétence, au plus de la manipulation.
 
Ce sont ces images qui ont fait scandales chez les spécialistes,
 
 
Mais qui ont été reprises par les masses médias, notamment par le groupe de presse du Centre. Que la ville soit justement aux mains des combattants, cela n'a pas choqué les journalistes français. De toute manière combien de personnes en France sont capables de vérifier l'information et combien en auraient tout simplement envie? Donc l'information passe, même si elle est contestée dans certains milieux restreints ou sur internet. Mais pour la plus grande partie des gens, la destruction de l'Ukraine est le fait des "pro-russes" que le vaillant Gouvernement ukrainien combat pour sauver la population. C'est la propagande lancée par les médias ukrainiens, elle est reprise par les médias français.
 
Que les médias ukrainiens tiennent ce discours, soit, c'est normal, ils sont en guerre contre une partie de leur propre peuple et doivent le justifier, en fait surtout le cacher. Car  la population ukrainienne ne comprendrait pas pourquoi des villes entières sont détruites. S'il y a des combattants, il y a surtout des civils.
 
Comment expliquer ce qui reste de Cemionovka? Une ville en ruine, une ville fantôme. (Désolée de ne pouvoir qu'indiquer les liens de cette manière, mais je ne peux pas enregistrer directement depuis Youtube les vidéos concernant Cemionovka, ça bloque ...)
 
Car à un moment donné, il faudra donner des explications, et devant les ukrainiens, et devant la communauté internationale, et devant la justice.
 
En ce qui concerne la justice, la CEDH a pris le 13 mars 2013 une décision sur les mesures provisoires demandées par l'Ukraine elle-même contre la Russie. Même s'il ne s'agit que d'une décision intermédiaire, elle est intéressante. Avant le référendum en Crimée, l'Ukraine a demandé à la CEDH de prendre des mesures pour protéger la population ukrainienne, surtout en Crimée, contre l'agression de l'armée russe, qui ne doit pas manquer de se produire. En fait, Kiev espèrait un soulèvement des habitants de Crimée contre la Russie en raison du referendum, ils espèraient une annexion de force, ce qui a été présenté dans les médias occidentaux. Or, le processus s'est passé dans le calme et la joie sincère de la population, l'armée n'est évidemment pas intervenue contre la population. Mais ça, l'Ukraine ne pouvait pas le savoir en avance. Or, la CEDH accepte de prendre des mesures provisoires dans le cadre du recours interétatique déposé, mais elle les prend à l'encontre des deux pays. Autrement dit, elle demande à l'Ukraine et à la Russie de ne pas prendre de mesures pouvant porter atteinte à la vie et à la santé de la population ukrainienne.
 
En résumé, l'Ukraine se retrouve sans la Crimée, avec une décision délicate de la CEDH même si elle est intermédiaire, et une "opération anti-terroriste" qui tue des civils et détruit des villes entières. Bref, l'Ukraine se trouve en train de violer la décision de la CEDH qu'elle a elle-même demandée. Ironie du sort. Or, en manipulant les médias et les informations, ce n'est pas elle qui viole, ce sont les pro-russes. Elle cherche donc à se couvrir aussi juridiquement d'un recours possible pour crimes de guerre, voire génocide.
 
C'est la première raison pour laquelle il faut cacher les informations et les manipuler.
 
La seconde raison vient du fait que, grâce aux médias indépendants et à internet, l'information circule. Elle arrive aux oreilles des ukrainiens et de la communauté internationale. Il faut donc réagir. Par exemple, Youtube aux Etats Unis avait fermé Anna-news, une chaîne internet alternative très suivie, juste avant les élections présidentielles en Ukraine, pour bloquer la diffusion d'une "autre"information. Les médias occidentaux, les portes-paroles et autres services officiels de diffusion d'informations de plus en plus formatées reprennent tous en coeur le même discours: la Russie est fautive et si elle n'y est pas ce sont les "pro-russes". Petit détail linguistique, en russe on les appelle plutôt les résistants, mais il semble que la résistance à Kiev ne puisse être pro-ukrainienne, c'est-à-dire dans l'intérêt de l'Ukraine du point de vue des médias.
 
De cette manière on en arrive à une manipulation totale des médias. Soit pour l'Ukraine, mais la France? Nous avons d'autres traditions, il me semble. Et désolée si ce n'est pas politiquement correct, mais la grande démocratie ukrainienne et les valeurs européennes qu'elle appelle de ses voeux sont celles des années 30.
 
Le problème de la France est qu'elle a pris parti, car elle a dû choisir un camp. Dans une guerre, il n'y a pas de place semble-t-il pour l'analyse objective et humaine. Et même si ce camp est allé trop loin pour pouvoir le dénoncer, il est trop tard car le dénoncer c'est se dénoncer soi-même. Elle pourrait le faire si elle avait une politique étrangère propre. Si l'on avait des Hommes politiques. Se rappellera-t-on ses origines? Je l'espère.
 
 
 
 
 
 
 
 

mardi 10 juin 2014

L'urgence d'un corridor humanitaire en Ukraine

Voir: http://www.kommersant.ru/doc/2490189



Le nouveau président ukrainien Poroshenko a demandé aux services de sécurité, au ministère de la défense et au département des circonstances exceptionnelles d'organiser un corridor humanitaire pour permettre aux civils se trouvant piégés dans les zones de combats de pouvoir partir. L'évacuation et les soins médicaux doivent être organisés.
Cette décison est très attendue par les habitants du Sud-est. Selon les sources russes, malgrè la fermeture de postes-frontières avec la Russie, plus de 3000 personnes ces derniers jours fuient quotidiennement vers la Russie. Une inquiétude toutefois: la peur de vider la région de ses populations.
Il semblerait que les discussions journalières entre l'ambassadeur ukrainien en Allemagne, l'ambassadeur russe en Ukraine et un représentant de l'OSCE permette d'obtenir une solution diplomatique au conflit en Ukraine.
Cette solution sera atteinte, toutefois, lorsque les forces armées seront retirées et que Kiev acceptera de discuter avec les représentants de l'Est. Pour l'instant, nous n'y sommes malheureusement pas encore et les combats s'intensifient.
Voici par exemple le bombardement ce matin d'une usine à Kramatorsk:
Quand dans le même temps Poroshenko demande un cessez-le-feu dans la semaine, les combattants ont peur d'une intensification sans précédant des attaques les jours prochains. D'autant plus que la situation sur place ne s'arrange pas. La ville de Slaviansk est toujours soumise à un blocus par les tanks:

Pour différentes informations:
- ce qu'il reste de la ville fantôme de Cemionovsk: http://www.youtube.com/watch?v=LZ1Ku-g0rEI#t=133
- un obus est tombé sur un immeuble d'habitation à Slaviansk, un enfant n'a pas eu le temps de se sauver: http://youtu.be/Xj_hCvxo4bU

Il serait vraiment urgent de mettre en place ce corridor humanitaire, car contrairement à ce que disents les médias, il n'y a pas que des combattants qui périssent dans ce conflit. Et la situation humanitaire dans certaines villes est à la frontière de la catastrophe: manque de nourriture, de médicaments car l'approvisionnement est bloqué par les militaires, coupure d'électricité et d'eau en raison des bombardements.


lundi 9 juin 2014

L'Ukraine et le schéma du génocide kirghize?

Жители Луганской области. Архивное фото
Des informations surprenantes commencent à affluer dans les médias. A propos d'une planification de déplacement de population en Ukraine de l'ouest vers l'est, ce qui permettrait de réduire à néant la division territoriale et politique du pays.
Tout d'abord, l'information a été diffusée par la République populaire de Lugansk, mais ensuite a été reprise par RIA Novosti. Le contre-renseignement aurait obtenu l'information selon laquelle un plan de déplacement d'environ 250 000 personnes de l'ouest vers les régions de Donetsk, Lugansk et Nikolaev est mis en place par le Gouvernement de Iatséniuk selon une idée originale des consultants américains.
En ce qui concerne l'originalité de l'idée, il faut dire qu'elle a déjà été testée. Ce fut en Kirghizie en 2010. Un génocide de la population ouzbek fut organisé provoquant ainsi la fuite massive de la population éthniquement ouzbek vers ses terres d'origines et libérant la place pour le rééquilibrage de la population kirghize. Il y avait eu alors 124 morts et 1600 blessés, ce qui est peu par rapport aux milliers de morts et de blessés en Ukraine, mais la fuite de population avait été massive: en quatre jours plus de 100 000 personnes (45 000 adultes et leurs enfants) avaient passé la frontière. Rappelons que le siège de l'OSCE en Kirghizie est à Och, dans le sud du pays.
Pour revenir à l'Ukraine, on comprend mieux la politique de Kiev. Il faut faire partir la population non-résignée des régions du sud-est.  C'est pour cela que - par erreur bien sûr - les quartiers d'habitation sont attaqués, les bâtiments civils touchés etc. Ainsi, les régions se vident petit à petit de leur population.
Selon les informations réunies par les services de contre-renseignement de la république, la mise en oeuvre du plan devrait commencer en novembre. Pour cela, un financement budgétaire d'environ 25 000 Hryvnia (monnaie ukrainienne) est prévu, les biens immobiliers des résistants et de leurs familles partis ou morts au combat seront alors attribués aux familles venues de l'ouest repeupler les régions.
C'est horrible? C'est ignoble? C'est pourtant simple: cela s'appelle un génocide. Et l'on passe du crime de guerre au crime contre l'humanité. Y aura-t-il un jour une véritable enquête indépendante? Est-elle seulement possible? Ou faut-il attendre que le plan soit réalisé pour prendre consience de sa réalité et de son horreur? Mais trop tard.
Rappelons les termes: "Un génocide est un acte "commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux", selon les termes de la convention des Nations unies du 9 décembre 1948. Cet acte peut être un meurtre, mais aussi une atteinte grave à l'intégrité mentale ou une mesure anti-natalité, l'essentiel étant que l'acte soit dirigé intentionnellement contre un groupe donné." Rappelons, par ailleurs, que les déplacements massifs de population sont un élément qui, au minimum, présente un risque pour la paix ou plus constitue un élément de génocide.
Réflechissons à ce qui se passe dans le sud-est. Une opération antiterroriste a-t-elle besoin de détruire les conduites d'approvisionnement d'eau d'une ville? Les réseaux électriques? Les usines, écoles, bâtiments administratifs, hôpitaux, etc? Est-ce nécessaire?

vendredi 6 juin 2014

Un arrière goût de fin d'Empire ...

Notre modèle occidental libéral et démocratique a un mauvais goût de fin d'Empire. Ce qui me fait penser à cela ? Les dérives de la presse, les manipulations politiques et la faiblesse - voire l'absence - de l'argumentation.

Dans le désordre.

Vite, vite, l'Ukraine est victime potentielle d'une agression militaire de la part de la Russie et il faut protéger d'urgence sa population civile contre cette atteinte attendue de leur droit à la vie et à la santé. C'est en substance le recours inter-étatique déposé par le gouvernement provisoire ukrainien le 13 mars 2014 devant la CEDH. Etrangement, la Cour n'a pas reconnu à l'Ukraine le rôle de victime, mais au contraire a enjoint les deux parties à ne pas prendre de mesures, notamment militaires, pouvant porter atteinte à la vie et à la santé des populations civiles. Le renforcement de l'opération "anti-terroriste" est en ce sens un plein succès de l'application des décisions de la CEDH et des mesures provisoires adoptées ... Passons, d'ailleurs la presse occidentale libre n'en a pas trop parlé.
 
Les dérapages de la porte-parole du département d'Etat américain, J. Psaki, font rire. Le dernier en date, cette jeune femme se compare à l'Ukraine démocratique, toujours là, alors qu'on la disait sur le départ. La pauvre. Son métier n'est pas facile. Elle doit rendre acceptable une position qui humainement, éthiquement, ne l'est pas. D'une certaine manière, elle ferait presque acte de résistance en étant aussi mauvaise. Une sorte de résistance passive qui pousserait les masses obéissantes à se réveiller. Qui sait ?
 
Et enfin, la cerise sur le gateau, l'interview de V. Poutine par la crème du journalisme français. Oups, les médias français ne vous ont pas tout montré, vous auriez été surpris il faut dire. Pour la éniènne fois V. Poutine rappelle que la Russie ne veut pas récupérer l'Ukraine. Absurde. Pour la énienne fois il répète avec calme et compétence la même chose. Evidemment, vous ne l'avez pas entendu. Si vous voulez avoir peur pour le niveau du journalisme français et de la liberté de la presse en France, lisez l'intégrale ici. Par exemple à propos de l'expansionisme russe:
"[Passage coupé]
Question (Elkabbach) – Et à l’avenir ? Voulez-vous reconstituer l’empire dans ses anciennes frontières ou voulez-vous continuer à développer votre pays à l’intérieur de ses propres frontières ?
Vladimir Poutine – Nous souhaitons développer notre pays à l’intérieur de ses frontières, bien sûr. Mais – et ceci est très important – comme d’autres pays dans le monde, nous voulons utiliser des moyens modernes pour devenir plus compétitifs, notamment grâce à l’intégration économique. C’est ce que nous faisons dans l’espace de l’ex-URSS dans le cadre de l’Union douanière et de l’Union eurasiatique. "
Ce n'est qu'un passage pour vous mettre l'eau à la bouche.

Dans l'ensemble, les journalistes semblaient totalement dépassés par l'évènement. Et en fait, vous savez à quoi cela m'a fait penser? A l'interview de Thatcher à la fin de l'époque soviétique par les journalistes soviétiques. Elle a été très forte, ils ont dû montré l'interview et même les coupes n'ont rien pu y faire.

Quand l'incompétence se généralise, le discours se crispe et les médias sont tenus en laisse. Mais c'est rarement bon signe pour l'avenir....
 

jeudi 5 juin 2014

La question des réfugiés ukrainiens en Russie

L'intensification des combats, notamment dans les zones d'habitation, poussent les gens à fuir leurs domiciles, à envoyer les enfants dans des centres au loin, à rejoindre des amis ou de la famille. Si certains partent vers Kiev ou d'autres villes ukrainiennes retrouver des proches, beaucoup partent en Russie.
L'Ombudsman, E. Pamfilova, dans un entretien avec le Président russe, a souligné l'absence d'implication des organismes humanitaires, des ONG, l'absence de corridor humanitaire, l'absence d'infrastructure. Bref, comme les gens passent la frontière à leurs risques et périls, les résistants accompagnent les convois d'enfants jusqu'à la frontière, mais les problèmes ne sont pas pour autant réglés, il faut faire quelque chose.
Plusieurs fois, la Russie a demandé l'ouverture d'un corridor humanitaire permettant l'évacuation de la population civile des zones de combat et l'approvisionnement en vivres et médicaments. Mais c'est exactement ce que Kiev ne veut pas. La population toute entière est considérée comme terroriste et doit donc payer. Les médicaments manquent, le pain commence aussi à manquer et tant mieux, les civils doivent payer leur insoumission. Sinon, l'opération de nettoyage des zones rebelles n'a plus aucun sens ... s'il n'y a plus rien à nettoyer, s'ils sont tranquilement installés ailleurs.
Toutefois, depuis le bombardement de Lugansk par l'armée de l'air ukrainienne, confirmé par la mission de l'OSCE en Ukraine, malgrè les dires des officiels ukrainiens, le flux de réfugiers s'intensifie.
Rien que ces derniers jours, après le bombardement de la ville de Lugansk et l'intensification de l'opération en général, plus de 7000 personnes sont arrivées dans la région russe de Rostov. Des convois arrivent aussi par autobus, surtout avec les enfants accompagnés des mères et grand-mères. Ces enfants qui ont vécu la guerre, ont du se cacher dans les sous-sols, ont déjà vus des cadavres, ont entendu le bruit assourdissant des bombardements et les sifflements des tirs de roquettes, ces enfants vont avoir besoin d'un soutien particulier. Ils sont encore à la maternelle et tous leurs dessins sont des dessins de guerre, peu importe qu'ils s'agisse de filles ou de garçons. Situation qui inquiète l'Ombudsman pour les enfants, P. Astakhov. Plus de 2000 réfugiés sont déjà arrivés en Crimée, les chiffres augmentent chaque jour. Les régions frontalières introduisent le régime des circonstances extraordinaires pour faire face à l'afflux de réfugiés.
Les gens affirment ne pas avoir voulu quitter leur ville, tout quitter et tout laisser sur place. Mais ils n'ont plus le choix, ils n'en peuvent plus. Et souvent n'arrivent qu'avec un passeport et une petite valise, sans savoir quand et si ils pourront rentrer chez eux.

mercredi 4 juin 2014

Un dialogue est-il encore possible entre la Russie et cet étrange Occident ?

Représentant de l'Ukraine au Conseil de sécurité de l'ONU
L'aggravation du conflit en Ukraine a obligé les Etats et les instances internationales à se positionner, certainement plus qu'ils ne l'auraient souhaité. Dans les premiers temps de Maïdan, il était de bon ton de soutenir "le peuple" contre le pouvoir corrompu des oligarques. Ensuite, on a pu fermer les yeux sur les "dérives" afin de continuer le combat contre le pouvoir des oligarques. Tous les moyens sont bon, le recours aux mouvements extrémistes notamment. Maintenant le pouvoir est revenu aux oligarques, certes d'autres, et les exactions s'intensifient avec la participation des groupes extrémistes armés.
Pendant un certain, il fut possible de cacher la montée d'un nationalisme radical injecté à dose régulière dans la population, un nationalisme qui faute de contenu positif clairement identifié peut plus facilement se définir par défaut. Donc, contre la Russie. Difficile historiquement de faire la part du russe et de l'ukrainien, qu'à cela ne tienne, il suffit de réécrire l'histoire. Réhabilitons Bandera, pas si fasciste que cela, seulement nationaliste un peu impétueux, rien de grave. De toute manière ça ne dit rien à la plupart des européens, ne parlons même pas des américains. Et nos bons peuples occidentaux ont finalement bien appris la nouvelle leçon: pas si fasciste que cela et d'ailleurs l'extrémisme n'est pas si présent que cela en Ukraine. S'ils apprennent si vite, nos bons peuples, c'est parce qu'ils oublient tout aussi vite.
Et l'occasion est prête pour réactiver le conflit contre la Russie via l'Ukraine dans l'intérêt des Etats Unis et avec la docile parrticipation de l'UE. Surtout que l'UE compte des Etats de l'Est qui n'en finissent pas de régler leurs complexes historiques. Pour l'UE, c'est réglé. Dans la foulée, l'institution on ne peut plus politique qu'est le Conseil de l'Europe, je dirais presque l'organe idéologique européen, s'est avec plaisir positionné dès le début du conflit : sanctions prises contre cette Russie qui dérange les européens post-modernes et enfin elle n'a plus le droit de vote au Parlement, elle ne peut plus participer dans les organes de direction et ne peut plus présider le groupe démocrate. Bref, on se retrouve entre soi, on peut faire de grandes déclarations anti-russes et défendre "nos" valeurs.
Jusque là tout va bien. Mais la situation se durcie de plus en plus en Ukraine. Massacre à Odessa, à Mariupole, à Slaviansk, à Donetsk etc etc etc. Des civils et des bâtiments civils sont pris pour cible. Des zones d'habitation sont touchées chaque jour. Des réfugiés affluent de plus en plus vers la Russie. Le postionnement devient difficile à tenir: la Russie est fautive. De quoi? Peu importe. Quand elle demande une enquête sur les snippers, biens connus de Mme Ashton, c'est uniquement le pouvoir de Kiev, impliqué, qui mène l'enquête. Sans aboutir pour l'instant. Quand la Russie demande une enquête sur le massacre d'Odessa, idem. Sauf que là, les preuves potentielles sont détruites en plus par l'ouverture immédiate du bâtiment au public. Suivez le guide, déposez ce que vous voulez et prenez ce qui vous intéresse dans la boutique souvenir. Quand la Russie demande pour la énième fois au Conseil de sécurité de l'ONU d'intervenir pour que Kiev retire son armée, qu'il ne massacre plus son peuple, les Etats Unis l'accusent d'hypocrisie.
Dans ce contexte où les médias sont totalement contrôlés, où les portes-paroles américains reprennent sans vérification les communiqués officiels ukrainiens, les médias occidentaux font silence ou diffusent la ligne du Parti, comment maintenir un dialogue et quel dialogue? Donc pour maintenir le cautionnement total des faits et crimes du gouvernement ukrainien, l'Occident à dû faire tomber le masque. Il lui est donc tant important de porter des coups à la Russie que cet étrange Occident, autrefois porteur des valeurs d'humanisme, de respect de l'autre, de pluralisme, cet Occident qui portait aux nues la Liberté, a d'un geste d'un seul tout jeté à terre, tout piétiné. Que reste-t-il? Le silence autour du sang qui coule? Car certains seraient plus humains que d'autres? Car certains auraient le droit de vivre et d'autres l'obligation corrélative de mourrir, en silence s'il vous plait.
A. Pushkov, qui préside la délégation russe à l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe estime que pour l'instant tout dialogue est impossible. Car il n'est pas possible de discuter avec des gens qui ne veulent pas vous entendre, qui ne veulent pas savoir. Les réponses de cette chère J. Psaki, porte parole du Département d'Etat américain, sont devenues légendaires.  
Le problème est que l'information passe, peu, difficilement, mais un blocus informatif total est aujourd'hui impossible. Il devient difficile de continuer à dire que les journalistes disparaissent tout seul ou sont en réalité des espions, que les gens se brûlent tout seul, se finissent au gaz et ensuite se tirent des balles dans la tête (Odessa), que les combattants attaquent eux-mêmes les bâtiments civils avec des avions qu'ils n'ont pas (Slaviansk et Lugansk), que les manifestants se tirent dessus tout seuls sous le regard placide des forces de l'ordre, qui, elles détiennent les armes (Mariupole).
Le culte de l'absurde a des limites. Mais d'un côté Kiev est allé trop loin, ce qui se passe ressort du crime de guerre. Hier encore, des membres de la Garde nationale ont tué tous les blessés d'un hôpital à Krasny Liman. Le mythe selon lequel les terroristes attaquent la population ne fonctionne plus. Toujours à Krasny Liman, hier, un groupe de Secteur droit est entré dans le village. Ils ont donné deux heures aux habitants pour leur livrer les terroristes. Evidemment personne n'a rien fait. Ils sont alors revenus, ont menacé les habitants de les tuer, ont forcé la porte de leur maison et leur ont pris les passeports. Ensuite les combats ont repris.
Quand le discours devient de plus en plus éloigné de la réalité, les réactions se crispent et se radicalisent. L'agressivité que l'on voit dans les échanges "diplomatiques", toute la charge émotionnelle, est encore décuplée dans les réseaux sociaux, où les participants ne sont pas des diplomates de carrière. Pour rétablir le discours entre la Russie et ses interlocuteurs, il faudra beaucoup de temps - pour oublier et enterrer le conflit - ou un choc permettant une prise de consience de masse. La Russie ne veut pas de la guerre froide que lui proposent les Etats Unis, mais pourra-t-elle l'éviter?