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mardi 10 septembre 2013

Lutte contre les achats publics illégaux

Voir: http://newsru.com/russia/09sep2013/cases.html

Sur demande du Président V. Poutine, un site internet concernant le suivi des achats publics a été mis en ligne au 1er septembre. Dans le cadre de ce projet, le Front populaire a déjà obtenu l'annulation de 2 contrats d'un montant de 3,9 milliards de roubles et de 85 millions de roubles. Actuellement, 28 contrats litigieux sont à l'examen pour un montant de 19 567 543 929 roubles.
 
Ce projet systémique, car il joue également un rôle de communication du pouvoir en matière de lutte contre la corruption, se positionne en concurrence avec le projet lancé par Navalny, Rospil. Les partisans de Navalny critiquaient fortement cette démarche et insistaient sur son improbable efficacité.
 
La réforme de la Chambre des comptes, qui doit désormais assurer le suivi de l'utilisation des fonds publics, en plus de ce projet, montre la détermination de l'Etat de rationnaliser l'utilisation du financement public. Il est à espérer que les déclarations d'intention seront suivies d'effets, car la lutte contre la corruption est un aspect essentiel du renforcement de l'action étatique en Russie.

mercredi 17 juillet 2013

Le Front populaire veut apprécier l'efficacité du Gouvernement, mais comment?

Voir: http://izvestia.ru/news/553811

Le Front populaire se déclare disposé à apprécier l'efficacité du Gouvernement. Il leur est donc nécessaire de prévoir des critères objectifs d'appréciation. L'un d'entre eux va être l'exécution des actes présidentiels.
 
Pourtant cela soulève deux questions. Celle de la logique des institutions politiques et administratives et celle du rôle grandissant de structures informelles para-politiques.
 
L'appréciation de l'efficacité du travail des différents niveaux de l'administration du pays est très à la mode. Pourtant, la confusion qui s'opère entre le politique et l'administratif n'est en soi pas un signe de bonne santé de l'Etat. Apprécier, par exemple, l'efficacité du travail de fonctionnaires est normal, puisque ceux-ci se trouvent dans une chaîne d'exécution, sont soumis au principe hiérarchique. Ils n'ont pas de rôle politique. Maintenant apprécier le travail des Gouverneurs, surtout quand ceux-ci sont à nouveaux élus, est plus délicat, car quelles peuvent en être les conséquences? Normalement, un parallélisme des formes doit exister. S'ils sont arrivés au pouvoir suite à des élections, seuls les électeurs - et les administrés - sont en droit d'apprécier l'efficacité de leur Gouverneur et ils le montrent lors des élections.
 
Mais la position institutionnelle du Gouvernement est plus complexe. Car il s'agit d'un organe politique d'exécution. Donc, l'appréciation doit avant tout être politique, comme leur responsabilité. Mais ils sont aussi, dans le système parlementaire comme celui de la Russie, soumis soit au Président en situation de fait majoritaire, soit au Parlement en situation de cohabitation (qui n'a pas existé formellement encore dans ce sens, sauf sous Eltsine mais les modes de gouvernance étaient différents). D'où la surprise du porte parole du Gouvernement face à la déclaration du Front populaire. Rappelons que ce Front est un simple mouvement, pas un parti politique, pas un organe d'Etat. Il est évidemment en droit d'apprécier l'effectivité du travail du Gouvernement, comme vous et moi le sommes. Et juridiquement ses conclusions n'auront pas plus de poids que les votres ou les miennes. De plus, l'établissement de l'exécution des actes présidentiels comme critère principal est un appel à la technicisation du Gouvernement.
 
Pourtant, politiquement, ses conclusions auront plus de poids que les votres ou les miennes, en tout cas que les miennes. Ce mouvement lancé par V. Poutine est un de ces nombreux éléments para-politiques, qui font de la politique de manière informelle, l'influent sans être des lobbys, présentent des députés sans être des partis politiques. Il fait parti de tout ce nouvel attirail anti-institutionnel, mis en place pour lutter contre les autres organes d'opposition, tout également anti-institutionnels, et qui s'est par ailleurs largement fait phagocyté par le clan libéral ces derniers mois.
 
Le problème que pose ce type d'analyse est somme toute procédural. Imaginons. Une analyse est produite, en dehors de toute procédure prévue à cet effet. Elle va produire des conséquences qui elles-mêmes ne sont pas prévisibles car elles ne sont pas prévues. Elle ne pourra pas non plus être contestée, elle ne donnera pas un droit de réponse. Nous sommes donc ici dans le domaine du non droit. Ce n'est pas de l'anarchie, c'est de la négation du droit au profit des mécanismes politiques informels.
 

mercredi 22 mai 2013

Après beaucoup d'autres, A. Tchesnakov quitte Edinaya Rossya

Voir: http://kommersant.ru/doc/2194051

Le parti Edinaya Rossiya ne fait plus l'unanimité, même à l'intérieur. Hier, c'est l'un de ses membres dirigeants, Alekseï Tchesnakov, qui a rendu sa carte.
 
Après sept années à l'administration présidentielle, en compagnie de V. Surkov, A. Tchesnakov entre à Edinaya Rossiya, où il devient l'un des membres dirigeants. Mais les divergences commencent il y a à peu près un an et les critiques se sont multipliées.
 
Selon lui, il quitte le parti pour raison de divergence d'opinion. Par ailleurs, il estime nécessaire, pour le développement du paysage politique russe, de pouvoir mener une analyse indépendante, non partisane, de la situation, et va donc se concentrer sur des projets analytiques. Rappelons qu'il dirige le Centre d'analyse politique conjoncturelle.
 
Le parti tente de minimiser l'impact en rappelant que son investissement dans l'activité d'Edinaya Rossiya avait beaucoup diminuée ces derniers temps, donc finalement son départ ne changera pas fondamentalement la donne.
 
Pour d'autres, son départ est lié à celui de V. Surkov, dont le clan politique s'est fortement affaibli ces derniers temps, au profit de celui de Volodine, premier vice-président de l'Administration présidentielle et une des personnalités centrales du Front populaire de V. Poutine.
 
Toujours est-il que ce départ intervient après de nombreux autres. Cette dernière année, non seulement de simples militants ont quitté, parfois massivement, Edinaya Rossya, mais aussi des figures-clées, comme A. Vorobev (qui dirigeait l'organe exécutif du Parti), A. Ilnitsky (le vice-directeur de l'organe exécutif) ou encore O. Krychtanovskaya, proche du pouvoir et sociologue de renom.
 
A la proposition de V. Surkov de créer un parti alternatif à Edinaya Rossiya, A. Tchesnakov a réagi avec ironie: le pouvoir n'a pas les ressources intellectuelles pour réaliser un tel projet. Toujours est-il que la refonte de l'espace politique russe devient inévitable.

jeudi 1 mars 2012

Poutine met en garde l'opposition contre les dérives

В.Путин: Оппозиция может сама фальсифицировать выборы


V. Poutine prévient des riques de falsification de la part de l'opposition elle-même, mouvement pouvant aller jusqu'au sacrifice d'une figure médiatisée, pour ensuite en accuser le pouvoir.

Lors de sa renconter hier, 29 février, avec des membres du Front populaire, V. Poutine a prévenu des riques de dérives de l'opposition dont les bruits courrent. "Quand à l'avance, les élections sont déclarées illégitimes, c'est un instrument de lutte. Je pense que ces instruments sont nocifs. L'opposition se prépare à ce type de combat, à l'utilisation de ces mécanismes qui démontreront que les élections sont falsifiées, autrement dit ils vont eux-mêmes truquer, tout contrôler et après nous en accuser", déclarait hier V. Poutine.

Suite à quoi, le Premier ministre a demandé à l'opposition de rester dans le cadre des méthodes légales du combat politique. V. Poutine a souligné que le combat politique est normal dans toute société démocratique, mais les gens qui veulent le renforcement des institutions démocratiques, doivent eux-mêmes les respecter. Respecter l'opinion de la minorité, mais reconnaître le choix de la majorité.

En ce qui concerne les manifestations qui sont prévues après le 4 mars, le Premier ministre affirme être parfaitement au courant de ces méthodes, utilisées depuis une dizaine d'année, notamment par des gens résidant à l'étranger. "Je vous l'affirme. J'en suis parfaitement informé. Ils cherchent même une victime sacrificielle parmi les personnes connues. Ils vont eux-mêmes la buter, excusez-moi, et ensuite en accuser le pouvoir". Tout en espérant que les choses n'iront pas jusque-là.

Les déclarations de Poutine ont été largement reprises dans les médias. D'autant plus que des faits étranges surviennent. Fausses vidéos sur internet de falsifications des élections qui n'ont encore eu lieu. Montage d'une opération de vente de bulletins de vote à distance dans le métro, appels téléphoniques incessants pour appeler à aller voter Poutine, personnes qui sonnent à l'interphone à 1h du matin pour dire d'aller voter Poutine ... Il y a peu de chance que ces opérations viennent du pouvoir, qui n'en a nullement besoin. mais il est tout à fait possible que ces méthodes renforcent le vote pro-Poutine. L'opposition ne pourra s'en prendre qu'à elle-même. Dommage que cette incompétence ne porte préjudice au renforcement des institutions démocratiques en Russie. Et il est trop facile d'en accuser exclusivement le pouvoir.

mardi 17 janvier 2012

Poutine se distencie d'Edinaya Rossiya

Партия ошибок
Станислав Говорухин раскритиковал «Единую Россию», обвинив ее в ошибках


Le directeur du comité de campagne de V. Poutine, S. Govorukhine, a pour la première fois déclaré officiellement que Vladimir Poutine ne s'appuiera pas sur Edinaya Rossiya pour sa campagne des présidentielles, mais sur le Front populaire.

En effet, selon ses propres termes, Edinaya Rossiya aurait commis trop d'erreurs lors des législatives. Ce qu'il n'a pas voulu commenter plus en détails.

Par ailleurs, Edinaya Rossiya ne représente qu'une partie de la population, alors que le Front populaire, c'est tout le pays. Il ne renie pas Edinaya Rossiya pour autant. Et cette ambivalence a été précisée par le porte-parole du Premier ministre, D. Peskov. Si Edinaya Rossiya fait organiquement partie du Front populaire, celui-ci donne à Poutine une plus large plateforme d'action, puisqu'il regroupe également des gens qui ne sont pas engagés dans l'idéologie du parti, mais partagent des buts communs.

Malgrè les critiques à l'encontre de Edinaya Rossiya, il n'est pas question de rupture formelle, la candidature de V. Poutine ayant été lancée par le parti, qu'il ne renie pas. et pour relativiser encore plus, D. Peskov rappelle que seul celui qui ne fait rien ne commet pas d'erreurs.

Pour certains analystes, comme S. Belkovsky, le projet "Edinaya Rossiya" n'arrive pas à sa fin, il ne s'agit que d'une opération de comm.

Qu'il s'agisse d'une opération de PR ou d'une prise de consience de l'échec à long terme d'un parti en situation de monopole, la posture que veut prendre Poutine est celle d'un Président pour le pays et non d'un représentant du "groupe" Edinaya Rossiya. Mais comment le dirigeant d'une "entreprise" peut-il ne pas être entâché par la réputation de celle-ci? C'est tout simplement impossible.

jeudi 12 janvier 2012

Poutine s'appuie sur le Front populaire pour remporter les présidentielles

Второе открытие «фронта»
Мобилизацией электората Владимира Путина займется «Народный фронт»
http://www.gazeta.ru/politics/elections2011/2012/01/10_a_3958545.shtml

V. Poutine aurait donné mission au Front populaire de s'impliquer dans les régions pour activer son électorat. Il s'agit d'entrer en contact avec les activistes, les entreprises, les structures budgétaires. Discuter plus activement avec les populations. Régler rapidement les questions qui peuvent l'être. Et surtout prendre de la distance avec Edinaya Rossiya, dont l'image est largement ternie par le recours massif aux ressources administratives.

Toutefois, cette commande n'est pas confirmée. Ni par le Front populaire, ni par Edinaya Rossiya qui rappelle que V. Poutine se présente aux élections sous sa banière, ce qui les conduit naturellement à apporter tout le soutien nécessaire à leur candidat.

Selon G. Pavlovsky, politologue, se positionner sur le Front populaire pour regrouper l'électorat est une technique inefficace. Ce qui est important pour V. Poutine maintenant est de convaincre qu'il va gagner proprement les élections. Et de convaincre tant à l'intérieur, qu'à l'extérieur du pays. Or miser sur une victoire au premier tour est un pari risquer. Sa côte de popularité ne dépasse pas aujourd'hui 45% - pour les prognostics les plus optimistes. Comment réagir alors si la victoire ne sera qu'au deuxième tour? Cela deviendra une défaite. Utiliser les méthodes "frontistes" pour remobiliser l'électorat qui est sorti dans les rues est illusoire.

La position de V. Poutine est délicate. Pas parce qu'il risque de perdre. En toute logique, il devrait gagner au deuxième tour. De toute manière il n'a pas d'opposants réels. La place a été nettoyée depuis longtemps. Mais la logique politique russe ne peut assimiler une victoire au deuxième tour à une victoire. Soit le premier tour ... soit ... justement on ne sait pas. Et s'ils ne savent pas comment agir, c'est parce qu'ils ne sont pas habitués au jeu politique. A ses aléas. Tout doit être prévu d'avance, ce que ne permettent pas de réelles élections. Il reste deux mois pour faire un choix.

mercredi 28 décembre 2011

Poutine n'est pas prêt à rénover le système

Путин покритиковал оппозицию и заявил, что власть не намерена отменять результаты выборов в Думу


Poutine reste sourd aux revendications populaires. En prenant la parole devant le Comité fédéral du front populaire, le Premier ministre a annoncé que le pouvoir n'est pas prêt à remettre en cause les résultats des élections parlementaires, qui ne peuvent être contestées que devant la justice.

Afin de convaincre les gens de la justesse de sa position, V. Poutine avance un argument surprenant, la Douma a déjà commencé à fonctionner. "Les élections à la Douma sont finies. Toutes les fractions parlementaires ont commencés leur travail, le président de la Douma est élu. Aucune discussion quant à la remise en cause des élections n'est possible."

Il a ensuite continué à critiquer l'opposition pour l'absence d'un programme unique et son entêtement à vouloir dévaloriser les élections. Attitude qu'il qualifie de trotskiste, quand l'action justifie l'action, sans but réel derrière.

Selon V. Poutine le problème de l'opposition réside dans le fait qu'il y a beaucoup de programmes différents, que les buts ne sont pas clairement posés, que les moyens de réaliser ces buts ne sont pas clairs et qu'il n'existe pas de personnes pouvant concrètement faire quelque chose.

Dans cette situation, il émerge toujours la volonté de délégitimiser le pouvoir public. Ces gens ont toujours existés, et selon le Premier ministre, ils ont le droit d'exister et il faut même les respecter...

Il promet également de tout faire pour que les élections présidentielles soient transparentes, propres, il parle d'internet, de la nécessité d'écouter l'opinion des gens, etc.

Selon le politicien I. Iachine, V. Poutine n'a pas pris conscience de l'ampleur du mouvement de contestation en Russie. "Indépendemment de sa volonté, de nouvelles élections parlementaires auront lieu. Si ce n'est pas maintenant, ce sera bientôt. Je suis presque certain que cette Douma ne pourra fonctionner jusqu'à son terme. Simplement parce qu'elle n'est pas légitime et que les gens ne considèrent pas ces députés comme leurs représentants."

En ce qui concerne les élections présidentielles, I. Iachine estime qu'elles ne peuvent être justes puisqu'elles sont faussées dès le départ en raison de l'absence de candidats d'opposition. Pour y remédier, il faut modifier la législation sur les élections et permettre à tous les vrais candidats d'y participer. De petites "réformettes" comme des caméras vidéos de surveillances dans les bureaux de vote ou des urnes transparentes ne rendront pas ces élections légitimes. Et l'opposition trouvera toute seule son candidat.

Les deux camps ont en quelque sorte raison, c'est pourquoi aussi leur position se raidie. V. Poutine est dans le vrai quand il dit que l'opposition n'a pas réellement de programme pour la Russie: l'annulation d'élections, le retour des élections des gouverneurs et autres déclarations sont importantes aujourd'hui pour relégitimiser le système politique, mais c'est un programme de crise qui ne construit pas dans le long terme. Sans celui-ci, l'opposition n'arrivera pas à regrouper les masses autour d'elle le jour des élections. Et l'opposition a raison quand elle affirme que Poutine n'a pas consience de l'ampleur du mouvement. Il est également vrai que jouer au Hockey est plus de saison que de manifester... L'exigence de réformes systémiques est justifiée pour réoxygéner le système et redonner le choix au gens. Pour que l'opinion populaire s'exprime dans les urnes et pas dans la rue. Et l'ouverture de l'espace médiatique permettra l'émergence d'un leader d'opposition, le tri se faisant alors naturellement. Mais y a-t-il un réel intérêt à cela?

vendredi 9 décembre 2011

Le pouvoir prêt à la discussion ... l'opposition se méfie

Власть готова переговорить с оппозицией
Оппозиция не верит в то, что разговор будет полноценным


Le pouvoir doit entrer en dialogue avec l'opposition. Cette position est partagée par les deux hommes forts du système, Poutine et Medvedev. Mais l'opposition a des doutes sur la sincérité de cette déclaration, estimant que le dialogue doit conduire à une réforme en profondeur du système politique, ce à quoi le pouvoir n'est pas prêt aujourd'hui.

Les élections parlementaires, dont les résultats sont contestés par l'opposition, a changé en profondeur l'attitude du tandem envers des forces politiques d'opposition. Si avant, il ne les invitait qu'à une critique constructive, une participation au cours politique choisi par Edinaya Rossiya, maintenant le discours change et ne s'adresse plus qu'aux partis représentés à la Douma, cette opposition hier encore léthargique.

Hier, Poutine, en s'adressant aux représentants du Front populaire déclarait: "Nous devons entrer dans le dialogue avec ceux qui s'opposent, leur donner la possibilité de s'exprimer, en utilisant leur droit constitutionnel à manifester et à exprimer leur position.". Quant à Medvedev, depuis la République thèque, soulignait que "à l'évidence, notre société devient plus concurrentielle et une seule force n'est plus à même de prétendre à la gouvernance".

Ces déclarations ont toutefois provoqués une certaine hésitation de la part de l'opposition. Plusieurs d'entre eux, notamment Prokhorov, demandent la tenue de nouvelles élections parlementaires. La quasi-unanimité veut que la Commission électorale procède à un nouveau décompte des voix. Et tous estiment incontournable une refonte du système politique.

Le président de la Commission centrale électorale a dit avoir envoyé au Comité d'enquête les vidéos montrant les falsifications pendant le déroulement des opérations électorales, pour qu'il procède à la vérification de leur authenticité.

Il est vrai que, en remettant les déclarations du tandem dans leur contexte, on sent une certaine hésitation de leur part quant à la marche à suivre. Si Poutine a effectivement rappelé les droits constitutionnels des opposants, il a également souligné que des millions de dollars étaient envoyés aujourd'hui à certains leaders des mouvements d'opposition pour justement provoquer ces mouvements populaires. On en revient toujours à ce grand ennemi qui vient de l'étranger et qui veut détruire la Russie. Mais parallèlement, il semble aussi y avoir un début de prise de conscience que le pacte "la liberté contre le pain" n'est plus adapté à la société russe actuelle, qui semble vouloir définitivement sortir du féodalisme politique post-soviétique. Sortir de cette période de transition où elle se dégrade pour se construire en tant que société russe - et non plus post-soviétique. Espérons que les représentants du pouvoir et les représentants de la société comprendront les enjeux pour construire ensemble un espace où chacun pourra avoir sa place.


mardi 18 octobre 2011

Le programme d'Edinaya Rossiya contre la voix populaire du Front

Единороссы услышали голоса
Партия включила выдвижение Путина в предвыборную программу, составленную из цитат премьера и президента
http://www.gazeta.ru/politics/elections2011/2011/10/15_a_3802126.shtml

Le programme du Front préparé tout l’été par l’Institut du sénateur Fédorov, après avoir repris les demandes des diverses populations, les propositions de plusieurs experts, ne sera ni présenté par Edinaya Rossiya, ni repris par le parti dans son programme officiellement présenté à la commission électorale fédérale. Celui-ci est uniquement composé d’extraits des discours de V. Poutine et de D. Medvedev au Congrès d’Edinaya Rossiya.

Le programme reprend donc les idées déjà annoncées par Medvedev, comme la modernisation de l’économie, le développement du secteur industriel et l’amélioration du climat d’investissement, la lutte contre la corruption (et l’oublie de la déclaration des dépenses), l’humanisation de la législation pénale, une police efficace et une armée forte.

De V. Poutine, on retrouve les idées sociales de l’augmentation des retraites et des salaires ainsi que l’idée d’une politique extérieure « raisonnable » (notamment avec le développement de l’Eurasie).

Le programme ne comporte aucune nouveauté et ne se présente que comme une continuation de la politique actuelle, ce qui est somme toute logique. Pourtant se pose la question de ce Front populaire. Il a certainement été utilisé pour renouveller un peu la composition du parti Edinaya Rossiya. Mais son rôle s’arrête là où doit commencer la prise de décision. Le rejet volontaire du programme concocté par l’Institut de Fédorov montre clairement que chacun doit jouer dans son registre. Le rôle du Front est secondaire : c’est un rôle de soutien politique, mais il n’appartient pas aux organisations qui y sont entrées de participer de manière décisionnelle à l’orientation politique du pays. Quand elles l’auront réellement compris, il sera intéressant de voir combien de temps encore cet objet juridico-politique non identifié pourra continuer à exister.

vendredi 14 octobre 2011

La nouvelle idée formulée par le Front de Poutine: refaire entièrement le code pénal

Идеолог путинского Фронта предложил переписать весь Уголовный кодекс. Эксперты задумались


Nikolaï Fedorov, directeur de l'Institut des recherches socio-économiques et politiques, idéologue du Front populaire de Poutine et en charge de son programme, a lancé aux médias l'idée de la nécessité d'une refonte totale du code pénal russe. Les experts en la matière sont dubitatifs.

Selon N. Fedorov, le code pénal actuellement en vigueur est le résultat de très nombreuses modifications, sectorielles, techniques et non systémiques. Il est alors important de conceptuellement revoir le code pénal pour qu'il devienne l'élément fondamental de la politique pénale moderne de la Russie. Mais l'adoption d'un nouveau code pénal nécessite également l'adoption d'un nouveau code de procédure pénale. Selon lui, il est important de restreindre le domaine des mesures privatives de liberté, et en ce qui concerne la phase d'enquête et en ce qui concerne le jugement.

La formation d'une justice pénale moderne passe également par une modification de la procédure de nomination des juges. Il propose en ce sens de rendre obligatoirement plublique la procédure de vérification de la qualification des juges, notamment en publiant le résultat des examens écrits sur internet. Il est également nécessaire de remettre en cause la pratique selon laquelle d'anciens policiers, procureurs ou autres constituent une part importante du corpus judiciaire. La défense des intérêts sociaux doit être repensée pour être débarrassée de ses traits excessivement répressifs.

La Russie actuelle reste encore trop marquée par le soviétisme. La majeur partie des jugements sont des jugements d'accusation. Les 15 dernières années ont été condamnées plus de 15 millions de personnes, soit 1/9e des citoyens russes. Cette situation déforme la société, notamment sur le plan moral.

Sur demande de V. Poutine, l'Institut prépare une réforme du code pénal russe.

Les experts apprécient très différemment la proposition. Pour certains, toute tentative de recommencer à zéro le code pénal est dangereuse, car ce code est conservateur et là réside sa caractéristique - et son avantage - principal. Pour d'autres, en 20 ans, le code pénal est devenu dépassé et il est nécessaire de le repenser. La troisième voix, présentée par certains experts, rappelle qu'il peut être bon de repenser un code pénal moderne, débarrassé de ses traits soviétiques, mais cela demande un travial de fond d'au moins une dizaine d'année. Dans le cas contraire, faire vite ne peut permettre de faire bien. Et les impératifs politiques de rapidité ne peuvent coïncider avec les nécessités juridiques de la tranquilité de réflexion.

Cette idée, pour l'instant, n'est qu'une idée. Edinaya Rossiya et le Front populaire sont à la recherche d'un programme électoral qui puisse attirer les électeurs - et légitimer leur pouvoir - indépendamment de l'apatie politique provoquée par l'absence se suspens électoral.


mercredi 5 octobre 2011

Rogozine: la face cachée de Poutine




Actuellement, beaucoup sont surpris du soutien que Dmitri Rogozine apporte à Edinaya Rossiya et à Vladimir Poutine. Il n'y a en fait là rien d'anormal. Les gens ont simplement oubliés quelques faits significatifs à propos de Rogozine. Il faut en effet se souvenir comment est né "Le congrès des communauté russes". Il s'agissait au début d'une organisation qui travaillait avec les russes vivant à l'étranger. Dmitri Rogozine n'était pas alors nationaliste, aucun signe de xénophobie ne pouvait lui être imputé. Il le devint quand sont apparus les mouvements nationalistes en Moldovie et au Kazakhstan, dont les russes ont réellement soufferts.

Ensuite, Rogozine qui est un excellent politicien a compris qu'il s'agissait d'un bon produit politique. Il est passé de la défense des russes à l'étranger à la défense du nationalisme en général.

En ce qui concerne Poutine: ils se plaisent beaucoup mutuellement. Ils ont non seulement le même sens de l'humour, mais ils ont travaillés dans les mêmes sphères - ils ont étudiés ensemble, ensemble ont travaillés pour Sobtchak - et Rogozine devait être un des personnages clés d'Edinaya Rossiya quand a été constitué Rodina (Patrie). Mais Loujkov s'y est violemment opposé. De toute manière, on comprend très bien que Rogozine n'est pas dans l'opposition.

Il devint l'un des deux leaders de Rodina, incarna la frange nationaliste et puis jusqu'à ce jour représente la Russie à l'OTAN.

Mais pourquoi Rogozine est revenu maintenant dans la politique nationale? Il est particulièrement nécessaire à la rhétorique de Poutine. Surtout dans la perspective du Front populaire. En effet, quelle est l'idée du Front populaire de Poutine? Le Front - c'est le combat. Mais le combat avec ou contre qui? En gros, à l'intérieur du pays il n'y a déjà plus personne à combattre. Ils sont soit marginaux, soit sont prêts à se rendre. Il est évident que l'ennemi est à l'extérieur du pays. Et Rogozine, à la différence de beaucoup de supporters de Poutine, peut apporter des exemples concrets de pays ou de blocs qui n'ont pas une attitude amicale envers la Russie. Il pourrait facilement démontrer que la Russie est entourée d'ennemis.

Ainsi, avec l'autorisation de Sourkov - car sans lui rien ne peut se faire - Rogozine revient dans le jeu politique. Avec la chute de Spravedlivaya Rossiya, une place est vacante. Rogozine a de l'ambition. Mais il est un personnage fort et du rôle d'instrument il risque de s'autonomiser rapidement.

Le retour de Rogozine, et en même temps celui de la rétorique nationaliste, parallèlement au retour de Poutine à la présidence est un signe du repli sur soi politique que la Russie risque d'opérer prochainement. La situation à l'intérieure est critique et le pouvoir est incompétent à l'améliorer. Il faut donc trouver des responsables. Réponse habituelle: nous sommes entourés par des ennemis, c'est ce qui nous empêche de nous développer normalement. Stolypine, avant la chute de l'Empire russe, avait dit qu'il suffisait de donner 20 ans de paix à la Russie pour qu'elle ait un niveau normal de développement. La Russie les a eu. Sans ennemis. Mais sans résultats. Le problème est à l'intérieur. Et il n'est pas dans l'opposition.

mardi 4 octobre 2011

La liste électorale controversée de Edinaya Rossiya

Отсудились на выборы
В списках «Единой России» нашлись судьи и прокуроры



Après le scandale autour de V. Markine, directeur du service de presse du Comité d'enquête (on rappellera qu'il a acheté son diplôme de juriste afin d'obtenir un grade militaire et n'apparaît aujourd'hui qu'en civil), son nom fut retiré de la liste électorale de Edinaya Rossiya. Toutefois, sont apparues des candidatures controversées: un procureur d'une république et deux juges des cours supérieures de républiques fédérées. Ce qui va à l'encontre de la législation leur faisant interdiction de participer aux activités politiques. Des représentants de la société civile ont promis de porter l'affaire devant la justice.

On rappellera que cet été, la Prokuratura a donné satisfaction au recours de représentants de la société civile (association Agora) qui contestaient la validité de la participation de Markine aux primaires d'Edinaya Rossiya à Volvograd, qualifiant cette activité de politique et demandait la mise en peuvre de sa responsabilité disciplinaire. En réponse, le Comité d'enquête a répondu que la participation de Markine en son propre nom de viole pas la législation, mais pour d'autres raisons - liées au scandale qui entoure l'obtention frauduleuse de son diplôme de juriste dans un établissement privé douteux - il ne fut pas inclu sur la liste électorale.

Pourtant, la liste Edinaya Rossiya comporte au minimum trois candidatures contestables. Il s'agit du procureur de la République de Komi qui est troisième sur la liste, le président de la Cour suprême de la République du Bachkortostan et le président de la Cour suprême de la République d'Ossétie du Nord.

Si selon la Constitution chacun a le droit d'élire et d'être élu, les juges et les procureurs doivent alors suspendre leur activité professionnelle en cas d'activité politique au moment de l'enregistrement de leur candidature. Tant que leur activité professionnelle n'est pas suspendue, toute activité politique leur est interdite.

La Prokuratura ne voit pas de problèmes en ce qui concerne la candidature du procureur de la République de Komi, puisqu'il n'a pas participé aux primaires. Mais en ce qui concerne les juges la situation est plus délicate, puisqu'ils ont effectivement participés aux primaires. Cependant, au Bachkortostan, on estime que le juge a participé aux primaires dans le cadre du Front populaire et non du parti Edinaya Rossiya. Or le Front n'est pas une association à but politique. Donc tout va bien ... Il est vrai que, comme le souligne l'organisation Golos, le Front n'est même pas enregistré, ce qui complique encore la situation.

Les pravozachitniki préparent toutefois un recours contre les juges candidats.

Le formalisme extrême avec lequel les institutions interprêtent le droit, quand cela les arrange, est un signe dangereux de la montée du nihilisme juridique en Russie. Les règles n'existent pas pour tous, elles ne sont là que pour bloquer les démarches qui peuvent gêner le pouvoir. Dans ce contexte, l'attitude de la Prokuratura ne peut être interprétée comme une volonté de garantir le droit, mais s'inscrit dans son combat d'influence contre le Comité d'enquête. Cette conception du "non-droit" est un signal de l'échec de l'état de droit en Russie. On ne peut violer l'esprit des lois en prétendant en suivre la lettre.

vendredi 9 septembre 2011

Edinaya Rossiya contre le Front populaire: une guerre médiatique ou politique?

ОНФ, подозревать ли худшее
Андрей Левкин





Mercredi a été annoncé que le Front populaire a rempli sa mission. Mais ceci concernait la campagne pour les élections à la Douma. Surprenant, puisque cette campagne n'a pas encore réellement commencé. Peu de commentaires ont été fait. La situation n'est pas claire.


Tout de suite, un article parait dans Gazeta.ru (ici) selon lequel, des deux bureaux de campagne, il ne reste plus que celui de Edinaya Rossiya. Le Front a donc perdu. Ainsi, il y avait deux bureaux de campagne, celui du Front dirigé par le vice-premier ministre V. Volodine, et celui de Edinaya Rossiya dirigé par V. Surkov. Il a été dit que tout l'été ces deux "bureaux" ont travaillés parallèlement sur la campagne, ce qui a amené à une certaine confusion. Ce qui n'est pas très clair non plus est que le Front a été créé en mai, il a commencé à prendre du poids et il se trouve que tout de suite ces pauvres représentants du peuple incorporés ont été inscrits sur les listes du Parti. Pratique étrange.

Pourtant mercredi, le vice-président de l'organe central exécutif du Parti, V. Galtchenko, déclare les objectifs du Front populaire accomplis. C'est intéressant, d'autant plus que de toute manière l'idée du Front n'avait rien à voir initialement avec la campagne électorale, c'était une démonstration de force, autrement dit du soutien populaire sur lequel le leader national Vladimir Poutine peut compter.

Selon S. Belkovsky, toujours dans l'article de gazeta.ru, ces épisodes s'expliquent par la guerre politique, guerre d'influence, entre deux hommes: Surkov et Volodine. Selon une autre version, celle de G. Pavlovsky (ancien politologue n°1 du Kremlin remercié il y a peu), le Front joué contre le parti du pouvoir, a perturbé les électeurs, c'est pourquoi il faut écarter de la scène électorale ce malheureux projet, qui était une improvisation de Vladimir Poutine. En ce sens, la déclaration de Galtchenko est une minimisation des dégâts que peut causer le Front populaire.


Il est intéressant que sur le site officiel du front populaire, rien n'a été remarqué. On y trouve toujours les déclarations des jours heureux concernant les primaires ou la déclaration de Poutine sur le renforcement du rôle du Front au sein de la Douma (voir notre article ici). Ou encore à quel point les politiciens étrangers ont appréciés la participation des représentants du Front populaire lors des primaires. Il semble un peu précipité de l'enterrer sans autres formalités.

Pourtant la question centrale reste ouverte: qu'en est-il du soutien populaire au leader national? En ce sens, le projet "Front populaire" n'est pas fini, puisqu'il doit jouer non pas pour les élections présidentielles elles-mêmes, mais en amont lors du choix du candidat, ou plutôt du futur Président de la Fédération de Russie, processus hautement confidentiel. Et sur ce point, alors que des déclarations de Medvedev étaient attendues à Yaroslav hier, rien n'est survenu sauf un discours sans dimension politique (voir sur le sujet ici l'article sur polit.ru).


Le combat entre le Front populaire de Poutine et Edinaya Rossiya est en lui-même intéressant. Il pourrait être révélateur d'un combat entre deux hommes ou plutôt deux clans, celui de Poutine et celui de Medvedev, si ces individus avaient réellement une indépendance politique. Mais, justement, cette question reste posée et leur incapacité à se prononcer sur leur éventuelle candidature est significative.

Il pourrait s'agir d'une question technique: l'existence non juridique du Front donne un argument de poids aux adversaires de Edinaya Rossiya dans la campagne qui commence (voir l'article sur specletter.com cité), mais depuis quand le parti du pouvoir s'inquiète-t-il de ce genre de quetions?

Seule certitude, il y a un combat. Mais est-il à ce point politique? Ne revêt-il pas une grande dimension médiatique? Comme les accrocs entre Poutine et Medvedev ont permis - et permettent encore parfois - de faire croire à une réelle concurrence politique, même si elle est interne.

Affaire à suivre...

mardi 6 septembre 2011

Le processus de soviétisation de la Douma en marche

Владимир Путин заранее продлевает линию "Фронта"
Он дал понять, что хочет видеть свой ОНФ влиятельным и после думских выборов

Виктор Хамраев


Hier, Vladimir Poutine a précisé que le Front populaire n'est pas une structure temporaire donnée en vue des élections, mais son activité doit également continuer après les échéances électorales, afin de constituer un espace de regroupement social, dont non seulement la fraction du parti Edinaya Rossiya à la Douma devra tenir compte, mais également les différents comités spécialisés. Les experts ont peur qu'une telle initiative ne transforme définitivement la Douma en un organe représentatif fictif, comme cela était du temps de l'URSS.

Dans la mesure où, selon Poutine, plus de la moitié de la fraction Edinaya Rossiya sera constituée de membres indépendants ne relevant que du Front populaire, le Parti devra discuter avec les membres du Front de toutes les grandes orientations politiques et décisions à prendre.

Plus concrètement, dès à présent, il faut dresser la liste des projets de loi prioritaires qui devront être débattus lors de la session parlementaire d'automne et organiser des discussions communes avec les représentants du comité fédéral de coordination du Front populaire. Il est également nécessaire de prévoir les mécanismes permettant le renforcement de la participation de ces représentants dans les conseils d'experts auprès des comités spécialisés de la Douma, et ce dès à présent, ce qui doit permettre de renforcer leur connaissance des mécanismes parlementaires en vue de leurs futures élections.

Les députés des autres partis sont plus septiques. Selon M. Rokhmistrov (LDPR), dans le principe des consultations avec les représentants de la société, il n'y a aucune innovation, puisque des mécanismes existent déjà. Mais sur le fait que les députés Edinaya Rossiya puissent écouter de nouvelles idées et en tenir compte, le doute est permis, puisqu'ils n'écoutent déjà pas l'opinion des députés qui ne correspondent pas exactement à la leur. Quant au député PC S. Obukhov, il ne comprend pas très bien de quelle liste de projets de loi prioritaires il va falloir discuter avec le Front populaire, puisqu'elle est déjà établie - par l'administration présidentielle et le Gouvernement.

Selon V. Cheïnis (Iabloko), l'idée de débats et de discussions avec la société est en elle-même bonne, mais la résolution des questions sociales en termes législatifs ne ressort que de la compétence du Parlement.

Si la modernisation de la Douma va dans le sens d'une reconnaissance formelle de compétences à des non-parlementaires, la Douma risque vite de se transformer en Conseil des députés travailleurs de l'époque soviétique, comme le rappelle le professeur S. Tcherniakhovsky.

Toutefois, comme le souligne le directeur du Centre des technologies politiques, B. Makarenko, le Front populaire n'a pas eu pour effet de regrouper de manière générale la société civile, puisque n'y sont entrées que les entités qui entretenaient déjà des liens étroits avec Edinaya Rossiya et souvent, dans les listes électorales, les 5 premières places, c'est-à-dire les places permettant d'être réellement élus, sont occupées par des membres de Edinaya Rossiya.

Le projet Front populaire révèle peu à peu son véritable visage politique. Si formellement, pour les élections il ne va pas permettre à des acteurs de la société civile non membres du Parti de devenir députés - les places sont déjà retenues depuis longtemps - il permet de mettre en place une machine "hors système" pour gagner du temps de parole non réglementé, il permet sous couvert "d'universalité sociale" de redonner une légitimité - même fictive - à un parti qui en a besoin et, après les élections, il permet de renforcer la main-mise sur le système représentatif, qui ne représente déjà plus que lui-même. C'est encore un moyen de réduire les possibilités de l'opposition politique, indépendamment du moment des élections, et donc de porter atteinte de manière systémique - s'il est institutionnalisé - à ce qui reste de pluralisme politique.


mardi 30 août 2011

Le Front populaire de Poutine lance sa campagne électorale ... en dehors de toute contrainte législative

Неподзаконный народный фронт
«Общероссийский народный фронт» готовит собственные агитационные ролики


Le Front populaire de Poutine commence sa propore campagne électorale avec le parti Edinaya Rossiya. La télévision montrera des bandes annonces avec des "acteurs sociaux candidats", des évènements politiques sous l'égide commune du Front populaire et de Edinaya Rossiya seront organisés, mettant en place une sorte de campagne extérieure. Le principal but est de lier dans la représentation de l'électorat le Front populaire et les candidats du parti Edinaya Rossiya.

La campagne "indépendante" du Front populaire a commencé dans de nombreuses régions, comme à St Petersbourg où la ville est recouverte par les panneaux publicitaires du Front populaire, opération dont s'occupe l'agence News Outdoors. Il est intéressant de souligner que ces espaces publicitaires ont été loués pour toute la période allant jusqu'à la fin de l'année. Ils seront donc toujours présents lors de la campagne électorale officielle, puisque le Front populaire, n'étant pas un parti politique, n'est pas soumis à la législation réglementant le déroulement de la campagne électorale et n'entre pas dans le décompte visant à contrôler la stricte égalité dans les médias de la représentation des partis politiques participant aux élections.

Cet état de fait semble tout à fait logique aux membres et du Front populaire et de Edinaya Rossiya, puisque le Front populaire en tant que tel ne participe pas aux élections, mais un de ses éléments principaux - Edinaya Rossiya. Voici la réponse.

Quant à la Commission électorale, elle ne voit pas non plus de problèmes à la participation du Front populaire dans la campagne électorale. En effet, selon les mots de Elena Dubrovina (membre de la Commission), tout citoyen russe et toute association a le droit de faire sa campagne de soutien à un candidat ou à une liste de candidats.

Selon le directeur de l'Institut international d'expertise politique E. Mintchenko, cette technique visant à constituer une association soutenant un mouvement politique et s'associant à lui afin de renforcer la campagne politique en sa faveur en période électorale a déjà été utilisée dans certaines régions de Russie. L'idée de la création du Front populaire a été de mettre cette technologie en place au niveau fédéral.

Selon le député communiste S. Obukhov, cette technique ne peut être qualifiée autrement que par l'escroquerie. Si cela va perdurer jusqu'aux élections du 4 décembre, il saisira la Prokurature.

De nombreux effets de manches législatifs ont agités l'espace politico-juridique ces deux dernières années pour renforcer et l'égalité des partis politiques et la transparence des élections. Vote électronique en développement - jusqu'en 2015, réception des preprésentants des partis d'opposition à la Douma - une fois par an, loi sur l'égalité d'accès aux médias publics pour les partis représentés à la Douma ... Toutes ces belles déclarations d'intentions ... ne sont que des déclarations d'intentions. Quand les enjeux sont réels - les élections - il faut gagner, trop d'intérêts et personnels et économiques sont en jeu. Intérêts qui se supperposent souvent d'ailleurs. Alors la fin justifie les moyens.

jeudi 25 août 2011

Le sénateur John McCain espère la révolution en Russie ... et légitime le Front populaire de Poutine

Sur le thème voir: http://www.rb.ru/topstory/politics/2011/08/24/171505.html
http://www.regnum.ru/news/polit/1438510.html
http://www.newsru.com/world/24aug2011/maccain.html

Le sénateur John McCain, dans sa grande mansuétude, estime que, après la Libye, la révolution doit être attendue en Syrie tout d'abord, puis en Chine ... et en Russie. Il souligne que ces peuples ne sont majoritairement pas satisfaits de la situation politique dans leur pays - en Russie il est vrai à peine 20% de la population estime que le putsh de 1991 a permis une amélioration. Les gens commencent à lutter pour leurs droits sans peur du pouvoir. Le mode de gouvernance est largement emprunt de soviétisme - et donc d'autoritarisme. Donc la révolution est inévitable, ce qui semble réjouir M. McCain.

Si le pouvoir russe ne semble pas capable de sortir de la logique soviétique de gouvernance, ce qui le rend inefficace, John McCain, pour sa part, semble incapable de sortir de la logique de guerre froide, ce qui le rend non seulement inefficace, mais également dangereux pour l'instauration d'un projet européen en Russie. Remarquez, ceci est peut être justement le but...

En effet, par ce type de déclaration, le sénateur McCain décrédibilise l'action de l'opposition politique russe puisqu'il force l'assimilation entre lutte contre le pouvoir politique qui déforme le système et la lutte contre l'Etat russe. Ainsi, l'opposition n'est plus considérée comme luttant contre un système liberticide, mais contre son propre pays. Ce qui fait le jeu du pouvoir.

De plus, en affirmant son espoir en la révolution, John McCain nie toute possibilité de réaliser un projet européen en Russie, c'est-à-dire une "normalisation" de la situation politico-juridique par des moyens pacifiques et systémiques et de même l'encrage de la Russie dans la culture politico-juridique européenne, qui est sa culture historique naturelle. La position du sénateur américain est donc simplement destructrice, sans proposer aucune voie de développement. Ce qui est emblématique de la situation des pays où une révolution a récemment eu lieu: le shéma reste la remise en cause du système liberticide en place, mais sans tenir compte des besoins sociaux des populations concernées. Comme si la "liberté" pouvait à elle seule tout justifier.

Sans oublier qu'en affirmant l'existence d'un danger pour l'Etat, il permet de légitimer le Front populaire de Poutine. Ce Front ne peut être légitime que dans le cas d'un danger global face auquel la société toute entière doit faire bloc. Dans le cas contraire, ce qui est pour l'instant le cas, il n'a aucune légitimité car il n'est que l'incarnation d'une volonté de concentrer encore plus le pouvoir, de détruire toute possibilité de pluralisme politique. Par ses déclarations, le sénateur McCain sert sur un plateau un argument de poids au pouvoir en place ... et enracine la faiblesse du pluralisme politique.

Pour évaluer l'importance de cette déclaration, il faudrait savoir quelles forces représente John McCain. S'il ne représente que lui-même, il est certes regrettable de voir des hommes politiques de ce niveau faire preuve d'une telle légèreté, mais cela ne va pas plus loin. Dans le cas contraire...

Quoi qu'il en soit, cette fantasmagorie généralisée quant à l'imminence d'une révolution en Russie devrait avoir un effet positif, si le pouvoir russe devient raisonnable. Le seul moyen d'éviter ce danger, qu'il soit virtuel ou réel, est de commencer à réellement libéraliser la sphère politique, normaliser la sphère juridique et différencier les sphères économique et politique. D'autant plus que la Russie a déjà fait sa "révolution démocratique" en 1991. Il est temps de construire!

mercredi 17 août 2011

Spravedlivaya Rossiya: les rats se préparent à quitter le navire

Левые эсеры
«Справедливую Россию» могут покинуть ключевые депутаты и спонсоры


Après l'exclusion du parti Spravedlivaya Rossiya des premiers membres à rejoindre le Front populaire de V. Poutine (le vice-président de la Douma fédérale Alexandre Babakov, l'ancienne députée Elena Vtoryguina et les députés Mikhail Starchinov et Vassili Chestakov), de nouvelles défections sont à attendre suite aux faibles perspectives qu'offre le parti aujourd'hui. Des figures importantes tant au plan fédéral que local tiendraient des pourparlers avec d'autres partis politiques. Les pourparlers sont menés en même temps avec plusieurs partis aussi différents que le Parti communiste, le front populaire ou Pravoe delo.

Les sponsors eux aussi s'interrogent et commencent à se retirer en douceur, puisque le parti ne peut plus maintenant garantir d'être représenté à la Douma.
On soulignera pour notre part que l'important pour certains députés est vraiment le fait d'être élu, peu importe par qui et pour quoi, mais ils ont besoin de garder leur immunité. Ainsi en est-il, comme le rappelle justement l'article, du député Mikheev qui se retrouve sous le coup d'un mandat international lancé par la Moldavie.

Evidemment, les députés n'affichent pas leur intention.

Etre député est donc un travil en soi. Peu importe le parti. Peu importe le programme. C'est un peu comme être chauffeur de bus: ce n'est pas la marque qui compte, ni la route à faire, mais le fait d'être assis au volant. Donc si les députés russes appartiennent à l'organe représentatif du pays, ils ne représentent essentiellement qu'eux-mêmes. Ce qui est rendu possible - et même normal - par l'absence d'un réel pluralisme politique, par l'absence d'une différenciation politique partisane.

jeudi 23 juin 2011

Navalny contre Le Front populaire de Poutine

Навальный просит генпрокурора проверить "Народный фронт" Путина






Sur la manière dont les entreprises et leurs employés sont incités à entrer collectivement dans le Front populaire, voir http://www.kommersant.ru/doc/1664989



Voir le texte du recours adressé à la Procuratura sur le live journal de A. Navalny http://navalny.livejournal.com/597723.html#cutid1






Le 7 mai 2011, lors d'une rencontre avec les représentants d'associations soigneusement choisies, V. Poutine a fondé le Front populaire qui a pour but de faire le lien entre la politique et la société civile, de permettre l'apport de nouvelles idées et de nouveaux visages, ce dont Edinaya Rossya a grandement besoin. Le Front propose pour cela une stricte égalité entre toutes les organisations qui entrent en son sein et leur participation commune aux futures élections. Mais en dehors d'une activité de propagande hors toute proportion, aucune démarche juridique visant à l'enregistrement de ce mouvement n'a été faite. A. Navalny, notamment fondateur du site Rospyl de lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics, a adressé un recours à la Procuratura, lui demant de vérifier la légalité de l'existence du Front populaire fondé par V. Poutine.


Selon A. Navalny, le problème vient du fait que de plus en plus d'organisations entrent dans ce Front qui, juridiquement n'existe pas, puisque, entre autre, il n'a pas organisé d'AG, n'a pas adopté de statut, n'a pas déterminé ses organes, etc. De plus, en toute logique, seules des personnes morales ou physiques peuvent entrer dans une organisation sociale (association au sens large du terme), or de nombreux collectifs de travail y participent en tant que groupe, mais n'ont pas de personnalité juridique. On en arrive dont à une situation surprenante où des groupes informels entrent dans un autre groupe informel, mais en utilisant les ressources d'une personne morale. Se pose notamment la question de leurs locaux très bien situés dans le centre...



Mais le plus grand reproche formulé est la violation de la législation russe en ce qui concerne l'utilisation et du temps de travail légal et des moyens fournis par sa fonction de Premier ministre, notamment les moyens financiers ou en terme de télécommunication, pour des activités qui ne sont pas liées à l'exercice de ces mêmes fonctions.



Il est intéressant que quelqu'un ait eu l'idée d'attaquer ce mouvement politique sur le terrain du droit. Rappeler que le principe selon lequel les règles juridiques s'appliquent à tous est justement le fondement de l'Etat de droit. Rappeler qu'en politique aussi il faut respecter les règles juridiques du jeu, qui ne sont pas posées que pour les autres.



Sur le plan politique ... étouffement et marginalisation "hors système" des représentants de la société civile indépendante, regroupement autour d'une idéologie simple "garder le pouvoir", dénigrement de l'opposition... sans commentaires.